Voir Moniteur, t. XVI, p
180 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [8 mai 1793]
[L'orateur coiu'lul par les jjarolos suivantes :]
Vous avez dans les lois tout ce qu'il faut pour exterminer légalement nos ennemis. Vous avez des aristocrates dans les sections : chassez-les. Vous avez la liberté à sauver : proclamez les droits de liberté, et déployez toute votre énergie. Vous avez un peuple immense de sans-culoUes, bien purs, bien vigoureux; ils ne peuvent pas quitter leurs travaux : faites-les payer par les riches. Vous avez une Convention nationale ; il est très possible que les membres de cette Convention ne soient pas également amis de la liberté et de l'égalité, mais le plus grand nombre est décidé à soutenir les droits du peuple et à sauver la République. La portion gangrenée de la Convention n'empêchera pas le peuple de combattre les aristocrates. Croyez-vous donc que la Montagne de la Convention n'aura pas assez de force pour contenir tous les partisans de Dumouriez, de d'Orléans, de Cobourg? En vérité, vous ne pouvez pas le penser.
Si la liberté succombe, ce sera moins la faute des mandataires que du souverain. Peuple, n'oubliez pas que votre destinée est dans vos mains ; vous devez sauver Paris et l'humanité ; si vous ne le faites pas, vous êtes coupable.
La Montagne a besoin du peuple ; le peuple est appuyé sur la Montagne. On cherche à nous effrayer de toutes les manières ; on veut nous faire croire que les départements méridionaux sont les ennemis des Jacobins. Je vous déclare que Marseille est l'amie éternelle de la Montagne ; qu'à Lyon les patriotes ont remporté une victoire complète.
Je me résume, et je demande : que les secli<)ns lèvent une armée suffisante pour former le noyau d'une armée révolutionnaire qui entraîne tous les sans-culottes des départements pour exterminer les rebelles;
Qu'on lève à Paris une armée de sans-culuttes pour contenir l'aristocratie ;
Que tous les intrigants dangereux, que tous les aristocrates soient mis en état d'arrestation ; que les sans-culottes soient payés aux dépens du trésor public, qui sera alimenté })ar les riches, et que cette mesure s'étende dans toute la République.
Je demande qu'il soit établi des forges sur toutes les places publiques.
Je demande que la Commune de Paris aUmente de tout son pouvoir le zèle révolutionnaire du peuple de Paris.
Je demande que le Tribunal révolutionnaire fasse son devoir, qu'il
punisse ceux qui, dans les derniers jours, ont blasphémé contre la République.
Je demande que ce Tribunal ne tarde pas à faire subir une punilion exemplaire à certains généraux, pris en flagrant délit, et qui devraient déjà être jugés.
Je demande que les sections de Paris se réunissent à la Commune de Paris, et qu'elles balancent par leur influence les écrits perfides des journalistes alimentés par les puissances étrangères.
En prenant toutes ces mesures, sans fournir aucun prétexte de dire que vous ayez violé les luis, vous donnerez Timpulsion aux départements, qui s'uniront à vous pour sauver la liberté. (Applaudissements.)
Une grande agitation régne dans l'assemblée : le président parvient à ramener le calme et annonce à la Société qu'il y aura séance demain à cause de la fête.
[U)i (Irpiitr c.vh-anrdiixiirr de Lyaii expose les mcsuirs ivvululionnaircs qui ont été prisos à Lyon. « Les sans-culolles tic Lyon, dil-il, ont senli cominc vous la nécessité d'exercer le niacliiavélisnie populaire. » Ils ont étalili la guillotine en permanence et forcé le département à consentir au rccrutemonl de soldats destinés à l'armée de Vendée et à la levée d'une contribution de i) millions. — Lr Prrsidcnt le félicite et déclare que les Jacobins de Paris accompagneront à la Convention les délégués des Jacobins de Lyon.]
Le Vice-président annonce que le résultat du scrutin a nommé pour Président Bentabole, pour Vice-président Champertois. Bentabole occupe le fauteuil, et accorde la parole à Berruyer.
[Le ijrnéral B<'i'i'in/t'r répond aux accusations de Cliàlcs et de Maras', procureur général syndic du département d'Eure-et-Loir, tous deux présents à la séance : 1° s'il n'a pas correspondu avec les corjjs administratifs, c'est qu'il voulait que les mesures j)rises par lui fussent tenues secrètes ; 2° il n'a jamais eu trois voitures et quatorze adjudants, comme on le lui reproche ; '< trois cheviiux, un palefrenier, un seul domestique, tel a été le luxe du général. » — Prieur [de la Manie) est favorable à Berruyer. — Thuriot le défend.]
TiiURiOT. — Berruyer est né comme nous dans la classe plébéienne ; c'est parce qu'il a rempli son devoir qu'il est accusé.
Gardons-nous des pièges qu'on nous tend. Si nous suivions la marche précipitée qu'on veut nous faire adopter, nous finirions par nous égorger de nos propres mains.
1. Sur Claude-Julien Maras. qui plus tard siégea à la Gonrention, cf. Recueil des actes du Comité de salut pulilic. t. \\l\. p. Oii.
182 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [8 mai 1793]
Soyons en garde contre Maras; il était lami de Petion, D'ailleurs tous les faits qu'il a articulés sont étrangers au général Berruyer, et je vais le prouver.
L'orateur est interrompu par le tumulte, qui étoufTe sa voix pendant près d'une demi-heure ; cependant il parvient à réfuter les reproches dirigés contre Berruyer, malgré les interruptions fréquentes de Châles, qui s'élance à la tribune et déclare être muni d'une lettre qui lui paraît prouver la trahison de Berruyer. Thuriot lui reproche de n'avoir pas déposé cette pièce au Comité de sûreté générale. Châles, sans répondre à ce reproche, dit qu'il est à la suite d'une grande conspiration, et que le projet des traîtres est de faire aller la révolte jusqu'à Tours ; et alors, au mo yen d'un mouvement qu'ils exciteraient à Paris, une partie de la Convention se rendrait à Tours, et les insurgés formeraient sa garde départementale. Châles finit par convenir que la lettre qui lui fait pressentir ce complot, et qui lui est adressée par une personne qu'il ne connaît pas, ne contient aucun fait personnel à Berruyer. « On m'a reproché, ajoute-t-il, d'être prêtre ; je m'applaudis d'avoir été prêtre, parce qu'en vivant avec eux, c'est-à-dire avec tout ce qu'il y a de plus corrompu dans l'univers, j'ai appris à mépriser et à combattre les scélérats qu'on nomme prêtres. »
Prieur monte à la tribune et déclare que la ville d'Orléans lui paraît destinée à devenir le foyer de la contre-révolution projetée, qu'il a fait arrêter dans cette ville deux prédicateurs du royalisme, dont un a été guillotiné, et que, malgré les mesures sévères qu'il a déployées, les aristocrates abondent dans cette ville.
Thuriot s'unit à Prieur pour démontrer la nécessité de surveiller les traîtres et assure qu'il serait le premier à appeler le glaive de la loi sur la tête de Berruyer, s'il le croyait coupable, de même qu'il se fait un devoir d'être le défenseur de l'innocence opprimée. {Applaudi.)
La séance a été levée à minuit et demi.
PRÉSmENCE DE BENTABOLE
[Lecture du procès-verbal. Châles proleste contre l'expression de « juslifi-
cation de Bcmiyer ». — « Si ce général n"cst pas coupable, dit-il, il est au moins un imbécile. »]
La Société nomme des commissaires pour examiner les chefs d'accusation intentés contre Berruyer.
Thuriot, Châles, Marat et deux autres membres sont choisis.
Marat. — Berruyer aura dans Thuriot un défenseur, mais il trouvera en moi un antagoniste incorruptible. Je demande d'abord en vertu de quels ordres Berruyer est à Paris et a quitté son poste. Les généraux de la Vendée sont très coupables ; ils ont abandonné aux ennemis les magasins de vivres et de fourrages.
Le Président. — Le Comité épuratoire est à la veille de finir ses travaux ; il faut un dernier effort. On demande une séance définitive pour déhbérer sur les radiations proposées.
La Société fixe pour samedi, à quatre heures, une séance dans laquelle seront admis tous ceux qui ont reçu des lettres d'admission.
Il est arrêté, au surplus, que le Comité ne pourra déhvrer des cartes qu'à ceux qui représenteront un extrait du procès-verbal du scrutin épuratoire.
[La Société de Metz dénonce connue suspect Duplain, (pii a rédigé un journal intitulé Le Courrier uinccrseL ', et qui a été arrêté au 10 août. — Un membre lit une lettre des trois commissaires du pouvoir exécutif arrêtés à Ciiàlons. Legendre et Marat sont désignés pour aller au Comité de salut jmblic demander la punition des administrateurs (jui ont arrêté les commissaires. — Laveaux annonce une victoire du général Dampierre. — Châles propose des mesures de salut public: il faut arrêter les ministres, les généraux, les fonctionnaires suspects, « rendre impéralives toutes les dispositions du département de THérauIt' et mettre en état de réquisition la personne et la fortune de tous les citoyens ».]
La séance a été levée à dix heures.
1. Parmi les diilérenles feuilles de ce nom que décrit M. Tourneux MUjlioqraphle, n- 108i7, 108.j8, 10998, llOOo, 110.j7, li8o6;-, aucune ne semble avoir été rédigée ou imprimée par Duplain, ni être antérieure au 10 août 1792.
2. Ce département avait arrêté un plan de recrutement, que le Comité de salut public recommanda aux autres départements et qui lut appliqué à Paris. — Cf. Recueil des actes du Comité de salut public, t. 111, p. 482, o09, o->0 U'H yo4, 598, G03.
184 SOCIKTK DES JACOBINS [10 mai 17'.t3]
PRÉSIDENCE DE BENTABOLE
[La Société de Salins, fondée par I>éonard Bourdon', demande et obtient raffdiation.
Léonard Bourdon fait lecture d'une lettre dans laquelle les six sections de Dijon affirment leur attachement à Paris, qu'elles considèrent comme le quartier-général de la République. <( La ville de Lons-le-Saunier, dit l'orateur, va vous écrire une lettre du même genre. )> Bourdon est chargé par la Société d'écrire à cette ville pour la remercier.]
Cet orateur fait ensuite l'historique de ses travaux patriotiques à Orléans. Le pain s'y vendait 9 sous la livre ; il en a fait diminuer le prix. Il a fait donner des secours à la classe indigente. Il s'est ensuite transporté avec son collègue dans le département du Jura, qui est infecté par le fanatisme. « Liberté^ religion », voilà le cri de ralliement des gens de la campagne. Nous avons obtenu, ajoute-t-il, que tous les prêtres réfractaires fussent transportés jusqu'aux frontières de la Suisse-. Ce département a douze bataillons prêts à marcher où le danger de la patrie les appellera. Le projet de taxe ou impôt progressif sur les riches a fait le plus grand eflet. Le peuple a vu avec regret que ce projet n'avait pas été décrété par la Convention. Le peuple n'a aucune confiance dans les nobles ; il est persuadé que cette caste d'hommes ne peut être l'amie sincère de la Répubhque.
Les journaux aristocratiques pullulent dans les départements. Tous demandent des mesures répressives pour empêcher la circulation de ces écrits liberticides. Il faut tomber, la loi à la main, sur les aristocrates.
Tous les citoj-ens s'élèvent contre les colosses d'administrations
1. Léonard Bourdon, député du Loiret à la (Convention, avait été enA'oyé en mission avec Prost dans les départements du Jura et de la Côtc-d'Or. Cf. Recueil des actes du Comité de scdnt public, t. 11. p. ."lO;!, et t. IV. p. "JOl.
2. Le 3 mai, on avait lu à la Convention un arrêté pris par le département du Doubs pour ordonner de mettre en état d'arrestation tous les ecclésiastiques et tous les suspects. Procès-verbal de la Convention, t. XI, p. 33. — Dans le courant du mois de mai, un grand nombre de départements et de mimicipalités prirent des arrêtés analogues, sur liniliative des Sociétés populaires ou des représentants en mission.
de département, qu'ils proposent de remplacer par de grandes municipalités.
J'ai reçu partout de grandes plaintes contre la Montagne. On ne se plaint pas de son énergie, on n'accuse pas ses principes, mais on se plamt qu'elle n'est jamais à son poste, lorsqu'il s'agit de nommer des secrétaires.
Je crois qu'il est très important que la Société arrête que tous les membres de la Convention seront très exacts aux appels nominaux, aux nommations et à la rédaction du procès-verbal. Cet arrêté est d'autant plus important que plusieurs membres de la Montagne ont été déclarés absents lors de l'appel nominal qui a eu lieu relativement à Marat.
La Société arrête qu'elle ne regardera comme ses frères les membres de la Convention qu'autant qu'ils seront exacts à la lecture du procès-verbal, aux appels nominaux et aux nominations des Présidents et Secrétaires.
\Unjewin membre rie la SoruHr fraterueUe fait \oc\yno (r.nio l,>(iro <lans laquelle Tallion annonce la prise de Thonars par les rebelles. Des cris de douleur se font entendre. - Un mnnbrr du Tribunal révolutionnaire se i)lauUquela Convenlion reiuse d'augmenter le nond.re des membres et des commis de ce Tribunal. - Robespierre demande ,|u-on chasse les oontrerevolutionnaires du Conseil exécutif et des États-majors. Voi,-! !.. principal passage et la conclusion de son discours :i
Il faut que l'autorité executive soit placée dans des mains populaires et incorruptibles, dans la main de ces hommes purs, qui placent leur bonheur dans le bonheur général. Il faut que l'autorité publique soit populaire.
Ne vous arrêtez plus à des détails, ne dénoncez plus la Montagne, car elle est ce qu'il y a de plus pur dans la République. Attachezvous aux principes. Tarissez la source de la corruption ; voilà la chose dont on ne s'est jamais occupé ; on a toujours déclamé contre les ministres et les généraux, et on les a toujours laissés en place. L'opinion publique est encore dans la main de nos ennemis, parce qu'ils peuvent soudoyer les écrivains mercenaires.
L'homme qui aurait les facultés morales les plus étendues ne peut lutter seul contre la corruption de son siècle, s'il n'est secondé par l'énergie de ses concito.vens ; la liberté ne périra pas, mais elle ne sera que le fruit des plus grandes et des plus longues calamités. Des torrents du sang le plus pur couleront, et nos ennemis entraîneront dans leur tombe une partie des défenseurs de la République. Citoyens, que le premier de vos principes soit celui-ci : que la patrie
IS(i SOCIÉTÉ DES JACOIMXS [10 mai 1793]
ne peut plus être sauvée que par les plus grands efforts de l'énergio républicaine et de l'héroïsme populaire.
Je n'ai pas autre chose à vous dire ; car, si l'esprit public ne se ranime pas, si le génie de la liberté ne fait pas un dernier effort, j'attendrai sur la chaise curule, où le peuple m'a élevé, le moment où les assassins viendront m'immoler. [Applaudi.)
[Bourdon {de l'Oise) déclare (iiril l'aul ïovccv les riclios à secourir les sans- <"ulol(es ([ui sont sans ressources. Au milieu de son discours, il s'écrie :]
Je somme tous les citoyens qui vous proposent des mesures révolutionnaires d'en adopter une comme celle-ci. (En prononçant ces mots, l'orateur fait briller son sabre aux regards des spectateurs, dont une partie applaudit avec transport.)
[Desficii.r annonce (jue la Convention s'est li-ansporlée dans son nouveau local ' ; il j)résente deux réclamations : 1" on refuse des cartes d'entrée aux patriotes ; 2° les tribunes sont construites de telle sorte qu'on ne jieut rien entendre : c'est la faute de Roland, qui a écarté le plan du patriote Boyer.]
La séance a été levée à dix heures.
LXXYIII
PRÉSIDENCE DE BENTABOLE
[Une délégation de la Société des républicaines révolutionnaires, séante à la Bibliothèque des Jacobins, est introduite. L'oraieur de la dcpuhdion dit ijue la Société se propose d'armer les femmes j)atriotes de dix-huit à cinquanteans et de les organiser en corps d'armée contre la Vendée. Le Président félicite la délégation. — Les citoyens de la section de la Halle-au-Blé, prêts à partir pour la Vendée, défilent dans la salle au son de la musique. — Un militaire déclare que, « si la Convention ne marche i)as, nous ferons marcher la Convention )>. — Quehpies membi'es conversent avec lerf citoyens <le la Halle-au-Blé.] '
Le PRÉCÉDENT MILITAIRE. — Citovcns, daus les grands maux les grands remèdes, et je vais vous en communiquer un qui, je crois, est salutaire.
1. Eu ctlct, la Convention, ipii jusqu alors avait siégé dans la salle du Manège, s'installa le 10 mai 1793 aux Tuileries, dans la salle de Spectacle ou salle des Machines : elle y resta jusqu'à la fin de sa session.
Depuis trois mois, on nous égorge en détail ; les scélérats nous trompent. Voulez-vous savoir les moyens de sauver la patrie? Y a-t-il un républicain qui ose me contredire? Ce moyen consiste à exterminer tous les scélérats avant de partir. [Bruit.) J'ai étudié la Convention : elle est en partie composée de scélérats, dont il faut -faire justice, II faut que tous les partisans de Dumouriez et tous les conspirateurs périssent ; il faut tirer le canon d'alarme, fermer les barrières. Je suis né d'un pays (Liège) où j'exterminerais cent aristocrates, s'ils étaient devant moi. Dix patriotes peuvent anéantir cent aristocrates.
Le PRÉsmENT. — Le moment le plus consolant pour la Société est de voir qu'une grande partie des citoyens s'empresse de marcher contre les rebelles.
Malgré les efforts des intrigants, malgré les efforts des factieux, nous osons encore nous flatter que la majorité de la Convention, qui a fait périr le tyran, sauvera la patrie. Citoyens, nous sommes déterminés à veiller avec vous. Quelle que Sdit la série des événements, voici la résolution de la Société : périssent sous nos coups et sous les vôtres les traîtres, les conspirateurs et les ennemis de la Vendée, et que les modérés apprennent que, quand la patrie est en danger, il n'est plus permis de s'isoler, et qu'il faut ou qu'ils s'attendent à périr ou qu'ils s'unissent à ceux qui combattent pour la République !
Le militaire préopinam. — Je dis que Bentabole n'a pas répondu à la section de la Halle-au-Blé, Il s'est exprimé en Feuillant, en modéré ; il faut, avant de partir, anéantir nos ennemis ici.
L'orateur fait briller son sabre. [Bruit mêlé d'applaudissements.)
[Robe.'<j)ierre i)rononco un discours, dont voici le j)assage le plus important :]
J'ai proposé des mesures radicales, énergiques, et j'ose dire suffisantes pour assurer la sûreté et la tranquillité des citoyens, et ces mesures n'ont été adoptées ni par la Convention, ni par le ministère, ni par les sections, ni par aucune des autorités constituées.
J'ai été le premier à dire à la tribune de la Convention qu'il fallait que les patriotes lissent encore un effort, et qu'il fallait assurer la liberté dans les murs de Paris. J'ai dit que Paris était la citadelle de la liberté; or, pour conserver cette citadelle, j'ai dit qu'il fallait qu'il existât au sein de Paris une armée révolutionnaire infiniment supérieure à tous les aristocrates.
[Cette armée, ajoute l'orateur, ne peut être composée que des sans-cu-
188 SOCIÉTÉ DES .lACORIXS [12 mai 1793]
loltos; les sans-ouloKcs ne vivent, que de leur travail : il laiit donc forcer ICs riches à armer et à entretenir ceux qui composeront laiinée révolutionnaire. — Le miUfairr qui a déjà j)arlé approuve la pro])osition de Robespierre. — Un membre annonce que la section de la Bulte-des-Moulins invite les Jacobins à chasser les contre-révolutionnaires de leurs sections. — Un député (les autorités de Lyon, qui se déclare « soldat de Tarmée révolutionnaire de Lyon », exprime le vœu que « le machiavélisme populaire » lasse sentir ses elTets dans toute la France. — Une dépxtation des sans-cnloites du Jardin-des-Plantes accompagne Varlet, chassé de la Société sous prétexte qu'il était brissolin. — Varlet, sur le point de partir pour la Vendée, demande à être réintégré parmi les membres de la Société. — La Société renvoie la demande au Comité épuratoire et refuse d'entendre Varlet. La députation sort avec lui.]
La séance a été levée à dix heures.
PRÉSIDENCE DE BENTABOLE
[Un militaire demande (pie la municipalité d'Amiens soit cassée. — Un membre appuie la proposition : il est à craindre, dit-il. que les grands manufacturiers d'Amiens et les riches marchands de grains de Chartres ne cherchent à réduire Paris par la famine.
Maximilien Robespierre demande encore une fois l'application des mesures qu'il a proposées. Il donne lecture du discours sur la Constitution qu'il a jjrononcé dans la journée à la (Convention '.]
L'impression de ce discours est volée et arrêtée par acclamation-.
Bourdon de l'Oise. — Quand le préopinant a dit que les principes de constitution qu'il a développés tenaient lieu de toutes les mesures révolutionnaires, il a eu raison ; car, en extirpant les vices et en établissant le règne des vertus, on détruit le foyer des conspirations. Les intrigants se sont réunis chez Petion, ils se sont coalisés. (Bruit.)
[Les citoyens enrôlés de la section du Roule, puis le bataillon des citoyens des Tuileries, qui partent pour la Vendée, défdent dans la salle des séances, au son de la musi([ue.]