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230 SOCIÉTÉ DES JACODINS [2i aoltt 1792]
sernes : personne ne nous écoute. Que ferons-nous donc ? Retournerons-nous dans nos fuyers sans terminer cette guerre que nous avons entreprise contre le despotisme ? Non, nous ne quitterons pas cette ville sans avoir sauvé la patrie.
Cependant nous ne pouvons pas nous défendre contre les satellites des despotes qui viennent nous attaquer avec de bonnes armes, nous ne pouvons pas nous défendre contre eux avec des bâtons, avec nos sabres. Aux termes du décret rendu par l'Assemblée nationale, nous devons être casernes, nous former en compagnies et nous exercer à faire une petite guerre, en attendant que nous soyons à même d'en faire une sérieuse.
M... — J'observe à M. l'opinant que son vœu sera rempli incessamment par le camp que l'on va former autour de Paris, et pour lequel on fait construire des baraques à raison de l'hiver qui commence à s'approcher.
M. Mazuel. — Ce ne sont pas des baraques qu'il nous faut. Autant vaut-il être cantonnés dans les villages que d'être dans des baraques : ce sont des casernes, des armes qu'il nous faudrait, dès demain s'il était possible, pour que nous pussions nous exercer sur-le-champ.
M. Agut. — J'ai vu souvent avec grand intérêt qu'on discutait ici parfaitement les matières politiques, mais jamais aussi bien les affaires militaires. Souvent j'ai entendu proposer ici de grandes mesures, et, en rentrant chez soi, on voit qu'il est impossible de les exécuter, faute darmes, manque de forces. Je propose donc à la Société de former dans son sein un Comité militaire qui discuterait et préparerait les objets de cette nature.
La journée du 10 a certainement produit de grandes choses, cependant nos ennemis ne sont que terrassés; il faut de grandes mesures pour les anéantir. Toute espèce de distinction entre des citoyens, des soldats de la liberté, est une injure à l'égaUté qu'ils défendent. Pourquoi des lignes de démarcation entre eux? Pourquoi des noms, des uniformes différents? Pourquoi une paye différente? J'ai, par exemple moi, sept cent cinquante livres de i>aye; n'est-ce pas abominable. Il y aurait de quoi entretenir trois bons soldats avec cette somme? Je demande donc que la Société s'occupe des moyens de faire caserner les fédérés, qu'elle forme un Comité militaire pour prendre connaissance des objets militaires, qu'elle travaille à faire disparaître toute différence de nom, de paye, d'uniforme entre tous les soldais qui, tous, sont et doivent être honorés de porter le beau nom de soldats de la patrie.
M. Mazuel. — J'appuie avec force les propositions qui vous sont
faites parle préopinant, qui ne peuvent se présenter avec plus d'avantage que dans le moment où nous nous sommes déclarés tous égaux. Ce qui fait former des petites intrigues aux volontaires, ce sont les grades, et surtout la pa3'e attachée à ces grades par les décrets de l'Assemblée nationale. Ce vice a beaucoup contribué h perdre l'esprit public dans les états-majors. Je désirerais donc que la pa3'e fût uniforme, depuis le simple volontaire jusqu'au commandant de bataillon. Sans vouloir citer nos frères de Marseille plus que tous les autres, je dirai que cette organisation a toujours eu lieu dans leur bataillon, et que cela ferme la porte à la cabale et à l'ambition. La réunion des suffrages de vos concitoyens est une récompense assez flatteuse quand ils nous portent à quelque grade sans avoir besoin d'une plus haute paye. Je rlemande donc que la Société s'occupe de cet objet.
Un autre, non moins intéressant, ce serait de désarmer tout ce qu'il y a de gens suspects, de mauvais citoyens dans Paris, et de donner leurs armes aux fédérés, il faudrait inviter les sections à faire cette opération, et, si elle ne suffit pas pour donner des armes à tous, il faut employer en achat d'armes les vingt-quatre mille livres trouvées dans le secrétaire de Marie-Antoinette.
M... — La section de la Halle aux Blés a fait une collecte pour acheter des armes; la somme recueillie monte à neuf mille livres. Je m'engage, au nom de cette section, de faire distribuer ces armes aux fédérés.
M. Deperret. — Nous avons fait cet hiver une collecte pour acheter des armes à ceux des volontaires qui étaient aux frontières et qui n'avaient pas d'armes; l'emploi de ces fonds n'ayant pas été fait, je demande qu'ils soient appliqués à l'achat de fusils que nous distribuerons à nos frères d'armes les fédérés.
Cette proposition, mise aux voix, est arrêtée à l'unanimité.
M... — Le Comité de secours publics n'est pas institué sans doute pour les gens riches, mais bien pour les malheureux, et cependant aucun malheureux ne peut y aborder. 11 faut des cartes pour parvenir jusqu'aux lieux où il se tient, et la consigne est donnée à la sentinelle de ne laisser passer personne sans carte. Les gens qui viennent de la campagne sont obligés de passer trois ou quatre jours avant d'avoir découvert les moyens de s'y présenter; je prie les députés patriotes de prendre mon observation en considération, et de porter remède à cet inconvénient.
L'affiliation est accordée à la Société de Saint-Quentin.
238 S0C11-:T1': D1:S JACODI.NS [24 AOiT 1792]
M . — On fait disparaître de tous les monuments publics les noms, les effigies de roi. Comment des Jacobins peuvent-ils porter sur leurs cartes d'entrée ces emblèmes où se trouvent encore les traces de l'existence d'un roi? Je fais la motion expresse que l'on fasse faire de nouvelles cartes où ces signes soient supprimés.
M. le Président observe que le but de cette motion est déjà rempli elquele Comité d'administration, animé du même esprit que le préopinant, a fait faire dans les cartes qui vont être distribuées au procbain trimestre le changement qu'il propose.
[.1/... lit un discours prononcé par M. Chenaux, de la section de l'Oratoire, dans l'assemblée de celte seclion, le 11 août, où il fait l'éloge de la déclaralion des droits et demande que le tableau en soit exposé dans le lieu des séances de la section.]
Les élèves en l'art de guérir viennent lire une justification en faveur de M. Dussaulx, leur maître, h qui l'assemblée rend le plus juste hommage.
La séance est levée à neuf heures.