SÉANCE EXTRAORDINAIRE DU SAMEDI 1" JUIN
PRÉSIDENCE DE BOURDON (DE l'oiSE)
Le citoyen Mittié fils occupe le fauteuil.
Mx\URE. — Plusieurs de vous, occupés à leur poste, ignorent ce qui
1. A partir du 1" juin 1793 paraît le Journal de la Monfar/ne, officiel pour les Jacobins. (Voir l'Introductioii placée en tête du tome I, p. cxx et cxxi.)
Les comptes rendus des séances des Jacobins donnés par le Journal de la Montagne sont beaucoup plus succincts que ceux que l'on trouve dans le Journal des Jacobins. Nous avons même remarque que le Journal de la Montagne commet plus d'omissions graves que le Journal des Jacobins. Ainsi, dans le compte rendu de la séance du 14 juin 1793, il n'indique pas l'Adresse aux citoyens égarés de quelques départements, présentée par Lechard, dont la Société vota l'impression et l'envol aux Sociétés affiliées ; le Journal des Jacobins mentionne l'adresse et le vote en déformant le nom de Lechard en Nicard (n" 433). — En outre, on lit au début du compte rendu de la même séance dans le Journal de la Montagne (n" 15, p. 117) les observations suivantes : « Le citoj'en Nicolas, imprimeur du Journal de lu Montagne, se justifie des reproches qu'on lui a faits sur la négligence avec laquelle ce journal est imprimé, sur ce que des malveillants, dési-
[1" iriN 1703] SOCIÉTÉ DES JACOBLNS 221
s'est passé à la Convention. Je me suis trouvé à la fin de la séance, et j'ai été témoin de la victoire remportée par les amis de la liberté. Je vais vous rendre compte de ma conduite particulière. J'ai écrit aux départements, et je leur ai présenté un fidèle tableau des événements d'hier.
Un militaire. — Dans la séance d'hier soir, si on avait voulu soixante décrets, on les aurait obtenus. Aujourd'hui les intrigants ont repris une nouvelle audace.
Ne nous dissimulez pas que les départements ont les yeux ouverts sur la Convention. Ils savent qu'il y a trente ou quarante membres qui sont salariés par les ennemis et qui s'opposent aux mesures du salut public. Si ces membres gangrenés restent, il sera impossible de sauver le peuple, et il faudra que le peuple se sauve lui-mênie. La guerre de la A'endée serait bient('>t finie, si nous déployions toutes nos forces, et si nous poursuivions ces brigands fanatiques comme on poursuit les sangliers. Il faut des éclaireurs qui fassent lever ce gibier; il ne faut point faire de prisonniers, il faut les brûler tous.
Citoyens, je vous demande un passeport pour entrer dans la première compagnie de grenadiers. Je combattrai en veste les brigands de la Vendée, et je vous laisse mon habit.
Le Président. — Quand tu demandes un passeport pour combattre les ennemis de la liberté, tu es bien sûr de l'obtenir des Jacobins. Rends-toi dans les Sociétés populaires, éclaire ceux qui sont encore dans l'erreur, dis-leur que les Jacobins ont livré un combat à mort aux intrigants.
Sur la mention de Bentabolc, la Société accorde un diplôme à ce brave militaire, et charge les citoyens Marat et Billaud-Varenne de lui procurer de l'emploi.
r.inl (le l'aire uiauquer cette entreprise, mit introduit dans son imprimerie des f:ens payés pour y mettre le désordre et corrompre ses ouvriers. » On voit que la Société des Jacobins elle-même se plaignait du Journal de la Monhif/ne eu juin no.'î. — Elle en avait pourtant fait son journal oiliciel, pour ainsi dire. Elle avait compté que les rédacteurs de cette l'euille donneraient des comptes rendus des séances des Jacobins moins perfides que ceux du Journal des Jacobins. Eu effet, ce dernier donne tout au long les motions violentes, les débats scandaleux, d'ailleurs avec une exactitude qui semble complète, puisque les passages les plus caractéristiques des discours ou des opinions qull cite sont littéralement les mêmes dans le Journal de la Montar/ne. ^Comparer par exemple les comptes rendus des séances du 7 et du 14 septembre dans les deux journaux.) Ou peut donc affirmer que, si les comptes rendus du Journal des Jacobins sont plus malveillants que ceux du Journal de la Montof/ne, ils ne sont pas moins exacts et ils sont plus Complets. Nous continuerons donc à suivre, jusqu'à nouvel ordre, le texte du Journal des Jacobins.
222 SOCIKTK DKS .lACOlîINS [{<><■ .uin 1793]
Hassexfratz. — Lanjuinais a demandé contre moi le décret d'accusation. Je vais vous lire la lettre que je lui ai adressée :
u Le républicain Hassenfralz à M. Lanjuinais . — Tu es un imposteur. Je n'ai jamais tenu un discours aussi sot, aussi plat, aussi injurieux aux déparlements que celui que tu me prêtes. C'est par un système de calomnie, dirigé contre les patriotes, que tui et tes pareils devaient perdre la République et la liberté. Vous êtes démasqués, et mon pays est sauvé. »
La ville de Paris, qui doit nécessairement être plus éclairée que les autres départements, a jugé les projets des malveillants et s'est levée tout entière.
Chabot. — Je viens annoncer à la Société que la séance de la Convention va s'ouvrir. On a battu la générale '.
On ne sait pas pourquoi le peuple s'agite aujourd'hui. La Convention doit au peuple la satisfaction d'entendre ses pétitions, et pour cet effet les Montagnards se sont réunis. J'invite la Société à envoyer à la Convention les bons députés à mesure qu'ils arriveront. Les membres du côté droit commencent à venir.
Leclerc. — Je serait court. L'agonie des aristocrates commence : le tocsin sonne ; le canon d'alarme a été tiré ; la Commune est debout ; le peuple se porte à la Convention ; vous êtes peuple, vous devez vous y rendre.
Moine. — La générale et le rappel viennent de battre. La Convention est entourée des meilleurs citoyens. On se demande quel est le but de ces rassemblements. En voici la cause. La faction criminelle, qui est l'opprobre de la nation, a écrit dans les départements : « Faites venir trente mille hommes. Ce nombre suffira pour exterminer les brigands. Soyez dans la plus grande quiétude sur le succès, car les propriétaires sont armes. »
Ne nous demandez donc plus la cause de ces mouvements. Les scélérats se qualifient de représentation nationale et ils disent qu'on veut dissoudre la Convention.
Les premiers qui ont commencé à battre la générale, ce sont les citoyens de la section de Bon-Conseil. Ils voulaient désarmer la Butte-des-Moulins et le Contrat-Social. On a arrêté que les citoyens armés se rassembleront avec leurs armes, et on désarmera ceux qui sont sur la liste des personnes suspectes.
Un militaire. — Restons ici. Nous sommes à notre poste pour sauver la chose publique.