‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 19 sur 131 · Voir plus haut, p. Co · texte numérisé non relu

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mises en œuvre pour égarer l'esprit du peuple sur notre Société. On distribue à la porte des églises, à toutes les personnes qui veulent bien en accepter, les libelles les plus dégoûtants contre les Jacobins. Nous avons réfléchi sur les causes du danger auquel la patrie est exposée. Nous avons pensé que les plus grands dangers venaient de ce que l'Assemblée nationale était faible, et cette faiblesse, nous l'attribuons au retard qu'ont éprouvé les élections lors de la fin de la session de l'Assemblée constituante, de sorte que, pendant cet intervalle, l'intrigue a eu le temps de commencer à opérer sur les corps électoraux.

La preuve que l'Assemblée nationale n'a pas toute la force et la vertu qu'elle devrait avoir, c'est que les prisons d'Orléans regorgent de coupables; c'est que, tandis que des cours martiales jugent avec la plus grande promptitude les délits des soldats, Jary n'est pas encore puni, quoiqu'il ait incendié les faubourgs de Courtrai et fait pendre trente-deux hommes.

Les patriotes sont extrêmement clairsemés dans les deux départements du Rhin, et le fanatisme y exerce les plus cruels ravages. On en peut juger par le trait qu'on vient de me mander.

Les ennemis s'étaient avancés du côté de Spire ; le général Kellermann a fait redescendre son armée le long du Rhin pour mettre cette partie à couvert; il est entré pour se rafraîchir dans une abbaye qui se trouvait sur la route; les moines fanatiques ont eu le civisme de l'empoisonner. [Mouvement d'horreur.) 11 n'est pas mort néanmoins : on me mande qu'il doit son salut à deux médecins qui sont à sa suite.

Un de MM. les secrétaires lit le procès-verbal de la dernière séance , dans lequel il avait relaté l'adresse aux fédérés par M. Robespierre. M. Robert s'élève sur le nom de fédérés donné aux citoyens envoyés des départements aux bruits de la patrie en danger. Il prétend que le nom de fédérés ne leur convient pas, que cehii d'insurgés est leur nom propre. Après une légère discussion sur cette observation de M. Robert, la Société passe à l'ordre du jour.

M. Varlet commence une opinion qui, après quelques phrases, ne paraît pas être à l'ordre du jour. Plusieurs membres l'interrompent. M. Desret propose de mettre à la discussion la suspension de M. Petion, M. Legendre s'y oppose. « Discuter cette affaire, s'écriet-il, ce serait la supposer susceptible de discussion. L'opinion est formée, et la conduite de l'Assemblé nationale dans cette circonstance achèvera de nous éclairer. »

9i SOCIÉTÉ DES JACOBINS [12 juillet 1792}

M. Vurlet reprend la parole, est interrompu de nouveau, quitte la tribune, où M. Lni-eaux lui succède.

[.V. Laveaux demande des mesures pour empêclier qu'à l'avenir il s'élève un nouveau La Fayelle. II veut un renouvellement des fonctionnaires et des juges. Il veut aussi qu'on examine la conduite de Louis XVI depuis qu'il est sur le trône constilulionnel.J

M. Robespierre dénonce un des membres de la Société qui, dans le Journal du Soir, de MM. le Rouge et Cérieux ', semble s'attacber à présenter toutes les opinions prononcées dans la Société sous un jour absolument faux et tel que ses plus ardents ennemis pourraient le faire; il cite en exemple le début du projet d'ailresse aux fédérés par la Société. Ce journaliste l'avait défiguré au point de la faire commencer par une invitation spéciale aux Marseillais de ne pas quitter le champ de la fédération sans avoir vengé les victimes qui y ont péri l'année dernière. M. Robespierre voit dans une telle rédaction, constamment fausse, des intentions perfides d'attaquer les principes de la Société par une calomnie dangereuse, il demande en conséquence la radiation de ce rédacteur de la liste des membres de la Société.

M. Marta, auteur de cette rédaction, veut se justifier en rejetant celte faute sur les proies de l'imprimerie, qui, dit-il, tronquent ses manuscrits.

Cette excuse paraissant plus que faible et plusieurs membres de la Société, particulièrement M. Taschereau, accusant M. Marta d'avoir donné plusieurs fois des signes d'incivisme, il est arrêté que M. Maria sera expulsé de la Société par les motifs rapportés ci-dessus, que le procès-verbal contiendra ces motifs, et que les journalistes patriotes seront invités à les rendre publics le plus qu'il leur sera possible.

M, Roussel demande que la surveillance de la Société s'étende à celtii occasion jusque sur le présentant de M. Maria; il se trouve que ce membre est M. Taschereau, auteur de la dénonciation. On passe en conséquence à l'ordre du jour sur cette motion.

Divers fédérés occupent tour à tour la tribune. « Aucun de nous n'ira sur les frontières, dit l'orateur de la dépulalion du Pas-de- Calais, qui succède à celui de la Charente; aucun de nous n'ira sur les frontières si le roi n'est pas suspendu, si l'Assemblée nationale ne

1. Voir dans hiXliihlivtjiyi/iliie de la jirrsse, par llatin, la liste des nninljreux journaux qui ont alors porté ce litre. Nous n'avons pu arriver à savoir de laqucllr- de ces feuilles Robespierre voulait parler ici.

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met pas en activité le pouvoir exécutif national. Nous n'irons pas non plus servir sous le traître La Fayette; nous ne nous éloignerons pas de la capitale que les directoires coupables des départements gangrenés ne soient punis. Ce vœu, que nous énonçons comme le nôtre propre, est celui de tous ceux qui sont arrivés, de ceux qui arriveront et des milliers de ceux qui sont restés dans leurs foyers. »

L'orateur de la députation du Calvados s'attache à demander, au nom des patriotes de ce déparlement, la destitution du roi, mais sa destitution légale, celle qui se trouve dans la constitution. Il demande encore d'embrasser le président de la Société, en signe de fédération générale de tous les patriotes des départements. Celte sainte accolade excile les plus vifs transports dans toute l'Assemblée.

L'orateur de la députation de la Drôme, récapitulant les droits naturels et imprescriptibles de l'homme garantis par la constitution, s'écrie : « La liberté est en danger, nos propriétés sont menacées, la sûreté publique et particulière est exposée, il nous reste la résistance à l'oppression. Nous apportons des bras, mais des bras qui ne frapperont que par la loi. Si l'Assemblée nationale n'a pas le droit d'agir et de rendre la souveraineté du peuple, le peuple la reprendra. »

11 propose de s'occuper de la forme et de l'étendue du serment à prêter par les fédérés. « A Valence, a-t-il dit, l'année dernière, à pareille époque, nous ne le prêtâmes qu'à la nation et à la loi : nous ne savions alors ce que nous ferions du roi. »

Sur la motion de plusieurs fédérés, on arrête l'impression et la distribution du procès-verbal de cette séance.

Les fédérés du Doubs demandent des armes, de l'union et des adresses dans les départements pour détromper le peuple des accusations de républicanisme qu'on fait chez eux aux Jacobins de Paris.

L'orateur de la Côte-d'Or annonce qu'ils ont fait serment de ne pas se laisser conduire par le pouvoir exécutif, qui leur paraît infiniment suspect; ils sont venus pour défendre l'Assemblée nationale, jurer fidélité à la nation, à la loi, consacrer leur vie et répandre leur sang pour la défense de leurs droils.

Une citoyenne de la Société fraternelle demande la parole; elle engage les citoyennes des tribunes à unir leurs efforts aux siens pour obtenir de l'Assemblée nationale la levée de la suspension de MM. Petion et Manuel.

On annonce que les fédérés du Jura ont refusé de prendre le logement qui leur avait été désigné par la municipalité chez M. Terrier de Montciel.

La séance a été levée à onze heures.

96 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [13 juillet 1792]

A l'ouveiiure de la séance, l'entrée est accordée à vingt-quatre canonniers.

Un membre annonce que l'Assemblée nationale vient de lever la suspension de M. Petion '. [Applaudissements universels.)

M. Tkret. — J'annonce à la Société qu'un invalide m'a assuré que M. Sombrcuil a sollicité les soldats de l'Hôtel à ne pas se trouver à la fédération. Ce brave homme n'en est pas moins déterminé, ainsi que ses camarades, à s'y rendre avec ses frères d'armes.

M. Jiobespierre, en applaudissant au décret qui vient de lever la suspension de M. Petion, fait remarquer cependant que ce doit être moins un sujet de se réjouir qu'il y a des motifs pour les vrais amis de la lil)crlé de s'affliger que l'on ait fait attendre quinze jours ce décret, qui ne remplit pas encore les vues des patriotes, puisqu'en ne faisant que mettre au jour l'injustice des administrateurs du département il ne les a pas punis et n'a pas vengé le peuple injurié dans la personne de son magistrat.

« La cour et La Fayette, ajoute cet orateur, n'ont prolongé cette discussion jusqu'au terme où elle a été poussée que pour nous procurer \\n triomphe momentané, qui nous détourne des grands intérêts qui devraient nous occuper tout entiers. On ne nous a promis d'avoir Petion et d'espérer Manuel que parce que les Autrichiens, les Prussiens sont aux portes. Si vous apprenez que le directoire n'est pas puni, (jiie La Fayette n'est pas puni, sachez qu'on veut encore leur laisser les moyens de machiner de nouvelles conspirations, et il en est qui éclatenjut demain peut-être. »

M. Antiiùine. — Un patriote me charge d'annoncer à la Société que les Suisses, tant du château que de Courbevoie et des autres casernes, ont ordre de manger la soupe à dix heures et de venir à Paris à minuit pour se rendre au faubourg Saint-Antoine. Je répète ;i la Société que j'attends de moment en moment des pièces de la

1. En r>n«;t, le VA juillet 1792, à la suite du rapport de Murairo au nom de la Commission extraordinaire, rAsserabléc lé<,'islalive leva la suspension du maire (le Paris, et Louis Wl sanctioima le. décret le Ifudcmain.

tl3 JUILLET 1792J SOCIÉTÉ DES JACOBINS 97

munic'ipalilé, qui meltront au jour un complot atroce contre les fédérés, et dont rexécution devait avoir lieu cette nuit.

M. Faire (VÈglanline , sortant de l'Assemblée nationale, rend compte du décret qui vient de lever la suspension de M. Petion et présente quelques réflexions sur la singularité qu'a offerte à l'esprit de plusieurs citoyens présents à la séance la différence mise à cet égard entre M. Petion et M. Manuel '.

M. Carra monte à la tribune pour prononcer un discours adressé particulièrement, dit-il, aux fédérés. Après avoir passé en revue, dans ce discours, les divers reproches que l'on peut avoir à faire au roi, il conclut à ce que Louis XVI soit suspendu de la royauté jusqu'à ce qu'il en soit destitué constitulionnellement.

M. Camille Desmoulins. — Il se trame un grand complot, n'en doutons pas. On assure que Luckner a été vu à Paris. La Fayette y est arrivé ce matin; il a descendu, dit-on, à l'hôtel de son cousin, Latour-Maubourg. On veut nous effrayer par le bruit d'un massacre pour demain; cela n'est pas possible. Leur projet pourrait être plutôt un enlèvement. Il faut bien prendre garde de ne pas légaliser en quelque sorte une telle démarche par des opinions hasardées, prononcées dans cette Société, telle, par exemple, que celle que je viens d'entendre par des propositions, de ne prêter le serment qu'à la nation et à la loi. On dira que des hommes ont refusé de prêter le serment constitutionnel, et on dira aux soldats qu'eux, ils l'ont prêté, ce serment constitutionnel. Sans doute, les généraux, dont les armées ne sont pas ici, ne peuvent avoir d'autres projets que d'enlever le roi, le mener dans les armées qui se joindraient peut-être ensuite aux armées autrichiennes sous le prétexte de la constitution. Frelons donc le serment ordinaire, et, si le pouvoir exécutif ne tient pas le sien, punissons-le, destituons-le, s'il le faut, mais ne nous écartons pas de la constitution.

On remet sur le bureau diverses pièces envoyées par la municipalité au Comité de surveillance de l'Assemblée nationale.

L'une de ces pièces est une lettre de la municipalité au Comité de surveillance. La seconde pièce est une lettre de la municipalité de Meudon, annonçmt l'arrivée dans ce château de plusieurs chariots

1. L'Assemblée avait cru devoir surseoir à se pronoucer sur la suspension du procureur de la Coiiuiiune jusqu'à ce qu'il eût été entendu. Manuel se justifia la. barre le Ifi juillet et sa suspension fut levée par décret du 23 juillet, sanc tionné le 2a.

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