On trouvera ctilc Idlrc dans le Moniteur, Xll, (i
[18 JUIN 1792] SOCILTÈ DKS JACOniXS il
couverte de signatures : c'est alors qu'elle deviendrait vraiment dangereuse. Nous sommes fort heureux que La Fayette seul Tait signée.
[M. Robespierre prononce contre La Fayette un long discours , dont voici la conclusion : ]
Frappez La Fayette, et la nation est sauvée. Quand le décret sera porté, la nation entière l'exécutera. Une faut pas oublier d'envoyer la lettre de La Fayette à tous les départements. C'est là qu'elle sera appréciée suivant sa juste valeur. 11 faut les éclairer sur ses projets; il faut les faire connaître aux trois armées. Voilà le moyen d'abattre ce rebelle.
Je finis par une réflexion. Le salut de la France est attaclié au sort de La Fayette : si on lui donne le temps d'achever ses complots , c'est fait de la liberté; mais, s'il est renversé sur-le-champ, la cause du peuple triomphe, et la liberté avec lui, [Oui! oui/ — Applaudissements.)
Maintenant, je fais une observation décisive, et c'est un avis que j'adresse à tous mes concitoyens. Qu'ils se rappellent que le roi a fui avec le consentement de La Fayette, et que le Champ de Mars en a vu les suites. Aujourd'hui La Fayette veut encore faire fuir le roi, mais ce serait pour ne plus revenir : il l'essayerait en vain. Alors nous verrions un parlement et un dictateur, et vous savez, Messieurs, ce que l'on doit espérer de ces belles institutions. Tous les bons citoyens doivent veiller à ce que La Fayette ne puisse pas exciter des mouvements dans Paris, puisqu'il les imputerait au peuple. Le salut de la nation est attaché à l'Assemblée nationale : sans cette dernière, elle ne peut être sauvée. [Applaudissements .)
[M. Collot dUerbois s'élève à son tour contre La Fayelle.]
M. Danto.x. — C'est sans doute un beau jour que celui où La Fayette est venu se dévoiler à la France entière. La Fayette, réduit à un seul visage, ne peut plus être aussi dangereux. [Applaudissements .) Nous avons à examiner quelle doit être la conduite de l'Assemblée nationale à l'égard de La Fayette : c'est la seule question. La Fayette veut donner des lois. Remarquez qu'il faut attaquer cet homme avec ménagement. Il a compté sur un décret, et par ce moyen gagner un parti dans l'armée. J'ai un grand moyen pour rendre vaines ses opérations : c'est de décréter que M. La Fayette sera tenu tout simple-
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ment de se rendre à la barre de l'Assemblée nationale. Remarquez bien ici quel sera l'avantage qu'on pourra tirer du rùle que sera forcé de prendre La Fayette. Ou il obéira, ou il n'obéira pas. S'il n'obéit pas, ses partisans n'oseront pas prendre sa défense. Pas de doute alors qu'il ne passe chez nos ennemis. Dans le cas contraire, et si La Favette, ayant l'insolence de compter sur ses partisans, se rend à Paris, alors il tombe à la discrétion du corps législatif et de tous les patriotes. — Ne nous faisons pas illusion. C'est dans les grandes choses que la liberté prend le plus d'énergie. Si M. La Fayette, paraissant à l'Assemblée nationale, celle-ci oubliait le grand caractère qu'elle doit déployer en cette circonstance, et si, la faiblesse présidant à ses délibérations, il lui fallait avoir recours à des moyens secondaires, alors il lui resterait pour ressource de décréter que La Fayette, ayant été membre du corps constituant, il ne peut avoir le commandement de nos armées. Ainsi vous voyez que ce moyen répond à toutes les chances. Voyez que le corps législatif se met en mesure de pouvoir procéder avec sang-froid. Par là tous les complots demeureront avortés. Car il n'est pas douteux que La Fayette ne soit le chef de cette noblesse coalisée avec tous les tyrans de l'Europe; et, s'il est vrai que la liberté soit descendue du ciel, elle viendra nous aider à exterminer tous ses ennemis. {Ajiplandissements .)
M. Fabre n'KGLANTi.NE. — Je ne m'étendrai pas sur la lettre de M. La Fa3'ette, elle a été suffisamment discutée. Je me borne à faire quelques réflexions sur la mesure proposée par M. Danton. — M. La Fayette, mandé à la barre de l'Assemblée nationale, échappera à ce mandat. Il commandera ou il fera commander une attaque; et c'est ainsi qu'il voudra rendre sa présence nécessaire à l'armée. Mais un moyen qu'il emploiera avec succès, c'est qu'il se fera retenir, c'est qu'on se jettera à ses pieds. Il voudra se rendre, et on ne le lui permettra pas : ce sera un triomphe. — Une autre observation plus importante est celle-ci. Je vous prie de faire attention au moment où cette lettre a été écrite : il est certain que cette lettre a été datée depuis son arrivée. On la tenait en poche; elle devait faire naître un incident au milieu de la désorganisation du ministère qui était préparée. Je vous annonce que d»uiiain il en paraîtra une de M. Luckner, une autre de M. La Mm^ljère. Tout ceci était concerté pour confier le gouvernement à un nouveau ministère; et, pendant que ce plan se mettait à exécution, on donnait à l'Assemblée nationale cette lettre à ronger. En divisant l'attention du peupl(3 sur le décret relatif au camp de vingt mille liommes, sur le lappel des gardes-franraises et sur la lettre de La Fayi.'Ue, on pensait «ju'il Unirait par ne rien résoudre.
Enfin on espérait qu'au milieu de toutes ces indécisions l'Assemblée nationale ne montrerait pas toute la vigueur qu'elle doit déployer. — Il faut sans doute laisser à cette Assemblée le soin de prendre un parti; mais, pour que son jugement soit vigoureux, il ne faut pas abandonner les armes que nous avons saisies. 11 faut que les citoyens, chacun dans leurs sections, aient soin d'en demander le rassemblement, pour se communiquer leurs pétitions. Il faut que l'Assemblée nationale déclare que la chose publique est en danger, engage le peuple à soutenir les armes à la main sa constitution; qu'elle expose à tout le monde l'état critique où nous nous trouvons. Il faut que toutes les lumières, tous les renseignements se réunissent dans une section que l'on choisirait pour servir de comité central, pour donner de l'unité aux mesures à prt)poser. Il faut que l'on demande la suppression de tous les états-majors de la garde nationale. Il faut que la Haute-Cour nationale soit envoyée dans une ville reconnue patriote, afin que les membres vertueux soient appuyés et les mauvais effrayés, afin que la responsabilité ne soit pas un vain nom ; enfin, dans la crainte d'une coalition entre La Fayette et les ennemis de la liberté, il faut solliciter le rappel des ci-devant gardes-françaises : il est temps qu'ils rentrent dans la capitale.
Un membre annonce que leur afl'aire était aujourd'hui à l'ordre du jour à l'Assemblée nationale, mais qu'elle a été ajournée.
M. Chabot. — Elle l'a été heureusement pour vous et pour Paris et pour la France entière. Et je dois vous en dire la raison. Ceux qui ont vu la joie indécente des scélérats qui voulaient faire adopter l'envoi de la lettre du tyran Motier ', ceux qui ont été témoins des applaudissements dont ils l'ont couverte, seront sans doute bien aises d'un pareil ajournement. Nous devons, avant tout, terrasser les ennemis de la nation.
M. Fabre d'Églantine. — Uien ne pourrait empêcher les gardesfrançaises de se reposer sur la bienveillance des sections, et que cellesci les invitassent à venir les trouver. — Il faudrait que tous les objets dont j'ai parlé fissent le sujet d'une pétition qui serait envoyée aux quatre-vingt-trois départements; il faudrait exposer que ceux-ci, fatigués de l'insuffisance de l'Assemblée nationale et des trahisons continuelles du pouvoir exécutif, il est à craindre qu'ils ne se séparent de la capitale, non de cœur, mais par la force irrésistible des choses. Il
1. 11 s'agit (le La Fayette, qui s'appelait Gilbert Motier, marquis de La Fayette.
/ïiudrait que la capitale sentit les dangers qui en résulteraient pour elle, et qu'elle se crût en devoir, par son patriotisme, d'empêcher cette scission. II faudrait que les Feuillants eux-mêmes , qui y abondent, aperçussent enfin que tous les maux qui menacent la capitale finiront par les écraser, que leur intérêt même se confond avec celui do la liberté. On leur ferait voir que les avantages qu'ils se promettent de l'établissement de deux chambres sont illusoires, lorsque le reste de la France se serait séparé d'une capitale devenue un foyer d'aristocratie. On leur ferait voir que, dans cet état d'abandon, ils seraient obligés de se dévorer eux-mêmes. Voilà ce qu'il faut dire partout, et alors, si ce n'est la liberté, au moins toutes les autres considérations réuniront les Feuillants ou les égo'istes à la cause commune. Je me résume. Il faudrait donc d'abord s'adresser aux sections, et non à un comité central, car l'expression de la volonté générale s'y affaiblit toujours. Il faut demeurer d'accord sur un fait, et bientôt on s'entendra. Que demain, s'il est possible, les citoyens portent leur vœu à l'Assemblée nationale : c'est le moyen de déjouer toutes les manœuvres, car le peuple rassemblé en sections est rarement trompé. 11 faut donc qu'une masse imposante d'opinions renforce les patriotes de l'Assemblée nationale, non pour dicter les décisions, mais pour les diriger. Il faut que l'Assemblée recueille les avis de tous les citoyens; alors, fortifiée des lumières des départements, elle s'élèvera à toute la liauleur à laquelle elle doit atteindre. Jusqu'à présent, on a vu qu'elle n'avait pas assez de force pour maintenir le peuple à toute l'élévation où il s'est porté lui-même. — Je demande que M. le Président mette aux voix si les sections seront invitées à s'assembler.
Quelques membres s'élèvent contre cette proposition. — M. Danton observe qu'elle n'est point inconstitutionnelle. « Si nous n'allons pas, dit-il, dans nos sections, nous n'aurons rien fait, car on ne manquera pas de dire que nous ne sommes ici qu'une poignée de factieux. (Vest donc en grande masse, comme l'a dit un préopinant, qu'il faut se présenter à l'Assemblée nationale. Nous sommes bien Sociétés politiques par le fait, mais non par le droit. Je demande qu'on invite les sections à s'assembler par un arrêté afTiché. »
M. GiiAHOT. — Ce n'est pas dans le moment où .M. Motier nous dénonce à la France entière comme protecteurs de l'anarchie que vous devez violer une loi, mauvaise sans doute, rendue par l'Assemblée constituante dans son égoïsmc, dans sa décrépitude, mais à
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laquelle il faut néanmoins donner preuve de notre obéissance. Il ne faut donc pas faire afficher un arrêté, mais seulement une invitation. Je demande que M. Danton se réduise à ce point. M. Danton. — C'est ce que j'ai voulu dire.
L'invitation aux. citoyens pour demander l'assemblée des sections est arrêtée.
M. Chabot. — J'ai un fait bien essentiel, dans les circonstances, à vous annoncer. Si M. Roland avait suivi le conseil que je lui avais donné il y a quinze jours, Motier ne lèverait pas la tête aujourd'hui. M. Roland a acquis la preuve que les aides de camp de M. La Fayette sont des scélérats : ils calomnient et blâment sans cesse l'Assemblée nationale auprès de l'armée. M. Roland a écrit à ce sujet à Motier une lettre digne de figurer à côté de celle qu'il a écrite à Louis XYL Si M. Roland ne fait pas paraître cette lettre, il trahit la chose publique. En la faisant imprimer, ce serait le moyen d'éclairer l'armée, de renverser le scélérat, le brigand qui nous menace, et de le faire connaître à tout l'empire.
M. RÉ.VL. — On a fait courir le bruit que M. la Combe, aide de camp de M. La Fayette, est venu solliciter le ministère pour lui. Mais il est certain qu'il est arrivé dans l'intention d'obtenir la subversion des ministres patriotes. La lettre de M. La Fayette a été faite dans ce temps-là.
M. Camille Desmoulins. — Vous savez bien que voilà deux ans que je me tue à crier aux départements: M. La Fayette est un grand coquin. Aujourd'hui, quand j'ai vu sa lettre, j'ai dit d'abord : c'est un grand imbécile... Mais non, certes, ce n'en est pas un. Car il a un conseil composé des meilleures têtes, des Duport, etc. — J'ai vu dans un journal jacobin un fait bien dangereux, sorti de la main d'un homme qui a sali la Gazette universelle de plusieurs articles : c'est un Prussien qui propose de confier la régence à M. Roland. Vous sentez, Messieurs, quels avantages peuvent tirer nos ennemis d'une proposition aussi étrange.
M. SiLLERY. — J'étais ce matin à l'Assemblée nationale. Pendant la discussion des droits féodaux, j'ai vu les membres du côté droit se partager trois par trois, quatre par quatre. J'ai dit: « Cette tactique nous présage quelque mouvement. » En effet, est arrivée la lettre de M. La Fayette. — Je n'en ai jamais vu de plus astucieuse que la sienne. Il est important que quelque orateur en fasse une critique exacte : ce sera un véritable service rendu aux départements.
M. Basire. — C'est un domestique de M. La Rochefoucauld qui a
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remis cette lettre à l'Assemblée nationale ; il est aisé de voir comment elle se lie avec la lettre du département de Paris. Elle a beaucoup contribué aux intrigues sur le ministère.
M. Robert. — On a envisagé jusqu'ici l'affaire de M. La Fayette sous un point de vue particulier : je vais l'envisager sous un point de vue qui concerne celte Société. Nous avons cru MM. Brissot, Guadet, Vergniaud, etc., liés à La Fayette; nous allons savoir s'ils sont fayettistes. S'ils le sont, ils ne viendront pas ici. S'ils viennent, nos soupçons tombent d'eux-mêmes, car c'est un moyen de ramener l'union parmi nous. J'espère donc les voir bientôt dans notre sein. — Je crois que M. La Fayette doit être livré aux jurés, pour avoir voulu avilir le corps législatif. On propose de mettre M. La Fayette en état d'accusation, mais je crois le moyen proposé par M. Danton plus sage. [Muiinures.) M. Fabre dÉglantine a fait, il est vrai, des objections contre celte mesure ; mais elles subsistent aussi dans le cas d'accusation, car les exécuteurs du décret trouveraient des obstacles. — Je crois, en mon particulier, que MM. Merlin et Basire sont les seuls qui aient proposé des mesures efTicaces : ils ne les ont pas suffisamment développées. M. Robespierre et plusieurs autres orateurs se sont élevés contre tous les moyens qui sembleraient contredire la constitution; mais il sont dans l'erreur, car à la fin du cbapitre iv de la constitution il est dit que le corps législatif en est le gardien ; et certes, si un père de famille s'apercevait qu'un dépôt qui lui est confié est en danger, ne songerait-il pas bien vite à l'empêcher de périr, en apportant un remède quelconque? — Je ne voudrais pas que l'Assemblée nationale s'investît d'un pouvoir dangereux peut-être entre ses mains, mais que les sections s'en saisissent.
M. B.\siUE. — Je préviens la Société que, ce matin, l'Assemblée nationale, sur la proposition de M. Vergniaud, a décrété que vendredi elle s'occuperait des moyens de sauver la chose publique. Je demande donc que jusqu'à ce jour on s'occupe de ces grandes mesures, sans aucune interruption. Quant aux liaisons qu'on suppose entre MM. Guadet et Vergniaud avec M. La Fayette, elles sont illusoires. M. Vergniaud a eu le courage de démasquer ce malin M. La Fayette, observant que, si l'Assemblée nationale ne peut sauver le peuple, elle aura le courage de remettre ce soin à lui-même. [Applaudi.]
La séance a été levée à quatre heures.