‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 2)Chapitre 54 sur 141 · Cette phrase inachevée est textuelle · texte numérisé non relu

Cette phrase inachevée est textuelle

2IS SOCIÉTK DKS .lACOHINS [:U mai ITOIJI

gnardcr, quand la liberté est perdue, ou s'ensevelir sous ses ruines. Je demande que les 48 sections soient averties que la Société des Jacobins s'est déclarée en permanence. Les patriotes sont debout, et ils ne doivent poser les armes que quand les scélérats de la (convention seront anéantis.

Un membre propose de renvo\'er aux. départements les dé[)utés infidèles et ajoute que Paris n'a pas le droit de les arrêter. {Grand bruit.)

CiiAHOï. — Aujourd'hui les sans-culottes sont la majorité de la Rél»ublique; il est donc inutile d'en appeler aux départements; les départements ne peuvent pas descendre jusqu'aux détails de la vie de leurs mandataires, l'ùt-ce M. Gensonné ou M. lirissot. Soyez assurés que la Gironde agit encore pour conserver ses députés et expulser les autres.

Un membre demande que Billaud-Varenne soit invité à décliner le nom du député qui a dit qu'il fallait un chef.

BiLLAUD-YARENNii:. — On m'a rendu compte que dans le plus grand tumulte, on avait entendu dire que le moment était venu où la nation devait se donner un chef. Je dis que la Montagne doit sévir, non pas contre cet individu, qui a pu s'égarer, mais contre tous ceux qui voudraient nous enchaîner. Si j'avais entendu ce membre, je l'aurais dénoncé à l'instant ; mais d'excellents patriotes m'ont assuré l'avoir entendu.

C — Il importe que les patriotes soient à la recherche de celui

qui a fait une telle proposition; car, si on ensevelissait dans l'oubli ce fait, si l'on cherchait à le cacher, ou (brait que les Jacobins ont envie de donner un chef à la nation.

Robert. — Ce sont quatre membres du Marais qui ont dit qu'un membre de la Montagne, les prenant pour des Montagnards, a déclaré qu'il fallait un chef à la nation. Celui auquel on attribue ce lu'opos, c'est Marat.

Chabot. — Il est peut-être malheureux que Billaud-Varenne, avant de vous raconter ce fait, ne se soit pas expliqué avec Marat ; il ne faut pas que vous passiez à l'ordre du jour sur une pareille inculpation. Pour l'honneur de la Montagne, il faut que Marat se justifie. Je connais le cœur de Marat; mais je me défie de sa tête.

BouRDOiN (de l'Oise). — Je suis loin d'inculper Marat, qui, depuis 1789, s'est montré l'ami du peuple, et je dis que c'est le servir que de l'inviter à nous donner des explications fraternelles.

La Société arrête que Marat sera invité, par une lettre, à donner des explications sur le propos qu'on lui attribue.

Chabot continue : « La Convention nationale a décrété qu'elle pour-

[31 MAI 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBLXS 2lît

suivrait tous les conspirateurs et leurs complices. 11 faut que le peuple demande justice des traîtres, de tous les complices de Dumouriez. »

Un citoyen des tribunes s'écrie : « Et les signataires de pétitions I »

Le Président observe que le citoyen qui vient de faire cette proposition n'a aucune idée de la liberté, parce que tout homme a le droit d'énoncer son opinion à la barre de la Convention et de signer une pétition quelconque, sans pouvoir être recherché.

Chabot continue : « Comptez, citoyens, que l'armée est à vous. Je dirai plus : les départements sont à vous. Peut-être, si l'insurrection avait tardé, vous auriez eu à lutter contre Tinfluence de la corruption ; ce soir, le courage a abandonné Buzot et ses affidés. Tous les égoïstes de Paris devaient avoir des baïonnettes au service de MM. Brissot et Barbaroux ; mais les égoïstes ou sont restés chez eux ou se sont réunis aux sans-culottes en faveur des Montagnards.

« Le peuple restera debout jusqu'à ce que les égoïstes aient baisé la poussière du sans-culottisme. Cependant j'ai une inquiétude ; Danton a perdu de son énergie depuis qu'on a cassé la Commission des douze. Cette Commission était un instrument dans la main des intrigants. Elle n'agissait pas par elle-même, c'était la faction qui la dirigeait. Le peuple s'est insurgé contre cette faction, et il ne s'arrêtera pas que cette faction ne soit terrassée. Comme il serait possible qu'ils cherchassent à se faire blesser pour calomnier Paris, il faut que le peuple surveille les malveillants (|ui voudraient faire du mal à ces intrigants.

« Je conclus : la proclamation de la Convention partira demain ; faites une adresse aux départements, non pas pour justifier votre insurrection, mais pour que les départements se mettent à notre niveau. » (Applaudi.)

Bourdon (de l'Oise). — Permettez à un patriote, qui se connaît en insurrections, de vous faire quelques observations.

En 1789, lorsque les stigmates de l'esclavage étaient encore empreints sur nos fronts, nous nous levâmes, et notre insurrection fut ensanglantée. Ce qui fera à jamais époque dans l'histoire de nos révolutions, c'est la glorieuse journée du 31 mai. Le peuple a été calme et imposant, il a respecté l'ouvrage de ses mains.

Depuis quatre ans le peuple s'est agrandi. Il a pensé qu'il ne devait pas se mettre en colère, quand ses commis trahissaient sa confiance. Vous me demandez ce qu'aurait fait le peuple, si la totalité de la Convention avait été corrompue. Je réponds qu'il eût fait comme le peintre qui n'est pas content de son ouvrage. Il l'eût écartée, et se

220 SOCIKTÉ DES JACOBINS [:u mm 1793]

lut mis à sa place; il eût dit à ses niandalaires : « Sortez de cette enceinte ; nous allons la garder jusqu'à ce que vous soyez remplacés ! » Ils le savent bien, les coquins. Aussi voulaient-ils établir tout doucement une petite aristocratie bourgeoise. Soyez sûrs que tous ces coquins, qui veulent remplacer la noblesse et le clergé, vont réfléchir cette nuit. Toutes les fois qu'on leur disait que nous voulions résister à l'oppression, ils nous répondaient : « Mais contre qui vous insurgez-vous ? 11 n'y a plus de royauté. »

Chabot déclare que l'hypothèse de Bourdon est absurde, et qu'il n'est pas possible que la totalité de la Convention soit mauvaise.

Un Militaire. — Mon opinion à moi est qu'il y a au moins quarante membres dans la Convention qui sont d'intelligence avec les puissances étrangères. Je partirai avec douleur, si je laisse ces membres dans la Convention, et je déclare que, si vous ne les mettez pas en état d'arrestation, il est impossible de faire le bien. Si la Convention ne sauve pas le peuple, le peuple sera obligé de se sauver lui-même. Si vous mettiez en état d'arrestation ces membres, vous verriez tomhn^ les masques de tous les généraux.

La séance a été levée à onze heures.

Page 1