‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 76 sur 131 · SKANCE DU VENDREDI 20 OCTOBRE, L'AN 1" DE LA RÉPUBLIOL E · texte numérisé non relu

SKANCE DU VENDREDI 20 OCTOBRE, L'AN 1" DE LA RÉPUBLIOL E

Mendouze présente une pétition des ouvriers du camp qui réclament l'appui de la Société pour être payés de leurs salaires. D'après les observations de plusieurs membres, la Société, ne voulant pas se compromettre, se borne à inviter généralement l'un de ses membres à aller s'entretenir avec les pétitionnaires pour les aider de ses lumières et de ses conseils.

Puthod, adjudant-général de l'armée du Nord, fait remarquer ii la Société qu'il n'est pas le médecin Puthod, dénoncé par la Société de Brest.

La citoyenne Reine Audu, qui a déjà obtenu une épée de la patrii' pour ses services, demande l'appui de la Société pour obtenir de l'emploi dans les armées : sa pétition est appuyée par Bentabole ; h\ Société lui donne deux commissaires.

On arrête une collecte pour plusieurs citoyens infortunés.

Un habitué des tribunes envoie un ouvrage qu'il croit devoir remplir le but que la Société s'est proposé en arrêtant la composition d'un almanach. — Un autre citoyen fait hommage d'un plan de constitution.

On proclame les noms des candidats pour la rédaction du journal hebdomadaire. Tallicn propose un jeune homme qu'il dit être plein de talents et bon patriote; il a été rédacteur des adresses des hommes du 14 juillet et coopérateur de Gorsas, il se nomme Fourcade. — Chabot observe (ju'il ne faut que quatre rédacteurs pour le journal hebdomadaire; Tallien prouve qu'un seul suffira. La Société arrête qu'il n'y aura (fu'un rédacleiir.

i:28 SdCIKTi: I»i:S lACdlîiNS ["^0 o.r. 179-2)

Chabot. — Dans Imis «m quatre jours, le Comité de constitution va faire paraître la déclaration des droits de Thomme et du citoyen, et dans six semaines il donnera la constitution entière. Le Comité de la Société ne s'assemble pas encore; cependant il sera la pierre d'achoppement des intrigants, car ce qui passera aux Jacobins aura quelque faveur dans la République. Si certains hommes, justement suspects, connaissaient l»ien h'urs intérêts, ils déclareraient dès demain qu'ils abilifjuiTont leurs pouvoirs d'ici à la fin de 1793, et que nous nous retirerons tous dans nos foyers [tour y cultiver nos jardins, sans pouvoir de longtemps accepter quelques places : alors on ne dirait pas que nous faisions un gouvernement pour les gouvernants, puisque nous resterions longtemps gouvernés. J'invite mes collègues à faire cette profession de foi, et je demande que la Société écrive aux membres de son Comité pour qu'ils s'assemblent incessamment.

Ben TABOLK. — SI j'avais un arpent de terre (jui assurât ma subsistance, je serais de l'avis de Chabot; mais je n'ai pas de jardin, je n'ai pas de terres, et je sais qu'il y a beaucoup de députés qui n'ont rien : co serait une tyrannie d'exiger de moi que je n'acceptasse aucune place, même celles qui sont à la nomination du peuple, car je ne puis vivre de l'air du temps, et je ne veux pas m'enricbir dans la députation.

rÎARNiER. — 11 ne faut pas prendre l'idée de Chabot dans toute sa latitude. Sans doute, les places éminentes ne doivent pas être remplies trop souvent par les mêmes hommes, car le peuple est tr(»|i eiulin à l'idolâtrie, et, en matière de liberté, la vertu a ses dangers ainsi que le crime. Nous sommes républicains, je voudrais que la loi de l'ostracisme fût mise en vigueur dans la Ré|»id»li(iue française; je voudrais (|irun homme appelé à être h'gislatt'ur ne pût l'êli-e de nouveau qu'après six années d'intervaib'-. autrement, il serait possible quau lieu de sept cents leprésentants le peuple n'en eût réellement que vingt-cinq ou trente. Mais plus les places sont rapprochées du peuple, plus elles tiennent à sa confiance immédiate, plus aussi il faut lui laisser de latitude dans ses choix.

Cmahut. — Nous sommes ç|iargr'> |iar la nation He lui pn-senter un plan de consliliition : nous avons (;iil un grand acte, et je ne sais s'il y a quebpie arrière-pensée en déelarant (pie li' peuple français n'auj'ait d'autre constitution <|ue celle qu'il sanctionnerait: cependant, si ce plan ne plaisait pas au |Mii|ile il lauilrail en faire un n(Uiveau, et l'on ne peut prévoir les suites qu'entraînerait un tel changement : on ijoit dnni- juévenir le mal. l'n membre de M Convention (pii n'aura aucun inleiil à niulli|ilier ic> [ijace^ p(Uir eu a\oir fera nécessaire-

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ment une constitulion pour les gouvernés; alors les principes resteront inaltérables: alors le peuple acceptera avec confiance; alors les anareliistes perdront leur terrain; alors régneront sans obstacles la paix et la tran(|uillité dont nos ennemis nous ressassent tous les Jours, tout en les sapant par leurs fondements. On m'objectera que jai une pension, mais je demande la suppression de toutes les pensions; je n'ai pas de jardin, mais j'irai piocher celui de mes parents. Mon opinion particulière est qu'il faut un gouvernement simple, formé des municipalités centrales; cependant, je n'abonde pas dans mon sens, peut-être faudra-t-il des administrations intermédiaires; mais quand je verrai un membre augmenter les directoires, je lui dirai : <■ Je te vois là, tu veux placer tes rmis, tes parents, tu désires te perpétuer en fonctions... " Voilà comme j'ai étudié les hommes, et je les ai étudiés avant même que je fusse capucin. Si nous nous désintéressons au ', il n'y aura plus de pierre d'achoppement, nous aurons un gouvernement pour les gouvernés.

Un citoyen ouvre la discussion sur les billets de secours; il pense •que la Convention doit indemniser la ville de Paris à cet égard, par \c même motif qui la engagée à indemniser les départements dévastés par l'ennemi. — Un autre membre observe que toute la République doit supporter la faillite de Guillaume, puisque les billets de secours circulent dans toutes les parties de la République. — Legendre dit que la municipalité a rendu son compte aujourd'hui, que l'affaire est renvoyée à un Comité, et qu'il est inutile de s'en occuper plus longtemps. — La Société passe à l'ordre du jour.

Huit ouvriers du camp écrivent qu'ils n'ont pas de pain, et demandent des secours. Sur la motion de Dufourny, la Société arrête qu'il leur sera donné des secours, non comme à des ouvriers du camp, mais comme à des citoyens infortunés.

C... — J'ai un grand poids sur le co'ur; il faut que je vous dise franchement mon opinion : nos ennemis ont rempli leur but; ils ont jeté parmi nous des discussions qui n'y devaient pas être; ils voulaient mettre de l'inquiétude dans les esprits et diviser Paris et les départements : où est leur but? Vous devez vous rappeler que, lors de la fuite de Varennes, on ne voulait pas le jugement du roi, qui aurait dû être mené à l'échafaud dès ce jour-là, et nous aurions cent mille hommes qui ont été égorgés. Que fit-on? On amena l'affaire du Champ de Mars. Quels furent les auteurs de la pétition, et quels intrigants nous mènent

1. Il V ;i i(i (Ihiis l'oriuina! un mol cslioié et uni ii'ufl'rc aumn sens.

iiiti SOCIETI^: I»KS JAC.UIUNS [20 oct. 1T92|

aiijuuririiui .' iaik's les rapprcx-liemenls, et \niis verrez les mêmes iiiuyens et les mémos individus. La question »hi jugement de Louis XVI est sans cesse repoussée par l'ordre du jour, car ces gens-là craignent les revenants. Je demande que celte question soit appelée avec acharnement, jusqu'à ce que nous ayons été voir guillotiner toute la famille ci-devant royale. Si, une fois, ces létos-là ne sont plus sur les épaules, nous n'aurons plus de troubles.

BoissET. — La question est d'autant plus iuii>or[anti; que tous les rois sont coalisés poui' l'ain', ilan- la Convi'nlioii. dos partisans de la cause de Louis XYl.

C... — Le procès du tyi'an est futaint'' : d('iuii~ huit joui's, le Comité >"occu]ie du mode; et ce mode ne servira pas pour un seul, il servira pour tous les tyrans: il doit être le protocole du procès de tous les rois qui régnent et ((ui régneront à jamais. La tête du traître roulera sur l'échafaud, ou hien la Convention se montrer;i indigne de la eontiance du peuple.

Lege.ndre. — Un a ilil que les l'arisiens ne ileuuunlaienl le procès de Louis XVI que pour faire oublier les comptes de leurs corps administratifs; et l'on se |daint encore de ce que la dépulation de Paris ne dit rien, car elle veut <pie les intrigants se démasquent d'eux-mêmes, et, avec leurs vieux péchés, elle les terrassera. Nous resseuddons à des joueui'S qui pelol'iil en attendant paitie. (Juaud la partie viendra, nous verrons. Le préopinant ne s'est pas trompé (juand il vous a dit que le procès de Louis sera le procès de tous les rois. Je désire que ce procès soit bien long, afin que toutes les pièces soient imprimées, i|ue tniis les peuples puissent les lire, et voient cpi'il est possible d'envoyer un roi sur l'échafaud comme il y envoie lui autre individu... Ce procès appartient à toute la UépuMi(pu'. Suye/ pei- -uaili's ([u'il n'y a pa< un di-puii'- (pii ne veuille que Louis XVI aille sur l'écliafaud, loi-s mi'iue que la (h'pulalion <le Paris s'y ojiposerait. ,1e vous déclare que, daus deux nioi>, sons verrez la t^.onventiotï A la hauteur des princi|)es. et il ne faut |ias déprécier une assendjiée tpii doit (''Ire le st'iiat de rinii\ers; mais il (aul prendre garde quapi'ès avoir fait le [U'(jcé- du lyian nous n'ayons siu- le pinacle plusieurs I vrans. i Apjilauili.

\Deux draijona de la liberté vicnneiil pionoiiccr un discours patiioticpic cpii est vivcmcnl applaudi ol W'ur vnul lui diplùaio de JacoMus. — l>a séance a été levée il dix hotirrs.l

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