Tome V
226 SOCIÉTÉ DES .(ACORINS [.\ .uin 1703]
C, — Dans les circonstances où nous nous trouvons, il importe aux citoyens de détruire la calomnie. Je lis dans le tourna/ des Lois\ rédigé par Osselin^ : Siège de la Convention par la force armée de Paris. Quoi ! tandis que la Montagne a reconnu qu'elle était parfaitement libre dans ses délibérations, un membre de la Montagne a osé imprimer le contraire ! Je demande que le citoyen Osselin soit invité à rétracter cette assertion calomnieuse, ou qu'il soit rayé de la liste des membres de cette Société. [Applaudi et appuyé.)
C... 3 — Nous sommes tous convaincus du civisme de Boucbolte. On décida, hier, par ensemble qu'on procéderait au renouvellement des ministres Bouchotte, Le Brun et Clavière. On observa qu'il ne fallait pas ainsi confondre les rangs, parce que Bouchotte se retirait volontairement, tandis que les deux autres miuistres étaient renvoyés. Eh bien I Osselin a mis ces ministres sur la môme ligne.
■ La Société arrête qu'Osselin sera mandé pour donner des explications.
[Marat se ])!Tsentc i)Our fournir les explications qui hii ont été demandées.]
Marat. — J'ai été dénoncé à cette tribune, pour avoir demandé un maître, un chef, c'est-à-dire un tyran. Je ne parais pas ici pour me justifier, car je suis persuadé que personne n'ajoute foi à la calomnie dont je suis l'objet. Je déclare qu'il est dur de parler français devant des ignorants qui ne l'entendent pas ou des fripons qui ne veulent pas l'entendre. Hier soir, à neuf heures, des députations de plusieurs sections vinrent me demander des conseils sur ce qu'elles devaient faire ; je leur dis : « Le tocsin de la liberté sonne, et vous demandez ce que vous devez faire! » J'ajoute à cette occasion : « Non, il n'est pas possible que le peuple se sauve sans un chef qui dirige ses mouvements. » Des citoyens, qui m'entouraient, s'écrièrent : « Quoi ! vous demandez un chef? » — « Non, répliquai-je, je demande un guide, un chef et non pas un maître, et ces mots ne sont pas synonymes. »
[Châles ])ropose que la Société nomme un Coniité chargé de recueillir les preuves de la conspiration girondine. Ce Comité est établi et composé de Jeanbon Saint-André, Léonard Bourdon, Couthon et Laiaye. — Chabot croit la mesure inutile : il prononce, sur les moyens d'attacher le peuple à la Ilévolution, un long discours dont voici le passage le plus important :]
1. Sur cette feuille, voir Tourneux, Bibliut/rap/i/e, t. II, n° 10,8ii.
2. Charles-Nicolas Osselin était député de Paris à la Convention nationale.
o. On ne voit pas nettement, dans l'original, si cet orateur est le même que le précédent.
Vous avez donné une grande impulsion ; c'est à la Convention à assurer les bases du bonheur public. Rien de plus facile : il faut faire notre profession de foi. Nous voulons que tous les citoyens qu'on qualifie de sans-culottes jouissent du bonheur et de l'aisance. Nous voulons que cette classe utile soit aidée par les riches, en proportion de leurs facultés. Nous ne voulons point violer les propriétés. Mais quelle est la propriété la plus sacrée? C'est celle de l'existence. Nous voulons qu'on respecte cette propriété, et qu'on donne du pain à tous les malheureux. {Applaudissements.)
Nous voulons que tous les hommes qui n'ont pas cent mille livres de propriété soient intéressés à maintenir notre ouvrage. Nous laisserons crier ceux qui ont plus de cent mille livres de rente. Le bonheur public nous consolera de leurs clameurs. Nous dirons à ces hommes : « Convenez que nous sommes les plus nombreux, et, si vous ne poussez pas à la roue avec nous, nous vous chasserons de la République, nous prendrons vos propriétés, que nous partagerons avec les sans-culottes. » Observez, citoyens, que je ne prêche pas ici la loi agraire. Si les riches ne veulent pas partager les bienfaits de notre révolution, ils cessent d'être membres de la grande famille ; ils ne sont plus propriétaires. La Convention a confisqué les biens des émigrés parce qu'ils ne voulaient pas partager avec nous les périls de la Révolution. Les aristocrates rel»elles à la voix du patriotisme doivent être assimilés aux émigrés. {Applaudi.}
[L'oraU'ur propose trois nicsuros : 1" Eclairer ropiiiioa pulili([n(' ; 2° iixcr le prix du pain à Paris et dans les déparlenionts; 3° presser rrlahiissciiicnt de la ConstiliUion. Il conclut par les remarques suivantes :]
Jacobins, j'ai une vérité à vous dire : vous ne connaissez pas vos plus mortels ennemis ; ce sont les prêtres constitutionnels, ce sont eux qui crient le plus dans les campagnes aux anarchistes, aux désorganisateurs , au dantonisme, au robespierrisme, au jacobinisme ! Ils voudraient établir leur trône sacerdotal sur les ruines de la liberté.
Ne caressez plus les erreurs populaires ; coupez les racines de la superstition ! Dites ouvertement que les prêtres sont nos ennemis. Ce sont des aristocrates, ce sont des royalistes, parce qu'il n'y a que les rois qui favorisent les prêtres. Ne composez donc plus avec les préjugés, allez droit à votre but, et vous établirez le bonheur public sur des bases inébranlables. {Applaudi.)
Le bataillon des Colonies entre et défile dans la salle au bruit de la musique guerrière et des applaudissements universels.
228 SOCIETE DES JACOBINS [.'{ juin 1793]
Une citoyenne de couleur, âgée de cent quatorze ans, est portée à la tribune.
[I/oratouf (lu bataillon se félicite de la réunion des noirs et des blancs. Chabot s"écrie : « Les Jacobins doivent jurer qu'ils rendront libres les hommes de couleur, et je le jure en mon nom particulier! » On l'applaudit. — Bf'nfabole demande la lormation de l'armée révolutionnaire. — Hanriot vient encourager les Jacobins à soutenir les patriotes : il déclare qu'il sera toujours avec eux, comme dans la journée d'hier. — On lit une réponse des républicains de Metz aux lettres de Marseille et de Bordeaux : elle est conforme aux vœux des Jacobins. — On donne lecture d'une lettre de Bourbotte et de Choudieu, en mission dans la Vendée, qui demandent des explications sur le mouvement qui vient de se produire à Paris. — Robespierre prononce un discours pour exhorter les Jacobins « à peindre d'une manière noble et énergique tout ce qui s'est passé depuis quatre jours ».]
La séance a été levée à onze heures.
XCY
PRÉSIDENCE DE BOURDON (dE l'oiSe)
{Bentabolc annonce qu'il a reçu de la Société de Strasbourg 5,872 livres pour contribuer à l'armement d'un corsaire qui s'appellera Le Jacobin. Il parle de la nécessité de lever immédiatement l'emprunt forcé et d'organiser promptement l'armée révolutionnaire. Il dit notamment :]
Nous pourrons nous procurer dans un mois le tiers de l'impôt sur les riches ; nous les traiterons avec bonté en leur accordant un délai d'un mois. Le département de l'Hérault ne leur a accordé que huit jours. Je demande que nous établissions sur le champ l'armée de six mille hommes, dont la formation a été décrétée *, et que tous les corps administratifs soient au surplus invités à présenter une pétition l)our organiser une armée révolutionnaire centrale.
Peyre. — J'ai fait la motion d'établir une armée révolutionnaire, il y a plus d'un mois ; mon projet a été enseveli dans les Comités. Je demandais qu'aucuu noble ni privilégié ne fût admis dans celte
1. La formation d'une aruiôc révolutionnaire parisienne de 0,000 liommes avait été décrétée le 4 juin par la Convention, après un rapport du Comité de salut public [Moniteur, t. XVI, p. 'Uli). Mais l'armée révolutionnaire proprement dite ne fut décrétée (pie le ^i septembre 1793.
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armée ; je voulais la composer de patriote? munis de certificats de civisme, et recommandés par les Sociétés populaires. J'ofTre de reproduire ma pétition.
Dufourny et un militaire appuient ces propositions.
Ce dernier observe qu'il faut faire entrer dans cette armée les chasseurs et les jeunes gens des villes, et qu'il faut bien se garder de la composer d'agriculteurs, attendu que les campagnes sont appauvries.
DcFOURNY. — Nous avons de grandes obligations au Comité révolutionnaire, puisqu'il a sauvé la patrie, mais il a senti qu'il ne pouvait conserver plus longtemps un pouvoir qui tient de la dictature, et il a offert sa démission. On a reconnu que les aristocrates ont formé l'horrible complot de faire attaquer les prisons pour déshonorer les patriotes et leur faire perdre le fruit de leur victoire. On a pris des mesures pour déjouer cette trame et en punir les auteurs.
Il est bon d'avertir les citoyens que demain le Comité central révolutionnaire doit s'assembler ici à neuf heures, pour délibérer sur les mesures de salut public. J'invite les patriotes à s'y trouver.
Cif.vLES. — Je crois devoir présenter à la Société la liste de douze Sociétés très populaires, très sans-culottières, que j'ai établies, de concert avec mon collègue, dans le département de l'Eure.
[L orateur dénonce le plan de fédération dont on reconnaît les traces à Rennes et à Bordeaux ; des commissaires envoyés par les Bordelais ont cherché à donner dos ordres à la manufacture d'armes de Tulle — Dujomt parle sur les citoyens égarés de Marseille et des déi)artcments du Midi, et demande qu'on leur envoie des commissaires. — Lronord Bourdon projiose qu'oA déclare en état de contre -révolution les citoyens qui dominent dans les sections de Marseille. Il continue ainsi :]
Le peuple veut le bien, mais il peut être trompé, et ce sont principalement les directoires de département qui peuvent l'égarer. Hâtons-nous donc de décréter, comme au 10 août, le renouvellement de tous les directoires. Je vous dénonce Dumas le jeune, qui a l'ambition de vouloir dominer dans le département du Jura, Ce département vient d'envoyer des commissaires à Bourges pour faire nommer des suppléants, parce que, dit-il, la Convention n'existe plus. Quand les directoires de départements seront bons, la chose pubhque sera sauvée. Je demande donc le renouvellem<mt de tous les directoires.
£'« membre combat cette proposition et avertit les patriotes de se défendre des pièges qu'on leur tend.
« Tous les patriotes, ajoute-t-il, sont actuellement aux frontières et
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ne pourraient concourir aux nomination^;. Les hommes corrompus et corrupteurs régneront dans les assemblées primaires. >.
Léonard Bourdon a répondu que, dans tous les départements, les hommes suspects avaient été mis en état d'arrestation.
Jeanbgx-Saint-André. — Ce n'est pas un moyen de régénération de casser les corps administratifs. Des hommes plus dangereux que les aristocrates décidés domineraient dans les assemblées primaires. Il faut établir des Comités de salut public, qui fassent marcher les administrations en dépit d'elles-mêmes. Si ces Comités sont bien organisés, s'ils sont composés de vrais patriotes, pris dans le sein des Sociétés populaires, ce stimulant assurera le triomphe de la liberté.
Terrasson. — Je soutiens que les Sociétés populaires ne doivent point avoir l'initiative pour la formation des Comités de salut public.
On s'écrie que ce n'est pas l'esprit de la motion de Jeanbon-Saint- André. Celui-ci répète sa proposition.
Terrasson continue : « Il faut que les Sociétés populaires se bornent à surveiller les autorités constituées, et qu'elles se renferment dans ce cercle ; le but de leur institution est d'éclairer le peuple. »
On passe à l'ordre du jour.
Le Président accorde la parole à un des membres du Comité de correspondance, pour lire l'adresse aux départements qui a été dirigée [sic) pour expliquer les motifs de la dernière insurrection.
Après la lecture de cette adresse, Terrasson déclare qu'elle est plus propre à endormir qu'à éveiller le patriotisme, et demande que le rédacteur soit invité à en faire une plus chaude et plus énergique.
Un membre demande qu'on fasse dans cette adresse un tableau sublime et imposant de l'ordre qui a présidé à l'insurrection ; pas une égratignure, pas une insulte; pas une propriété n'a été. violée.
LÉONARD Bourdon. — Il faut faire en deux mots une adresse aux départements, il faut leur dire. « 11 y avait deux partis dans la Convention ; à un étaient attachés tous les aristocrates et les contrerévolutionnaires ; à l'autre étaient attachés tous les sans-culottes. » Je n'examine pas si des malveillants ont changé les consignes. Ce qu'il y a de certain c'est que, pendant quatre jours, le peuple a présenté l'attitude la plus imposante, la plus majestueuse; les propriétés ont été respectées; la Convention a fait justice de quelques individus. Yoilà quel doit être le texte de Tadresse.
Camille Desmoulins. — Le crime des Parisiens est de s'être levés trop tard. Les conspirateurs ont consommé leurs forfaits. Vous avez vu l'adresse de la ville de Rennes. Jamais il n'y eut une conjuration
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mieux prouvée, et les conjurés nous demandent effrontément où sont leurs crimes ! N'est-il pas constant que Bordeaux a des agents à Londres, et qu'il est question de rompre l'unité de la République? Je déclare qu'en matière de conspiration, il ne faut pas attendre les preuves juridiques; car, avant qu'on aie pu se les procLu-er, le mal est sans remède.
La Société arrête la rédaction d'une nouvelle adresse et nomme pour commissaires-rédacteurs Billaud-Varenne, Camille Desmoulins, Jeanbon-Saint-André et Bourdon.
[Un membre annonce quo los Sociétés populaires de plusieurs départenienls, et notamment du lias-Hhin, ont l'été par avance l'heureuse issue de rinsurrection qui vient d'avoir lieu à Paris. — Louis propose qu'on arrête comme otages les trente-deux députés des sections de Marseille qui sont actuellement à Paris. La Société arrête que cet amendement sera inséré dans la pélilion (prclle doit jn'ésenter à la Convention.]
L'.v MILITAIRE. — Le général Gustine, qui est actuellement notre généralissime, n'a cessé de nous abreuver de désagréments, de nous saturer d'aristocratie. Il faut surveiller les généraux. J'en ai dénoncé six, d'Aiguillon, Martignac, Somhreuil, Deprez-Crassier, etc.
Gustine a livr(3 vingt-trois mille Français, ((ui sont à Mayence. Nous irons délivrer nos frères, ou nous mourrons.
La Société nomme des commissaires pour recueillir les faits avancés par ce militaire, et lui faire rendre justice.
La séance a été levée à onze heures.
XCYI
PRÉSIDENCE DE BOURDON (dE l'OISE)
Le citoyen Monestier occupe le fauteuil.
Camille Desmoulins a la parole pour faire lecture de l'adresse aux départements qu'il a rédigée.
BoissEL. — Gamille ne peut avoir fait qu'une excellente adresse ; mais, s'il est chargé de la lire, elle perdra à la lecture. Je demande qu'un membre, dont l'organe soit plus sonore, soit invité à lire cette adresse.
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Camille Desmoidins, malgré celte observation, lit cette adresse. Il est applaudi.
DuFOURNY. — On dit toujours qu'il y a deux partis dans la Convention. Je soutiens qu'il n'y en a qu'un seul, celui des méchants, celui des ennemis de la République, Le mot parti se prend en mauvaise part, et je demande qu'il ne soit employé que pour désigner la faction. [Applaudi.)
Un membre dénonce trois affiches inciviques, dont deux sont signées par Choudieu et Marcandier *, et déclare qu'il a arraché toutes celles qu'il a vues.
Chabot. — Je rends justice aux talents et aux bonnes intentions de Camille ; mais je dirai qu'il a manqué son but. D'abord son adresse est trop longue. Dans les départements, l'intérêt de notre insurrection diminue en raison inverse de leur distance ; de trop longs détails fatigueraient les sans-culottes, qui sont fortement attachés à la République et qui s'embarrassent fort peu de l'historique d'une révolution. Il faut leur faire un tableau rapide de l'oppression sous laquelle gémissaient les patriotes ; il faut leur dire : « Les conspirateurs étaient les amis de Dumouriez , ils nous empêchaient de vous donner une Constitution populaire, fondée sur les bases de la liberté et de l'égalité. » Il faut ajouter : « L'insurrection n'a fait couler aucunes larmes; aucunes propriétés n'ont été violées; nous ne voulions que purger la Convention du venin corrupteur qui entravait sa marche. Jugez-nous d'après ces faits. »
Il ne faut pas s'appesantir sur toutes les trames criminelles de ces conspirateurs; l'acte d'accusation arrivera; il faut leur dire que la Convention a ordonné l'arrestation, par mesure de sûreté publique, et que plusieurs de ces scélérats, accablés par le sentiment de leurs crimes, se sont cachés dans des caveaux. L'adresse de Camille Desmoulins est trop longue ; il s'étend trop sur l'apologie d'une insurrection qui sera justifiée par les heureux eftets qui en résulteront. Je demande que le Comité soit invité h refondre cette adresse.
Un citoyen de Marseille combat l'opinion de Chabot et demande l'adoption de l'adresse.
Gaillard. — Camille vous a dit avec raison qu'en matière de conspiration, les présomptions morales et pohtiques suffisent pour mettre les jurés eu état de prononcer. Mais rappelez- vous qu'il
1. l/unc de ces trois affiches est peut-être le journal de Roch Marcandler, intitulé Le véritable Ami du peuple, 10 mai-28 juin 1793, 12 numéros in-8 (ïourneux, Bibliographie, t. II, n" 10033). Mais nous n'avons trouvé aucun imprimé de Choudieu se rapportant à cette époque.
existe un décret qui charge la Commune de rédiger l'acte d'accusation. Or, la lettre que Vergniaud a écrite en 1792 au tyran des Français doit entrer dans l'acte énonciatif des crimes de la faction. En vain ohjecterait-on que la Convention a passé à l'ordre du jour sur cette lettre : je soutiens qu'elle présente une preuve incontestable de la perfidie de Yergniaud.
Au surplus, ajoute l'orateur, je ne trouve pas l'adresse trop longue, et il n'y a à supprimer que le paragraphe où Camille paraît craindre que Bordeaux ne devienne ville libre et hanséatique.
Bextabole. — Je pense que l'adresse doit être adoptée. Elle n'est pas trop longue; on ne saurait trop développer le plan de la conjuration. Il serait même à propos d'ajouter que les crimes de la faction sont démontrés dans le dernier degré d'évidence, et qu'il n'y a plus que quelques formalités à remplir pour envoyer les coupables à l'échafaud.
La Société, consultée, adopte l'adresse de Camille Desmoulins, qui consent à faire les retranchements indiqués par Gaillard *.
Un membre déclare qu'il a de violents soupçons sur les sentiments actuels de Danton : « Ce député, dit-il, n'est plus aussi révolutionnaire qu'il l'était. Il ne vient plus aux Jacobins. Il m"a quitté, l'autre jour, pour aborder un général. »
Camille Desmoulins fait l'apologie du civisme de Danton.
La Société passe à l'ordre du jour.
Bentabole, — Gaillard vient de vous dire qu'on s'occupait de rassembler toutes les pièces contre les accusés et que parmi ces pièces était la lettre envoyée en juillet 1792 par Gensonné, Guadet et Yergniaud. Mais il faut observer qu'on n'a pu trouver l'original de cette lettre, qu'il a été soustrait de l'armoire de fer, ou brûlé au château, ainsi il ne faut point s'occuper de ce fait.
BoissEL. — Ce fait est très important, c'est un crime de lèsenation.
C... — Il ne faut omettre aucune des preuves qui sont à la charge des accusés. Calculons qu'il est ici question du salut de la République, Guadet, Yergniaud et Gensonné étaient représentants de la nation au 25 juillet 1792; ils savaient ce qui devait arriver; ils n'avaient point communiqué avec leurs collègues; ils voulaient affermir le tyran sur le trône du despotisme. Thierry et le peintre [Boze] étaient en relation avec ces trois scélérats, qui s'efforçaient, à cette époque, de détruire la liberté et l'égalité.