SÉANCE EXTRAORDINAIRE DU MARDI 19 JUIN
A l'ouverture de la séance, M. Collot d'Herbois demande qu'un membre veuille bien rendre compte de ce qui s'est passé à l'Assemblée nationale.
M. HÉRAULT. — On a osé faire, à la porte du sanctuaire des lois, l'inauguration du bonnet de la liberté, de ce bonnet rouge si sagement dénoncé par nos braves constituants et nos prudents constitutionnaires. Le corps législatif a assisté, par députation, à celte ovgie populaire; un bataillon et des piques ont défilé dans la salle; un citoyen a prononcé à la barre un discours dans lequel il disait que l'arbre où devait briller le bonnet rouge était un peuplier d'Italie, de la patrie des Gracques, de Valerius Publicola et de Caton.
On a lu une lettre de M. La Morlière contre ce factieux de Servan, qui a eu l'audace de se plaindre qu'on fit des patrouilles sans cartouches, qu'on négligeât l'importante citadelle de Strasbourg, qu'on ne maintint pas la discipline avec assez de sévérité, que M. La Morlière fût mal entouré. M, La Morlière voit dans ces reproches de nouvelles preuves d'un plan de désorganisation.
Cette lettre a fait penser si naturellement à la lettre de M. La Fayette qu'on a décrété que celle-ci serait paraphée, de peur qu'on n'y fit quelques changements innocents.
Un député a voulu fixer l'attention de l'Assemblée sur l'inconcevable conduite du roi; comme on a nommé une commission ad hoc, on est passé à l'ordre du jour.
M. Condorcet a pris la parole. « C'est aujourd'hui, a-t-il dit, que, dans la capitale, la raison brûle, aux pieds de la statue de Louis XVI, six cents volumes in-folio, dépôt orgueilleux de la vanité d'une caste dont les chimères se dissipent en fumée '. » Il a observé ensuite qu'il existait une foule d'autres dépôts semblables, et il a demandé que les départements fussent autorisés à les brûler tous. — Décrété avec acclamations.
{. En effet, le 19 juin 1792, rAsseniblée législative ordonna que tous les titres de noblesse existant dans les dépôts publics seraient brûlés. Le uiéuie jour, ce décret reçut un commencement d'exécution à Paris, sur la place Vendôme. Voir le Journal de Perlet du 22 juin 1792.