‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 2)Chapitre 34 sur 141 · Voir la pièce suivante · texte numérisé non relu

Voir la pièce suivante

2. Société des Amis de la Liberté et de VÉgalité... Lettre de Marat aa.v Jacnhins. Paris, imprimerie patrioticiue et républicaine, 171)3, in-8» de 7 p. — Ijiljj. nat., Lb 40/231 i.

3. C'est une adresse de 3G sections (lo avril 1793), demandant la mise en accusation de 22 députés girondins. Elle a été imprimée en un in-4'' de 7 pages et eu placard in-folio. — Bibl. nat., Lb iO/llol.

140 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [l'.i AvrtiL 17ft3]

membres à se rendre de meilleure heure à la séance, qui sera dorénavant ouverte à cinq heures et demie.

La séance a été levée à dix heures.

CIRCULAIRE DE LA SOCIÉTÉ DES AMIS DE LA LIBERTÉ ET DE L'ÉGALITÉ, SÉANTE AUX CI -DEVANT JACOBINS SAINT - HONORÉ, A PARIS, A LEURS FRÈRES DES DÉPARTEMENTS.

Paris, imprimerie patriotique et républicaine, s. d., iu-S" de 22 p. — lUbl. nat.,

Lb 40/7o0.

Frères et amis,

Depuis très longtemps, l'on parlait d'une faction d'Orléans; ces clameurs nous ayant paru sans fondement réel, nous avions pensé qu'elles n'étaient excitées que par l'adresse de nos ennemis, afin de détourner d'eux l'œil de la surveillance, et de jeter en même temps la défaveur sur les patriotes qu'ils désignaient être les factieux de ce parti : car ils ajoutaient que ces mêmes patriotes n'avaient voté la mort du tyran que pour élever le chef de la maison d'Orléans sur le trône. Longtemps nous avons couvert de mépris ces imputations ridicules, sans en chercher d'autres inductions ; mais les événements qui viennent de frapper (sic) ont déchiré le voile et prouvent enfin la réalité de cette faction, liée à celle des prétendus hommes d'Etat, celle des Brissot, de la Gironde, deDumouriez; ou plutôt, elle n'est qu'une des ramifications, qui appartiennent à une seule, qui est la faction Brissot.

Il est important. Frères et amis, dans les circonstances désastreuses où tous ces scélérats ont plongé la République, que, par des rapprochements lumineux, vous remontiez avec nous à la source de nos calamités, pour en extirper le germe. Il est important que ces monstres, que nous avons tous tant de fois démasqués, le soient enfin aux yeux de la France entière, et que, pris enfin la main dans le crime, il ne leur reste plus de forfaits à commettre pour échapper à la souveraine justice du peuple.

La conspiration de Dumouriez ayant été découverte, avant que ce traître, déjoué par les événements, ait pu accomplir ses criminels projets^ ses complices dévoilés cherchent à se couvrir par de nou-

[l'.l AVRIL 1793^ SOCIÉTÉ DES JACOBINS 141

veaux attentats, et, suivant sans relâche leur système atroce, veulent encore entacher de ce nouveau crime les patriotes qui les ont signalés. Toujours ce fut ainsi qu'ils agirent. Lorsqu'ils crièrent à la dictature, c'était eux, c'était Brissot, qui, par le moyen du mannequin Roland, était le véritable dictateur; c'était en criant à l'anarchie qu'ils nous y plongeaient, en occupant sans cesse de leur propre défense les vrais amis du peuple, i)Our leur ôter le temps de travailler aux lois qui devait faire son bonheur. Et, lorsqu'ils se plaignaient des agitateurs, pour obtenir une garde prétorienne, c'était les courageux défenseurs de la liberté, c'était Le Peletier qu'on assassinait.

Hé bien! Frères et amis, maintenant ces hommes pervers veulent encore se jouer de votre bonne foi et tromper vos vertus ; ils croient aujourd'hui pouvoir vous abuser au point de vous persuader que les suppôts des crimes de Dumouriez et de la famille d'Orléans sont les patriotes de la Montagne civique. . . , que ce sont les Jacobins. Certes, de telles inculpations n'arrivent pas jusqu'à nous; et c'est moins pour descendre à les repousser, que pour nous mettre en mesure contre tous les prétextes auxquels ces traits empoisonnés pourraient donner lieu, comme aussi pour vous éclairer sur les véritables conspirateurs, que nous présentons à votre sagacité le développement des faits qui vous montrera la vérité dans tout son jour.

D'Orléans ne fut jamais lié avec les vrais patriotes. Robespierre, que les intrigants ont accusé d'être le chef de son parti, Robespierre s'opposa toujours à la nomination d'Orléans à la Convention nationale; et lorsque ces mêmes intrigants, par un calcul de perfidie, proposèrent le renvoi d'Orléans, afin de mettre, par cet acte d'injustice, les patriotes en opposition pour les calomnier ensuite, Robespierre, pénétrant leurs projets, vota pour l'expulsion de la famille des Bourbons; c'est aussi sur sa motion que les Jacobins ont arrêté à l'unanimité qu'aucun membre de cette famille ne pourra être reçu dans leur Société, qui a prononcé la radiation du père et des deux fils.

D'Orléans n'a donc eu pour amis que les chefs de la faction criminelle, et pour meneurs ostensibles que Sillery et Petion ; Petion, son dévoué courtisan, qui était allé à Londres, pour y accompagner sa famille d'Orléans et qui, d'après la recommandation de Pitt, a traité avec Miranda, pour le placer ensuite à la tête de nos armées ; Petion qui, dans sa correspondance coupable avec le fils d'Orléans, lui écrivait ces mots : « Soyez sans inquiétude sur le décret relatif aux émigrés; je serai le défenseur officieux de votre sœur et de M'"'^ Sillery auprès de la Convention nationale. »

142 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [lit avril 1793]

Il est un autre fait notoire, qui doit jeter un trait de lumière sur toute celle coalilion. Sillery, le commensal de la famille Egalité, est celui qui proposa à la Convention de renvoyer le ministre Pache, pour le remplacer par Bcurnonville ; quatre jours avant celle motion, les suppùls et meneurs de la cabale avaient l'ait venir de Toulouse un intrigant nommé Comeyras', ami imperturbable de Laclos, ce Comeyras, ancien avocat et agent de la maison d'Orléans, qui eut Faudace de se présenter à la barre, au nom du département de la Haute-Garonne (ce qui était faux), pour dénoncer le ministre de la "■uerre. Ce fut de celte prétendue dénonciation que les intrigants appuyèrent leurs éternelles calomnies contre le patriote Pache, dont ils obtinrent enfin la destitution, et la vertu fut remplacée par le crime! Il est évident que ces misérables factieux, qui voulaient consommer leurs projets liberticides, avaient besoin d'un ministre à leur dévotion, tel que Beurnonville : aussi eurent-ils l'adresse de supposer que ce dernier était brouillé avec Dumouriez, afin que les patriotes, qui commençaient à suspecter la conduite du général, donnassent leurs voix à Beurnonville ; ce qu'ils firent, croyant que la surveillance d'un tel ministre forcerait Dumouriez à faire son devoir.

La conduite apparente tenue par d'Orléans depuis la Révolution, son insignifiance, sa nullité de talents et de caractère, toutes ces causes semblaient suffi saules pour repousser le danger des vues ambitieuses qu'on lui supposait ; mais l'émigration de son fils aîné avec les Sillery, qui sont l'ôme de cette famille, l'émigration de Valence, toutes ces trames dévoilées par la découverte de leur complicité avec le royaliste Dumouriez, et surtout leur liaison intime avec les amis de ce dernier qui siègent dans la Convention nationale, sont des preuves sensibles des attentats de la maison d'Orléans contre la République.

Observez, Frères, que tous ces hommes qui nous accusent, que tous ces amis, ces vils courtisans de la maison d'Orléans et du général conspirateur, parlent tous le même langage et fulminent de concert contre les députés patriotes, contre les Jacobins, Observez bien que ce dernier, qui prétend, ainsi que les autres, que c'est pour le maintien des lois et de l'ordre qu'il faut anéantir les Sociétés populaires, que ce Dumouriez, qui les a tous déclarés ses complices à la face de l'univers, en écrivant à la Convention qu'il marcherait sur Paris, pour appuyer par la force des armes ce qu'il nomme la saine

1. P.-J. Boiiliomme de Comeyras avait été envoyé en mission dans les déparlements méridionaux par le Conseil exécutif provisoire, le Y-'t février 1103. — ■Cf. Recueil des actes du Comité de salut public, l. 11. p. llîi.

majorité de L' Assemblée, et écraser les patriotes de la Montagne, qu'il appelle des anarchistes; que cet infâme Dumouriez traîne avec lui le fils aine de la maison d'Orléans.

Comment, d'après tous ces faits, les hommes d'État oseront-ils imputer à la Montagne une faction en faveur d'Orléans?

Mais voici un nouveau fait, qui repousse encore plus victorieusement l'audace de ces conjurés: Danton, répondant à Ciuadet, dont on employait l'impudence pour cette ruse calomnieuse, Danton demanda que d'Orléans fût traduit devant un tribunal révolutionnaire. (Marat, Robespierre avaient déjà fait la même motion). La faction alors, prise dans son piège et malgré l'approbation générale de la mesure proposée, en a fait adopter une, qui soustrait d'Orléans à la poursuite des tribunaux.

Prononcez maintenant. Frères et amis, prononcez dans votre sagesse, de quel côté on doit chercher les coupables ; et si les défenseurs des rois, les protecteurs des ministres, les flagorneurs des généraux, si un Gensonné, intime de Dumouriez, qui correspondait avec lui, et qui recevait le double de ses dépêches, si un Guadet, son ardent défenseur, protecteur de Narbonne et coopérateur avec ses collègues Vergniaud, Gensonné, du mémoire présenté au roi, avant le 10 août, par l'intermédiaire de Boze et Thierry; si Brissot et Yergniaud, qui, par leur éloquence, voulaient prouver à la nation entière, quelques jours avant la mémorable époque du 10 août, que la déchéance du despote serait un sacrilège ; si un Barharoux, qui, lors du jugement de Louis Capet, fit entourer la Convention par ses satellites, pour forcer les suffrages en faveur du tyran ; si un Salle, qui a osé écrire, dans le département de la Meurthe, qu'on devait arrêter les députés commissaires comme des désorganisateurs et des factieux ; si un Gorsas, ce calomniateur éhonté des paisibles habitants de Paris, qui ne rougissait pas de justifier Dumouriez, il y a quelques jours, ce Gorsas, trouvé clandestinement à la tour du Temple quinze jours avant la mort du traître Louis ; si tous ceux enfin qui veulent prouver par des calomnies et des calomnies qu'ils sont des républicains, et les patriotes des royalistes, se sont aussi arrogé le droit d'anéantir la vérité, ainsi qu'ils voudraient anéantir la liberté et la cause des peuples.

Eh, quoi ! Frères et amis, le sort de la patrie doit-il dépendre plus longtemps des traîtres et des lâches intrigants qui la déchirent ? Chaque jour voit éclore de nouveaux forfaits et de nouvelles conspirations, chaque jour ils ajoutent à nos calamités. Et c'est par eux, citoyens, que la roue du gouvernement reçoit son impulsion ! C'est

144 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [19 avril 1793]

d'eux qu'une grande nation, qui a juré d'être libre, attend son salut 1 Ce sont eux, enfin, qui balancent les destinées du monde!!! Ah! citoyens, à quelles mains sommes-nous livrés ! Contemplez les maux qu'ils nous ont faits et les maux qu'ils nous préparent. Déjà leurs vengeances atroces se manifestent sur les courageux défenseurs du peuple qui ont dévoilé leur complots, déjà, profitant de l'éloignement des députés patriotes*, qui sont en mission pour réparer les désordres et les calamités qui sont leur propre ouvrage, et dont l'absence leur laisse la majorité dans la Convention nationale, ces intrigants ont l'eiTronterie de provoquer un décret d'accusation contre l'intrépide et véridique Marat, qui, le premier, a signalé à l'Europe entière les trahisons du perfide Dumouriez, leur complice.

Eh bien ! cet homme extraordinaire, méprisant leurs vociférations, conservait toute son énergie pour déjouer et confondre leurs sinistres projets *. Une adresse, dans laquelle la Société des Jacobins fait le tableau rapide de tous les malheurs qui menacent la liberté et la patrie, qu'elle vous presse de secourir, cet éveil aux Français, que vous venez de lire, dénaturé par le dénonciateur Guadet, est devenu le criminel prétexte de nouvelles persécutions contre Marat. Son nom se trouve lié cà cette circulaire, comme président de la Société. Dès lors, il est incriminé, on demande contre lui le décret d'accusation : il obtient la parole, ne parle point pour sa propre défense ; tout entier au salut pubhc, il développe avec plus de vigueur les crimes des aflreux artisans des désastres de la République. Ces scélérats n'opposent aux arguments victorieux des orateurs patriotes que des cris furieux, des menaces et des actes de brutalité. Marat est mis en état d'arrestation. Eh bien ! l'indignation publique est encore contenue par la prudence de Marat et de ses amis, qui ont exhorté le peuple au plus grand calme. Ces sacrilèges ennemis de l'humanité ont porté leurs excès contre nous jusqu'à la démence. Tous leurs

1. Les chefs et les suppôts de la faction profitent de cette absence pour faire décréter promptement une nouvelle Constitution; cependant le vœu du peuple souverain est que les sept cent cpiarante-cinq délégués doivent concourir à la formation de la Constitution de la République : cette observation est importante. [Note de l'original.)

2. L'arrestation du courrier extraordinaire, porteur de cette circulaire, que nous avions dépêché pour éviter la violation de l'administration des postes, prouve évidemment la conspiration de la faction avec Dumouriez, puisque cette adresse avait pour but principal de vous dévoiler cette conjuration. Les dépêches de ce courrier ont été lues dans une séance de la Convention nationale, séance à jamais mémorable pour le triomphe des principes, et qui prouve quel est le zèle et la sollicitude de ces Jacobins pour le salut de la patrie : séance qui aurait anéanti de honte les conjurés, si de pareils hommes pouvaient rougir. [Soie de l'orirjinul.')

journalistes, et notamment Gorsas, ont eu l'impudence de dénaturer notre circulaire dans le compte qu'ils en ont rendu, pour nous appliquer leurs propres intentions et leurs crimes, en nous faisant dire que nous vous appelions pour massacrer toute la Convention nationale. Le croiriez-vous, Frères? Une si absurde calomnie, détruite d'avance par la lecture de l'adresse, leur a fourni le prétexte d'assouvir leur haine et leur rage contre Marat. Ils voulaient porter le décret sans le motiver, sans même entendre la défense de l'accusé, eux qui ont donné trois mois aux défenseurs officieux du tyran ! Croiriez-vous que les législateurs n'ont pas craint de violer toutes les lois de l'humanité, de la pudeur, de la justice et de la raison, dans l'égarement de leur atroce vengeance ?

Les patriotes, ne voulant pas laisser consommer impunément tant d'iniquités, se précipitèrent à l'envi pour souscrire cette adresse; ils en déclarèrent les principes purs et inattaquables, en invoquant l'honneur de partager avec leur collègue un décret Iransgresseur du droit des gens et dont l'abomination rejaillit sur ses seuls auteurs. Ils crurent cependant qu'il était temps d'opposer la résistance à une op|)ression si manifeste; et, motivant leur opinion à Vappel nominal ', ils protestèrent tous contre un jugement tyrannique, digne des despotes de l'Asie. Ils rendirent à l'unanimité hommage à l'intrépide civisme de Marat, et couvrirent ces misérables d'un opprobre indélébile en plaçant sur leur front toutes les souillures de leurs âmes !

Lisez et jugez, jugez par cet acte inouï de despotisme et par l'audace des conspirateurs à quel ternie doit s'arrêter leur férocité et à quel résultat ils veulent nous amener.

Marat, qu'ils viennent de décréter d'accusation et qu'ils voudraient anéantir, parce qu'il les tient sous la massue de la vérité ; Marat, ce philosophe formé par le malheur et la méditation, joint à une âme de feu et un grand caractère une perspicacité qui lui fait prévoir les événements avant leur maturité, une grande connaissance du cœur humain, qui lui fait démasquer les méchants, même sur leur char de triomphe, et tandis que les esprits vulgaires les encensent.

1. Cet appel nominal, ilont le iJétail intéressant dévoilait les perfides manœnvres de la faction criminelle contre Marat, n"a point été recueilli par les journalistes, par ces journalistes vendus à Tintrigue, dont les plumes empoisonnées arrêtent les progrès de la Révolution et font plus de mal à la République que les Prussiens, les Autrichiens et toute l'Europe civilisée. {Sole de l'original.) — L'appel nominal sur le décret d'accusation à porter contre Marat fut imprimé par ordre de la Convention, imp. nationale, s. d., in-8°. — Bibl. nat.. Le 38/223.

Page 1