A PARIS, AUX SOCIÉTÉS AFFILIÉES
présemée par robespierre a la séance du 23 janvier 1793'
Citoyens,
Le tyran des Français est tombé sous le glaive des lois ; que la liberté respire, que la patrie relève sa tête triomphante, mais que tous les bons citoyens veillent encore, qu'ils déploient la sainte énergie à laquelle le châtiment des rois doit les élever. Le tyran nous a légué le reste des vices que le despotisme avait introduits parmi nous, tous les maux qu'il nous avait préparés, et tous les nombreux ennemis qu'il nous avait suscités. Quel est cet horrible enchantement que la royauté exerçait sur les âmes ! Le plus vil mortel avait déjà fait couler le sang de trois cents mille citoyens vertueux ; son jugement môme est devenu le signal de la plus redoutable conjuration qui eût encore menacé la liberté ; tous les poignards des scélérats de la France et de TEurope étaient levés sur la tête des plus fidèles défenseurs de la patrie. L'absolution de Louis, ou le décret qui devait le sauver par de funestes lenteurs, devait être leur arrêt
1. Jean-François BoursauU avait été directeur du Tliéàlrc-Molière. Quoi qu'en (lise Dufourny, son élection fut maintenue. 11 fut même admis à siéger à la Coiivcution, le 19 mars 1793, en remplacement de Manuel, démissionnaire. Le 8 octobre suivant, la Convention l'envoj'a en mission pour la levée de chevaux à Rennes. — Sur sa faillite comme directeur de théâtre, voir le Mercure universel, des 8 et 19 frimaire an 11, p. 123 et 298.
2. Imprimée dans le n" l."i9 de la Correspondance ; imprimée également avec dautres pièces, Bibl. nat., Lb 40/742, in-8.
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de mort ; la victoire même, que l'héroïsme civique remporta au sein de la Convention nationale sur l'intrigue et sur la perfidie, a suspendu plutôt qu'étouffé la conspiration ; elle n'a pu désarmer les assassins. Plusieurs députés, qui avaient signalé leur zèle pour presser la condamnation du tyran, ont été attaqués et poursuivis par eux. L'un de? plus fidèles représentants du peuple a expiré sous leurs coups. Le jour où la mort du dernier des rois devait consoler l'humanité, elle a eu à pleurer l'horrible assassinat commis dans la personne de l'un de ses plus zélés défenseurs. Michel Le IVletier a précédé le tyran lui-mèmo au tombeau. Citoyens, arrêtons-nous devant l'urne limèbrc qui renlérmc la cendre d'un héros de la patrie; arrosons-la tle larmes terribles à tous les tyrans.
Citoyens, Amis de la Liberté et de THlgalité, c'est à nous qu'il appartient d'honorer la mémoire des martyrs de celte religion vraiment divine dont nous sommes les missionnaires. Nous avons vu Le Pelelier, dès le commencement de la Hévululitm, combattre conslauunent aux premiers rangs des défenseurs de la liberté. Le Pelelier était noble. Le Peletier était à la tète de cette corporation puissante qui partageait l'autorité souveraine avec le despotisme royal. Le Peletier jouissait d'une fortune immense; Le Peletier se dévoua pour la cause de l'égalité et de l'honorable indigence. Loin de prostituer, comme tant d'autres, à l'inlrigue et à l'ambition ses talents distingués, vantés avant la Révolution même, il les consacra constamment à la défense des principes éternels de la morale et de la philosophie. Éloigné de tout faste et de toute prétention, il employait dans le silence une partie de ses richesses au triomphe de la liberté, et au soulagement de l'humanité souffrante. Dans lo département de l'Yoïme, dont il était député, à Paris, dans tous les lieux où ses possessions étaient situées, il fut l'appui des indigents, le défenseur des malheureux, l'ami des patriotes. Ce sont les cris douloureux que les infortunés, soulagés par ses soins, ont poussés à la nouvelle de sa mort, qui nous ont révélé la moitié de ses vertus, que sa modestie dérobait à la reconnaissance des citoyens. Son âme pure et élevée, son âme douce et courageuse était la source sacrée des opinions politiques qu'il professait dans la tribune. S'il manquait à son éloquence cette véhémence foudroyante qui atterre le crime, il possédait dans un plus haut degré la force de la raison et la douceur des formes, qui attire la faiblesse et qui éclaire la bonne foi.
Mais c'est surtout tians ce dernier période de la Révolution qu'il déploya sa grande âme tout entière. Tous les liommes qui possédaient ou croyaient posséder quelque talent se liguaient pour
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avilir et pour accabler la cause du peuple et pour usurper toute l'autorité du gouvernement ; c'est au moment où une coalition hypocrite et toute puissante, qui avait juré d'arracher le tyran à l'échafaud, ne présentait aux défenseurs incorruptibles des principes que des calomnies et des poignards, qu'il préféra ce double danger à tous les pouvoirs et à tous les trésors qu'elle offrait à ses sectateurs ; c'est à ce moment où il n'était plus permis de prononcer le mot peuple, sans être réputé séditieux et flatteur du peuple, qu'il défendit les droits du peuple avec une nouvelle ardeur. Il se déclara l'ami, le compagnon d'armes des députés républicains, dans le moment où une armée de libellistes, stipendiée par un ministre coupable et par la faction dont il était l'instrument, les dévouait au mépris public et à la rage des conspirateurs, sous le nom d'anarchistes, d'agitateurs, de factieux. Nous l'avons vu défendre dans notre sein la doctrine de l'égalité et de la liberté; nous l'avons vu fréquenter plus assidûment cette Société, depuis que le nom seul des Jacobins fut proscrit par les intrigants du jour, comme il l'était naguère, par Léopold, par Bruns- ^vick et par La Fayette. Il la présidait encore, peu de temps avant le crime exécrable qui l'a enlevé à la patrie. A quels prix nos ennemis n'auraient pas acheté son suffrage dans la cause du tyran contre le peuple ! 11 vota constamment contre les fatales lenteurs, contre les délais parricides par lesquels on voulait éluder la punition du tyran... Et il n'est plus 1 0 Le Peletier, tu étais digne de périr pour la patrie sous les coups de ses assassins ! Ombre chère et sacrée, reçois nos vœux et nos serments ! Généreux citoyen, incorruptible ami de la vérité, nous jurons par tes vertus, nous jurons par ton trépas funeste et glorieux de défendre comme toi la sainte cause dont tu fus l'apôtre ; nous jurons une guerre éternelle au crime, dont tu fus l'éternel ennemi, à la Ij'rannie et à la trahison, dont tu fus la victime. Nous envions ta mort et nous saurons imiter ta vie. Elles resteront à jamais gravées dans nos cœurs, ces dernières paroles où tu nous montrais ton âme tout entière : « Que ma mort, disais-tu, soit utile à la patrie, qu'elle serve à faire connaître les vrais et les faux amis de la liberté, et je meurs content, »
Frères et amis, nous volons en ce moment au Panthéon, déposer les cendres de ce grand homme, avec les représentants du peuple qui ont rendu ce juste hommage à sa mémoire, avec tous les citoyens qui pleurent le patriotisme et la liberté lâchement assassinés dans sa personne. Nous avons résolu d'ajouter aux témoignages de la douleur publique les monuments particuliers de notre propre douleur : nous saurons expier, par les honneurs rendus à la vertu civique, ceux qu^
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rintrigiie et l'erreur prostituth'ent jailis au charlatanisme et à l'imposture. Le défenseur de la monarchie les usurpa; restituons-les au martyr de la République ; que la France entière retentisse au même instant de ses éloges funT'bres, de nos hymnes et de nos serments à la liberté ; que l'aristocratie frémisse ; que l'intrigue rentre dans le néant, et que tous les despotes de la terre lisent leur destinée écrite sur la tombe du héros que nous célébrons, et surl'échafaud du dernier de nos tyrans !
SÉANCK DU VKNDUEDl Si JANVlKlt nU3
l'RKSiriENCE DE MUNESTŒR (DU 1'UV-1»E-DÙME)
[Oïl propos»' tl'oiivrii' uiic souscription pour donner une prime à celui ipii découvrira l'àris, assassin de Le l'elelier.]
C... — 11 n'est pas un véritable Jacobin qui ne se contente d'avoir une couronne civique; je ilemande donc qu'il ne soit promis ni accordé que ce genre de récompense à un Jacobin et que la souscription soit appliquée aux indigents ; mais, si tout autre qu'un Jacobin arrête Paris, le produit de la souscription lui sera accordé.
Cette proposition a été adoptée.
[Leelure de la correspondance. La Socit-té de Brest envoie une lettre presqu'identique à celle de la Société dos Hécollets de Bordeaux. La Société de Mcaux, celle d'Amiens demandent des explications sur la radiation de Roland, de Gensonné. de Brissol. La Société de Saint-Paul, celle de Civel, celle de Blois api)rouvenl la conduite de la Société mère.
Desfieu.r demande des mesures capables d'intimider le ministre ([ui succédera à Roland.]
C... — Vergniaud n'a pas perdu l'espoir de perdre la Montagne, c'est-à-dire les patriotes. Il a dit : les Montagnards ont actuellement un grand avantage sur nous, mais ils s'endormiront, et nous prendrons le dessus. Veillons, citoyens; les coquins savent se concerter ensemble et épient l'occasion d'opprimer la liberté. Nous avons le dessus, conservons-le ; autrement il faudra encore faire une seconde insurrection.
[C... s'oppose à ce ipion donne de nouvelles cartes aux timides qui ont
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cessé de friHiiicnlcr la Sociélé dans les moments orageux et qui demandent à y rentrer depuis la mort du tyran. Maure présente à la Société Villelard ', suppléant de Le Pelelier, qui vient rem])laeer ce dernier à la Convention. — Un militaire canonnier se plaint que Ton ait donné à ses camarades une fausse alerte, en leur annonçant que le peuple de Paris se portait sur les prisons. — Un membre demande la destruction des rej)aires de jeux et d'escroquerie du Palais-Royal '.J
MoNESTiEB. — L'ordre du jour doit être le rapprochement des patriotes. Je veux que' ceux qui justifient ce titre se rendent à leur poste. Je demande que mes collègues de la Convention aient parmi eux un censeur qui puisse faire la liste des absents, liste qui sera lue à la Société des Jacobins ^.
Un membre. — Je demande que Monestier soit nommé premier censeur.
Monestier. — J'accepterais volontiers cette fonction, parce que je suis sûr que je la remplirais avec autant de zèle que d'exactitude. — Ce n'est pas actuellement qu'il faut sonder froidement la plaie de nos finances : il ne s'agit pas de savoir si vous avez 500,000 livres de plus ou de moins ; il faut calculer combien vous avez d'ennemis à vaincre, combien vous avez d'hommes pour les battre, combien vous avez de canons, combien vous avez de fusils, combien vous avez de briquets, combien vous avez de souliers, etc.. Il importe d'épurer nos armées. Si Dumouriez nous a trahis, il faudra le punir et ne plus l'employer. Si Roland, Brissot et les Girondistes ont voulu faire une dictature de la Belgique, il faut faire sauter la tête de ces dictateurs, comme vous avez fait sauter celle de Louis XVI. {Applaudi.)
Je demande qu'on mette à l'ordre du jour nos opérations militaires, et qu'on s'occupe aussi d'un grand point de sécurité publique, ce sont les visites domiciliaires. Il ne faut pas s'endormir, car le sommeil ne vaut rien, il est suivi de la mort^. Dans Paris, il y a
1. Au lieu de ViUetavd, on lit dans le Journal des Jacobins le nom de Diitac. C'est sans doute une faute d'impression. 11 n'y eut pas de conventionnel de ce nom. C'est Edmc-Pierre-Alexis Villelard, premier suppléant de l'Yonne, qui remplaça Le Peletier à la Convention le 23 janvier 1793.
2. Le 23 janvier 1793, les Jacoluns avaient déjà porté à la Convention une demande analogue. [Procès-verbal, t. V, p. 382.)
3. Le matin même du jour de cette séance, il y avait à midi k peine 150 députés présents à l'Assemblée, d'après le Procès-verbal, t. V, p. 397.
4. Le 21 janvier, la Convention avait décrété que les finances, la guerre et l'organisation de l'instruction publique seraient continuellement à l'ordre du jour et que le Comité de Constitution présenterait le projet de Constitution sous quinze jours. Le même jour, elle réorganisa le Comité de sûreté générale. Cf. Procès-verbal, t. V, p. 349 et suiv.
quatorze mille brigands. Quand ils seraient aux Champs-Elysées, il faudrait s'en consoler.
[L'orateur continue on montrant l'utilité des visites domiciliaires. Si Ton en fait douze dans un jour, à la suite de douze dénonciations, ces douze visites on produiront au moins soixante; nous nous déliarrasserons ainsi de tous les Coblenciers (sic).
Jeanbon Saiut-Andrr a|»|uiie la dernière proposition. .. On vous a proposé des mesures, dif-il ; il en est une diyne de vous ; dans les moments de danger, (ont citoyen est mai,Mstrat. ■. Il insiste sur les coinpiols formés chez Beauvilliers'.
Chabot dierclie à amener la discussion sur les iiiiances. 11 dit nolaniiiienl :J
Vous devez commencer votre Révolution par une opération linancière. Vous le devez parce que vous êtes envoyés pour empêcher la banqueroute. Vous le pouvez, parce que nos ressources sont immenses. Plus de trois milliards de biens nationaux vous serviront pour résister à nos ennemis, quand nous serions armés pendant dix ans au notubrc de six cent mille. Il ini|M)rle donc d'éteindre la dette nationale.
[L orateur propose : |" !,• reniiioursement immédiat de la délie en (juillances de finance à :{ p. Iixi dinlérél, <pii seront prises pour complanl dans les paiements de biens nationaux; 2-^ la création d'une caisse d'amorlissement pour rétablir la eirculalion du numéraire et arriver à Ma suppression insensible des assignats. I.a con(|uéle <lo la Hollande et de l'Espagne donnera du numéraire. Sur ce dernier point, voiei les passages caracli''risli(|Mes du discours :J
Où trouverons-nous de l'or pour faire la guerre ? A Amsterdam et à Madrid. . .
Portez la liberté en Hollande : elle vous tend encore les bras; elle vous offre son or et ses vaisseaux. . . Songez surtout que de la restauration de vos finances dépend la liberté des peuples, et tous les moments que vous perdez sont des siècles; dans six semaines, vous l'apprendrez à vos dépens.
Un milit.\ire. —Je viens de rarmée. J'ai rencontré à Bruxelles un Hollandais; il m'a dit que des tonnes d'or attendaient les Français en Hollande, et que notre révolution y réunit la majorité des suffrages.
Be.ntabole. — Je vous conseille, avant d'établir une discussion sur les vues présentées par Chabot, de considérer que nous sommes le fanal de l'opinion publique, que nous devons en conséquence suivre
1. Antoine lîeauvillicrs i7ol-1817 , célèbre restaurateur du l'alais-Royal.
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l'ordre des questions les plus importantes. Nous avons juré de vivre libres ou de mourir. Je demande donc que Ton s'occupe de nos armées, de l'habillement de nos troupes, et du moyen de compléter nos bataillons. [Bruit.)
C... — Je ne suis point de l'avis de Bentabole. Je demande qu'on s'occupe des finances, qui intéressent essentiellement la République, sans cependant négliger le soin de sa défense.
Hassenfratz. — 800 millions suffiront pour faire la guerre cette année. En portant au maximum toutes les dépenses {B/-uit), 800 millions suffiront pour combattre et vaincre tous les despotes coalisés de l'Europe.
Il y a actuellement des ordres donnés pour armer et équiper cinq cent vingt-six mille hommes. Les munitions de guerre ne nous manqueront pas, et nous aurons des bouches à feu de rechange.
La Société, arrête sur la proposition d'un membre, que Hanssenfratz serait prié de rédiger sa motion et de la communiquer aux journalistes, pour que nos forces soient connues et fassent trembler nos ennemis.
[Une (li'piilalion de la section des l'aileries se plaint que les instituteurs de cette section donnent des thèmes à leurs élèves pour les apitoyer sur le sort de Louis XVL — Elle rapporte que la section a blâmé les notaires, parce qu'ils sont venus aujourd'hui pour la première fois demander des certificats de civisme.]
PRÉSIDENCE DE MONESTIER (dU PUY-DE-DÔME)
[Offre de dons patriotiques. Un affilié de Rochefort demande que la Société entretienne une correspondance suivie avec les Sociétés populaires pour démasquer les Brissotins, tels que Yergniaud, Guadet. Sur la i)roposition de Bourdon, la Société passe à l'ordre du jour. Tumulte. La Société refuse l'entrée de son enceinte aux citoyens qui n'ont pu trouver place dans les tribunes. Un membre dénonce un conciliabule qui se tient rue d'Orléans, n" 17, et auquel assistent Barbaroux et Buzot.]
Tous les citoyens de la section de la Halle-au-Blé ont été invités à partir sur-le-champ pour vérifier ce fait.
Ils partent, accompagnés de plusieurs militaires.
C... — Il est étonnant qu'on souffre des dénonciations publiques. Je demande que tous les dénonciateurs soient tenus d'user de la discrétion qui peut seule rendre utiles à la chose publique les révélations qu'ils sont dans le cas de faire.
Mahat. — J'invite tous les citoyens à se rendre au Comité de surveillance. Ils sentent que ce sont des mesures qui exigent le plus grand secret, autrement elles seraient de nul effet.
[C... ra|t|)Ortc que, grâce à Moroton, les ropréscnlanls |)rovisoires df la ville de HnixclU's ont rclraclé leur proleslalion conlro lo décret du 15 déconibro 1792'. Murai accuse les généraux aristocrates et dit:]
Jamais la liberté ne triomphera dans la Belgique, que lorsqu'un vrai sans-culotte sera à la tête de nos armées. [Applaudi.)
[C... ri'|iicii(l la suilc de son discours. i,e> Uriges acceptent volontiers la (]onslilu(ion fraiiçaisc ; ils adoplemnl les assignais.]
La Société arrête de rédiger une adresse à la Convention pour obtenir un décret qui ordonne la circulalicui des assignats dans tous les endroits où sont et seront nos armées.
{Dcs/irii.r dit ([ue I)uniouri(>z serait 1res llatlé de venir à la Socii'-lé, mais qu'il craint d'y renconirer Maral. numouriez lui a déclaré (|u'il ne concevait pas pourcpioi la Sociélé n'avail pas chassé Maral.
La Société reçoit une dépnlation des sans-culolles de la marine de Uoclielorl. Sur la proposition de Jeanbon Sainl-ADdrr, la Société nonunc une commission, composée de ses membres et des <lrpiilés marins de la llochelle, pour rectifier le Code maritime.
JJdssnifrnIz se plaint que Dumouriez néglige son aiiiu'e.
L'un (les membres envoyés rue dUrléans rapporte (pie le conciliabule dénoncé se tient tous les soirs chez Valazé, entre (piarante à cinquante personnes*, et annonce qu'il va déposer |M-ocès-verbal de ce fait au Comité de sûreté générale.
C... déclare (ju'il ne voit pas sans in([uiélude le général Custine, aristocrate connu dans l'Assemblée constiluanle, attirer toutes nos forces du côté de Mayence. >VimplTen, que Custine demande comme adjoint, était un cidevant.]
La séance a été levée à dix heures.
1. Cf. Recueil des actes du Coinilé de salut public, t. I, 331 et suiv.
2. Cf. Les Orateurs de la Léf/islatire et de la Convention, par F.-A. Aulard, t. 1, p. 151.
12 SOCIETE DES JACOBINS [28 ,ia\v. 179:)]
TRÉSIDENCE DE MONESTIER iDU PUY-DE-DÛME)
[La Socu'ic" arrôle qu'elle se rendra en cor])s à la Convention pour faire déclarer inl'àmc et traître à la patrie tout homme (|ui ne prendrait pas les assignats au jiair, et ajoute un amendement portant (pie eeux (jui enfreindront la loi coërcitive de l'agiotage du numéraire seront jjunis de mort.
P^jpù?, membre de la Société, accusé d'incivisme, présente une délibération de sa section qui rend hommage à son ]»alriotisme.
Un membre de la Socictc d'Hunintiue dénonce Demars, (pii commande les troupes de la Réimbliquc à Porcntruy, et Cobel, envoyé en mission par le Conseil exécutif : ils ont dissous la Société des amis de la liberté de Porentruy '.]
[Sur la ])roposition de Tlinriot la discussion est ajournée à vendredi, jour oii Gobel sera entendu.
Jeanbon Saint-André annonce (pie Hiizot va alla((uer les ))alrioles demain; il exhorte les Jacobins membres de la Convention à se trouver à leur poste et invite la Société à blâmer ceux qui seraient absents.
Line lettre de Perpignan annonce que, si la Société de Perpignan a rompu avec la Société mère, c'est par suite des manœuvres de lîirotteau.
Desfieux annonce que la Société des Récollets de Bordeaux, ayant reçu des lettres de Yergniaud et de Guadet, a refusé de discuter la motion qui fut faite d'envoyer cinq cents hommes armés à Paris.
Monesfier rappelle que l'ordre du jour est l'organisation du ministère. Il critique le projet de réorganisation du Conseil exécutif présenté à la Convention par Siéyès, « dont on ne jjrononce le nom qu'avec vénération ».]
PRÉSIDENCE DE MONESTIER (dU PUY-DE-DoME)
[La Société arrête l'imjjression et l'envoi aux Sociétés affiliées d'une lettre adressée aux Marseillais par la commune de Saint-Ciiamond. Arthur dénonce Delamarche, administrateur de la fabrication des assi-
1. Des membres de cette Société de Porentruy avaient présenté une pétition à la Convention le jour précédent. — Procès-verbat, t. V, p. 4o0.
gnats, quil accuse do nc-gligonce. Robespierre l'aîné et Collot d'Horbois lui sont adjoints, sur sa demande, pour suivre la marche de cet employé infidèle.
Une ih'putation de la Sociélo de Saint-Denis vient alTirmer que celle Société n'a pas mérité d'être reniée |)ar la Sociélé mère.
Thurinf, Bourdon et Jeanbon Saint-Ander critiquent le i)lan i)roposé à la Convention par Siéyès '. Ce dernier fait l'éloge du projet présenté par Fabre d'Églantine *.]
La séance a été levée à di.x. heure?.
Ali
SÉ.\NCE DU VENDREDI 1"' FKVMIEH 1793
PRÉSIDENCE DE MONESTIER [DU rUV-DE-DÙ.MK)
[Lecture de la correspondance. Plusieurs lettres des Sociétés affiliées, (lont voici les princi|)ales :
Lettre de la Société du Club nalional île Uordeaux, du 11 janvier : elle annonce (pu', nonobslani ses réclamations, il partira, le 10, 'iOO hommes de Hortleaux ; mais elle assure (pie ce sont d'excellenis |iatriol<'S et tpie leur départ ne doit causer aucune incpiiétude aux amis de la liberté ;
Lettre de la Sociélé de la Uochelle, conlenanl une Adresse à la Convention nationale, par laquelle elle se plaint des scènes scandaleuses du Corps législatif, (pi'elle invite à s'occuper de grands objets d'utilité- publicpie. l'Ile finit |iar censurer ceux qui ont volé pour l'appel au peuple.
Lettre de la Sociélé de Clermonl-Ferrand ; elle annonce qu'elle a chassé de son sein le dé|)uté Henri Hancal, «pii n'a pas voté la mort du roi et a fait imprimer son opinion à ce sujet*.!
Cinq nouvelles Sociétés ont demandé et obtenu l'afllliation.
1. 11 saf,Mt (lu rapport sur riiif,Miii.salii>n du ministère de la puerrc, présenté par Siéyès, au nom du Otmité de dèrense générale, le 25 janvier 1793, et publié dans \c Moniteur du 28, t. XV, p. 287-2!»2. — Bcaiicnup dautres projets furent présentés, et la diseussiitn se lonuina le •> février par ladoplion du projet do Barère. {l'rocès-verbal, t. VJ. p. 28, et Moniteur, t. XV, p. 3.Ï2.)
2. Le projet présenté par Fabre d'F]jrlanline, le 28 janvier, est donné par le Moniteur, t. XV, p. 300, 307. V«»y. eiifore Société des Amis de la Liberté et de l'Ef/(dité. Discours prononcé à la Convention nationale et clans la Société des Amis Je ta Liberté et de l'Kr/alité, par P.-F.-N. Fabre dEirlantine, député à la Conventiou nationale ilc France par le département de Paris, sur le projet déconomat national et sur le moyeu dappro visionner les armées. Paris, 1793. imprimerie Pottier de Lille. in-8°, Bibl. nat., Lb 40/2299. Le Discours est suivi d'un Amendement de Monestier et dun Extrait du Procès-verbal de la Société du 4 janvier 1793, qui en arrête l'impression et l'envoi aux Sociétés affiliées.
3. Cette opinion de Bancal des Issards a été reproduite par le Moniteur, t. XV. p. 200-201.
14 SOCIKTK 1M:s JACOBINS [!«' i kv. 1793]
\D<\ifi<'iiv aiiiioiu'c, (r;i|)r("'s une Icllrc de 'roiilousc, (|iu' le |h'U|i1c de cette ville ;i brûlé en ellii^ie eeu\ de ses mandataires qui ont voté l'appel an peuple pour le ingénient de Capel, en attendant qn"on puisse les brùlei- i('-('llenient'.l
La Société dos Sans-CuloUes de Lyon a émis son vu-u ]jour que ceux qui ont voté pour la réclusion ou le bannissement de Louis Capet soient bannis dans vingt-quatre beures de Paris et dans huit jours de la République française.
[Un citoyen répond, au nom de la section de la Croix-Rouge, du civisme d'un de ses frères arrivés de Porentruy pour démasquer les intrigants (jui ont dénoncé (iobel et Demars. Le Prt'sUlent s'adresse aux membres présents qui connaissent Cobel, pour le prier d'inviter ce dernier à venir se justifier.
Un membre remet au Président une lettre de Cobel, par laquelle celui-ci s'excuse parce qu'il est malade. Le membre qui a dénoncé Cobel, Demars et Rengguer persiste à les acuser d'avoir dissons une Société poi)ulaire.]
On a demandé l'ordre du jour.
La Société a arrêté que Robespierre et Collot d'Herbois seront chargés d'examiner cette affaire et d'en faire leur rapport à la Société.
[Montréal prononce un discours sur la situation maritime et coloniale do la France. Il faut, dit-il, défendre nos colonies, faire la guerre à l'Angleterre et à l'Espagne, et envoyer uu agent pour nous entendre avec les Etals- Unis d'Amérique. On demande l'impression. Un membre s'y oppose, en faisant remarquer que les Etats-Unis ont refusé des secours à la Révolution française. I/ordrc du jour est adopté.
Anarcharsis Cloo(s déclare qu'il a reçu de Belgique une lettre dans laquelle on lui reprochait d'avoir demandé le rapport du décret du 15 décembre, relatif à la nelgi(iue : il se disculpe de cette accusation *.]
Un membre fait lecture d'un arrêté du département de l'Yonne, relatif à des honneurs funèbres en l'honneur de Michel Le Peletier.
On a demandé l'ordre du jour.
RoBESPiEHRE l'aîné. — Je soutiens que l'ordre du jour est d'entendre l'historique des honneurs rendus à l'apôtre et à la victime de la liberté. Nous ne sommes point embarrassés de foudroyer la ligue des tyrans étrangers; ce sont leurs alliés dans l'intérieur de la France qu'il faut réduire... Rien ne serait plus agréable pour eux que de voir traiter avec mépris le martyr de la liberté, dont ils ont vu la pompe
1. Sur les douze dépulcs de la Haute-Garonne à la Convention, six avaient voté l'appel au peuple, à savoir: Pérès, Estadens, Ayral, Rouzet, Drulhc, .Mazadc. Procès-verbal, t. V, p. 2o4.
2. Cette lettre, signée d'Erasme Cloopleren, et la réponse d'Anacliarsis Cloots sont reproduites dans la Correspondance de la Société, n" 161, p. oi).
[3 FÉv. 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS la
funèbre avec désespoir. Je veux faire la guerre aux tyrans et aux prêtres, et rien ne me parait plus intéressant que la lecture que Ton veut écarter.
La Société, électrisée par cette motion, a ordonné la lecture de détails de la fcte funèbre.
[On lait cette lecture.]
La Société a arrêté, avec acclamation, l'impression de cette cérémonie, el renvoi aux Sociétés affiliées.
[Le Pelelii'r, frère du «li-puté mort, annonce ([ue la ville de Hergues a arrêté qu'à l'avenir elle porterait le nom de Michel Le Pelelier.
Un membre, revenant de l.a Haye, assure (|ue le |u-emier cli(|uetis de nos armes fera lever des milliers de patriotes en Hollande.
Collai d'Herhois prononce à ce sujet un grand discours. Il affirme qu'il faut déclarer la guerre au stalliouder seul, et non à la Hollande, afin de ne pas nationaliser la guerre. Il faut surtout uu-nager .\msterdam. La Sardaigiu-, qui a déjà p<'rdu la Savoie, sera facilenu'ut réduite. LKspagiie est un adversaire à iiii'priser. Collol dilerhois termine ainsi :]
L'Angleterre nous présente un aspect un peu plus formidable ; mais en vain elle embrassera l'Autriche et la Prusse : nos armées victorieuses porteront partout la terreur el la mort. C'est à Madrid, c'est à L(mdres, sous les fenêtres de (îeorges, que nos troupes iront planter l'arbre delà Liberté, lleorges, peut-être avant i)eu, sortira de son palais comme Louis Capct est sorti des Tuileries : il en sortira pour se rendre à la Tour de Londres, d'où il partira pour faire la même promenade que Louis Capet. Alors les deux peuples s'euibrasseront. [Applaudi.)
La séance a été levée à tlix heures.
YIII
PRÉSIDENCE DE MONESTIER (dU PL"V - DE-DÙMe)
Terrassox. — Je dois sans doute, avant de commencer mon rapport, vous témoigner le plaisir que j'ai d'être dans le sein de la République, car je regarde comme le centre de la République la Société des Jacobins.
16 SnCIKTK DES JACUIUXS \;^ i'kv. 1793]
[il arrive do Hordoanx où il a oinixH'lié la Société dos Roeollols de provoquer un docret qui autorisât la Convention à renvoyer ceux (lu'ollos regarderait ooninic désorganisateurs.
l')i Marseillais, chef de la légion dos Basses-Alpes, dit qu'à la mort du Ivran un cri général s'osl élevé à Marseille : il est mort, vivo la i^'>pnl)Iiquo ! li lit son opinion sur la déionse des ports.
C... attaipio Dumourioz, puis Roland, qu'il accuse d'avoii' intorcoplé la correspondance de la Société.]
C... Roland n'est plus, mais Clavière existe encore... J'appuie
la proposition de nommer des commissaires pour dénoncer au Comité de sûreté générale l'interception des lettres et paquets de la Société ; et pour demander que le ministre des contributions publiques soit changé, que son procès lui soit fait, ainsi qu'aux administrateurs de la poste.
La question, ainsi posée par le Président, a été mise aux voix et
adoptée.
Six commissaires ont été nommés à cet effet.
[Une citoyonno ollVo une douzaine de paires de bas jjour les défenseurs de la patrie.
Jean-Louis Coulnn, militaire, lit une lollro qu'il adresse à ses frères de
Montpellier.
Le Président fait lecture de la lettre d'un des frères de Saint-Cliamond, dans laquelle Roland est pris à partie.
C... déplore que l\aclic ait succombé à une cabale inl'àme. Les désorganisateurs veulent encore nous enlever Monge, ajoute-t-il.]
Bentabole. — J'appuie les propositions du préopinant; mais celle qui regarde le Comité de défense générale mérite un examen sérieux. C'est dans ce Comité que s'engouffrent tous les moyens de sauver la patrie. Je viens vous avertir qu'il est composé de trois sortes de personnages» : les uns sont des contre-révolutionnaires, les autres sont des hommes faibles, qui doutent si la République subsistera, et qui n'osent pas la soutenir ; les troisièmes sont de vrais patriotes, mais ils ne sont pas les plus forts... J'ai remarqué qu'on négligeait les affaires qui exigent la plus grande activité. Je me propose de demander le renouvellement de ce Comité et sa réorganisation par appel nominal.
C... pense que le renouvellement serait dangereux dans un moment où ce Comité suit des opérations importantes.]
1. Sur la composition du Comité de défense générale, voir le Recueil des actes du Comité de salut public, t. 1, p. 389 et suiv.
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Bentabole. — Il y a dans ce Comité six Girondins, et Brissot en est le président. Guadet, Petion, Fonfréde en sont membres. Ce n'est qu'en écartant ces intrigants, comme vous avez fait à l'égartl du Comité de sûreté, que vous obtiendrez un bon Comité de défense générale.
C... — Nous avons profité de l'apothéose de Le Peletier pour renouveler le Comité de sûreté ; encore n'avons-nous réussi qu'avec une peine extrême. Je demande si Bentabole veut faire perdre trois ou quatre séances et jeter le trouble dans l'assemblée pour renouveler un Comité qui n'est pas absolument mauvais.
La Société a fermé la discussion.
[Lafui/e lail Icdurc <l"iuic pétilioii à la (^onvcnlion doinaiulant rcxoiiiplioii (les (lioils <l'cnr('jiistr('ni('nt pour les actions d'une SociéU' constiliiéo pour ariiicr en coursi'.
Chabot (Icniande la suppression des droits (renroyislremcnt sur tous les cfTcts mobiliers. Il parle contre le oomnieree d'arj^cnt ot les agioteurs. Billawl-Vurennt' l'iiUerronipl pour se plaindre qu'à la Convention la Montagne soit iléserte, et il eonelut ainsi :;
« Je demande ([ue la Société déclare iiilVime et traître à la patrie 1 ceux (|ui déserteront leur poste. » {Applaudi.) '
Les chapeaux se sont levés en l'air en signe d'as?e ntiment universel.
[Fin du discours d(! Chabot. Lecture d'une adresse de la section des Lombards à la Convention : elle demande que cliaiiue municipalité rournissc un cavalier el trois voloiUaires ('•(piip(''s cl armés.]
Le citoyen JuUien ' a été n(jmmé président.
La séance a été levée à dix heures.
PRÉSIDENCE DE JULLIEN (de LA DRÔME)
[Happorl d'un des troif! commissaires chargés de dénoncer au Comité de iùrelé la violation du secret des postes. — ï\a\)\)orl do Monestier, un des coin-
1. 11 sajrit évidemment de Marc-Aiitniiio Jullicn. député de la Drùme à la (.'oiivention, qui, dans la séance de la lliuiveiiliim du 20 déccndne 1702, s'était signalé par lardeur de son zèle pour la Montagne.