La société des Jacobins; recueil de documents
[Lecture de la correspondance. — La Socité décide que plusieurs lettres seront imprimées dans le Journal de la Montagne. — La partie de Varmée révolutionnaire restée à Paris vient témoigner la satisfaction qu'elle éprouve en apprenant qu'une nouvelle conspiration a été déjouée. — Le Président la remercie. — Boulanger s'écrie : « C'est aux Jacobins qu'un patriote doit se prononcer. On doit connaître plus que jamais les individus amis de la République, au moment où des traîtres ont conspiré contre elle. Je demande que la fraction de l'armée révolutionnaire qui est dans votre sein jure de n'obéir qu'à la Convention nationale et aux Comités de salut public et de sûreté générale. » Xous le jurons ! s'écrient à la fois tous les soldats, et la Société entière, par un mouvement spontané, se lève, prononce le même serment, et les cris de Vive la Convention nationale ! Vive la Montagne! se font aussitôt entendre de toutes parts. — L'un de ces citoyens annonce qu'il vient de recevoir l'ordre de partir de Paris ; il pense que l'on redoute les soldats de l'armée révolutionnaire, mais il déclare qu'il est résolu de faire connaître les traîtres, et annonce qu'il en a beaucoup à dénoncer. — Le citoyen Mercier, un des commissaires nommés par la commune de Paris pour rechercher la liste des signataires des pétitions des huit mille et des vingt mille, demande la parole. — Robespierre s'y oppose par une motion d'ordre. « Il est singulier, dit-il, que nous ayons toujours dans les questions Tome VL i
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importantes des incidents à écarter. On a toujours parlé des i)étitions des huit mille et des vingt mille, quand nous nous sommes trouvés dans des circonstances difficiles. C'était le manège de Chaumcttc dans les instants d'orage, et lorsque des troubles se préparaient. Je demande que la Société, au lieu de s'occuper d'un objet particulier, s'occupe au contraire d'étoufl'er toutes les factions, et particulièrement celle de l'étranger. » Adopté. — Un membre fait lecture d'un discours sur la nouvelle conspiration. Quelques murmures s'étant élevés relativement à certaines expressions contenues dans ce discours, la Société passe à l'ordre du jour. — Le citoyen Avril, l'un des administrateurs des travaux publics, écrit pour inviter la Société à envoyer une députation à la fête qui sera célébrée demain par les citoyens appelés pour apprendre la fabrication de la poudre. La Société nomme des commissaires à cet effet. — Une députation de la Société de Melun vient raconter qu'elle s'est rendue le matin à la Convention pour lui exprimer les sentiments d'horreur que lui inspirait la conspiration récemment découverte. — Le Président répond : (c II en est de l'enfance des Républiques comme de l'enfance de l'homme ; les convulsions, les dangers l'accompagnent, mais, lorsque des mains habiles la dirigent, elle arrive à cette vigueur physique et morale qui constitue la virilité de l'homme. N'en doutons pas, citoyens, la République sera « homme », en dépit des aristocrates et des intrigants, dont votre énergie nous assure l'entière destruction. Comptez que vous trouverez toujours les Jacobins prêts à vous seconder, car ils ne font et ne feront jamais qu'un avec les vrais patriotes. »
On fait lecture d'une adresse des Jacobins aux Sociétés affiliées, pour les éclairer sur les complots tramés par les nouveaux conjurés. Malgré sa longueur, la rédaction en est d'abord adoptée. — Collot d'Herhois demande à la Société de revenir sur sa décision. « Vous avez voulu, dit-il, que le style et les expressions de cette adresse ne pussent profiter à aucune faction. Celle qui vous est présentée ne remplit pas le but que vous vous étiez proposé et n'est pas digne de vous. » Pour le montrer, Collot d'Herbois prononce un long discours, dont voici le passage le plus important :]
La faction que nous avons terrassée n^est pas la seule qui existe ; il y a aussi des factions contraires à celle-là, qui veulent profiter de sa chute pour s'élever. Vous ne devez pas le souffrir ; la chose publique doit seule en profiter. L'adresse qui vous a été lue donne peu aux principes, et beaucoup à des détails minutieux et fort peu intéressants. Les principes sont que la République soit préservée des dangers auxquels elle est exposée, et que les républicains connaissent parfaitement la véritable source de ces dangers et le but de cette immense conspiration qui nous occupe. Les principes sont que nous fassions connaître au peuple que cette affreuse conspiration a la même origine et les mêmes bases que toutes les autres, que toutes les factions ont le même but, et que toutes sont opposées aux vrais principes. Il fallait développer tout l'odieux des conjurations qui tendent à favoriser le despotisme en avilissant la représentation nationale.
L'adresse qui vous est soumise est telle que toutes les factions qui lie sont pas encore étouffées vont la recueillir avec empressement, et qu'elle va leur servir de prétexte pour faire croire que les Jacobins ont adopté les mêmes sentiments que ceux qu'elles ont professés jusqu'ici. Ainsi, en frappant une faction vous n'aurez fait que donner plus de consistance à l'autre, tandis que vous voulez au contraire les détruire toutes. Vous avez dû remarquer que ceux qui avaient combattu la faction nouvelle par des passions opposées commencent à redresser la tète. Déjà vous les entendez dire qu'ils avaient eu raison de la combattre, qu'ils avaient deviné ses projets criminels... Mais vous vous rappelez que c'était pour satisfaire leurs passions personnelles qu'ils agissaient ainsi, et non par amour pour la patrie et pour sauver le peuple. Ce que nous savons aujourd'hui, nous le savons par nous-mêmes ; nous avons commencé par une faible étincelle ; aujourd'hui une grande lumière luit à nos yeux ; mais nous ne devons qu'à nous-mêmes un pareil succès. Les modérés s'imaginent déjà que nous allons leur accorder la victoire ; il semblerait que nous n'avons travaillé que pour faire triompher ceux qui ont osé calomnier le Comité de salut public, ceux qui lui ont porté les coups les plus perfides en affectant un grand dévouement à ce même Comité. Ceux-là n'ont pas attaqué la conspiration ; ils ont attaqué seulement les individus. C'est vous seuls qui l'avez véritablement combattue, c'est vous qui l'avez terrassée ; eût-elle cent mille bras, vous voudriez les abattre tous. Voilà ce qu'on devait dire dans l'adresse ; voilà cependant ce qu'on n'a pas fait.
[Enfin Collot d'Herbois conclut ainsi :]
Ce n'est pas en attaquant l'armée révolutionnaire, ce n'est pas en attaquant la municipalité de Paris, que l'on combat la conspiration ; il est possible qu'il y ait eu dans cette municipalité des hommes égarés ou coupables ; mais n'y a-t-il pas aussi des hommes de la Commune du 10 août ? Pourquoi effacer par un trait de colère tout ce que la Commune du 10 août a fait de bien ? Cette conduite, bien loin de déjouer la conspiration , n'est propre qu'à en favoriser de nouvelles. Je propose de rapporter l'arrêté par lequel l'adresse aux Sociétés affiliées a été accueillie. {Adopté.)
[Un membre rappelle à la Société 'que Delcloche lui avait fait un rapport qui avait pour but d'introduire Vincent par surprise dans la Société, et que pour cette intrigue Delcloche fut censuré ; il annonce que cet individu a été nommé par Vincent inspecteur des hôpitaux militaires, et qu'il est maintenant à Arras. Cette annonce excite une discussion dont le but était de dé-
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jouer rintrigue en la dénonçant aux bons citoyens. La Société arrête, à la suite de celte discussion, que l'extrait du procès-verbal sera envoyé au ministre ; elle exclut Delcloche de son sein. — Sur la motion de Bufourny, les Comités de la Société sont autorisés à communiquer à l'accusateur public les ])ièces relatives à la conjuration qui leur sont parvenues.]
Séance levée à neuf heures.