‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 2)Chapitre 97 sur 141 · CLXXXVIII · texte numérisé non relu

CLXXXVIII

PRÉSIDENCE DE MARUJoN-MONTAUT

[Un LiiUii'tiis vient demander le diplôme d'affiliation ([iie la Société des Jacobins a accordé à la Société des Liégeois établis en France. — Léonard Bourdon prétend que cette dernière Société n'a aucune raison d'être et que ses membres feraient bien do se faire inscrire aux Jacobins. — Laveaux combat celle opinion. Il dit ipu'' la Société des Liégeois s'occu])0 dos alTaires

1. La fin de celte séance est résumée d'après le Journal de la Montagne.

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conccrnanl le pays de l.ièi;e, tandis c[ue la Société des Jacobins s'occupe des intérêts de la Répultrupie en général.

Un Lit'ifi'ins renouvelle les inculpations laites contre plusieurs membres de cette Société, qu'il nomme ; il les accuse d'être les [larlisans et les défenseurs des brissotins ; il demande que Tenvoi du diplôme d'al'lilialion soit suspendu jusqu'après raclièvement du scrutin épuratoire. Les membres inculpés montent à la tribune i)our se justifier ; et la Société, sur la motion d'un membre, renvoie le tout à son Comité de présentation, sans rapporter l'arrêté qui avait accordé l'arfiliation à la Société liégeoise.

Un citoyen se plaint de l'institution des cautionnements qui livrent aux <( messieurs » certaines |)laces. — Léonard Boufdon attaque les cautionnements ; il dit notamment :]

Le véritable cautionnement, c'est la guillotine ; il faut qu'un homme réponde sur sa tête de la fidélité de ses opérations. Tant que la peine ne sera pas attachée aux pas du prévaricateur, tant qu'elle le suivra d'un pas lent et boiteux, tous vos cautionnements seront vains et illusoires. Je demande donc qu'il n'y ait plus de cautionnements d'argent, mais des cautionnements de patriotisme; je demande que la Société nomme deux membres pour rédiger en conséquence une pétition à la Convention nationale. [Vifs applaudissements .)

DuFouRNY. — Je demande que le cautionnement ne soit pas pour tous une cause de réjection, si du reste l'individu est patriote. Pour éviter tout inconvénient, je demande qu'il y ait concours parmi les candidats, et qu'on ne reçoive que celui qui réunira en sa faveur les témoignages de talents, de vertus et de patriotisme.

LÉONARD Bourdon. — Le concours ne présentera que des grimauds pour les places. Un décret engage les Sociétés populaires à surveiller les fonctionnaires publics *. Je reproche à la Société de n'avoir point rempli assez assidûment ce devoir. Je demande au surplus que désormais il ne faille point de cautionnement d'argent, mais de patriotisme.

Cette proposition est mise aux voix et arrêtée.

Léonard Bourdon et Boissel sont nommés rédacteurs de la pétition qu'on présentera demain à la Convention, à l'effet de lui demander d'abord que le cautionnement pécuniaire soit aboli -; secondement,

\. Eu etîct. par le décrel du 13 septembre 1793. les Sociétés populaires étaient invitées à envoyer au Comité de salut public » la liste de tous les agents infidèles dont rincivisme est connu » ; jiar le décret du !) octobre 1793, elles étaient invitées à surveiller les administrateurs des subsistances et habillements militaires, et, par celui du \'\ octobre suivant, à faire passer des renseignements sur les arrêtés des administrations relatifs aux émigrés et à leurs biens.

2. (;clle députatiou fut reçue par la Ciuiventiou le l.'i brumaire. M<inile///\ t. XVIIl, p. 3i'J. — Les cautionnements furent abolis par les décrets du 14 pluviôse et 7 tloréal an 11.

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que tous ceux maintenant placés par cautionnement soient passés au scrutin épuratoire,

[Bdudid rend compte de sa mission à Bordeaux. Il rapporte les détails qu'il a déjà donnés à la Convention nationale. Il continue ainsi : <■ Voulezvous savoir ce qu'on dira à Bordeaux, lorsipi'on apportera la nouvelle de la mort des fédéralistes? On criera : Vive la Moiiltujnr! Ylcrnt h's Jucobiiia! Vice 1(1 Hi-pttblii{ui' ! Elle est sauvée, si on continue sur le pied où nous avons mis les choses dans le .Midi. ïallien et Ysabeau ont trop bien commencé pour rétrograder maintenant ; continuez-leur votre confiance. Brunel aussi se comporte fort bien, et est très révolutionnaire; il cooi)ére puissamment avec nous au retour de rétablissement des bons principes, et tient ferme à l'exécution. (Vest à vous à soutenir tous ces sans-culottes. I.a Convention m'envoie à Strasbourg'. J'avertis la Société qu'en changeant de climat, je ne changerai ])as d'ardeur révolutionnaire, et (pie je ferai dans le .Nord ce (pie j'ai fait dans le Midi ; je les rendrai patriotes, ou ils mourront, ou je mourrai ». [On api)l(ii((lil.)

Jj' ijriii'ifil JJ(i)il(i)ii/cr dénonce des Iraliisons dans divers coins di' la Ht'publicpu'. (Juatre bataillons, dit-il, ont été livrés et taillés en i)ièces dans le Nord. Ine frégate a été prise dans la rade de Cherbourg ; un capitaine, «pii avait six canonniers à ses ordres, refusa de la secourir. — llenvoyc au Comité de salut imblic.

Un mi'nibi'i' dr In Sncirlr piipnlnirr ilf Tunlmisi' dénonce I.oubers. »pii s'annonce comme le sauveur du .Midi de la France : c'est un avocat de T<)ulouse (pii a travaillé avec le jdus d'ardeur à perdre le Midi et à détacher les départements de la Ilépubli(pie.

La Société arrête (pie I.oubers sera dt'uoucé à la Société de Toulouse et au Comité de sûreté générale de la Convention.

Ja' jmnhin Lcgnis, qui avait été arrêté, remercie la Société de l'avoir fait inetlrc en liberté. — Lrinuird Bnitrdun, au nom de la Commission chargée de (h'fendre les patriotes injustement incarcérés, fait les propositions suivantes ;

« Voici la nu'sure que vous propose votre Commission, de concert avec le Comité des défenseurs officieux. I.a Commission n'écoutera aMciinc n'clamation en faveur d'un patriote incarcéré, à moins qu'elle ne soit portée par deux patriotes sûrs et connus, (pii répondront du patriotisme du (h'^lenn. (A'tte formalité renqjlie, nos connnissaires se rendront au Comité de sûreté générale, et vous pouvez être sûrs (pi'ils ne lâcheront pas prise sans avoir obeuu une décision. Elle invite donc les patriotes (pii connaissent des aristocrates libres, et dans le cas d'être arrêtés, de faire i)arvenir au Comité leurs dénonciations signées ; et la Commission montrera autant d'activité pour les faire arrêter que d'ardeur à faire relâcher les patriotes victimes de l'oppression. ')

Les mesures proposées par Léonard lîourdon sont adoptées. Le même membre annonce ensuite à la Société que, le lendemain du jour de l'exécution de Brissot et de ses complices, la citoyenne Sijas, femme d'un

1. Le 13 brumaire an II, Baudot avait été envoyé en mission aux armées du Khiii et de !a .Moselle.

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nicnibro de la Sorh'ié, allant clioz un marchand, fnt insiillrc coninio femme (le Jaeobin. Bourdon en conclut que le parti que s'étaient formé les conspirateurs n'est pas entièrement détruit, et il demande (pie la Société envoie deux commissaires au Comité de sûreté générale, pour lui dénoncer ce fait. — Arrêté.]

La séance est levée à dix heures.

PRÉSIDENCE DE MAlîlBON-MONTAUT.

[Le citoyen Massabial raconte que les rebelles, chassés de la Lozère, se sont réfugiés dans le département de l'Avcyron, particulièrement dans les districts de Saint-(ieniez, de Rodez et de Millau. Ils avaient projeté de s'emparer de Rodez, dans la nuit du 17 au 18 octobre; mais le département de l'Avcyron, prévenu, a demandé à Taillefer, représentant en mission dans le Lot, de lui i)réler son concours. Massabial ajoute :

« L'armée révolutionnaire du Lot et ])lusieurs bataillons, envoyés i)ar les départements environnants, formèrent une armée (jui jeta la terreur dans l'âme des rebelles ; ils n'osèrent i)lus tenir la campagne et se retirèrent dans leurs repaires. Les patriotes doivent prendre confiance et espérer que les rebelles seront bientôt écrasés ; les mesures sont prises pour n'en laisser échap- |)er aucun. » L'orateur fait ensuite l'apologie de Taillefer, dénoncé par les sans-culottes de Montauban L 11 termine par annoncer qu'il a reçu une mission du Conseil exécutif ; il ))romet de se conduire en bon républicain. — Une députaiion de Mimtanbtni dénonce Taillefer pour dilférents faits très graves. — Momoro, après avoir annoncé que la section des Cordeliers a reçu une autre dénonciation contre Taillefer, demande que la Société des Jacobins engage le Conseil exécutif à suspendre provisoirement la commission de ^Massabial. Cette |)roposition, a])puyée i)ar Renaudin, est adoptée.]

Une dépulation de Monlagne-sur-Aisne, ci-devaiit Sainte-Menchould, est introduite.

L'orateur. — Nous venons vous dénoncer le cinquième bataillon de la réquisition de Paris, de la section du Panthéon, qui s'est comporté dans nos nuirs d'une lacon très incivique, qui a cherché à dissoudre la Société républicaine de cette ville, et qui a empêché qu'on ne lût le Bulletin de la Convention, etc.

1. Cette dénonciation avait été présentée la veille à la Convention et renvoyée par elle au Comité de saint public, l'i-oci-s-vcrhid de la Convention, t. XXIV, p. 34-2.

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Lors de la levée première, les muscadins se sont fait remplacer pour de l'argent, et sont restés à Paris, où ils' continuent leurs manœuvres. La première réquisition est venue ; messieurs les muscadins se sont trouvés déconfits ; il a fallu partir; mais ils se sont promis de faire tout le mal qu'ils pourraient : vous en voyez l'exemple dans le bataillon que je vous ai dénoncé. « Maintenant, continue l'orateur, nous nous préparons à poursuivre selon les lois les auteurs de ces attentats ; il y a dix années de fers pour tous ceux qui cherchent à dissoudre une Société populaire», et sans doute la Convention ne refusera pas de faire cet exemple de justice et de sévérité contre un abus dont les suites pourraient être si funestes à la République. Je demande que la Société veuille bien nommer une commission pour appuyer cette demande. » (Arrêté.)

L'orateur présente ensuite l'état de la ville de Montagne-sur-Aisne, où d'abord le fédéralisme a dominé, ainsi que dans beaucoup de villes de l'Est, mais où les patriotes ont fait triompher le saint amour de la patrie et les principes les plus montagnards. Uùhl s'est montré avec beaucoup de patriotisme d'abord ; cependant tous les aristocrates ne sont pas en état d'arrestation, et il paraît douter de ses pouvoirs.

[Léonard Bourdon prononce sur les prèiros ot les cultes un lon^^ discours, dont voici le passage le plus iniportanl ' :]

Nous n'avons besoin que de morale. Ce principe de morale, que la nature a mis dans le cœur de tous les hommes : « Sois heureux, voilà la véritable manière d'honorer la divinité, voilà le but pour lequel tu fus mis sur la terre », ne devrait pas sortir de notre cœur ; seul il nous tiendrait lieu de toutes les insinuations humaines où l'on nous égarait ; seul il les remplacerait avec avantage. Tel est le caractère de la vérité que, quand une fois les yeux sont ouverts à la lumière, ils ne sauraient plus se replonger dans les ténèbres. Notre Révolution est linie du moment où nous aurons convaincu le peuple que tout cela n'est que prestiges, et que toujours ils abusèrent, ces hommes cruels, de notre simplicité pour tourner contre nous notre

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