‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 2)Chapitre 96 sur 141 · CLXXXIII · texte numérisé non relu

CLXXXIII

PRÉSmENCE DE MARIBON-MONTAUT

Une lettre de Tarascon dénonce le représentant du peuple Poultier comme coupable de vexations envers les patriotes. — Renvoyé au Comité de sûreté générale.

1. Cet épisode de la séance du 3 brumaire ^c'est ainsi que le date le Journal de la Montagne), est placé par le Moniteur dans la séance du 6, ce qui montre une fois de plus la négligence des journalistes qui faisaient, en brumaire, les comptes rendus des séances des Jacobins pour le Moniteur,

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Une lettre de Massieu dénonce un arrêté de la Société de Nancy, tendant à expulser les Juifs de la République. — Un membre déclare que la République ne connaît plus le moi juif, puisqu'il ne sert plus à nommer un peuple, mais une secte; or, la République ne connaît pas les sectes, et ne prétend déporter des sectaires que quand ils troubleront l'ordre social. [On applaudit.) On réclame Tordre du jour. La Société y passe, motivé sur ce qu'elle ne connaît d'autre religion que celle de la liberté et de l'égalité.

[David ^de la section du Contrat-Social) écrit à la Société pour la remercier de Tappui qu'elle a bien voulu lui prêter au Comité de sûreté générale, où il a été interrogé on présence de ses dénonciateurs ; il en demande la continuation. — Guiiaut déclare « que l'arrestation de ce citoyen est le fruit de l'intrigue et du crime ». — Roussel l'ahid rend honunage au civisme de David. — Plusieurs citoyens rendent le même témoignage en sa faveur. — Le Président raitpelle que Bourdon est chargé d'un rapport sur cette affaire. — Sur la motion de Boissel, il est arrêté que tous les citoyens qui connaissent des patriotes incarcérés en remettront la note au bureau.

Hébert parle du procès des Girondins : il se plaint que le Bulletin du Tribunal révolutionnaire soit dirigé par des malveillants et qu'il n'ait pas inséré les déi)Ositions à la charge des accusés, en particulier celle de Chabot.

L'orateur renouvelle ses propositions ipii sont : 1" que le Journal de la Montagne rendra compte des séances du Tribunal révolutionnaire pendant le procès de Brissot; 2° que Cliabot sera engagé à rédiger son discours et à le répéter dans la Société, pour être imprimé et relaté dans les journaux. Il propose en outre de prendre des mesures pour réprimer les attroupements qui se forment aux portes des ))Oulangers.

Un citoyen, assigné pour paraître au Tribunal révolutionnaire dans l'affaire Brissot, s'indigne des lenteurs dont on entrave cette allaire, et du nombre effrayant de témoins qu'on y appelle, lorsque le crime est aussi évident. L'orateur se plaint que les Sociétés populaires renferment des hommes pour la plupart inconnus, et des contre-révolutionnaires cachés, qui n'attendent que l'instant favorable pour préparer de nouveaux malheurs à la République. 11 n'a vu, dans la Société des Hommes du Dix-Aoùt, que des figures inconnues ou d'autres connues par leur aristocratie. On ne lui demanda, pour y être admis, que sa carte civique.— Un autre citoyen appuie ces faits, en dénonce de nouveaux. Il accuse particulièrement de nos maux les farinicrs, les boulangers, les avocats, les procureurs, et conclut en demandant que les séances soient permanentes jusqu'à ce que le procès de Brissot soit terminé.

Un citoyen insiste sur la dénonciation contre le Bulletin du Tribunal révolutionnaire. Cette feuille, dit-il, est tellement dangereuse, qu'il est essentiel d'en arrêter la circulation. Il demande en conséquence qu'une commission soit chargée d'en dénoncer le rédacteur au Comité de sûreté générale.

Hébert demande qu'en généralisant cette question, on poursuive tous les auteurs des journaux qui ont rendu d'une manière fausse et perverse le jugement de la veuve Capet. Arrêté.

On nomme la députation qui doit porter au Comité de sûreté générale

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la (ItMioncialion roniro le rédaclciir du BiiUriin dit Trihinuil rrvolutionnaire.

Après Tin échange d'observations au sujet du maximum, tine df'putalion (le quatre cents Sociétés populaires du Midi est introduite. L'orateur se plaint des représentants du peuple qui y sont, excepté Barras et Fréron, qui sont à la hauteur des principes et agissent révolutionnairement. 11 demande « qu'une députation soit envoyée au Tribunal révolutionnaire, pour lui demander de hâter le jugement des grands coupables qu'il a en ce moment dans les mains. Car il faut enfin le savoir et ne plus s'abuser; nous en sommes là avec les fédéralistes, <pril faut que nous les tuions ou qu'ils nous tuent. » {On applaudit.)

Hanriot, commandant-yénéral de ta force armée de Paris, prévient la Société qu'il a donné des ordres à l'adjudant-général, pour qu'on apporte tous les jours dans son sein l'ordre général, afin qu'elle puisse avoir sur sa conduite les yeux toujours ouverts '.]

Gaillard., dans un discours énergique, développe et les malheurs de Lyon, et l'état actuel de celte ville, qu'il peint comme peu digne de la liberté, et les remèdes que Ton peut apporter à ces maux. Il appuie la demande du préopinant relativement au Tribunal révolutionnaire. « Je demande, dit-il, qu'on rappelle la mort de Michel Le Peletier, de Marat, de Loustallot, de Ghalier ; qu'on prenne les bustes des deux premiers martyrs de la liberté, qu'on dise à ces monstres : Voilà votre ouvrage ! »

Il développe sur les municipalités des campagnes des idées qu'applaudit la Société, parce qu'elles sont le résultat de connaissances longtemps approfondies ; il expose la manière dont elles sont composées en grande partie. « Il est certain, dit-il, que ceux qui les composent sont souvent eux-mêmes des accapareurs. »

Séance levée à onze heures moins un quart.

CLXXXIY

PRÉSIDENCE DE MARIBON-MONTAUT

{Hébert présente à la Société un jeune volontaire, blessé en Vendée, et lui fait, accorder des défenseurs officieux pour demander à la Convention une indemnité en sa faveur. — On donne lecture d'un éloge de Chalior, prononcé

•1. Le Moniteur place cet incident dans le compte rendu de la séance du 7 brumaire : nous le datons (l"après le Jot/rnal de In Moiifagite.

par Dorfeuillc, j)résident de la Commission de justice populaire, sur la place de la Liberté, ci-devant des Terreaux, à Lyon. La Société arrête l'impression de cet ouvrage.

Un citoyen demande la formation de deux corps, dont l'un portera le nom de Chalier, et l'autre celui de Marat. C'est à eux ([u'il apjtartiendra de pulvériser les aristocrates dans toute la République. On observe qu'il n'existe plus de corps ou qu'il n'en est qu'un seul, celui des patriotes.— Un autre citoyen demande que la Société se procure le buste ressemblant de Chalier, pour le placer sur le piédestal qui est encore vacant. — Dcsfioix demande que le Comité d'administration s'occupe sur-le-champ de cette dernière proposition, et (pie ses dernières paroles soient inscrites au bas. Arrrtr.

Un citoyen de Marseille avertit la Société que la Convention a pris en considération la demande de la ville de Marseille, et (pi'elle laisse dans cette ville Barras, Fréron, Gas))arin, Saliceti, qui ont eu la confiance des patriotes de ce déparlement. Elle s'occu|)era incessamment île nommer ceux qui duivent leur être adjoints.]

Gaillard fait un rapport sur Ja demande qui lui avait été faite dans ravant-dernière séance, de rendre compte de l'emidoi d'un carton où se trouvaient des pièces relatives à Brissot. Il se plaint beaucoup de l'état de désordre où sont les archives, par la laule de Ducos ; et il paraît par son discours que le carton, ainsi que beaucoup d'autres, sont égarés.

CuAUMEïTE. — On vous entretient d'un carton qui contenait les crimes de Brissot, et l'on semble faire de ce carton la boîte de Pandore. La Société ne doit pas être compromise pour un carton; car j'avertis que celui qui contient les crimes de Brissot n'a pour parois que les limites de la Hépubliijuc.

Tous les patriotes ont le droit d'accuser à cette tribune l'iiomme qui vota la guerre. . . Kt les débris de Lyon, le sang qui a été répandu dans la République et hors de la Kjpubliiiue seront leurs

preuves et leurs raisons. Mais qu'on ouvre ses feuilles Partout

vous y verrez la trace de ses crimes ; c'est là que vous devez les chercher tous. C'est pourtant sur ses feuilles que se retranchent ses défenseurs ; ils croient pouvoir le sauver en commentant et interprétant quelques phrases hypocrites ; c'est à vous à rétablir les faits dans leur intégrité ; c'est à vous à dévoiler le crime qui se cache.

Le Tribunal révolutionnaire est devenu un tribunal ordinaire ; il juge les conspirateurs comme il jugerait un voleur de portefeuille. On doit sentir la diflérence qui existe entre ces deux hommes : le premier a foulé aux pieds les lois de son pays, celles de la nature et de riiunianilé ; l'autre, au contraire, coupable d'un petit délit et possiblement innocent, doit subir bien des formalités avant que la loi prononce sur son compte une peine que peut-être il n'a pas méritée-

TOMK V. qi

482 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [28 oirr. WXi]

Les hommes qui sont au Tribunal révolutionnaire ont formé un projet ; les séances sont publiques, et dix mille personnes vous en rendront témoignage : ils ont voulu se justifier aux yeux du peuple, et du moins passer pour innocents auprès de la postérité. Ils ont compté sur leur éloquence.

Un d'eux, dont on connaît l'adresse, Vergniaud, au moment où un représentant du peuple l'accusait, fit des observations : « Il est bien étonnant, disajt-il, que la municipalité de Paris qui nous a fait accuser à la barre, que les représentants du i)euple qui nous ont accusés dans la Convention, viennent ici témoigner encore contre nous. » Un témoin se leva et dit qu'il ne pouvait laisser cette observation de Yergniaud sans réponse : ce n'est pas le magistrat du peuple, ce n'est pas son représentant qui vient ici témoigner ; ce sont des citoyens qui sont lésés dans la patrie comme membres de la patrie que vous avez déchirée. Je fis moi-même cette observation : « Faisiez-vous tant de difficultés quand vous accusâtes Marat dans la Convention, et que vous vîntes encore témoigner contre lui dans cette enceinte ? »

Je demande que la Société, en remplacement du carton, dont il ne faut plus s'occuper, nomme une commission pour recueillir les journaux de Brissot, de Gorsas, qui avait moins d'esprit qu'eux, mais qui écrivait sous la dictée de ces hommes de la faction, et qu'on les envoie au Tribunal révolutionnaire pour les juger d'après son examen. Je demande aussi que la Société nomme dans son sein une députation pour aller demander à la Convention qu'elle délivre le Tribunal de toutes les formes supertlues dans les jugements de ces coupables.

Hébert. — Le grand jury a déjà prononcé ; l'opinion publique est fixée sur les crimes de cette faction atroce, et, avant que le Tribunal fût formé, elle les condamnait. Je pense que le Tribunal agit comme on le ferait en pleine paix dans une aft'aire civile, où il faut que les formes garantissent la sûreté, la propriété des citoyens ; mais, en Révolution, rien ne garantit le peuple contre une contrerévolution.

On sait bien que Brissot, Gensonné, on sait bien que l'incendiaire du Calvados, Duchastel, que le prêtre Fauchet, qui prêchait la République et la loi martiale parmi les tripots du Palais-Royal ; on sait bien que ceux-là ne peuvent pas échapper, uuiis bien un phénix que l'on veut fait renaître de sa cendre : c'est Vergniaud. Déjà plusieurs femmes aimables s'intéressent à lui, publient qu'il se défend comme un ange, et qu'il apporte de bonnes raisons à ses accusateurs. C'est

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là vraiment le coupable, celui à qui la nature a donné une bonne tète, un jugement sain pour se garantir des séductions, et qui pourtant tombe dans le piège ; que dis-je ? qui emploie ces mêmes avantages pour y faire tomber les faibles et les hommes mal instruits.

Il en est un autre aussi que les femmes veulent sauver, parce qu'il faut en convenir, il est joli ; c'est celui que Marat appelait le furet de la Gironde ; car on sent que celui qui, dans une affaire aussi astucieuse, aussi compliquée, celui qui faisait le métier de furet, ne jouait pas le rôle le moins important. Ses liaisons avec madame Condorcet lui garantissent le parti de toutes les femmes de sa clique. C'est Ducos, celui-là que les femmes ont pris sous leur sauvegarde.

Il est bien singulier que jamais on n'ait voulu comprendre dans cette affaire tous ceux, qui y ont paru. On jugea Gapet et sa femme, et leurs nombreux complices restent impunis ; on jugea Custine, et ses complices sont encore dans les armées. J'ai vu sur la sœur de Capet des traits qui peignent sans ré[»lique cette femme atroce ; c'est elle qui accompagna son frère à la revue des assassins du peuple, dans sa fuite et dans toutes ses démarches contre-révolutionnaires, qui lui eu souflla un grand nombre ; on sait qu'elle se défit de ses diamants pour les envoyer à Ihomme qui avait provoqué sur nous le fer et le feu; il est mille traits d'elle qui devraient déjà l'avoir conduite à l'échafaud ; on n'eu parle point non plus, et sans doute on veut ainsi la soustraire à la justic».', à la vengeance du peuple. On .ne parle pas davantage de l'affaire de Brissot, de la femme Roland, qui a fait tant de mal, qui dirigeait tout ; de Bailly, Manuel, La Fayette, etc. Tout cela doit-il échapper? Non, sans doute.

II n'est pas nécessaire d'envoyer, comme dit Chaumette, une collection des écrits de Brissot ; il est bien d'autres preuves ; on en h'ouvera qui inculpent également ces hommes pervers, tous ceux que je viens de nommer, beaucoup d'autres encore, et surtout la sœur de Capet, que je m'indigne de voir encore existante après tant de crimes. Il est bien vrai qu'un décret dit que cette famille, après la paix, sera exportée et abandonnée à son sort ; mais celte loi n'a lieu que quand ils n'ont pas commis de crimes, et certes celle-ci n'est pas dans ce cas.

Je demande donc que, pour contreminer tout ce qu'ont fait les . aristocrates dans les circonstances dernières, la Société recueille tous les faits qui ont eu lieu dans le procès de Capet, de sa femme, et de tous les grands criminels ; d'abord pour instruire nos contemporains qu'on égare ; en second lieu, pour laisser à la postérité des

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matériaux sûrs où elle puisse venir puiser la vérité qu'on déguisa. Je demande aussi qu'on surveille de près ceux qui vouent leur talent à la royauté, qui ont défendu, défendent, et défendraient encore tous les rois de la terre.

Quand la superstition avait tellement abruti les hommes, que l'excommunication d'un pape en isolait un au point que personne n'aurait voulu toucher le bout de son habit, n'est-il pas étonnant que des républicains ne puissent pas faire pour la patrie ce qu'ont fait pour une superstitieuse religion tant d'hommes égarés ? Quel exemple n'eùt-ce pas été pour tous les rois de l'Europe, si au moment où nous étions assaillis par eux tous à la fois, au moment où une femme de leur sang impur, accusée par tout le peuple, était traduite à son tribunal, il ne se fût pas trouvé un seul homme, même par l'ordre du tribunal, qui voulût se charger de la défense de cette scélérate?

Je demande qu'une députation aille demander à la Convention le jugement de Brissot et consorts dans les vingt-quatre heures.

Chaumette. — Les rois ne sont pas les seuls grands criminels ; les fédéralistes le sont de même. Je demande qu'on regarde comme mauvais citoyen tout homme qui se chargera de défendre un conspirateur. Le conjuré, le fédéraliste ne doivent pas trouver des prolecteurs, des défenseurs parmi les républicains. Il faut que le^^jugement se fasse ainsi qu'à Rome, où du Capitole le coupable passait à la roche Tarpéienne.

Je demande qu'on voue au plus parfait mépris et à l'exécration les hommes qui défendront les assassins du peuple, et que cet arrêté soit envoyé aux tribunaux criminels, aux quarante-huit sections et aux Sociétés populaires. [Arrêté.)

HÉBERT. — Il est bon de dire à la Société, sur l'un de ces hommes qui ont défendu la veuve Capet, un trait qui les caractérise tous. Il dit dans son interrogatoire : « N'est-ce pas assez de deux grandes victimes qui ont déjà péri ? En faut-il encore une autre ? » Je demande s'il est rien de plus hardi, de plus criminel, et qui prouve mieux de quel bord sont tous ces gens-là ?

On met aux voix la proposition faite par Hébert', d'aller demander ^

1. Cette pétition fut portée à la Convention le lemleinain 8 l)rnniairc. Sur la proposition d'Osselin, amendée par Ilohespierre et par IJarère, la Convention décida quau bout de trois jours le président du Tribunal révolutionnaire pourrait demander au jury si sa conscience est suflisanuncnt éclairée, et arrêter les débats, si la réponse était atlirmalive. Vrocès-verlxil ite la Convcnlinn, t. XXIV, p. 19G, et Moniteur, t. XVHi, p. 292.

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à la Convention le jugement de Brissot dans les vingt-quatre heures ; elle arrête qu'elle ira en masse, et invite les tribunes à se joindre à elle.

La séance a été levée à neuf heures et demie'.

PRÉSIDENCE DE MARIBOX-MONTALT

Un ciloijen, nommé Dubarri, à qui la Commune de Paris a permis de prendre le nom de Brutus, demande à la Société qu'elle veuille bien approuver ce changement de nom. Ce procédé, bien loin d'exciter les api)lau(lissGments de la Société, lait naître des mur.nures et des réclamations.

Un membre demande (|u'aucuu individu ne puisse prendre le nom de quelque fameux républicain, à moins qu'il ne fasse preuve de son civisme. Un autre pense que le nom de Brutus ne doit être accordé qu'à celui qui apportera aux Français la tête du traître Dumouriez.

Dubois-Cranck. — Je regarde comme des lâches ceux qui veulent changer de nom, et qui croient par là se donner un brevet de patriotisme. Il vaudrait mieux illustrer le sien par des actions de patriotisme que de se charger d'un nom qu'on n'a ptxs la force de soutenir et qu'on déshonore. Je propose de déclarer l'homme, qui en changera à l'avenir lâche, traître à la patrie.

lîicord, après avoir dénoncé un espion ijui se fourre dans la Société, provoque un arrêté tendant à nommer des commissaires avec lui pour arrêter l'homme en question et le conduire au Comité de sûreté générale. Il se plaint des formes lentes qu'emploient les juges du Tribunal révolutionnaire, de l'étendue des discours des représentants du peuple appelés en témoignage contre Brissot, évidemment coupable. Il ne voulait que ces deux questions de la part du président à l'accusé : Étes-vous Brissot ? Étes-vous le député à la Convention nationale ? Sur raiïirmalive, il faut le faire fusiller. L'orateur

1. Le projet suivant paraît, d'après la date qu'il porte, avoir été présenté à la Société, le 7 brumaire an II : Projet de t-èf/lement du Comité de défenseurs officieux des Amis de la liberté et de l'égalité , séant aux Jacobins. S. 1. n. d., imprimerie des 86 départements. in-S" de 7 p. — Bibl. nat., Lb. 40/7()8.

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cite pour exemples quelques jugements semblables à Marseille, qui ont fait le plus grand bien.

Renaudin, — Ces moyens pouvaient être bons à Marseille ; mais, dans raflfaire dont il e'agit, c'est tout autre chose ; ce qui effraie surtout ces hommes qui ne craignent point la mort, c'est l'échafaud. I^a voix publique les y condamne ; leurs crimes l'ont cent fois méritée ; mais encore faut-il que la loi les y condamne ; c'est légalement qu'il faut les y conduire. [On applaudit.)

Ricord reprend son discours, veut justifier son opinion ; ses conclusions excitent des murmures. — La Société passe à l'ordre du jour.

[Bicord donne ensuite des nouvelles du ^lidi. Il fait reloge de Barras et de Fréron, auxquels la Iîépuldu[ue doit la conservation du Midi. 11 déclare (ju'il nous faut un général ingénieux pour prendre Toulon. « Carteaux, dit-il, avec beaucoup de patriotisme, n'avait pas l'énergie nécessaire ; Doppet lui succède, et Doppet a déjà justifié la confiance qu'on lui a témoignée en délivrant vingt-neuf tètes révolutionnaires. )> Uicord ajoute : « Le Comité de salut public de la Convention a fait tout ce que jjouvaient faire des hommes aussi purs, aussi zélés, aussi ardents pour la chose publique. J'invite les Jacobins à seconder ses elTorls, et leur promets qu'il sauvera la liberté. Je renouvelle la motion d'Hanriot, que des hommes énergiques se rassemblent pour aviser aux moyens de sauver la patrie, que l'on purge Paris des aristocrates qui l'infestent. Nous nous chargeons d'aller faire dans le Midi des insurrections saintes, de faire marcher tous les patriotes au secours de Toulon, et nous engageons notre tète que nous le rendrons à la Uéi)ublique. » {On applaudit.)

Dubois-Crancé demande pounfuoi l'armée des Alpes, qui n'a rien à faire, puisque les passages des montagnes sont couverts de neige, n'est pas allée faire le siège de Toulon. — Un citoyen réi)ond que le Comité de salut public a pris toutes les mesures relatives à ce sujet.

Gaillard {de Lyon) annonce que le Comité de salut public a envoyé Collot d'Herbois à Lyon ' : il demande que les Jacobins lui adjoignent douze commissaires pris dans leur Société. — Blanchet demande si ces commissaires tiendront leurs pouvoirs du Comité de salut public ou de Collot d'Herbois.]

CoLLOT d'Herbois. — De toutes les questions qu'on pouvait faire dans cette discussion, sans doute celle-ci est la plus inattendue ; ce n'est pas Collot d'Herbois qui part pour Lyon, c'est le représentant du peuple qui va déployer la puissance nationale, pour contenir des rebelles dans le devoir. Collot d'Herbois peut-il conférer des pouvoirs lui-même ? H n'a que ceux c^u'il tient du peuple, et c'est par le peuple seul qu'il en a. Lyon est sans commissaires, puisque ceux qui sont

1. Cf. Recueil des actes du Comité de salut piildlc, t. Vlll, p. 121.

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suspendus sont en chemin pour leur retour. Je demande dans quel état doit être cette ville abandonnée à elle-même. Je pars demain, et je proteste que je reviendrai vous dire que le Midi est purifié, qu'il n'y reste que des patriotes, ou que je mourrai à Lyon. (// s'éli've de vifs applaudissements.)

Le mode de nomination souffre quelques difficultés. Enfin, la Société arrête que le choix en sera remis à CoUot d'Herbois, et qu'il sera ratifié par elle. Le nombre des commissaires sera de vingtquatre.

[« Voici los noms dos comniissairos nommés pour aller à Lyon avec CoUol d'Herbois : Vaucquoi le jeinic; Gaillard (de Lyon) ; Lefévro (d'Arrasj ; Magot; Fusil -Thérct; Boissièrc ; Damame. {Ceux-là partiront demain.) Dans (juclqucs jours partiront Logior, Fournicr (de Lyon'. Les autres no sont pas encore nommés : ils le seront domain'. >

Chabot, solon le vœu do la Société, lit le discours (|u'il prononça au Tribunal révolutionnaire dans ralVairo Brissot, sur la l'action dos liirondins.

On lit un arrêté des représentants du peuple, commissaires envoyés près l'armée des Ardonnes. Il est précédé de la note qui suit :

« ^V. B. — La force et la vérité dos molil's énoncés dans le préambule de cet arrêté en rend la luiblicilé d'autant plus importante, ipron y trouvera dos signes caraclérisli(juos do trahison, applicables à plus d'iuio administration de la République. I.a connaissance de cette pièce sera également .utilo et aux administrateurs et aux roijrésentants du peuple chargés de los survoilier. Les uns y trouveront un oxomplo terrible, los autres des instructions utiles. Ces mesures do sûreté doivent précéder la vengeance nationale, qui sera exercée collectivement contre tous les fonctionnaires rebelles et fédéralistes. Voici les princi|)aux passages de l'arrêté en question :

« Au nom de la République française. Les représentants du peuple, envoyés près l'armée des Ardonnes, et spécialement chargés d'é|iuror los autorités constituées; vu les dénonciations à la Convention nationale par les Sociétés populaires de Sedan, Mouzon, Civet, Philippevillo o( Montmédy, et d'après les renseignements pris par los bons citoyens, d'où il résulte... que les gens suspects ne sont pas mis en état d'arrestation ; qu'ils ont fait mettre on liberté, par leurs intrigues, ceux cpii avaient été renfermés par les Comités de surveillance :

« Arrêtent que le directoire du déi)artement dos Ardonnes et le conseil général du même département sont destitués de toutes fonctions administratives ;

« Requièrent le counnandant de la force armée du même département de les mettre sur-le-champ en arrestation ])our les faire conduire de suite, et sans désemparer, à Reims, dans la maison d'arrêt dite la BoUo-Cour.

« A Mézières, le troisième jour du deuxième mois do l'an second de la Républicjue française, une et indivisible.

« Siiiné : Bo, Hentz, J.-M. Coupk (de l'Oise). » 1. Ce passage entre guillemets est extrait du Journal de la Montagne.

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Hanriot provient la Société qu'il a donné des ordres à l'adjudant-général pour qu'il coninuinique chaque jour à la Société l'ordre général : de cette manière la Société surveillera la conduite du coniniandanl géni'ral de la garde nationale parisienne.]

Séance levée à dix heures.

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PRÉSIDENCE DE MARIBON-MONTAUT

[La Socirié de Gi'assc donne des nouvelles des succès rem|)ortés dans le Var ])ar l'armée réj)ublicaine. — Un cAioijen demande qu'on invite celte Société « à sonner le tocsin, à a))peler les patriotes en niasse sur Toulon ». — Dubois -Crancé demande qu'on expédie contre cette ville toutes les bouches à feu qui sont inutiles dans les Al])es et à Lyon. — Un citoyen déclare qu'il demande, comme Dubois-Crancé, que cette afl'aire soit renvoyée au Comité de salut public, qui avisera dans sa sagesse aux moyens qu'il est le jtlus convenable d'employer.]

Roussel. — Je sors du Tribunal révolutionnaire ; à six heures, lorsque tout le monde fut assis, Anlonelle déclara que le jury était suffisamment instruit, et de suite, sans accorder la parole à personne, le président posa les deux questions, savoir : S'il a existé un complot fédéraliste'? Si les vingt-deux accusés sont convaincus d'en être les auteurs ? Sur l'affirmative, il invite les jurés à se retirer, afin de prononcer. Il y a apparence que cela ne sera pas long ; Lehardi, A'alazé et un autre ont demandé la parole, qui leur a été refusée; alors ils ont demandé qu'il leur fût permis de distribuer leur défense aux jurés ; on leur permit de la donner aux huissiers pour la distribution qu'ils désiraient. {On applaudit.)

[Boy dénonce le ministre de l'intérieur, pour ne pas envoyer dans les dé^ partemonts les lois décrétées, et notamment celle qui ordonne la descente des cloches, la saisie de l'argenterie des églises et maisons d'émigrés.

Dufourny observe que ce n'est pas le ministre de l'intérieur, mais celui de la justice, qui lui paraît coupable d'oubli, car celui-ci envoie tous les décrets dans les départements, au lieu que les autres ministres n'envoient que ceux qui sont relatifs à leurs départements. Dufourny ajoute : « Quant à la personne du ministre, moi qui ne suis ])as ministériel, je me crois oliligé de rendre justice à un j)atriote qu'on me semble inculper trop légèrement. Je me ra])pelle les services rendus i)ar Paré à la Révolution dès son })rincipe ;

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portait chai)C avec Danton aux Cordoliers. 11 est vrai qiril s'absenta quelque temps de la Société, mais il avait été nommé juge de Saint-Germain, et cela même était une preuve et de son i)atriotismc et de la confiance qu'il inspirait. « — La Société passe à Tordre du jour/

La Société du Temple demande à être introduite pour offrir une couronne à la mémoire de Chalier. Au moment où elle montait à la tribune, un membre dénonce un des membres de la députation pour avoir voulu égorger les Jacobins le 20 juin.

Laveaux. — Je demande que la Société ordonne qu'un bomme qui s'est montré l'ennemi des principes, qu'un liomme impur en révolution ne souillera point la tribune, et que le citoyen inculpé, Huard, descendra pendant que la députation parlera.

Loraleur fait son oflVande. La Société l'accepte avec plaisir, accorde l'accolade fraternelle et les honneurs de la séance.

L'accusé demande à se justifier. On exige d'abord que son dénonciateur raconte les faits et signe sa dénonciatiDU. Celui-ci monte à la tribune, et dit que M. lliiard, b; -20 juin, sortant des Tuileries, entra dans un café où se trouva le déncuiciateur, lui mil le poing sous le nez, en disant : « C'est aujourd'hui que nous devons faire le siège des Jacobins. » Il interpelle Gautier, beau-frère de l'accusé, qui était présent à la séance, de dire la vérité.

Gautier déclare qu'il ignore absolument le tout.

r.\ ciTovEX. — Je déclare que Gantier mène une conduite fort douteuse, et que Huard est ouvertement aristocrate. 11 a des relations intimes avec des ennemis du peuple. Il a dit publiquement qu'il fallait égorger les Jacobins. — L'orateur cite divers faits d'une égale gravité, et successivement toute la dé[>utation en dénonce d'atroces sur le compte de l'accusé.

Briciiet. — Je déclare que M. Iliiard me paraît un aristocrate bien prononcé, d'après tout ce qu'on vient d'entendre, et la manière dont il a entendu la discussion. Sur sa seule figure, je prononcerais (pi'il est coupable. Cependant il est juste de lui accorder la parole; peut-être même faut-il le rendre à sa section, dont il est justiciable, afin qu'elle le mène au Comité de sûreté générale. Mais je ne veux pas que cela fasse oublier une autre affaire. Un homme encore vient de se démasquer ; le beau-frère a d'abord nié un propos, que plusieurs autres personnes ont attesté qu'il avait entendu. En second lieu, tous les citoyens l'ont accusé de nager entre deux eaux. Comme il ne faut pas de ces nageurs aux Jacobins, dont il est membre, je demande qu'on le raye de la Société.

Gautier répond à cette accusation, et Brichet demande qu'il soit

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renvoyé par devant le Comité de présentation, et que le nommé Iluard soit arrêté et. conduit au Comité de sûreté générale.

Chrétien ne regarde pas seulement lluard comme un intrigant, mais comme un contre-révolutionnaire. Quant à Gautier, qui a nié les choses qu'il savait, et dont on a démontré la connivence avec son beau-frère, il lui semble qu'il ne peut rester plus longtemps dans le sein de cette Société.

Ce débat se termine par l'engagement que prend la députation, dont Huard faisait partie, de le poursuivre par devant le Comité révolutionnaire de sa section.

Un citoyen. — Quant à Gautier, je déclare (pie je l'ai toujours connu fort patriote, et que dans les groupes je l'ai toujours entendu parler même d'une manière exagérée. J'ajoute qu'il devait être dur pour lui d'avoir à prononcer contre son frère. (// s élève un violent murmure.)

Le Président. — Je rappelle l'opinant à l'ordre; quand il s'agit de la patrie, il n'est ni frères, ni sœurs, ni père, ni mère ; les Jacobins immolent tout à leur pays.

La Société arrête que Gautier se rendra par devant le Comité de présentation.

La séance est levée à neuf heures et demie.

CLXXXYII

SÉANCE DU 11 BRUMAIRE AN II [i^' NOVEMBRE 1793)

rRÉSIDENCE DE MARIBON-MONTAUT

Une Société populaire nouvellement établie à Cassel, composée de tous les membres des autorités constituées, demande l'affiliation à la Société des Jacobins*.

1. Les arn'tés et les (.llspositions relatifs à rorganisatiou des Sociétés affiliées et aux relations de ces Sociétés les unes avec les antres, sont nombreux à cette époque ; il est important de les connaître pour comprendre la part que prirent les Jacobins à la préparatic>n et à lorganisalion du gouvernement révolutionnaire. — Pour compléter les renseignements relatifs aux Sociétés populaires, nous croyons devoir citer le décret suivant rendu par la Convention sur le rapport d"Aniar au nom du Comité ilo sûreté générale, le 'J brumaire an 11. « I. Les Clubs et les Sociétés populaires de fenuues, sous quelque dénomination que ce soit, sont défendus. IL Toutes les séances des Sociétés populaires et celles des Sociétés libres des arts doivent être publiques. » Procès-verbal de la Convention, t. XMV, p. 40 i.

[l^-^ Nov. 1793] SOCIÉTÉ DES JAGOBLXS 491

DuFOURNY. — On doit soupçonner une Société formée de tous les membres des autorités constituées. Rien n'est plus monstrueux, rien n'est plus dangereux. Les individus qui composent les autorités constituées ne sont dignes de la confiance du peuple que lorsqu'ils sont membres des Sociétés populaires ; mais lorsqu'étant en place ils se coalisent pour former une Société prétendue populaire, c'est un abus, c'est une imposture, c'est un lléau. Une telle Société, destinée à diriger l'opinion publique, doit paraître dangereuse dans tous les cas, même dans celui où elle aurait l'air de vouloir la diriger vers le bien. Je demande que le Comité de correspondance soit invité à surveiller cet abus, et à le réprimer par la correspondance toutes les fois qu'il en trouvera l'occasion.

Souberbielle^ en appuyant l'opinion de Dufourny, rappelle à la Société que le maire de Cassel a été guillotiné, à Paris, il n'y a pas longtemps, pour avoir correspondu avec les émigrés. 11 observe que, l'esprit public n'étant pas excellent dans cette petite ville frontière, il y a apparence que les membres des corps administratifs n'y sont pas de chauds patriotes, et il conclut en demandant que l'afiiliation ne soit point accordée.

DuFOUHNY. — Le moment paraissait être venu de renouveler la représentation nationale ; alors les intrigants, qui aspirent aux nouvelles nominations, ont voulu se donner le mérite de fonder des Sociétés populaires. L'opinion publique s'est prononcée pour la prolongation de la Convention nationale, et la Convention sera prolongée. Mais les intrigants ont senti que, de manière ou d'autre, il faudra être membre d'une Société populaire pour participer aux suffrages du peuple, et de là cet empressement à fonder de nouvelles Sociétés populaires. Je demande que rafliliation ne soit plus accordée si facilement.

Sentex demande que l'on invite, par une circulaire, toutes les Sociétés populaires à faire passer à la Société-mère la liste nominative de tous les membres qui les composent. « Nous avons ici, dit-il, des patriotes de tous les départements; ils connaîtront ces membres; nous ferons ici le scrutin épuratoire de toutes les Sociétés de la République, et nous écarterons les intrigants.

BoissEL. — Je m'oppose à cette mesure, qui prêterait à la calomnie et ferait croire que la Société de Taris voudrait exercer une espèce de juridiction sur les Sociétés des autres départements ; ces Sociétés elles-mêmes ont seules le droit de s'épurer, et notre vigilance ne doit point se porter jusqu'à entreprendre cette épuration. [On applaudit.)

492 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [!"• nov. 1793]

La Société arrête que les Sociétés populaires des départemenls seront invitées à s'épurer elles-mêmes avec soin.

Dufourny demande le rapport de Tarrêté qui nomme des commissaires pour concourir avec le ministre de l'intérieur à l'examen des ouvrages patriotiques présentés pour être imprimés sur les fonds extraordinaires mis à la disposition de ce ministre. Il voit dans cet arrêté la résurrection de la censure.

Renaudin. — La liberté de la presse ne doit pas emporter la liberté de vomir des horreurs par la voie de l'impression. La liberté de la presse est établie en faveur du bonheur public, et non pour la contrerévolution. Si donc il paraît des ouvrages contre-révolutionnaires, il faut les anéantir avec leurs auteurs.

CoABOT. — Je vous entends parler de la liberté de la presse, et jusqu'ici on ne s'est pas entendu. La liberté de la presse était nécessaire contre la tyrannie et le peuple a applaudi à cette liberté; mais une preuve que ce même peuple a un instinct qui lui fait distinguer les véritables bornes de cette liberté, c'est qu'il a applaudi aussi au brisement des presses de Gorsas et des autres journalistes contrerévolutionnaires. La liberté de la presse est faite pour le soutien et la défense de la liberté ; voilà ses limites. Il est donc utile d'établir des hommes pour examiner si cette liberté ne dégénère point en licence qui tende à la détruire. Avec les mêmes armes qui vous ont servi à établir la liberté, le despotisme peut travailler à la renverser.

Dans le gouvernement mixte de l'Angleterre, dans notre ancienne constitution royale, la liberté de la presse contre le gouvernement est nécessaire pour contrebalancer le despotisme, pour empêcher que les gouvernants n'oppriment les gouvernés. Mais dans le gouvernement républicain français, je soutiens que la liberté de la presse doit respecter le gouvernement, et que fauteur, par exemple, qui maudirait la démocratie, devrait être écrasé. [Applaudi.)

Gorsas, Petion, Roland, etc., ont étouffé votre liberté, calomnié Paris, fait décider le vœu pour la guerre civile avec le prétexte de la liberté de la presse. Je demande que vous établissiez un tribunal censorial de démocratie, et que tout ce qui sera opposé aux principes de ce gouvernement y soit exterminé avec les auteurs.

DuFOURNY. — Je persiste dans mon opinion. Cette question est très importante, et elle me paraît devoir être discutée sérieusement. La majorité des suffrages est la base de notre gouvernement; tout ce qui y est contraire me paraît criminel. Or, qui est-ce qui sera le juge dans le tribunal que vous voulez établir? Un petit nombre d'hommes

[lor Nov. 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 493

ou le public. Je pense, moi, que jusqu'à ce que le peuple ait délégué ce droit de censurer, c'est une témérité de l'établir, c'est une usurpation. Je me rappelle que, lorsque Roland voulait diriger à son gré l'opinion publique, il avait la confiance d'im gi-and nombre de jacobins.... [Ici Con crie: « yon, il ne Va jamais eue! » Trouble.)

DuFOURNY. — C'est une vérité. Il y a eu une époque plus ou moins longue, pendant laquelle une certaine partie de la Société disait : Notre minislrre est patriote. Nous avons été détrompés. Roland aussi avait ses censeurs. Si vous voulez en avoir, vous, je soutiens que vous ne devez point vous joindre à Paré pour cet établissement, mais laisser tomber sur lui seul toute la responsabilité : je soutiens que vous devez agir séparément de toute administration, et être vous.

La Société rapporte son arrêté sur la nomination des commissaires, et sur le reste elle passe à l'ordre du jour.

[Coupé [de l'Oise) déclare ijii'il vent Cwcv l'alUMition do la Société sur les manœuvres criminelles (jiu> l'un lail jouer dans les déi)arteinonts pour affamer Paris cl la Ué|)ubli(|ue entière. Il soupronne les contre-révolutionnaires d'accaparer les subsistances à leur arrivée dans les i)rincipaux ports ; il demande l'établissement de patrouilles contre-révolutionnaires pour découvrir les accapareurs, l'institution de cartes à numéros assii^naut à chaciuo citoyen son heure pour ('viter les attroupements à la porto dos boulangers.

Chabot achève la lecture de sa déposition contre Brissot et ses complices. La Société accejjto comme adjoints aux commissaires envoyés à Lyon ks citoyens Le Peletier, Duhamel, Decamp, Drii'our, Lemoine, Désirier, Hoidiommet, Tàcheux, Malliat, Lecanu.

La Société dr. Ciinni'ilIrs-rn-Pdrisis tlemande ralfdiatioa : renvoyé au Comité de correspondance'.]

Séance levée à dix beures.

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