‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 2 sur 131 · RECUEIL DE DOCLMEMS POUR L'HISTOIRE DU CLUB DES JACOBINS DE PARIS · texte numérisé non relu

RECUEIL DE DOCLMEMS POUR L'HISTOIRE DU CLUB DES JACOBINS DE PARIS

Juin 1792 (Suite)

On demande l'admission à la séance des députés de Saint- Domingue à l'Assemblée nationale. — En appuyant cette demande, on observe qu'il est important d'appuyer en leur faveur le droit de représentation qu'ils viennent faire valoir.

On s'est plu à calomnier l'Assemblée coloniale qui les envoie, tandis qu'elle n'a rien eu de plus pressé que d'adopter les décrets rendus par l'Assemblée législative, concernant les colonies. Les députés de Saint-Domingue demandent d'être entendus à la barre de l'Assemblée nationale : ils espèrent que cette proposition, si juste et si utile, sera accueillie. — Ils sont admis aux honneurs de la séance.

Une Société qui vient de se former à Cayenne écrit à celle de Paris pour obtenir l'affiliation. Son isolement absolu de toute autre Société ne lui a pas permis de se conformer au règlement.

M. Ri':al. — Je demande que l'espèce de vélo apposé sur les affiliations soit levé. [Applaudi.) J'observe que les secours qu'on se dis-

I. Dans l'origiual, celte séance est datée par erreur du 15 juin.

TOMK IV. 1

2 SOCitïK ItKS JACUIUNS [17 juin i792j

pose H faire passer dans les colonies sont composés des régiments les plus aristocrates.

M. /ioisset trouve dangereux l'envoi de trou[)es de ligne. « C/est, dit-il, vouloir établir le despotisme militaire »

M. Legendhe. — L'arrêté qui suspend les affiliations pouvait être bon dans le temps où il a été pris: mais, actuellement que les circonstances ont cbangé, il ne doit plus subsister. Je demande qu'il soit rapporté. — Arrêté.

M. Saint-Andhé. — Je propose qu'il soit envoyé une lettre circulaire à toutes les Sociétés afllliées, pour les inviter à redoubler de zèle et d'activité dans le moment où il est instant que le peuple franrais se lève tout entier. — Arrêté.

On commence la lecture des lettres arrivées de Strasbourg. (Voyez la Correspondance.)

Un membre s'oppose à la lecture de ces lettres, sous prétexte que nous ne sommes que trop informés de l'état de détresse et de dénuement où se trouvent nos villes frontières et nos armées. « Craignez, ajoute-t-il, de porter le découragement. »

MM. Baumier et Fauchcl pensent qu'il faut connaître tous nos maux, pour y porter remède. — La lecture est continuée. Les faits dénoncés dans cette lettre et plusieurs autres excitent une indignation générale. On demande le renvoi de ces pièces au Comité de surveillance. — Arrêté.

M. Baumuîr. — Tout ceci, Messieurs, prouve un grand complot. S'il n'existait pas , la Cour n'aurait pas renvoyé des ministres patriotes; elle n'aurait pas eu l'audace de les remplacer par des hommes tarés, sortis des tripots de Paris. Tout nous annonce une forte explosion. — J'avais pris des informations antérieures à tous les événements (jui viennent de se passer Je savais que Chambonas cabalait pour parvenir au ministère. Je savais que Lajard travaillait sourdement aussi pour se conduire au même but. Mais apprenez qu'un homme tient dans sa main le nœud de toutes ces intrigues. Cet lioniMie, membre de celte Société, et que vous avez soupçonné pendant <leux fois vingl-(iualro heures, est M. Dumouriez : il a écrit au roi une lettre brûlante de patriotisme. Je demande qu'il soit entendu à cette tribune. [Murmures, tumullc; non, non!) Permettez, Messieurs, si vous n'êtes pas satisfaits de ses explications, vous restez maîtres de r(!X[)ulser de votre sein. Je demande que deux de vos membres lui soient députés pour l'engager à venir vous dévoiler toutes les mano'uvres iIl' la cour.

M. Faure d'Églantine. — Depuis hier matin, je sais qu'on est dans l'intention de demander à M. Dumouriez des explications. Mais un piège est caché là-dessous. S'il doit des éclaircissements, c'est à l'Assemblée nationale qu'il doit d'abord en faire part. [Applaudissements.) Vous n'avez point assez de connaissances sur toutes les intrigues ourdies dans cette affaire . 11 pouvait se faire que, par de faux rapports, vous donniez votre assentiment à M. Dumouriez, et que, sur des éclaircissements que l'Assemblée nationale peut seule se procurer, elle lui refuse son approbation. Alors vous vous trouveriez en contradiction avec vos représentants. — Ces considérations me conduisent à vous dire combien plus que jamais il est important de se réunir. Les dangers qui nous menacent et la division qui s'est manifestée jusque dans le sein des autorités constituées viennent en grande partie de l'afTectation de divulguer qu'il existe dans la Société deux partis, celui de Robespierre et celui de Brissot.

La scission qu'on suppose être l'ouvrage de ce dernier s'est encore propagée à l'Assemblée nationale, où l'on distingue entre toutes la dépu tation de la Gironde. Des brouillons, qui se trouvent d'un patriotisme extrême, sèment partout la discorde. — Si M. Dumouriez a des renseignements à fournir, il ne peut, en bon citoyen, se dispenser de les porter à PAssemblée nationale. Il serait dans l'embarras, si vous le mettiez dans le cas de vous instruire sur des objets qui doivent avant tout être mis sous les yeux de nos représentants, et vous risqueriez, comme je l'ai déjà dit, de vous mettre en opposition avez eux. Vous ne feriez qu'augmenter la division qu'on s'efforce d'établir entre vous et l'Assemblée nationale.

On demande Tordre du jour : des membres s'y opposent.

M. Lasource. — Si les membres qui s'opposent à l'ordre du jour ne le font que pour insister pour que M. Dumouriez vienne s'expliquer, c'est la chose du monde la plus perfide.

On passe à l'ordre du jour : les mesures à prendre dans les circonstances présentes.

M. Terrasson. — La question importante dont nous devons nous occuper aujourd'hui est celle de savoir quel est le moyen constitutionnel le plus sage, le moins sujet à des inconvénients, de remédier aux maux qui nous menacent de toutes parts. On vous a proposé des mesures de plusieurs espèces. Mais celles de M. Chabot me paraissent plus dignes d'une révolution à faire que de la liberté conquise. Les droits de l'homme et la constitution, voilà quels doivent être vos

4 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [ITjcin 1792]

guides. Le peuple ne peut pas se dépouiller de sa souveraineté; et, si l'acte constitutionnel ne le conduit pas au bonheur, il pourra se lever tout entier et demander une nouvelle constitution.

M. Santerre. — Je demande que l'orateur soit rappelé au moyen qu'il a annoncé.

M. Terrassox. — Eh hien ! le voilà, ce moyen : il s'agit de faire passer à tous les citoyens de l'empire, parle moyen des Sociétés qui vous sont affiliées, l'exposé de l'état actuel de la France, les cabales de la cour, les exagérations de nos ennemis, et de demander le renvoi de cette femme qu'on appelle improprement la reine.

M. Lasource. — Lorsque j'avais demandé la parole, il s'agissait de la discussion des malheurs présents : c'était uniquement l'objet de Tordre du jour; je n'ai pu suivre jusqu'à présent l'examen des discussions qu'il a occasionné. Plusieurs opinions vous ont été présentées. Pour moi. Messieurs, je vous déclare que, dans l'état actuel des choses, il est difficile de prendre des mesures efficaces. C'est donc moins pour vous en présenter que pour examiner celles qui vous ont été indiquées que je monte à cette tribune.

Lorsqu'on vous fait des propositions inconstitutionnelles, vous devez vous garder d'applaudir ; vous devez attendre que ceux qui n'ont jamais prêché que la constitution, en faisant tous leurs efforts pour la renverser, vous forcent à des mesures que commande le salut public. — On vous a d'abord proposé de faire déclarer qu'il n'y a plus d'armée de ligne. Si je ne connaissais pas l'auteur de cette motion, je croirais qu'elle vient d'un de nos plus grands ennemis. Ce n'est pas dans ce moment qu'elle peut convenir : il fallait la mettre à exécution dans le temps que l'armée a été organisée. Et, puisque nous sommes sûrs aujourd'hui que les soldats aiment la patrie et veulent la liberté, nous devons nous dispenser de faire croire que nous doutons de leurs sentiments.

On vous a proposé ensuite, et c'est avec bien de la peine que je rappelle cette étrange proposition , on a osé, dis-je, proposer de nouvelles élections. C'est précisément ce que désirent ceux qui, se trouvant gênés par l'Assemblée nationale, ont pu faire de semblables propositions et y applaudir. Ne vaut-il pas mieux entourer l'Assemblée nationale de toute la force du peuple,. l'encourager dans sa marche et l'aidt.'r à renverser ses ennemis? C'est assez qu'ils déchirent vos représentants; c'est assez (jue ceux-ci soient accablés du poids de leur mission, sans être encore maltraités par leurs propres amis. Oui, Messieurs , ces représentants ne trouvent 'de soulagement à leurs peines qu'au milieu de vous. Ceux qui font des propositions aussi in-

[17niNl792] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 5

considérées conduisent, sans s'en douter, l'empire à sa destruction.

On vous a encore proposé une autre mesure, bonne, il est vrai , car celui qui Ta indiquée a dit qu'elle se prenait naturellement dans le sein de l'Assemblée nationale. Mais il ne fallait pas rentrer, pour ainsi dire, dans les mesures que j'ai combattues, en diatribant cette Assemblée, en la traitant avec la dernière amertume. Car, s'il y a de grands reproches à lui faire, nous n'avons pas pris à tâche de dénigrer l'Assemblée constituante. Pourquoi donc vient-on déchirer l'Assemblée législative? [Applaudissements.)

Quelques voix. Ce n'est pas la question.

M. Lasource. — C'est tellement la question que, pour maintenir à l'Assemblée nationale la considération dont elle a besoin, je suis obligé de m'élever contre ceux qui voudraient l'en priver. Je dis donc que, si vous voulez opérer le salut de la patrie, vous devez vous défler de tous ceux qui calomnient l'Assemblée nationale. Vous devez, au contraire, la renforcer de l'opinion publique, et montrer de la confiance dans vos représentants. [Oh! oh! — Applaudissements réitérés.)

M. LuLiER. — Dans le moment où tous les bons citoyens doivent se réunir autour de l'Assemblée nationale, je demande que la Société improuve formellement tous ceux qui interrompent l'orateur.

Ils sont rappelés à l'ordre.

M. Lasource. — Si donc vous voulez imposer silence aux malveillants de la capitale, aux ennemis d'outre-Rhin, à tous ceux de l'intérieur, montrez-leur que jamais on ne parviendra à nous enlever de votre sein, que jamais on ne nous désunira. [Oui, oui! — Applaudissements universels.) Soyez bien convaincus que, de toutes les mesures qui peuvent vous être proposées, c'est la plus grande comme la seule. Ce n'est pas nous qui nous sommes donnés des chanies; ce n'est pas nous qui avons décrété vingt-cinq millions de liste civile. [Applaudi.) Ce n'est pas nous qui avons mis une distance incommensurable entre le citoyen et le citoyen; ce n'est pas nous qui avons mis les places les plus importantes entre les mains des ennemis de l'État; ce n'est pas nous qui avons voulu que la volonté d'un seul paralysât la volonté de tous. [Applaudi.) Et aujourd'hui je supprime à dessein l'énumération de tous les obstacles qui s'opposent à la marche de l'Assemblée nationale. Mais il ne faut pas l'accuser de faiblesse ou d'indolence lorsqu'on l'a enchaînée. Croyez-vous, sans cela, que nous souffririons les intrigants dans les places? Croyez-vous que nous souffririons les insultes sans nombre faites à la liberté? Croyez-vous que nous ne fissions pas usage de toute la force qui nous serait laissée? Mais telle

6 SOCIÉTÉ DES JACOBINS ( 17 jli> 179:2]

est l'injustice humaine, qu'avant de nous envoyer ici on nous a enchaînés, et qu'on veut cependant que nous agissions comme s'il n'en était rien. Cruels! fallait-il nous dire : maintenant, vous n'allez pas? Des intrigants arrêtent la marche de la constitution. L'Assemblée nationale prendra-t-elle sur elle de dépasser la ligne où elle est circonscrite? Avant de le faire, elle attend que l'opinion publique soit prononcée, parce qu'elle ne doit reconnaître que la volonté générale, c'est-à-dire celle du souverain. Elle attend, Messieurs, des lumières; et, de son côté, elle éclaire. Ce n'est que par une manifestation semblable qu'elle peut se tiier de tant d'abîmes, de tant de traverses, de complots, de calomnies, qui l'environnent. Il n'y a pas de député patriote qui ne se trouve dans le plus grand embarras. Il se demande : quel parti faut-il prendre? Et son trouble augmente. Cependant, voyons s'il y a quelque moyen de nous tirer de cet état d'incertitude et d'anxiété. — M. Fabre d'Eglantine a vu les trames qui se combinent dans l'Assemblée nationale, comme s'il en était membre. En efl'et, Messieurs, que désii^aient nos ennemis? C'était de semer la défiance au sein de l'Assemblée : ils y sont parvenus. C'était peu : il fallait diviser les Amis de la constitution; l'intrigue a trouvé ce moyen. Ce n'était pas tout : il fallait désunir la garde nationale; l'intrigue l'a encore tenté. Ce n'était pas assez : il fallait renvoyer un ministre patriote; elle y est parvenue. Mais enfin, les patriotes des Jacobins et ceux de l'Assemblée nationale sentent la nécessité de se soutenir, s'ils ne veulent voir leurs plus chères espérances réduites à des chimères. Que faut-il donc faire pour les réaliser? Il faut établir des principes qui forment l'opinion publique. — Observez, Messieurs, qu'on voudrait faire passer au ministère un grand nombre de têtes, parce qu'en divisant sur elles les complots dirigés contre la liberté, on rend la responsabilité impossible, attendu qu'à force de se ramifier les soupçons et les recherches ne peuvent se fixer nulle part. Pour obvier à ces inconvénients, il y avait une mesure à prendre : l'Assemblée nationale ne l'a pas adoptée; elle consistait à faire connaître au peuple les motifs du renvoi des ministres, à déclarer que c'était pour telles et telles causes. Au surplus, l'Assemblée nationale a envoyé l'adresse du ministre Roland au roi, et cette lettre fera époque dans notre histoire. (Applaudissements.) Celte lettre démasque la conduite du roi. C'est un moyen elficace de lui faire voir qu'il ne trompera pas le peuple en renvoyant des minisires pdur des raisons spécieuses, en les présentant comme des factieux. 11 faut dire que les ministres renvoyés voulaient la coustituliidi, et que ceux qui les ont renvoyés ne la veulent pas; et le peuple tirera la conclusion. Je délie (ju'on me montre

[17jaNl792] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 7

rien, dans l'acte constitutionnel, qui s'oppose à cette mesure. Et, puisque les ennemis de la liberté l'invoquent si fort à leur manière cette constitution, il faudra que l'on voie quel est celui qui y touchera le premier. L'on saura quels sont ceux, ou de la cour qui entrave le gouvernement, ou des patriotes qui ne sont habitués qu'à déjouer ses complots, quels sont ceux à qui le peuple aura des peines à infliger. Alors, le parti qui lui restera à prendre ne sera plus douteux. Nous avons déjà des indices très frappants de la non-volonté du monarque à faire marcher la constitution. C'est encore une mesure qui ne contredit point la constitution ; le roi lui-même nous en a donné l'exemple : car, dans une proclamation, il a dit, en refusant de sanctionner un décret, qu'il le croyait contraire à la constitution et au bien public. Eh bien ! disons que, s'il a mis un ministère anticivique à la place de celui qui a été renvoyé, c'est qu'il ne veut pas faire marcher la constitution. [Bravos, applaudissements.)

Voilà des mesures qu'on ne peut pas taxer d'inconstitutionnelles. En voici une dernière : c'est que, si le roi continue d'entraver la constitution, l'Assemblée nationale, responsable du bonheur du peuple, doit lui dire : « Nous voulons maintenir votre constitution, mais nous voulons notre bonheur avant tout. Nous voulons que le gouvernement aille; nous voulons que votre roi constitutionnel reste tout ce qu'il vous plaira. Cependant, il faut vous l'avouer, il existe des obstacles insurmontables, et vous êtes souverain. Mais, puisqu'il nous est impossible de nous maintenir dans la ligne que vous nous avez tracée, tâchez, par un concours d'opinions, par des assemblées légales, par des moyens sages^ de porter remède à votre situation. Nous vous déclarons qu'il nous est impossible de faire marcher la constitution; ditesnous le sens dans lequel nous devons la faire aller. » [Applaudissemenls.) Telles sont les vues que me suggère l'amour du bien public ; il peut se faire qu'elles entraînent des inconvénients que je n'ai pas prévus. Mais je vous déclare que je marcherai toujours, malgré les calomnies, dans le sentier de la constitution; et, si je m'en écartais, ce serait une erreur de mon esprit, et non de mon cœur. [Applaudi.)

J'invite tous les bons citoyens de se rallier autour de l'Assemblée nationale. En vain chercherait-on à Tavilir, vous la soutiendrez; et plus on fera d'efforts pour la dégrader, plus vous en ferez pour imposer silence à tous les brigands, à tous les scélérats qui s'efforcent à nous perdre : ils auront beau former des complots sous les mêmes drapeaux.

M. Sainl-Andrr lit une ailresse aux Sociétés affiliées qui obtient

8 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [17 juin 1792]

Tapprobation de la Société. Elle adopte au=?i l'amendement fait par un membre d'inviter les citoyens à faire circuler, le plus qu'il sera possible, la lettre de M. Roland.

M. Camille Desmoulins. — Ceux-là connaissent bien mal mes intentions, qui ont paru craindre que mon discours ne troublât la Société. Sans doute, il faut être réunis; il faut donc être tolérants : car, quel est celui qui n'a point de reproches à se faire? Mais à ces réflexions préliminaires je crois devoir en joindre d'autres sur l'état actuel des choses. — J'aurais pu, il y a quelque temps, présenter mes opinions politiques, qui me confirmaient ce qui devait arriver; mais, depuis la démission de M. Dumouriez, je me borne à examiner les motifs.

Rien, je crois, ne peut motiver la démission de M. Dumouriez que la cause que je vais vous en donner. Il n'est pas douteux d'abord que M. Dumouriez n'est pas patriote : il y a longtemps que je l'ai dit, car l'on se rappelle que j'ai dénoncé ici l'homme qui avait sa confiance. D'ailleurs, il vit inciviquement avec la sœur de l'ennemi le plus déclaré de la Révolution, avec la sœur de Rivarol. Tout cela me confirmait dans mes idées. — Me trouvant chez un royaliste outré, dont j'ai la confiance comme homme de loi, j'ai vu entre ses mains une lettre de M. Dumouriez. Voici ce que ce royaliste écrivait à cet ex-ministre : « Savez-vous que vous êtes un véritable Richelieu; que vous suivez très bien ses errements? » Tous savez, Messieurs, ce que veulent dire ces mots anglais TorysQi Ïï7^^s. Tous les royalistes sont des gens qui vivent de la sueur du peuple : ils n'ont d'esprit et de vertus que l'intrigue et la bassesse. Comme il ne fallait pas être bien grand politique pour savoir que M. Dumouriez est un royaliste, il est facile de conjecturer ce qu'il a pu dire au roi : « Il est évident, lui a-t-il dit, qu'il n'y a qu'une chance pour vous. Si les Marseillais sont imités, c'est fait du despotisme et des aristocrates. 11 n'y a que le trouble, la guerre et l'anarchie, qui puissent sauver votre autorité. Eli bien! mettez dans votre conseil des gens qui regardent la guerre comme nécessaire, et ils la feront. Et puis, quand ils auront bien mis le trouble partout, nous ferons comme les généraux, nous donnerons notre déuiissitm : nous mettrons en un mot la clef sous la porte. » [Ajjjilaud'issernenls.)

Il me i»arait impossible d'expliquer autrement cette démission de M. Dumouriez. Le royaliste dont je vous parlais était si enthousiasmé de la conduite de l'ex- ministre qu'il voulait aller embrasser ses genoux. Quant à la manière dont le roi vient d(^ rem|daccr les ministres, nous devons nous en réjouir. On dit |«|u'il a mimmé

MM. Beaumarchais ' et Lajard. 11 ne pouvait vous arriver rien de plus heureux, à moins qu'il ne nommât M. Duport ou qu'il ne prît ses ministres à Coblentz. Cela me rappelle un mot. Deux soldats étaient surpris d'avoir escaladé un fort excessivement escarpé. «C'est, dit l'un, parce qu'on tire sur nous à balle. » Eh bien, nous nous trouverons aussi délivrés tout à coup de ceux qui nous attaquent sans ménagement. — On dit publiquement que le roi a fait son testament. L'art indiqué par Machiavel est de faire faire à son ennemi ce qu'il ne voudrait pas faire.

Or, je vous demande s'il y a rien déplus propre à exciter le peuple à produire une insurrection que de renvoyer les ministres patriotes, que de faire arrêter MM. Merlin, Chabot et Basire. Je crois que, dans les circonstances, nous devons serrer nos voiles; je crois qu'il faut s'en rapporter à la constitution, et nous irons de nous-mêmes à l'abolition de la royauté, car elle se pourrit tous les jours. (Rires.) Laissons donc mûrir cet abcès du corps politique [applaudi], il ne restera pas longtemps. Laissons donc le peuple se tirer d'affaire, il ira tout seul au remède. Il en est de lui comme des malades, qui ne se portent jamais mieux que quand ils n'ont point de médecins. {Applaudissements.)

Le dépouillement du scrutin donne pour président M. Héraut de Séchelles ; M. Sillery pour vice-président, et, pour secrétaires, MM. Real, Deperret ei Mathieu.

M. Rocher. — Je tiens d'un bon patriote que le roi a fait cette nuit son testament.

M. Sillery. — Les attaques que nous porte le département de Paris me rappellent la fable du lion malade. Je demande que la lettre de ce département soit mise à l'ordre du jour. — Il est bon de vous dire que M. Rœderer ne l'a pas signée, et il sera le premier sans doute à en improuver les principes.

M. Daubigny. — Les auteurs de cette lettre sont les mêmes qui ont invité le roi à mettre son veto sur le décret relatif au camp de vingt mille hommes.

La Société arrête que les réflexions qui viennent d'être faites seront ajoutées à. l'adresse rédigée par M. Saint-André.

M. Delacroix lit la correspondance. Une lettre de Bordeaux exigeait de la Société qu'ayant fait rendre compte à M. de Rochambeau

Page 1