‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 64 sur 131 · SÉANCE EXTRAORDINAIRE DU MARDI 9 OCTOBRE L'AN I" DE LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

SÉANCE EXTRAORDINAIRE DU MARDI 9 OCTOBRE L'AN I" DE LA RÉPUBLIQUE

PRÉSlDENCi: DE PliTlON

Après la lecture du procès-verbal, iJufourny monte à la tribune cf rend compte de la mission dont il avait été chargé dans le déparlement de la Seine-Inférieure.

<( Ri-piihlicains, «lil-il, l()rs(|ii'nu de vos compagnons d'armes disparait (pudque temps d'au milieu de vous, quand il revient, il vous doit compte de ce qu'il a fait pour la chose publique, dont linlérêt nous est cher à tous. A peine l'Assemblée nationale eut-elle ordonné une levée de trcuite mille lionnes que je fus nommé commissaire du pouvoir exécutif pour \r> déparlements ([ue devait égalenuMit i)arcourir Albitte en qualité de commissaire du corps législatif; j'avais

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Sainlex pour adjoint, Saintex, rondaleiir de la Société des droits de l'homme et membre des Gordeliers. Nous avons remarqué partout d'excellentes dispositions chez ce qu'on appelait ci-devant les nonprivilégiés; il ne manque à ces braves gens que l'instruction pour devenir les défenseurs les plus ardents de la liberté; c'est dans leurs âmes que le feu du patriotisme est le plus vif; nous avons aussi observé que les communes moyennes, soit par l'étendue, soit par les richesses, sont celles qui donnent le plus d'espérances à la patrie. Dans les grandes villes, dans les cités opulentes, comme Rouen et le Havre, on ne trouve presque que des hommes corrompus et lâches, le luxe y a amolli toutes les âmes. Je crois donc devoir vous faire part de quelques traits dont nous avons été les témoins, et qui semblent, par leur caractère républicain, transporter l'imagination chez les peuples les plus célèbres de l'antiquité.

« A Saint-Germain, comme nous allions donner lecture de la loi sur les enrôlements, un citoyen s'avance, ne veut pas souflVir la lecture : « Qu'ai-je besoin de la loi! s'écrie-t-il, la patrie n'est-elle pas « en danger! Volons aux frontières; je m'enrôle sans vouloir con- « naître la loi. »

« AMeulan, nous remarquâmes avec douleur que nos exhortations ne produisaient aucun effet : les citoyens semblaient être sourds à la voix de la patrie, les menaces même ne produisaient aucune impression; dans cet état des esprits, un citoyen, fort mal vêtu, s'approche de notre bureau : « J'ai cinq enfants, dit-il, je suis infirme, âgé, inca- « pable de servir, mais je possède lui assignat de cinquante livres, « daignez l'accepter pour la patrie. » A ce trait, l'assemblée reste presque sans mouvement. Deux citoyens prennent querelle, ils semblaient vouloir en venir aux mains, ils demandent à s'enrôler; cependant je m'aperçus qu'ils étaient dans l'ivresse et je refusai de les inscrire; le lendemain ils reviennent à jeun et nous amènent dix jeunes gens qui s'enrôlent avec eux.

« Nous arrivons à Pont-de-l'Arche sur les dix heures du soir; nous ordonnons la convocation des communes voisines; le lendemain, à neuf heures du matin, les habitants de vingt-cinq communes se présentent ; deux registres étaient ouverts, l'un pour les offrandes, l'autre pour les enrôlements; un citoyen fait de grands efforts pour percer la foule, il est repoussé, on lui crie : « La patrie n'accepte point les t< dons des mauvais citoyens; porte au marché les trois récoltes que « tu renfermes dans tes greniers. » On accusait aussi cet homme d'avoir retiré chez lui plusieurs prêtres réfractaires : on allait le déchirer, nous le sauvâmes.

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<* La ville de Pont-de-l'Arclie manquait de subsistances : nous ordonnâmes des recherches, et Ton liviuva des farines pour pUisieurs jours.

« A Bolbec, un compagnon boulanger nous demande si la loi ordonne le tirage ; on lui répond que les enrôlements doivent être volontaires : il se fait enrôler le premier. Celte ville est moitié catholilique, moitié protestante; cependant la concorde y règne dune manière parfaite, et, s'il y a quelque rivalité entre les citoyens, c'est pour se devancer l'un l'autre en amour pour la patrie.

« En général, dans les petites villes, nous avons trouvé constamm-iit vingt, trente, quarante et jusqu'à cinquante défenseurs de la République, et dix ou douze milles livres en offrandes patriotiques.

<( La ville de Rouen, lorsque nous y sommes arrivés, venait d'être agitée par des troubles; le drapeau rouge tlotlait sur la maison commune, nous l'avons fait disparaître; un grand nombre de personnes nous témoignèrent la terreur que leur inspiraient les piques : nous avons provoqué la fabrication de cette arme républicaine. Il nous a paru que des mauvais citoyens, même dans les corps administratifs, attendaient le roi le 10 août; on voulait accaparer les grains, puis soulever le peuple, enfin créer un parti au roi en ouvrant tous les greniers immédiatement après son arrivée. Ce complot a été exécuté en partie, car il s'est fait des accaparements, et l'on exhiutait les fermiers à ne point vendre les blés pour des assignats.

« Nous avons observé partout cette échelle de patriotisme : après les bons citoyens viennent les municipalités, et avant celles-ci les conseils généraux <le communes; le civisme diminue à vue d'n^il dans les districts; enfin il disparait dans les d('-parlem(>nts, dont les membres, surtout ceux de la Seine-lnff-rieuro. niérit.'ul rindi^nation publique et sont tous faibles ou pervei's... Au cri : ] ivc la nation/ nc^us avons fait substituer celui : Sauvons la 7iat>onf (][ù exprime la pratique des vertus sociales et convient mieux aux circonstances. Nous avons affirmé la haine jiour les rois et la royauté. Plusieurs Snciélés patriotiques de ce département avaient cessé de corres|)ondre avec vcnis : nous avons ranimé lour zèle, mais ce zèle a besoin d'être alimenté.

« A Dieppe, les matelots étaient en insurrection, ils refusaient de partir pour l'armement de Brest; ils se plaignaient de plusieurs injustices. « La liberté, disaient-ils, semblait n'avoir pas été établie |>our <( eux comme pour b-s autres riloyens. » Ils resl.iirnl encorr opprimés sous les fr»rmt;s de l'ancien régime On refinail les invalides à un grand nombre d'tMitre «mix (jui avaient bien mérité de la j)atrie. Nous

sentîmes bien que nous ne pouvions contraindre deux mille huit cents hommes, tous braves, tous vigoureux, et qui avaient encore pour eux la justice de leur cause; nous les rassemblâmes dans une église; là nous vîmes, et j'ai bien du plaisir à le dire, que les marins sont les hommes les plus francs, les plus libres et les plus simples qu'il y ait sur la terre; je leur conseillai de s'assembler, de s'ériger un tribunal de paix, de se diviser en deux colonnes, l'une de ceux qui réclamaient les Invalides, l'autre de ceux qui avaient à faire entendre des plaintes d'une autre nature. Ils suivirent mon conseil, et tout s'apaisa. Monge leur a rendu justice ; il a donné ordre d'examiner leurs griefs, il a fait surseoira leur embarquement; ainsi ces braves marins feront encore, avant de partir, la pêche du hareng, et cette pêche est leur récolte. Dans la même ville, on me dénonça un transport d'armes qui était suspect : je le suspendis et j'armai trois cents volontaires, qui partirent pour le camp de Maulde.

« A Blangy, les citoyens me pressèrent d'appeler au serment les religieuses qui sont chargées de l'instruction. Après avoir commandé le plus grand respect pour ces religieuses, je les fit venir, escortées par un détachement; je les interpellai de prêter le serment; elles refusèi^ent : je les destituai, et j'ai pourvu à leur remplacement par des citoyennes. Ici, je ne dois pas omettre un fait remarquable : dans une assemblée, je m'adressai aux femmes et je leur dis : « Citoyennes, u vous avez bien mérité de la patrie, et comme mères et comme épou- <( ses; l'Assemblée constituante vous en donna un témoignage insigne « lorsqu'elle confia à vos tendres sollicitudes le dépôt sacré de la «. liberté; vous pouvez en ce moment servir utilement la République : « vouez le plus profond mépris aux hommes qui ne partiraient pas « pour la défendre. » Ce conseil fut suivi d'un cri unanime d'approbation qui fit la plus salutaire impression sur le reste de l'assemblée. « Cependant j'ai été affligé de voir qu'à mesure que nous faisions des progrès tout conspirait à notre détriment. Lors de mon départ, Roland me semblait pur; mais depuis il a expédié des lettres et des ordres qui méritent attention, et même improbation. Si Roland envoie dans les départements des bons ouvrages, tous les bons ouvrages n'y sont pas envoyés. A Neufchâtel nous avons trouvé sa fameuse lettre contre les commissaires du pouvoir exécutif; on nous opposait à tout moment cette lettre, et nous étions exposés à de mauvais traitements. Sans doute l'événement du 2 septembre a frappé d'étonnement tous les ennemis de la révolution du 10 août, et même les patriotes tièdes des départements; mais nulle part je n'ai entendu blâmer cette action, qui, lors même qu'elle ne serait pas utile, n'a été commise que

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par un iiolil nombre crhotnnies. Je deniande iormellenienl quil soil adressé aux Sociétés affiliées une lettre pour les prier de ranimer leur correspondance et de surveiller les ouvrap;e5 qui sont envoyés dans les difierentes communes. »

Duiourny a été vivement applaudi.

C... — J'appuie de toutes mes forces la motion que vous venez, d'entendre. J'arrive du département de l'Allier; je vais dire ce qui s'y passe. Nous, gens de départements, patriotes purs comme les rayons du soleil, nous croyions que c'étaient Brissot, (luadet, la faction de la (iironfle. qui avaient conduit la révolution du 10 aoi'it : nous le croyif^Mis honnemeiit, el pourquoi ? C'est que nous ne recevions que le Patriote français, la Chronique de Paris, ie demande qu'on détrompe les patriotes de cette erreur funeste, qu'on leur dise que ce sont les vrais Jacoltins qui ont fait la révolution. Pour moi, je ne cesserai de le proclamer. Nous avons applaudi, n'en déplaise à quelques consciences timorées, à l'événement du 2 se[ilemi»re : de irrandes crises sont nécessaires pcuir purifier un corps gantrrené; il faut couper des nifuilins pour sauver le corps. Tant que nous aurons de mauvais chefs de file, nous pourrons être égarés; mais lorsque nous saurons quels sont les vrais Jacobins, ils seront nos guides : nous nous rallierons à Danton, à Robespierre, et nous sauverons l'Etat. [Vifs applaudissements.)

/Jufournij ajouli; au récit de sa uiis-iou plusieurs faits inqi(ji-tants : il a exterminé trois journaux qui, dans le département de la Seine-Inférieure, égaraient le patriotisme. Au Havre, ville qm contient trente millionnaires, le plus riche citoyen n'a donné que cent écus. Dufourny leur a remoiilré qu'on ne pouvait à la fois posséder des nègn,'s esclaves et remplir des fonctions piddiques sans èlro parjure aux droits de l'homme. Ce citoyen a conlribiu' au'ssi à faire preiidi-'- par la^-cndiUM; électorale, à CjukIcIm'c, ihi arrèle, peiil-élre exagéré, qui casse le (lé[)arti'ni('nl ri (|ui maintient l'exéeuliou des lois, excepté les cas d'iusuireelitui laisses aux électeui-s'.

DKSKnaJ.v. — II n'i'sl pas dilliiile de delrompei- les déparlcnneids sur les auleui's de la il( iniére révolution : il siillit. |iour cela, de leur envoyer les discours de Hris-ol et de Vergniaud sur la déehéance. « Ne vous .illeiide/. pas, disait ce deruiei' à l'AssiMuMee nationale, ne vous altiiide/ pii-' qiu- v.di'e (.uuiiti' o>,'il loiielier à di |iareilles (juc?-

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