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Tome V

146 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [19 avril 1793]

Cet amant de la liberté ne sait point transiger avec les faiblesses et la corruption du siècle ; toujours plus en avant que les autres, il exige trop de vertu et se trouve rarement en mesure avec des hommes qui ne veulent même pas lui pardonner l'exactitude de son jugement et de sa pénétration.

Marat, cette sentinelle vigilante du peuple, fut, depuis la Révolulion, la terreur des aristocrates, et, du fond du souterrain où leur machiavélisme l'avait force de s'ensevelir, il lançait la lumière qui éclaira leurs ténébreux complots. Aussi tous les contre-révolutionnaires, conspirateurs, royalistes et tous les faux amis de la patrie se sont-ils coalisés pour attacher à Marat un masque de férocité, afin d'armer la prévention contre cet Argus infatigable. Croyant avoir entièrement corrompu l'opinion qu'ils dirigèrent contre lui, ils ont affecté d'accoler à Marat les plus chauds patriotes pour vous les présenter sous le même aspect, et détruire la cause sainte de l'humanité, en écrasant ses énergiques promulgateurs.

Mais le temps et les événements ont ici découvert la vérité ; bientôt l'exécration générale fera justice de tous les forbans politiques et de tous leurs calomniateurs à gages, auxquels Marat a appliqué le cachet de la réprobation ; bientôt ils passeront, et la réputation de Marat commence.

Citoyens, lorsque Marat dénonçait la Cour, il dénonçait une faction royaliste ; lorsqu'il dénonçait La Fayette , ses complices et ses flatteurs, ils dénonçait une faction royaliste.

Lorsque Marat dénonçait Brissot, Yergniaud, Guadet, Gensonné, Petion et consorts, il dénonçait une faction royaliste.

Lorsque Marat dénonçait Dumouriez, Valence et d'Orléans, il dénonçait une faction royaliste ; et cette dernière, qui n'est que la continuation de celle de Brissot, est d'autant plus royaliste que le fils de l'hyprocrite d'Orléans est évidemment le roi ou le régent que veut inaugurer Dumouriez.

Enfui, Frères et amis, les contre-révolutionnaires de la Convention croient être portés au triomphe de tous leurs crimes par le honteux décret qu'ils ont lancé contre Marat pour en imposer à la naliou, en faisant croire que la Convention le poursuit comme coupable.

Français, que peut la Convention dans les dangers de la patrie, tourmentée par les méchants génies qui composent cette faction ? Voyez cette faction occupant le Sénat, lorsquAnnibal est aux portes de Rome, d'accusations mensongères, étrangères au salut de la République, pour éloigner de son sein un de ses plus ardents protecteurs.

[19 AVHiL 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 147

Youlez-vous vous convaincre rie rénormilé des crimes de ceux qui forgent tous nos malheurs ? Jetez un regard douloureux sur toute la surface de la République ; voyez nos places frontières et nos ports maritimes dégarnis et désaprovisionnés par la trahison ou l'impérilie des ministres ;

Les rebelles levant une tète audacieuse , portant le fer et la flamme dans les contrées du Nord par l'effet de la haute protection que Vimpuni Roland a accordée ouvertement à tous les contrerévolutionnaires et tous les émigrés ;

Ces hordes impures et ces fourmilières de brigands vomies sur nos côtes par les Anglais et dont les ministres n'ont donné aucune connaissance, de concert avec le traître Bcurnonville, que la faction a replacé, malgré le public, ce Beurnonville qui serait encore impunément au ministère, si sa complicité avec Dumouriez ne l'eût forcé à abandonner son poste.

Contemplez le sol de la liberté près d'être souillé par la descente des Anglais, qui n'attendent pour l'effectuer que la fin de l'équinoxe, des Anglais, auxquels Brissot, soutenu par les efforts de sa cabale, a fait déclarer la guerre *.

Et tous ces pays conquis pour la liberté, évacués avec précipitation dans le même moment par la plus infâme des trahisons, trahison dont l'effet combiné est de mettre en horreur le nom français chez ces peuples infortunés rendus à leurs implacables tyrans, voyez ces mêmes pays arrosés du sang de cinquante mille patriotes traîtreusement sacrifiés aux projets sinistres des ennemis de notre Révolution, qui, pour nous opprimer, font égorger nos généreux défenseurs.

Nos munitions, nos approvisionnements amoncelés à grands frais pour l'ennemi, qui maintenant tient la campagne à nos frais et menace d'envahir nos frontières !

Eh bien ! Frères et amis, l'excès de tant de crimes de lèse-humanité est le fruit de l'orgueil, de la cupidité et de l'ambition d'une poignée de scélérats qui composent la faction que tant de fois nous avons dénoncée. Jusqu'à quand, hommes généreux et confiants,

1. Brissot. digne défenseur de Louis C.ipet. ayant employé vainement tous les moyens de le sauver, disait, quelques jours avant Texécution du tjran, que sa mort nous attirerait la guerre avec toute TEurope, et que nous étions hors d'état de l'entreprendre, n'ayant ni argent, ni munitions, ni aucuns préparatifs. Cependant, sitôt après sa mort, Brissot est venu dire positivement le contraire, en assurant que nous étions parfaitement en état de faire la guerre, et c'est sur la motion de Brissot qu'elle a été déclarée à l'Angleterre et à la Hollande. \Sote de l'original.^

148 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [10 avril 1793]

supporterez-vous de tels outrages? Jusqu'à quand souffrirez-vous que des délégués infidèles, armés du pouvoir que vous leur confiâtes, s'en servent pour perdre vous et la patrie !

Français, ah ! vous aviez juré de vivre libres , d'exterminer les

tyrans ! Vous aviez juré de maintenir la République une et indivisible Hàtez-vous de remplir vos serments sacrés.

Hâtez-vous donc de faire disparaître de la Convention nationale quelques monstres qui l'agitent, qui l'entravent, qui la déshonorent, pour dévorer plus sûrement notre malheureuse patrie.

Ne vous laissez plus aveugler sur le nouveau genre de tyrannie formé par cette faction; il est à redouter mille fois plus que la tyrannie royale ; celle-ci opprime à découvert, elle frappe, elle révolte tous les esprits ; mais la première, au pouvoir de quelques représentants du peuple, agissant sourdement sur tous les ressorts du gouvernement, les corrode, les désorganise et finit par les briser. Enfin, sous l'égide de l'impunité et de l'inviolabilité, une faction tyranique constitue à volonté un gouvernement oligarchique, le pire de tous.

Républicains, si vous êtes frappés de cette vérité, choisissez les moyens d'en écarter les funestes effets. Le gouvernement attend tout de vos efforts réunis aux nôtres ; l'abime est suffisamment sondé; les conspirateurs, les traîtres sont assez dévoilés; l'impunité a

porté leur audace à la dernière période ; ils agissent ouvertement

La liberté gémit, le peuple souffre, les finances s'épuisent, nos trésors alimentent nos ennemis, nos défenseurs ont été livrés et massacrés !!! Qu'attendez-vous?

Signé : Sambat.

Post-scriptmn '.

Marat vient enfin d'être reconnu innocent par le Triliunal révohilionnaire, ainsi qu'il l'a toujours été dans l'opinion ))nbli(iuo.

Ce n'est qu'après huit jours d'attente que le Comité de léyislalion a l)ien vouhi remettre les chels d'accusation portés contre lui, et (pii, aux ternies de la loi, (levaient être remis dans les vingt-cpialre heures.

Marat, jiaraissant devant ses juges, leur a dit, aj)rès avoir fait le développement des trames perfides de la l'action qu'il opprime, qu'il provoquait luiméuie l'examen le i)lus rigoureux sur sa conduite politique et privée, et que, fort du témoignage de sa conscience, conune de la j)ureté de son civisme, il ne réclamait point l'indulgence, mais la justice la j)lus sévère; ipie cependant, vu l'illégalité du décret j)orté contre la manifestation la j)lus marquée de l'opinion i)ublique, dans le plus scandaleux vacarme et sans discussion, au

i. Ce post-scriptum est poslcrieiir à l"ac(piitteineiAt do Marat, qui est du 24 avril nf)3.

mépris des lois et de la justice, décret qui n'est point le vœu de la majorité, puisqu'il n'est l'ouvrage que d'une partie de ses membres, qui ne composent même pas le tiers de l'Assemblée, décret motivé sur une adresse patriotique et vraiment républicaine, qu'il a signée comme président des Jacobins, qui l'a été par tous ses collègues de la Montagne civique et le sera bientôt par tous les bons citoyens de la République, la dénonciation de cette adresse ayant été abandonnée par le Comité, le décret restait nul, puisqu'il ne portait plus que sur d'anciennes et ridicules dénonciations, sur lesquelles la Convention avait précédemment passé à l'ordre du jour ; et que, par conséquent, s'il paraissait devant le Tribunal, ce n'était pas pour se justifier sur de vaines inculpations, mais \)0\n faire triompher la liberté, confondre l'imposture, dessiller tous les yeux, fixer l'opinion, mieux servir la |>alrie et cimenter la liberté.

Le Tribunal, ayant reconnu (jue les chefs d'accusation allégués contre Marat n'étaient pas cunstants, l'a arfpiillr ! Le peuple l'a couronné de chêne et l'a conduit en triomphe dans le sein de la Convention nationale. Là, ses ennemis, couverts de confusion, ayant fait de vains efforts pour faire lever la séance, ont déserté leur jjoste, et, pour In pri'niit'rt' fois, le iiatriotisme a habité du côté droit, car le peuple a rempli la salle.

La Société, après avoir entenilu la lecture de la Circulaire présentée par S.AMBAT au nom du Comité de correspondance, en a arrêté l'impression à runanimité.

A Paris, ce 19 avril 1793, l'an deuxième de la Républifpie française.

Desfieux, Président, en l'absence de Marat ; Dubuisson, Vice-président ; J.\Y, DuguESNOY, députés ; Coi.nhhe, Prieur, Dupeiret, Cham- PERTOis, Secrétaires.

SÉANCE DU DIMANCHE 21 AVRIL 1793 présidence de marat

Le citoyen Dubuisson occupe le fauteuil.

[Une lettre de Chabot annonce que les Sociétés populaires du Tarn et de l'Aveyron, dirigées par lui, regardent Danton, Robespierre, Marat comme les sauveurs de la patrie. — Leyendre, Basire et Rovère, revenus de Lyon, se justifient. Ils n'ont pas répondu aux lettres adressées à eux par le Comité de correspondance, parce que ce Comité leur enjoignait une première fois d'afficher dos adresses de la Société, et ensuite de revenir à Paris pour fortifier la Montagne, ce qu'ils ont fait. Ils ont envoyé des dénonciations contre le général Kellermann, ont destitué plusieurs fonctionnaires. Voici comment Ba-

150 SOCIÉTÉ DES JA'COBINS [21 avril 1793]

sire s'exprime sur le jilan do contre-révolution qu'il pn'ic aux (lirondins ligués avec Duniouriez, Kellerniann et autres :j

Les émigrés ont très peu d'amis clans le dedans; l'aristocratie du dedans, qui ne s'est pas réunie aux émigrés, craint leurs reproches et leur vengeance après leur retour.

L'aristocratie du dedans veut une contre-révolution à sa manière. Elle s'est liguée avec l'ancienne feuillantine pour le rétablissement de la royauté. Ils voudraient rétablir le régime constitutidunel. Ce plan-là a été arrêté à Paris, lors du dernier voyage de Dumouriez avec les députés de la Gironde, et il y a peut-être cinquante députés dans le secret. Ils sont les agents de l'Angleterre, de la Hollande et de la Suisse. Ensuite il y a au sein de la Convention les fédéralistes qui, pour le succès de leur système, comptent lieaucoup sur nos troubles.

\Rob('spici're approuve le discours de Rasire; puis il l'ait lecture d'un iirojet de Déclaration des Droits de riioninie, qu'il a rédigé.^

L'impression et l'alTiche de celte Déclaration ont été unanimement votées et arrêtées '.

Le ciloi/en Main e a demandé que la Société déclarât adopter ce projet de Déclaration.

Cette proposition, appuyée par Basire^ a été adoptée. Maure demande ensuite que Basire fasse l'analyse du tableau qu'il a présenté des différentes factions contre-révoluticmnaires qui agitent la France, et que ce travail soit imprimé.

[Lecture de la correspondance. Les Sociétés de Lesparre, Hontlenr, Nancy, Saint-tierniain-en-Laye et d'autres dénoncent les traîtres de la Convention et menacent de se lever encore une l'ois. J

La séance a élé levée à dix heures.

LXY

PRÉSmENCE d'aLBITTE

Le citoyen Diibuisson, vice-présidenl, occupe le fauteuil.

1. Société lies Amis île la Liberté et île l'Iù/dlité... Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen présentée par Maximiliex RonESPiEmiK. Paris, imprimerie patriotique et républicaine, s. d., in-8° de 12 p. — Bibl. iiat.. Lb iO/"'il.

[Le Vice-présideni annonce qu'Albitte est élu président et Gaillard viceprésident. — Legendre continue à rendre compte de sa conduite et de celle de ses collègues à Lyon. Il accuse Kcllerniann d'être un traître et fait le même reproche au ministre Garât. — Lecture d'un arrêté de la section de Bondy et d'une adresse de cette section, qui menace de traiter en sus])ects les insouciants qui ne viennent pas aux assemblées de section. — Gonchon fait lecture d'une })étition du faubourg Saint-Antoine, adressée à la Convention contre les Girondins.]

DuFOURNY. — Il y a une erreur grave dans cette adresse. On y annonce qu'il y a deux partis dans la Convention ; le mot parti se prend toujours en mauvaise part ; les patriotes ne forment pas un parti, cette dénomination ne peut s'appliquer qu'aux intrigants de la Convention.

[Fabre d'Kfjlantine prononce un long discours pour établir que Roland est responsable et môme qu'il est l'inspirateur du vol commis au Garde- Meuble après le 10 août. — Restoux, nommé par Roland garde général du Garde-Meuble et présent à la séance, est vivement i)ris à partie et convaincu de n'avoir pas fait dresser l'inventaire des objets confiés à sa garde. — La discussion sur ce sujet est renvoyée à mercredi.]

La séance a été levée à dix heures.

PRÉSIDENCE d'aLBITTE

Plusieurs citoyennes déposent sur le bureau des couronnes pour Marat et reçoivent le baiser fraternel, au milieu des applaudissements *.

La nouvelle de la mort de Lazowsky répand la consternation dans l'assemblée.

[Peyre déclare que ce patriote a été empoisonné.]

La Société arrête que tous les Jacobins et les citoyens des tribunes sont invités à assister au convoi de Lazowsky.

1. Le même jour, Marat, acquitté par le Tribunal criminel extraordinaire, avait été porté en triomphe par le peuple jusqu'à la Convention. [Procès-verbal, t. XI, p. 38.)

i'ô'2 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [24 avril 17931

On se réunira demain à deux heures au club des Jacobins pour se rendre à Issy, dans la plaine de Grenelle.

[L'ordre du jour est le vol du Garde-Meuble. — Suite de la discussion sur ce sujet. — Thuviot^ déclare qu'il a été commis par une bande de voleurs protégés par de hauts personnages.]

L'orateur est interrompu par l'annonce de l'arrivée de plusieurs citoyennes chargées de couronnes civiques pour Marat.

Ces citoyennes entrent au milieu des applaudissements et reçoivent le baiser fraternel.

Le Pi^ésident s'écrie : « La reconnaissance publique est la preuve que Marat a fait son devoir. » [Applaudissements.)

[Desfteux dit qu'il faut l'aire revivre coite alTaire, morte avec le tribunal du 17 août, et la porter au Tribunal révolutionnaire.

Legendre, puis Pépin Desçivouëttes demandent la création dans la Société d'un Comité pour recueillir les témoignages sur cette affaire, analogue au Comité déjà chargé de recueillir les preuves de la trahison de Roland. — Robespierre le jeune préfère que l'on consacre tous les jours une demi-heure à une discussion sur ce sujet. — Lequinio propose et la Société arrête qu'on aura à la fois la Commission proposée et la discussion publique pendant quelques jours.

Lequinio rend compte de sa mission à l'armée de Belgique. « Un des devoirs les plus chers à notre cœur, dit-il, a été de fréquenter les Sociétés populaires. »]

Le citoyen Desfieux lit une lettre de Duprat l'aîné, qui envoie copie de celle qu'il a écrite à son frère pour le sommer de prouver que l'argent avec lequel il a payé ses dettes a été légitimement acquis-.

[On lit les deux lettres.]

Sur la proposition de plusieurs membres, la Société arrête l'impression, l'afTiche, la distribution et l'insertion au procès- verbal de la lettre du citoyen Duprat ^ .

\. Thuriot et plusieurs des Jacobins qui prirent la parole dans cette discussion avaient fait partie du tribunal du 17 août. Pépin Desgrouëttes était commissaire national auprès de ce tribunal.

2. C'est une allusion au vol du Garde-Meuble, que les Jacobins attribuaient, comme nous lavons vu, à lloland et aux Girondins. Jean Duprat, député des Bouches-du-Rhône, était l'ami de Barbaroux. Il fut condamné à mort le 9 brumaire an II (30 octobre 1793). Son frère, l'auteur de la lettre dont il est question ici, était membre de la Société populaire d'Avignon, affiliée aux Jacobins.

3. Société des Amis de la Liberté et de rÉgalité... Jean-Étiexxe-Benoît Duprat, Président du district de Vaucluse. ù Jeax Diprat, son frère, député à la Convention nationale, précédée d'une lettre dudit Jcan-Élienne Duprat ù la Société des Jacobins. Paris, imp. patriotique et républicaine, s. d., in-8" de 8 p. — Bibl. nat., Lb 40/23i;i. Imprimé également dans la Correspondance, n" 190, 27 avril 1793.

[Robespierre prononce un éloge de'Lazowsky, dont voici l'exorde et la péroraison :]

Robespierre. — Si la tyrannie avait eu un défenseur tel que celui que la République vient de perdre, son éloge eût été prononcé avec tous les charmes de l'éloquence, et de toutes les extrémités de la République on lui eût décerné des honneurs publics, tels que ceux qu'on a décernés à Mirabeau. Mais, quand un grand homme ignoré termine sa modeste carrière, quand il n'a pour panégyristes que les hommes qui lui ressemblent, ce grand homme n'est loué que par le peuple. Et , tandis que le héros du despotisme et de l'intrigue est célébré, même par ceux qu'il a mécontentés, le héros de la République et de la Liberté ne trouve que des cœurs indifférents. [Applaudi.)

[Il raconte les efforts de Lazowsky pour faire entendre la vérité à la Convention. — Pendant son discours, une tribune inachevée s'écroule sous le poids des auditeurs qui s'y étaient entassés, ne trouvant plus de place ailleurs. — Robespierre continue ainsi :]

Citoyens, connaissez le prix de la liberté, puisqu'il faut tant de crimes pour opprimer ses défenseurs. Pleurez votre frère... Je le pleure, mais je jure que ma doideur pruf(»nde tournera au profit de la liberté. (Applaudi.) Je jure que tous les amis de Lazowsky, c'est-ù-dire tous les patriotes, sont mes amis, je jure que je leur suis dévoué jusqu'à la mort. Je jure par l'ombre de Lazowsky, je jure par son tombeau, une haine implacable à tous les fripons, un amour immortel à tous les hommes vertueux, à tous les malheureux.

Citoyens, si vous voulez conserver ce que vous avez de plus cher, honorez la mémoire des patriotes, donnez cette consolation à leurs successeurs, et que de la cendre des défenseurs de la liberté renaissent des millions de vengeurs. (Applaudi. Tous les citoyens élèvent leurs chapeaux et jurent simultanément de venger la mort de Lazowsky .)

Citoyens, ne soyez plus la dupe du charlatanisme de nos ennemis, qui n'honorent que les héros de l'intrigue. Lazowsky était au sein du peuple.

Vous avez des magistrats dignes de vous, car on assure qu'ils veulent rendre des honneurs à la mémoire du vertueux Lazowsky. Donnez l'exemple au reste de la terre d'honorer les amis de la liberté. Ils ne sont pas dans la classe opulente, ils sont parmi les sansculottes. Soyez persuadés que, quel que soit le nombre de nos enne-

154 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [24 avril 1793]

mis, nous sommes plus forts queux; nous avons la raison, la vertu et le peuple. [Applaudi.)

Mittié fils demande qu'un artiste, choisi parmi les membres de la Société, soit chargé d'exécuter le buste de Lazowsky, qui sera placé à côté de celui de Brutus.

Robespierre propose de charger des membres de rédiger une adresse aux Sociétés afTiliées sur l'événement malheureux de la mort du patriote Lazowsky,

Cette proposition, appuyée par Peyre, est adoptée '.

G,.. — Citoyens, il faut que la cendre d'un sans-culotte repose au Panthéon. 11 occupera la place que Mirabeau profane actuellement. Nous ne pouvons pas ordonner cette translation, mais nous devons recueillir religieusement la cendre de Lazowsky, en attendant qu'une Convention plus pure que celle qui existe honore ce patriote.

David propose que son cœur, renfermé dans une pierre, soit placé sous la tribune, et il demande à remplir les fonctions de commissaire pour ordonner les obsèques de Lazowsky.

On propose de nommer des commissaires pour connaître la cause de la mort de Lazowsky et en rendre compte à la Société -.

{Une dépidation de la seclion du Finistère, à laquelle appartenait Lazowsky, cl qui a assisté à la séance, demande à conserver le cœur de ce patriote.]

La séance a été levée à dix heures.

LXYII

l'RÉSIDENCC d'aLBITTE

[Desfieux demande l'impression, raffichagc et l'envoi aux Sociétés affdiccs des articles calomnieux des journaux de Brissot et de Corsas, que Maure, son collègue à la Convention, appelle « ce coquin de Corsas ». — Duhois- Crancé demande qu'on joigne à ces articles ceux dans lesquels Brissot a fait l'apologie de Dumouriez, alors que personne n'ignorait que Dumourioz trahissait.]

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