Voir plus liaiil. ]i. 12(i
pièces déjà imprimées et émanées de la Société, et qu'il aurait répugné à sa justice et à sa loyauté de faire imprimer des lettres manuscrites et particulières, écrites par des citoyens de Paris à leurs correspondants dans les départements.
Mais la faction en a décidé autrement, et ces lettres particulières s'impriment en ce moment.
La pièce la plus importante à imprimer était, sans contredit, le procès-verbal, du 10 avril, d'arrestation du courrier extraordinaire Hormat, faite à Saint-André-de-Cubzac, à deux lieues de Bordeaux, par la gendarmerie, de Vordre du Comité de sûreté générale de ladite ville; comme aussi de l'ouverture des paquets cachetés, de leur description et de leur renvoi à la Convention. Eh bien! citoyens, cette pièce, dont il n'a point été fait mention à la Convention, dans la séance du 18 avril; celte pièce qui, jusqu'à présent, n'a été rapportée ni même datée dans aucun papier public ; cette pièce, dont la Convention a entendu décréter Timpression, plus que de toutes les autres, cette pièce, vraisemblablement, ne sera point imprimée; et cela, parce que Gensonné, Vergniaud, Guadet ont pensé avec raison que ce procès-verbal les compromettrait infiniment, de même que tous les Bordelais qui ont concouru à l'arrestation arbitraire de la personne du courrier et à la violation de ses dépêches.
Citoyens, nous vous conjurons de contenir votre indignation à la vue de pareilles manonivres particulières; mais, par elles, jugez des manœuvres générales employées par la faction pour perdre la République dans son berceau, et la faire déchirer par des guerres étrangères, civiles et religieuses.
A l'égard de son courrier Hormat, toujours retenu à Bordeaux, la Société n'a reçu que des nouvelles indirectes. Le 10, depuis une heure après-midi, ce citoyen a été retenu en la maison du département de la Gironde, jusqu'à une heure après minuit. On avait répandu dans Bordeaux qu'il était un courrier d'aristocrates.
Le département lui a retiré une lettre dont les commissaires de la Convention à Orléans l'avaient charge pour le Club national, lui a pris son passeport et lui a intimé l'ordre de rester à Bordeaux et de se présenter chaque jour à la barre.
Le département n'a donné à ce courrier ni reçu de ses dépêches, ni copie du procès-verbal d'arrestation de sa personne et desdites dépêches.
Ici les expressions manquent pour caractériser un tel genre de despotisme et de tyrannie.
Cet infortuné courrier n"a pu trouver ni secours ni aide dans Bor-
166 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [20 avril 1793]
deaux, dont le Club national a été despotiquement, avec Téclat le plus scandaleux, et au mépris de toutes les lois et de toutes les formes, anéanti par la faction de la Gironde, il y a deux mois, comme toute la République le sait.
Deux des membres de ce Club, pour se soustraire à de plus grandes persécutions, ont été obligés de venir à Paris. L'un d'eux, le citoyen Renaud, a apporté, le 24 de ce mois, au Comité de correspondance de la Société, une lettre du courrier Hormat à sa femme. Cette lettre avait été remise, toute décachetée, à l'adresse du citoyen bordelais Renaud, à sa demeure à Paris, et en son absence.
En un mot, depuis le 10 avril, il n"est plus permis aux membres du Club de se trouver impunément deux ou trois ensemble. Le Comité de sûreté, ou plutôt de tyrannie, de la ville de Bordeaux arrête, ouvre et décacheté toutes les correspondances qu'il lui plaît.
Citoyens, la Société des Jacobins de Paris a cru qu'il était de son devoir indispensable de dénoncer à toute la République l'arrestation arbitraire, tyrannique et despotique de la personne d'un courrier et la violation de toutes ses dépêches, la continuation d'une pareille tyrannie dans Bordeaux, tyrannie exercée par les ordres secrets des factieux Gensonné, Yergniaud, Guadet, qui ont égaré leurs concitoyens, comme Barbaroux, Rebecquy et autres avaient égaré pour un moment les Marseillais. Les Bordelais aussi seront détrompés par leurs frères de Paris et de toute la République.
Quoi qu"d en soit, citoyens, il n'y a personne qui ne soit intéressé à la punition des attentats à la liberté des personnes, qui se commettent dans Bordeaux depuis deux mois, et des attentats au sceau des lettres, qui s'y commettent depuis trois semaines ; punition que ne manquera pas de faire infliger à leurs principaux auteurs la Convention nationale, malgré toute l'influence qu'y conserve encore la faction de (iensonné, Vergniaud, Guadet et Brissot.
La Société, dans sa séance du 26 avril 1793, l'an deuxième de la République, a arrêté l'impression, l'envoi aux Sociétés affdiées, à tous les départements et aux armées de son Adresse ci-dessus au Peuple français.
Signé: Albitte^ Président; Joseph Gaillard, Vice- président ; Coupé, de l'Oise, Duques.noy, députés ; Cuampertois, Prieur, Giot, Jault, Secrétaires.
PRÉSIDENCE d'aLBITTE
[Un membre invite ceux qui possèdent les numéros du 23 des journaux de Gorsas et de Girey-Dupré à les envoyer à Hébert, procureur de la Commune, qui dénoncera les auteurs à l'accusateur public du Tribunal révolutionnaire.
— C... donne lecture d'une lettre de Béziers, qui donne les renseignements suivants : des visites domiciliaires, à Toulouse, ont fait découvrir cent cin- (piante prêtres réfractairos ; la guillotine est en activité. A Bédarieux, on a arrêté dix-huit fabricants de faux assignats. — Legendre vient raconter l'agression dont Duprat aîné a été la victime, de la part d'assassins qu'on a arrêtés ensuite chez Duprat cadet. — Duprat aîné se présente cà la Société et lait voir les blessures qu'il a reçues au bras. — C... propose qu'on invite les particuliers à écrire à leurs amis des départements des lettres pour les éclairer. Ces lettres particulières ne seront pas arrêtées comme l'est la correspondance officielle des Jacobins. — Dufournii annonce que la Convention a rendu un décret déclarant que Brissot est un calomniateur et qu'elle a arrêté l'envoi de ce décret aux départements. On applaudit. — Desfieux donne lecture de l'extrait de la correspondance. — Julien, membre de la Société et commissaire de la Convention', écrit que la Société d'Orléans vient de procéder à un scrutin épurafoire et n'a conservé que cent trente de ses membres sur huit cents. — CoUot d'Herbois, membre de la Société et commissaire de la Convention, écrit de Nevcrs, le 20 avril, qu'il établit des « Montagnes )) partout. — Les Sociétés de Toulon, Dunkerque, Fcrney-Voltaire, La Tremblade, Saint-Omer, Bourbonne, La Charité-sur-Loire, adhèrent au projet d'abonnement et aux ])rincipcs exposés dans les circulaires du 1'='" mars.
— Plusieurs Sociétés envoient des adresses contre les Girondins. — Desfieux communique une lettre de Bordeaux annonçant qu'on l'a pendu en effigie dans cette ville, lui Desfieux, ainsi que Marat.]
La séance a été levée à dix heures.
1. Juhen (de Toulouse), député de la Haute-Garonne à la Convention, avait été envoyé en mission à Orléans, avec Bourbotte, Mathieu et Prieur (de la Marne), pour faire une enquête sur l'attentat commis contre Léonard Bourdon. — Cf. Recueil des actes du Comité de salut public, t. II, p. 390, 391, 392.
IC8 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [20 avril 1793]
PRÉSIDENCE d'aLBITTE
Les administrateurs du Lycée des Arts font hommage à la Société de trois places qu'ils mettent à sa disposition. [Mention civique.)
Dans cet établissement, Hassenfratz fait un cours d'arts et métiers*, cours qui n'a encore été entrepris sous aucun despote.
[Desfieux annonce (jnc Fabrc d'Ëglanlinc lui a remis des )ùèces établissant que Roland a retardé exprès l'inventaire du Carde-meuble jusqu'au jour du vol.]
Boissel propose de recueillir toutes les adresses qui ont pour objet le rappel des appelants et de les faire imprimer et afficber pour faire connaître le vœu général.
Desfieux appuie cette proposition et demande que Boissel, comme président du Comité des archives, soit chargé de ce travail.
Boissel répond que son grand âge ne lui permet que de surveiller l'exécution de cette mesure.
Hassenfratz. — Les adresses et pétitions à la Convention, tendantes au rappel des appelants, arrivent de toutes parts, et on n'en lit aucune. Je demande que deux commissaires soient chargés de faire un extrait de toutes ces adresses et pétitions, et de présenter cet extrait à la Convention, pour qu'elle en entende la lecture et qu'elle prononce.
Cette proposition, ainsi que celle de Boissel, est mise aux voix et adoptée.
Les citoyens Boissel, Hassenfratz et Eynault sont nommés commissaires ad hoc.
[Lecture de la correspondance. La Société de Millau, par une lettre en date du 17 avril, annonce qu'un soulèvement contre-révolutionnaire a éclaté à Sévérac et a été réprimé. Lecture d'une pétition adressée à la Convention par la Société de Strasbourg, dans laquelle cette Société émet des plaintes contre 1 es Girondins. — Un militaire annonce que le feu vient de prendre pour la
1. Voir la liste des professeurs du Lycée à celte date dans Cli. Dcjob, De l'établissement connu sous le nom de Ljjcée et d'Atliénée et de (jiwlqites établissements analogues, Paris, A. Colin, 1889, in-8°.
seconde fois au ministère de la justice. Plusieurs membres s'accordent à voir dans ce fait l'œuvre de la malveillance. — Pocholle rend compte de sa mission'. A Rouen, à Amiens, il a trouvé les esprits corrompus par les journaux de Gorsas et de ses pareils. Il n'a trouvé qu'une Société digne des Jacobins, c'est celle d'Abbeville. Il ajoute :]
J'ai vu à Dieppe une Société autrefois animée du meilleur esprit, et qui paraît pervertie depuis quelques mois. C'est encore le crime de la faction de Roland ; c'est encore le crime des journaux, qui sont presque tous perfidement écrits ; je n'en exempte que le Répiihlicain^ et le journal d'Audouin ^.
Une ciloyenne des tribunes s'écrie : « Et Maraf? »
« Je ne cite pas Marat, ajoute Vorateur, parce que je n'entends parler que des journalistes qui rendent compte des séances de la Convention. »
[Il n'a trouvé de patriotisme (|ue dans les peliles villes, llouen, Amiens n'ont |)as fourni de volontaires, car les citoyens s'y sont tous rachetés. 11 s'indigne que la Convention se jirépare à faire la Constitution en l'absence des représentants envoyés en mission. — Legendre l'invite à répéter à la ('ouvention ce qu'il vient de dire devant les Jacobins.]
Chales. — Hier, par un pressentiment très particulier, nous disions : « La séance de demain sera très orageuse; nous ne savons pas ce qui se passera, mais il y aura du bruit. » Je me présentai à dix heures précises; la porte était fermée; la sentinelle me dit que la séance n'était pas commencée ; j'ouvris la porte et je fus convaincu du contraire. Louvet, Buzot et Barbaroux étaient déjà à leur poste. Buzot lit une jérémiade sur le Tribunal révolutionnaire ; il s'apitoya sur le sort des sans-culottes que ce Tribunal avait condamnés à mort. On lui répondit, et nos réponses ne parurent pas satisfaisantes au côté droit, qui était en force. Heureusement Thuriot arriva, et la victoire se déclara pour nous. Cette séance est une des plus belles qui aient encore eu lieu, car les scélérats sont démasqués de manière à ne pouvoir plus tromper les départements. Un quart d'heure avant midi, Marat a demandé la parole, et tout le côté droit s'est levé pour ne pas l'entendre ; l'heure de midi a fourni le prétexte du grand ordre du jour, mais un décret a assuré la parole à Marat pour demain.
1. La Convention avait, par le décret du 9 mars 1793, envoyé Pocholle et Saladin en mission dans la Seine-Inférieure et dans la Sonune pour y surveiller le recrutement.
2. G"est sans doute le Républicain, Journal des hûtnnies libres, par Charles Duval. — Cf. Tourneux, Bibliographie, t. II, n" 10,839.
3. C'estle Journal universel, par P.-J. Audouin. — Cf. Tourneux, ibid., n" 10,373,
170 SOCIliTÉ DES JACOBINS [29 avril 1793)
La discussion s'est engagée sur la mesure de justice prise à l'égard des vingt-un députés qui se trouvaient chez Diiprat au moment où Mainvielle et ses deux complices ont été arrêtés.
M. Guadet a tellement embrouillé la question qu'on ne s'y est plus reconnu. On a vu un projet très formé de précipiter la Convention dans un avilissement qui devait opérer sa dissolution.
On a refusé la parole à Thuriot. On a posé la question d'une manière insidieuse. Delacroix a parlé, et la Montagne s'est à peu près ralliée à son opinion.
M. Gensonné, qui a la tête féconde en projets de contre-révolution, que je crois le premier de tous les traîtres, car Dumouriez est à mes N'cux infiniment moins coupable que lui, M. Gensonné, dis-je, a profité d'un moment pour demander l'appel au peuple.
La Montagne s'est tenue calme, et Gensonné a été battu par le seul calme de la Montagne. Delacroix a dit de grandes vérités. Il a couvert nos ennemis de confusion ; il les a réduits au silence, mais il a fini de la manière la plus détestable ; il a dit que la convocation des assemblées primaires ne lui paraissait pas effrayante pour les patriotes, mais que c'était sous la condition qu'aucun membre de la Convention actuelle ne pût être nommé. Le silence de l'indignation a répondu à Delacroix.
Thuriot s'écrie : « Tu te trompes, Châles ; voici la vérité : lorsque Delacroix était à la tribune, plusieurs membres l'ont menacé de demander les assemblées primaires ; alors Delacroix a dit qu'on consentirait à cette convocation, sous la condition que ceux qui la demanderaient renonçassent à être réélus. Ainsi vous voyez que cette renonciation ne s'appliquait qu'au côté droit. J'ai cru devoir donner ces éclaircissements, afin qu'un patriote estimable ne perde pas, en un instant, le fruit de ses travaux. »
CuALES. — Si je me suis trompé, c'est par excès de patriotisme, et je suis enchanté de rendre justice à Delacroix. Depuis quatre jours, nos ennemis, qui sont ceux de la patrie, n'ont pas voulu laisser aborder la question des subsistances, et, s'il arrive des malheurs, on ne doit s'en prendre qu'à eux, parce que les patriotes ont fait tout ce qui dépendait d'eux'.
[Dcsc/uimps aocuso Saaicrre de n'avoir pas envoyé les canonniers de la garde nationale aux funérailles de I.azowsky, parce qu'il était jaloux de ce patriote.
1. Ce récit complète sur certains points les comptes-rendus du Moniteur, t. XVI. p. 238-204, et du .Jounvtt tes débats et décrets, t. Yl, p. 'ii'.)-iG3.
Santerre, invité à se justifier, répond que la garde nationale assistait ee jour-la a une revue commandée depuis lony temps. j
Une députation de la Société des Cordeliers est admise ; l'orateur dit : (c Les Cordeliers ont senti, comme vous, qu'il fallait jeter le grappin, le croc révolutionnaire, dans toutes les administrations civiles et militaires et en chasser tous ceux que le fouet de l'opinion publique n'aura pas éconduits. En conséquence, cette Société a nommé des commissaires pour se concerter avec vous sur cette importante réforme. » {Applaudi.^
Réponse flatteuse du président, et invitation aux honneurs de la séance.
La séance a été levée à dix heures.
SÉANCE DU MERCREDI l''^ MAI 1703
PRÉSIDENCE d'aLBITTE
Le citoyen Desfieux monte à la tribune et fait lecture de l'extrait de la correspondance.
Les Sociétés du Bourg-Saint-Andeol, de (iivry, d'Arles, de Montde-Marsan, de Givet, de Tarascon, de Munster' et de Saint-Chamond adhèrent au plan [d'abonnement] présenté par le citoyen Ferrières; toutes vous envoient la liste de leurs membres et quelques-unes leur contingent.
[Les administrateurs du département d'Indre-et-Loire demandent que le gênerai Berruyer soit traduit au Tribunal révolutionnaire, à cause de sa négligence dans la guerre de Vendée. -La Société de Munster « somme » les Jacobins de Pans de se présenter à la barre de la Convention pour réclamer 1 expulsion des appelants. - La Société de Saint-Chamond fait la même demande. -Desfieux se plaint que les appelants aient composé le bureau de la Convention de membres de leur parti », qui ne donnent pas lecture à l'Assemblée des ])é(itions anti-girondines. Une discussion s'engage à ce sujet.]
La Société, consultée, arrête qu'il sera présenté, dimanche prochain, une pétition à la Convention pour demander qu'il soit fait
\. Dans le département du Haut-Ilhin.
2. Du 18 avril au i mai 1793, le président de la Convention fut Lasuurce • les secrétaires, Doulcet de Pontécoulant, Lehardi, Ghambon.
172 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [1°' jiai J703]
lecture tles adresses tendantes à obtenir le rappel des députés appelants.
C... Un des membres de cette Société a dit que Marat en était le patron ; je demande qu'il soit improuvé; car nous n'avons d'autre patron que Brutus.
[Fabrr d'Éijlanlinc se plaint que le bureau de la Convcnlion ctoulTc la voix des j)ali'iotes : ainsi, on a l'crmé la discussion, sans lui laisser le tem})S de lire son opinion sur la pélilion de la Commune de Paris, relativement au renvoi de vingt-deux députas. Il drveloppc son opinion. Le Journal des Jacobins donne la substance de son discours ; en voici les passages les plus importants.]
« La Commune de Paris ne vous a pas dit : convoquez les assemblées primaires, car vous n'en avez pas le droit. Tous devez attendre à votre poste ce que la volonté souveraine du peuple prononcera. Comme Convention, vous ne devez qu'obéir au peuple souverain ; et vous parlez d'ordonner un nouveau choix, un nouveau triage ! Depuis quand la sentinelle ordonne-t-elle à son chef de l'inspecter ou de la relever? Vous êtes ici en faction, restez-y. {AppaudL). . .
« 1° Vous n'avez pas le droit de convoquer des assemblées primaires. 2*» La Commune de Paris a l'initiative sur les propositions qu'elle croit utiles au peuple. Vous n'avez aucun droit de répression sur un tel acte, et toute censure serait attentatoire à la souveraineté du peuple. »
[L'impression de ce discours est arnHée par acclamation'.
Thurlot et })lusieurs autres membres jiarlent contre Roland, Pétion el les Cirondins.
J^eijendrc demande que la Socicté invite les citoyennes de Versailles, vernies à Paris })Our présenter demain matin à la Convention une pétition sur les subsistances, à (pùtler la salle delà Convention, oi^i elles se disposent à passer la nuit, et à venir s'installer dans la salle de la Société, qui sera éclairée et chauffée. La Société désigne des commissaires pour aller porter cette offre aux citoyennes de Versailles. Ces commissaires, à leur retour, annoncent que les citoyens elles citoyennes de Versailles ont été recueillis par la section des Tuileries, cpu leui' a servi un repas civique. La municipalité et plusieurs sections ont envoyé des députations pour les saluer. « (^esl la grande moralité de la Révolution », dit Châles, l'un des commissaires.]
DuFOUKNY. — IN)ur({uoi s'élève-t-il des débats et des difficultés
1. Société des Amis de la Liberté et de l'Egalité... Discours prononcé dans la Société par P.-F.-N. Faiîhe d'Églantine.. . sur l'acte de la Commune de Paris tendant à demander la retraite de vinjrt-deux membres do la Convention. Paris, imprimerie patriotique et républicaine, s. d., iu-8" de ."il p. — 15ibl. nat., Lb 40/752.
[Ifr MAI 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBl.XS 173
scandaleuses sur la taxe des subsistances ? Pourquoi la Convention n'est-elle pas disposée à prendre un parti ? C'est qu'elle na point posé les bases de la Déclaration des droits de Thomme. H faut déterminer ce que c'est que le commerce.
Quand donc les riches ne feront-ils plus les lois ? Jusqu'à quand des lois contre nature diront-elles au consommateur : « Si tu veux manger, le drapeau rouge se déploiera, et tu recevras la mort 1 »
L'orateur s'élève avec force contre les accapareurs et demande qu'il n'existe plus aucun intermédiaire entre le cultivateur et le consommateur.
Le Président l'invite à faire une seconde lecture de son intéressant discours à la prochaine séance.
[Dans cette séance, l'admission cfAndré Duniont, (lr|iulé de la Sonnno, a été votée par acclamation."!
La séance a été levée à onze heures.
rRÉSlDENCK iVaLBITTE
[Coupé (<le rOisei fait lecture d'un i»rojet de ConsliliUion, dans leque d affirme le droit à finsurrection.]
Dubois de Craxcé. — Je suis nommé, avec le citoyen Albitte, pour me rendre auprès des armées, en qualité de commissaire*. Je sais qu'il est dangereux de quitter dans ce moment la Convention, dans les circonstances actuelles; mais, lorsque nos armées seront bonnes, lorsque les agitateurs seront surveillés et chassés par de bons sansculottes, il ne faut pas douter que la liberté triomphera.
J'observe que nous n'avons pas un seul bon papier public qui circule dans les armées ; le RépubUcain est le seul journal qui soit dans les bons principes; encore n*entre-t-il pas assez dans les détails de tactique.
Nous entretiendrons avec vous une correspondance suffisante pour
1. Albitte et Dnbois-Cr.incé avaient été envoyés en mission à l'armée des Alpes, avec Gauthier et Xioche, par décret du 30 avril 179.3. — Cf. Voir Recueil des actes du Comité de salut public, t. 111. p. ;j.39, :ji2.
174 SOCIÉTÉ DES .lACORINS :! mai 1793]
vous éclairer sur toiiL ce qui se passera; mais je demande que la Société, par réciprocité, charge son Comité de correspondance de rendre compte de tout ce qui se passera dans l'intérieur de la République.
Châles propose d'établir un Comité particulier pour correspondre avec les commissaires près les armées.
[Coite ijroposilion ost adoptée, et la Société arrête en outre qu'il sera fait un Bulletin pour être envoyé aux armées; elle désigne des commissaires qui j)résenleront dinianclu' le mode de rédaclion de ce Bulletin.]
Un Membre annonce, de la part de la Société des Cordeliers, qu'elle a rayé de son sein le citoyen Fournier. Cette mesure a été dirigée d'abord par une adresse que ce citoyen a fait afficher sur le compte du citoyen Marat ', adresse remplie d'immoralités et de principes anti-républicains. On s'est rappelé au surplus que le nommé Fournier avait arrêté le cheval de La Fayette et avait fait feu sur ce général; que, néanmoins, il avait joui d'une impunité dont le motif a paru d'autant plus suspect que plusieurs patriotes étaient dans les fers, tandis qu'il se promenait tranquillement.
[Un des jurés du Triliunal rccolutionnuirc rend compte d"uno conspiration contre-révolutionnaire dont les autours, convaincus do oonsi)iration avec les princes, ont été condamnés à mort par le Tribunal -.j
SEANCE DU DIMANCHE o MAI 1793
PRÉsmtîNCE d'albitte
[Ccndhon annonce qu'il revient do sa mission dans la princi])auté do Salm*. Il a été très aftligé d'y rencontrer « l'ancien régime dans son vieux et <légoûtant costume, celui dos moines ot des aristocrates ». Il termine son discours par les ])arolos suivantes :]
1. Sur les (iitrércuds de Marat et de Fimniier, dit l'Américain, voyez Mémoires secrets de Fournier VAméricdin . pul)liés par 1*". - A. Aulard , Inlrodiictinii, p. iv-v.
2. Il s'agit du procès de l'ex-fermier-génénd Ktdly et de ses complices, qui s'étaient chargés de faire passer de l'argent aux princes émigrés, frères de Louis XVI. — Cf. liidletin du Tribunal criminel révolutionnaire, n"» 2.3 à 20, cl Wallon, Histoire du Trit)unal rérolulionnaire, t. 1, p. 112 et suiv.
o. Cf. liecuelt (les acie.s du Comilc de salut jiuljlic, 1.11. p. 2'*()-2'i8.
io MAI 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBLXS 175
Nos ennemis disent, dans tous les départements, que la Montagne ne veut point de constitution, qu'elle ne veut que l'anarchie. Il faut que les patriotes se trouvent en force à la Montagne; nous ne serons pas du plus grand nombre, mais nous serons du côté de la raison et surtout du coté du peuple. Je demande que les membres du Comité de constitution ne désemparent pas.
[Le députe" Cussot • écrit à la Société pour .lenian.ler à être admis dans sou s-ein. L admission lui est accordée provisoiromont.
Anacharsis Cloots prononce un long discours sur la situation actucllo • Il tait apj.cl a I insurrection contre la majorité girondine. Son discours est .ntcrrou.pu par Tarrivée d'une députalion du Conseil général de la Commune de Paris, qui vient inviter les Jacobins à déjouer les complots qui se préparent dans les sections *.] ^ ^ t t^"
Le PRÉsmENT. — L'heureuse harmonie qui règne entre les Jacobins et la Commune de Paris déconcertera les malveillants ; la Société restera permanente comme vous, pour déjouer les complots des malveillants.-
[Un Membre s.- plaint qu.- la soction do Bon-Conseil soit remplie de malveillants ^]
Hassenfratz. — Tous avez nommé hier des commissaires pour vous présenter un mode de rédaction du Bulletin de la Mo7itacjne'. Nous avons arrêté un plan dont le résultat e^t de diviser les hommes en trois classes, deux de la Convention, deux de la Commune et deux de cette Société.
Les deux premiers donneront le tableau de la situation de la Convention ; les deux seconds rapporteront l'historique de la Convention et offriront le tableau fidèle de sa physionomie; les deux membres qui ne seront ni de la Convention ni de la Commune, feront le tableau des mensonges des journalistes. Ces notes seront remises à un rédacteur payé, qui les livrera à l'impression. Nous avons une somme suf-
1. Sur Cusset, député de Rhùue-et-Loire à la Convention, voir Recueil de. actes du Comité de salut public, t. II, p. 120.
2. Il s'agit de l'opposition à la levée de 12,000 hommes, prescrite par la Commune pour renforcer l'armée de Vendée.
3. Le jour même, une dépufation de la section de Bon-Conseil s-élait présentée a la Convention et avait émis un vœu en favetu- de Tintégrité de celte assemblée. La Convention avait décrété linsertion au Bulletin des paroles de l'orateur malgré l'opposition de Marat. Moniteur, t. XVI, p. 319. Le lendemain. 6 mai' les pétitionnaires de la section de Bon-Conseil furent arrêtés par ordre de la Commune de Paris. Procès-verbal de la Convention, t. XI, p. 104.
i. Voir plus haut. p. 17 i.
176 SOCIKTK DES JACOBINS [5 mai 1793]
lisante pour pouvoir imprimer pendant deux mois mille exemplaires de ce journal. Nous nous ferons aider par les ministres patriotes.
Châles a demandé qu'il fût adjoint deux coopérateurs pour instruire la République de ce qui sera relatif aux armées.
Maure. — Je n'ai pas entendu parler de la rédaction des séances de cette Société.
La Société adopte le rapport des commissaires, avec Tamendement de Châles.
[Prieur (de la Marne'!, rond compte do sa mission à Orléans'. Douze dos assassins do Léonard Bourdon ont olô arrêtés; un l)atailIon de cinq cents homnios, destinés à Tarméo de Vendée, a été lové cl organisé; la Société pojtulairo, composée do huit cents membres, a été épurée.]
La séance a été levée à onze heures.
LXXIY
PRÉSIDENCE d'aLBIÏTE
[Bentahole demande qu'on s'occui)0 immédialenienl Aq rentropriso du Journal de la Mouiaync^, dont on discute le projet depuis quelques jours. Il demande que Lavoaux soit le rédacteur de ce journal : il sera secondé par les commissaires que la Société doit nommer. Il demande aussi que la Sociétémère invite les Sociétés aiTdiées à s'abonner au Journal de la Montagne.]
Toutes les propositions de Bentabole sont mises aux voix et adoptées.
Le Bureau propose et la Société nomme les commissaires dont les noms suivent : Camille Desmoulins et Châles, pour les séances de la Convention nationale; Rousseau et Auvrest, pour les séances des Jacobins et la réfutation des calomnies; enfin, pour les armées et les nouvelles de la République, Bentabole et Hassenfratz*.
[Bmlabolr propose qu'on leur adjoigne un meudtre du Tri])unal révolu-
1. Cf. Recueil des actes du ('omilc île salut jj//til/c. I. 1, |). i7. et t. II. p. ;i'.)0-3i)L'.
1'. Ou remarquera que, dans la séance précédente, le journal projeté était dcsiiiné, p. 175, sous le nom de Bulletin.
:>. Sur Bentabole, député du Bas-Rhin à la Cuiivcntiuii. e| sur CliAles, dé|iuté (IKurc-et-Loir à la Convention, cf. Recueil des actes (tu Comité de salut' public, i. V. p. 443; sur Th. Rousseau, archiviste des Jacobins, voir ihid., t. II, p. 265; sur llassenfratz, voir Utid.. I. II. ]i. {;:',.
[6 MAI 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS j77
tionnairc. Adopté. - Un dcputé extraordinaire de la Société de Toulouse déclare que l'administration des jiostes laisse circuler les feuilles de Gorsa^ et autres, mais non les i)ièces émanées de la Société des Jacobins : depuis un mois, la Société de Toulouse n'a rien reçu de celle de Paris. Il annonce (|ue la défense nationale n'est pas assurée sur la frontière des Pyrénées — i;armée a été portée à 100,000 hommes par un décret; elle n'en compte en réalité que 33,000, dont 0,000 sont incapables de faire campa-ne - Scrvan, qui conmiande cette armée, est coupable de haute trahison" - ()„ a envoyé aux volontaires dix-sept mille fusils hors de service; « il paraiss-iit qu'on les avait trempés dans Teau ». - Dcsfieux et Legendre accusent Y^, taction brissoline de compromettre la défense nationale. - Hassenfrat- pro pose que la Société corresponde avec toutes les Sociétés affiliées, pour faire créer partout des manufactures d'armes. Adopté. - Châles rappelle qu'il a le premier dénoncé les complots contre-révolutionnaires. Il déclare qu'il craint qu'on ne tombe « au fédéralisme et ensuite au rovalisme » Il affirme que les départements de la ci-devant Normandie sont coalisés et que la ci devant Bretagne va se réunir à la ci-devant Normandie pour organiser 'une armée, sous prétexte de repousser les Anglais. Il propose que le Comité de correspondance demande des explications au général Berruver. Adopté - /,ef/c«f/rc' dit qu'il faut presser le recrutement des volontaires destinés •, la \endee. - Plusieurs membres parlent égalem.ml de la nécessité de presser les enrôlements, qui ne marchent guère.
Lecture de la corresponchuHv. î,es Sociétés de Monislrol et de (iien demandent l'affilialion.]
La séance a été levée à onze heures.
SÉANCE DU MEIlGREUl 8 MAI 1793
I'RÉSIDE.\CE u'alHITTE
Châles donne lecture d'une lettre d'un des représentants en mis- 5^ion dans le département de la Sartlie \ contenant les faits suivants :
« Aujourd'hui il y a eu une foire, et j'ai été fort étonné de voir qu'on y vendait des chapelets de toutes les couleurs et de toutes les longueurs, et des crucifix. C'est avec de pareils hochets qu'on fanatise les gens de la campagne.
>> Il importe de prohiber la vente de pareilles marchandises. Richard et moi nous avons trouvé un paysan qui venait d'acheter un
1. L'euteur de cette lettre paraît être Choudieu. II avait été envoyé eu mission
cians le Mame-et-Loh-e et la Sarthe avec Richard et Goiipillcau. Cf. RecueU des
actes du Comité de salut jjublic, t. IJ, p. 303, i7i>.
T(j.Mi: V.
178 SOCIKTK l)i:S JACOIUNS [8 mai I70:{]
crucifix de plomb. Nous lui avons demandé ce qu'il en voulait faire. Il nous a répondu qu'on ne pouvait s'en passer. Nous lui avons observé qu'il aurait beaucoup mieux fait d'employer son argent en choses utiles. Si nous n'extirpons le fanatisme et si nous n'en arrachons pas jusqu'à la dernière racine, je déclare que la liberté périra. »
J'ai reçu une autre lettre, qui prouve que le Conseil exécutif nous tue. {Bruit.) Cette lettre apprend que, malgré les progrès des contrerévolutionnaires des départements, les troupes que l'on envoie vers eux ne font que deux lieues par jour, et la cavalerie, quoique bien montée, ne fait que trois lieues ; encore se repose-t-on le troisième jour. [Bruit.) Je demande que la Société ne s'occupe plus que des mesures de salut public.
[Lr i/rtirral Berrin/er^ a la parolo j)Our se jnslilicr. — Châles, son aceusutour. alliniu' que tous les fails sont contre le général. La justification do Bcrruyer est interrompue par divers incidents. — Un membre dénonce une lettre de Barbaroux à Rebccquy, et déclare que les sections de Paris ne sont ]tas composées de patriotes.]
« Vous connaissez l'adresse de la section des Quatre-Nations-, ajoute l'orateur ; citoyens, veillons sur les sections; les Sociétés populaires sont composées de patriotes connus, mais les sections sont le rendez-vous des contre-révolutionnaires. «
C... — J'annonce à la Société que le patriotisme a remporté une victoire complète dans la section des Quatre-Nations. Le scellé, apposé sur les fermetures du Comité révolutionnaire, a été levé par deux officiers municipaux. Les commissaires ont été réintégrés dans leurs fonctions, les aristocrates ont été écrasés, et ils ne reviennent plus dans cette section.
Un militaire. — Je déclare que le curé de votre section est un f... gueux.
C... — -A dix heures du soir, après l'expulsion des aristocrates, nous avons continué la séance, et les patriotes sont restés les maîtres du champ de bataille.
Robespierre. — En arrivant dans cette Société, on m'a appris qu'on avait convoqué les députés présents à cette séance de (sic) se rendre
1. Sur les accusations portées contre Berruyer et le rappel de ce général, cf. Recueil des actes du Comité de salut public, t. 111. p. o09 et .j.j.3.
2. Voir rimprinié intitulé : Aux (jrands uuiu.i: les f/rands remèdes, présentés à la Convention nationale, le '> avril an II, au nom de la section des Quatre-Xations, aujourd'hui section de i'L'nité, par le citoijen Lacroix, e.v-couunissaire du Conseil exécutif provisoire. Paris, ITJ:], in-S". — Bibl. nat., Lb 'i0/2081).
à la Convention. Je regarde comme un piège dangereux tout ce qui éloigne de cette Société les véritables défenseurs de la République. Ce n'est pas sans raison que la Convention tient des séances du soir; son but est d'écarter les patriotes d'une assemblée qui est le boulevard de la liberté. Ce malin, à la Convention, on nous a annoncé avec l'appareil de la terreur les progrès des insurgés dans les départements.
Je méprise les rebelles et leurs protecteurs. Voilà le premier article de ma profession de foi.
On invite Robespierre à monter à la tribune ; il cède à ce vœu et continue en ces termes :
[Il iléveloi)!»!' lo discours (jii'il avait prononcé le matin à la Convention, sur la nécessité d'écraser les ennemis de l'intérieur* ; en voici un passage :]
Celui-là est un insensé, qui se persuade que les lâches partisans de Uumouriez et de Cobourg aient sérieusement l'intention de repousser les brigands de la Vendée. Il n'y a plus que deux: partis en France : le peuple et ses ennemis. Il faut exterminer tous ces êtres vils et scélérats, qui conspireront éternellement contre les droits de l'homme et contre le bonheur de tous les peuples. Voilà l'état où nous sommes.
Celui (|ui n'est pas pour le peuple est contre le peuple ; celui qui a des culottes dorées est l'enneuii né de tous les sans-culottes. Il n'existe que deux partis, celui des hommes corrompus et celui des hommes vertueux. Ne distinguez pas les hommes par leur fortune et par leur état, mais par leur caractère. 11 n'est que deux classes d'hommes, les amis de la liberté et de l'égalité, les défenseurs des opprimés, les amis de l'indigence et les fauteurs de l'opulence injuste et de l'aristocratie t3'rannique. Voilà la division qui existe en France. Eh bien ! Ces deux classes d'hommes doivent être séparées, si Ton veut éviter la guerre civile.
Les sans-culottes, toujours dirigés par l'amour de l'humanité, ont suivi pour règle les véritables principes de l'ordre social, n'ont ja- ' mais prétendu à une égalité de fortune, mais à une égalité de droit et de bonheur. Une partie des défenseurs du peuple s'est laissée corrompre ; moi aussi, j'aurais pu troquer mon âme contre l'opulence ; mais je regarde l'opulence non seulement comme le prix du crime, mais encore comme la punition du crime, et je veux être pauvre pour n'être point malheureux. [Applaudi.)