Tome IV
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chargés des armes, bagages et miinilions de la ci-devant garde du roi. La troisième pièce est la copie d'une lettre en chiffres, écrite par la reine à M™' *** : « Nous sommes à la veille de notre départ, dit la reine M. D. L. F. T. T. est de retour, nos mesures sont prises;
MM seront à la tète, nous serons douze contre un... Le général
et son commandant des grenouilles sont incertains... Ils reprendront leur poste, cela est convenu avec le département. C'est un grand bonheur pour nous. Nos châteaux et nos hôtels sont pleins... Voici le chemin que nous devons prendre. » Le reste en chiffres.
La troisième pièce est une lettre adressée de Lille à la municipalité de Paris. Cette lettre, datée du 10, annonce que M. La Fayette a quitté l'armée, qu'il doit être à Paris le 13, que le projet est, au moment de la fédération, dans le Champ de Mars, de faire crier par certaines gens : Vive le roi.'' D'autres émissaires apostés doivent crier à leur tour : A bas le roi! A ce signal, on se propose de tomber sur les patriotes, et, dans la confusion, le général La Fayette, qui doit se trouver là, se fera proclamer généralissime pour maintenir l'ordre pubhc. Il prendra le commandement, enverra des forces à TAssemblée nationale pour la protéger et se mettra à la tète de tout pour protéger également le roi constitutionnel.
La lecture de ces pièces fournit matière à quelques réflexions. M. Merlin assure avoir reçu une lettre conforme à celle qui a été adressée à la municipalité. « Je ne crois pas, ajoute-t-il, que nous ayons rien à craindre. Le triomphe que le patriotisme a remporté aujourd'hui dans l'Assemblée nationale a déroulé tous les projets qu'ils [sic) pouvaient avoir formés.
« On a dit jusqu'ici que c'étaient les Jacobins qui payaient les applaudissements donnés par les tribunes aux triomphes des patriotes; ceux qui prônent de telles absurdités, que peuvent-ils dire maintenant que ces tribunes sont remplies de nos frères d'armes de tous les départements ? »
Un membre raconte que des citoyens do la section d'Henri IV, conduits par hasard, vraisemblablement, au faubourg Saint-Antoine par M. Carie, commandant de bataillon, s'étaient arrêtés, pour se rafraîchir, che/ un faïencier de ce faubourg. Dans ce même lieu étaient plusieurs ouvriers et, à une table voisine, deux autres personnes qui lièrent conversation avec ces ouvriers. Elle se monta sur le ton du patriotisme; alors une de ces personnes, se disant Jacobin, offrit aux deux ouvriers un assignat de cinq livres pour les récompenser de leur bonne disposition. Les ouvriers refusent : ils n'ont pas l)esoin, (liscivt-ils, d'argent jxiur cln' jinlriolcs. Le pn-UMidii Ja(()i)in,
contrefaisant l'homme entre deux vins, devient plus généreux sur cette réponse, et, vantant beaucoup les Jacobins, il offre de leur part douze assignats de cinq livres à ces ouvriers pour les distribuer à leurs camarades qui pourraient en avoir besoin. A cette proposition, point de réponse. Les ouvriers acceptent. La générosité redouble; l'étranger leur en donne encore six pour remettre à M. Santerre,qui, ajoute-t-il, se chargera de la distribution. Après cette double générosité, il repasse dans la salle voisine, où les spectateurs, dont l'attention avait été fixée sur lui, le voient avec étonnement quitter tout à fait son ivresse supposée, payer sa dépense et s'élancer lestement dans un élégant équipage arrêté à quelques pas de là, ce qui met les citoyens présents dans l'impossibilité de suivre ses démarches comme ils se l'étaient proposé.
M. CuABOT. — Je crois devoir vous rassurer, Messieurs, car il existe effectivement une lettre de La Fayette à la reine qui lui annonce son arrivée pour le 13 et lui promet le succès, pourvu toutefois que l'on prolonge la suspension du maire jusqu'au 16. Or, voilà son espérance déçue.
Les fédérés disent ne pas avoir de point de ralliement pour demain, et cependant ce point de ralliement leur a été indiqué à tous en sortant de leurs départements. Ce point de ralliement, c'est le faubourg Saint-Antoine. Qu'ils se rangent là avec les vainqueurs de la Bastille, car ce n'est pas avec les honnêtes gens de La Fayette et de la cour qu'ils viennent se fédérer, c'est avec les sans-culottes, avec le peuple français, qu'ils viennent unir leurs efforts et leurs bras pour extirper le despotisme et anéantir les tyrans.
M. Robespierre. — Je crois que la Société en général, et les fédérés en particulier, doivent faire la plus grande attention aux divers faits qui viennent d'être rapportés. Ce dont je suis sûr, c'est que M. de Narbonne est ici depuis quelques jours, que MM. Beaumetz et La Colombe y ont été vus. Je ne crois pas que des hommes que toute la France connaît comme des conspirateurs viennent pour rien, au sein de la capitale, dans le moment critique de la fédération.
Tout ce qui vous a été dit sur les complots qu'ils paraissent méditer pour demain n'est pas ce qui m'effraye. Le fait principal, c'est qu'il parait que La Fayette médite un crime, et qu'il a dirigé, autant qu'il lui était possible, tous les esprits pour le faire retomber sur les Jacobins. Quand La Fayette a voulu provoquer la loi martiale, il fît assassiner un boulanger, c'est-à-dire qu'il n'usa d'aucun des moyens que lui donnait la force immense qu'il avait entre les mains pour i)ré-
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venir cet attentat. Lorsque, après avoir ménagé la fuite du roi et avoir concouru ensuite à son arrestation, La Faj-ette voulut abattre l'esprit public, il fit pendre au Champ de Mars deux particuliers absolument étrangers à la pétition, afin de donner à croire aux esprits faibles que les personnes qui s'étaient rendues coupables de ce crime étaient les mêmes qui devaient venir paisiblement, et, sans armes, pour signer un,e pétition sur l'autel de la patrie.
C'est ainsi que La Fayette se ménage toujours un moyen pour faire croire que le peuple français n'est qu'une poignée de factieux, qu'il n'est question que de réduire. Ce n'est donc i)oint la violence ouverte que je crains de la part de ces conspirateurs, c'est la machination de quelque crime dont on fasse ensuite retomber l'odieux sur le peuple. Qu'a désiré La Fayette dans la journée du 20 juin dernier? Il voulait un prétexte pour calomnier tons les patriotes sous la dénomination vague de Jacobins. Les événements n'ont pas répondu à son attente, c'est une raison de plus pour lui d'en poursuivre le cours, et son arrivée à Paris, ainsi que celle de ses complices, doit faire présumer, je le répète, qu'il médite quelque nouveau crime. Je croirais d'autant plus à cette partie de la dénonciation qui vous dit qu'il entre dans le projet de La Fayette de faire crier demain vive le roi, et à bas le roi, que ce projet est conf(»rme à sim caractère; mais j'atteste, à la face de l'univers, que le monarque actuel n'est qu'iui vil jouet, une victime entre les mains de La Fayette Cert;iinement, il médite un crime qu'il puisse imputer aux amis de la liberté; s'il n'est pas commis, c'est parce que nous l'aurons dénoncé dans cette tribune ; s'il se commet, la France entière doit l'attribuer à La Fayette.
J'ai cru, pendant quelque temps, qu'il n'avait en vue que d'être le premier valet du monanjue; maintenant, je suis persuadé qu'il lui est indifférent d'être ou son valet ou son bourreau. Et qu'importe à La Fayette que ce soit Louis XVL qui règne, ou l'un de ses enfants, pour-vu qu'il règne lui-même sous le nom de l'un ou de l'aidre? Soyezen certains, La Fayette sera toujours le même; il médite un crime, parce qu'il a commis un crime, et qu'il ne lui reste d'aulre moyen pour suivre sa carrière ambitieuse.
Après avoir dit tout ce que je pensais pour éclairer l'esprit des députés de nos départements, je demande (pi'ils conservent toute l'énergie des pj-incipes sévères (ju'ils ont apportés avec eux; que leur premier objet soit de déjouer les principaux agents des intrigants (pii travaillent, sous le masque du patriotisme, à enchaîner notre liberté, et (ju'avant de prêter aucun serment ils s'occupent des uioyeus de punir un traître dont l'exislence menace la tranquillité de la France.
M. Anlhoine succède à M. Robespierre, et propose les questions suivantes à la discussion : Où les fédérés se rassembleront-ils? Doiventils se rendre au champ de la fédératidn? Quel serment prêteront-ils? « Je dirai à tous les fédérés, ajoute-l-il, qu'il ne s'agit pas seulement de faire punir La Fayette, mais d'empêcher aucun La Fayette de se reuiontrer jamais. »
M. Lasource témoigne le plus grand étonnement qu'on mette en question tous ces objets, puisqu'ils sont fixés par le décret ï\m 'â ordonné que les fédérés se rendraient dans les bataillons respectifs des sections où ils étaient logés, et qu'ils prêteraient, avec tous les citoyens, le serment prescrit par la constitution.
M. Daxton. — M. Lasource n'a pas saisi la discussion, car il est question de décider, dans ce moment, ce que peuvent faire les fédérés pour le salut de la patrie, et s'ils ne peuvent pas faire un serment supplémentaire. Le danger de la patrie a appelé ici nos frères d'armes des départements, ils peuvent donc examiner ce qu'ils croient le plus propre à sauver la chose publique, et, je le demande au constitutionnel le plus serré, ne puis-je pas dire ce que j'ai dit vingt fois : peuple, on vous abuse, jamais on ne compose avec les lyrans? En exprimant cette pensée, j'use du droit de tout homme libre d'énoncer son opinion. Eh bien! si les fédérés l'avaient aussi, cette opinion, s'ils disaient ce que pense toute la France que le danger de la patrie ne vient que du pouvoir exécutif, qui leur ôterait donc le droit d'examiner cette question ?
M. Servan a déclaré lui-même à l'Assemblée nationale que, si le peuple entier ne se levait pas, c'en était fait de la liberté. Comment voulez-vous qu'avec cette grande idée devant les yeux, des patriotes qui pensent un peu chaudement ne se disent pas : « Nous ne sommes pas venus ici pour marcher en ordre de bataille, ofTrir le coup d'œil d'une pompe guerrière, et, si nous avons apporté notre vie pour la sacrifier à notre patrie, nous avons encore plus apporté notre pensée, et nous jurons de ne quitter Paris que lorsque la liberté sera fermement établie. » S'il existait une loi qui pût réprimer un tel élan, il faudrait l'abroger; mais heureusement elle n'existe pas. Il faut donc que la présence de nos frères des déparlements éternise le règne de la liberté, ou que la liberté soit perdue. La nation compte sur eux; il faut qu'ils jurent de ne se séparer que lorsque les ti-aîtres seront punis par la loi, ou auront passé à l'étranger.
Il existe dans la constitution un moyen d'exprimer, d'obtenir le vœu national, et le droit de pétition n"a pas été enseveli dans le Champ
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de Mars avec les cadavres de ceux qu'un y a immolés. Qu'on présente donc, sur le sort du pouvoir exécutif, une pétition, et, quand la volonté souveraine sera ainsi mathématiquement rlémontrée, quel sera le constitutionnel qui voudra y opposer ses froids raisonnements? Je demande donc que, jusqu'à cette époque, on se conforme en tout à la loi; que les fédérés ajoutent au serment qu'elle ordonne celui de ne pas se séparer jusqu'à ce que le vœu ait été manifesté au peuple des quatre-vingt-trois départements par une pétition qui le contienne et qu'ils n'aient requ, par la même voie, la réponse du souverain.
M. Anthoine prend la parole pour combattre M. Lasource; mais, comme ses raisons paraissent directement adressées à ce membre, qui n'était plus dans l'Assemblée, M. le Président le fait apercevoir de cette absence, et M. Anthoine conclut à ce que la discussion soit continuée dans les séances suivantes.
La séance a été levée à onze heures.
A l'ouverture de la séance, M. le Secrétaire du Comité de présentalion lit la liste des candidats proclamés dans l'avant-dernière séance, et qui, après cette seconde lecture, sont admis comme membres de la Société.
M. Thuriot prévient les députés k l'Assemblée nationale qui sont dans la Société que l'on va s'occuper de la suspension de la luunicipalitt' de Chartres, par le département, pour le refus qu'a fait cette municipalité de publier et d'afficher la proclamation du roi, relative aux événements du 20 juin '; il invite tous ses collègues à se rendre avec lui à leur poste.
Le commissaire chargé par les fédérés de faire un rapport sur quelques-unes de leurs principales dispositions commence ce rapport. Il expose que la première rétlexion qu'ont faite les commissaires a été qu'ils ne devaient foi-mer qu'une seule armée, qu'un seul
1. Dans sa séance du l.'j juillet ni)2 au soir (qui n'est pas relatée dans le Moniteur), l'Assemblée législative décréta que le pouvoir exécutif rendrait compte sous trois jours de sa décision relative à la suspension du maire et du procureur de la commune de (lliartres. (Journal fognavaptiiqne. XXIV, 200, et l'rocès- Derhfil (le VAaspmfdi'i' Iri/isliillrr. \). 2\'.\.)
•corps avec la garde nationale parisienne, malgré les insinuations perfides de Tétat-major parisien; qu'en conséquence, il fallait communiquer aux bataillons de Paris les pétitions qu'ils s'étaient proposé de présenter à l'Assemblée nationale.
La seconde réflexion des commissaires est que cette armée pourra néanmoins être divisée en plusieurs sections pour la défense de divers points, tels que Paris et l'Assemblée nationale. Ce dernier poste, surtout, paraît de la dernière importance, afin de donner à l'Assemblée nationale, par la ccuiscience de la force qu'elle saurait être réunie autour d'elle pour la soutenir, l'énergie dont elle a besoin pour rendre les décrets vigoureux qui seuls peuvent sauver la patrie en danger.
Mais comment se former, tandis qu'une partie est encore dans les départements, qu'une autre portion est en route, et que le reste est à Paris? Les volontaires fédérés veulent bien verser jusqu'à la dernière goutte de leur sang, mais ils ne veulent pas être envoyés à la boucherie; ils ne veulent marcher que, conformément aux décrets, sous des chefs qu'ils se seront choisis. « Il est donc physiquement impossible, dit le l'apporteur, qu'ils partent et qu'ils se divisent : car alors on ne manquera pas d'envoyer au milieu d'eux des épauletiers, avec des fragments de la liste civile, pour les travailler, les fatiguer. Il est donc important qu'ils ne fassent qu'un avec la garde nationale parisienne, qu'ils ne se séparent point avant de s'être réunis; mais, pour cela, il faut pourvoir aux moyens de subsistance dont plusieurs ont besoin, et proposer, à cet efiet, une souscription, et se concerter sur cela avec M. le maire. »
Un député du Calvados. — La grande question du salut de la patrie a été agitée parmi les commissaires, et la première chose que nous avons pensée, c'est que c'était dans la constitution qu'il fallait prendre les moyens de la sauver. Notre dessein, en venant à Paris, a été de rassembler autour de l'Assemblée nationale une force sutïisante pour lui donner l'assurance dont elle a besoin pour rendre les décrets nécessaires au salut public. Nous avons donc cru qu'il fallait lui demander un décret pour former un camp de soixante mille hommes dans le Champ de Mars et un autre camp plus ou moins considérable, où l'Assemblée nationale jugera convenable, dans l'enceinte des trente mille toises de son arrondissement.
Cette mesure a été unanimement admise par le Comité, et nous n'avons rien voulu proposer autre chose, pour ne pas nous exposer à nous voir repousser dans toutes nos demandes par l'aristocratie de certains membres de l'Assemblée nationale. Nous n'avons pas voulu
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parler de la punition de La Fayette, que nous obtiendrons, ni de la destitution des départements, que nous aurons aussi.
Ce que nous avons bien arrêté, et ce qu'il est important de proclamer tout haut, c'est que ce sera dans la constitution, et dans la constitution seule, que nous puiserons les moyens de sauver la patrie; que les Jacobins maintiendront de tout leur pouvoir la constitution jusqu'au moment de la révision, fixé par la constitution, et que ce ne sera quiiiirès avoir épuisé tous les moyens qui sont dans la constitution que, si le salut de la patrie l'exige, nous emploierons alors ceux qu'il pourra nous commander.
Notre premier objet est donc de demander un camp pour le soutien de l'Assemblée nationale, et un tel décret n'étant pas sujet à la sanction, il peut avoir son effet sur-le-champ. Cn député nous a fait entendre qu'il ne fallait faire cette demande qu'avec certaines précautions, pour ne pas s'exposera lavoir rejetée. Est-il [lossihle que nous en soyons à ce point qu'il faille prendre des niénagemenls pour faire agréer une mesure qui seule peut assurer à rAssemblée nationale la puissance qui lui est nécessaire pour sauver la patrie? Sans doute, nous les aimons, nos députés, puisque c'est par un effet de notre ccmfiance qu'ils se trouvent revêtus de leur autorité; mais que dirions-nous d'un malade déclaré en danger par le médecin qui viendrait seulement déclarer ce danger sans vouloir |)rop()ser de remèiles? Nous dirions sans doute qu'il faudrait espérer sa guérison de la nature. Oui, Messieurs, au physique comme au moral, dans les grandes crises, c'est de la nature seule qu'il faut attendre le salut du malade.
Puisqu'on nous y réduit, attendons donc jusqu'à demain que nos frères de Marseille et de Brest arrivent, attendons que nous soyons en force pour [jrésculer notre pétition. Mais, mes frères, mes amis, il est parmi nous beaucoup de camarades qui n'ont pas les mctyens nécessaires pour attendre ici ; il en est, je sens que je vais arracher des soupirs à votre sensibilité, il cn est (jui déjà ont été obligés pour se soutenir de vendre une partie des effets qu'ils avaient apportés. Permettez que je vous fasse, à cette occasion, un reproche, mes frères de Paris : vous ne nous recevez pas au milieu de vos familles comme nous nous faisons un plaisir de vous recevoir quand vous venez, dans nos départements. [Mouvement d'élowrcmcnt dans l'Assemhlcc; plusieurs ciloycns de la Société et un grand nombre des tribunes assurent avoir souscrit pour recevoir les fédérés et n'en avoir pas eu.) Je m'attendais bien, mes frères, que l'exposition que je viens de vous faire inléros-erait vos cœurs : cli bien, mes amis, ipie
chacun de vous prenne un de nos camaraiies avec lui, qu'il partage avec lui un repas frugal, son logement, comme nous venons partager avec vous vos travaux, vos dangers. Parisiens, électrisez-vous, nous vous rapportons le feu sacré que vous nous avez envoyé. Songez que nous n'avons qu'un ennemi à combattre, c'est la machine royale; quant à la monarchie, elle restera, car elle est dans la constitution.
On arrête la proposition de M. le député du Calvados, on ouvre à l'instant un registre pour inscrire les noms des personnes qui voudront loger un fédéré.
M. Victor Fréron, fédéré. — La patrie est en danger, de fortes armées s'avancent, l'Assemblée nationale a décrété une levée de soixante-quinze mille hommes', indépendamment des volontaires qui voudrunt s'inscrire poiu' le camp de Soissons ; mais, suivant la marche ordinaire, le décret sanctionné sera envoyé aux départements, de là aux districts, de là aux municipalités, et, là, cela flort, parce que les corps administratifs, soit par mauvaise volonté, soit par l'espérance d'être rendus inamovibles lors de la contre-révolution qu'ils espèrent, s'endorment et laissent sans exécution tous les décrets qui pourraient s'y opposer; je demanderais donc qu'on fît une pétition à l'Assemblée nationale pour la prier de décréter : 4° que, vu le danger de la patrie, le pouvoir exécutif sera tenu de faire expédier à l'instant, par des courriers extraordinaires, le décret rendu samedi^ dernier sur la levée de soixante-quinze mille hommes; 2° que, faute par les départements de l'avoir mis à exécution sous quinzaine et d'avoir fourni le nombre de volontaires requis de chacun d'eux, ils seront destitués; 3° qu'ils se feront également rendre compte, sous la même peine, des mesures prises par les directoires de districts pour la levée de cette nouvelle armée; 4° que ceux-ci seront tenus d'envoyer des recruteurs aux frais de l'État dans les difl'érentes municipalités pour y proclamer au son du tambour son décret, qui leur sera en outre adressé officiellement; o° que, dans le même délai, le chef du pouvoir exécutif sera tenu de rendre compte lui-même à l'Assemblée nationale des mesures qu'il aura prises pour l'exécution du présent décret, sous peine de déchéance du trône.
• M. Billaud-Varenne lit un discours sur les circonstances pré-
1. II s'agit sans doute du décret du 12 juillet 1792, qui ordonnait uiu' levée de 83,400 houunes et la formation en bataillons des gardes nationaux arrivés à la fédération pour se rendre aux frontières. {Procès-verbal de l'Assemblée lëyishdive, p. 184.)