NOVEMBRE
même vingt représentants énergiques et de bonne foi. On a dit aujourd'hui qu'il y avait dans celte Société des hommes qui correspondaient avec un comité d'émigrés établi en Suisse * ; il m'est permis de dire que ce fait est une calomnie, tant qu'il ne sera pas démontré.
La Société est autorisée et intéressée à demander au Comité de sûreté générale s'il y a dans sa correspondance des renseignements assez sûrs pour qu'un de ses membres ait pu faire publiquement cette inculpation. Si je croyais qu'il y eût dans cette Société des ennemis du bien public, je serais le premier à les dénoncer ; mais aujourd'hui on la traite comme une poignée de conspirateurs et de factieux. Jusqu'à présent on s'est contenté de déclamations vagues contre les Jacobins ; on n'a pas osé dire qu'on désirait les voir périr tous jusqu'au dernier, car alors nos ennemis montreraient trop évidemment le bout de l'oreille.
Lorsque cette Société est inculpée, je crois que plusieurs membres ont le droit d'aller au Comité de sûreté générale et de lui dire : «Nous savons qu'un de vos membres a accusé la Société de protéger des hommes qui correspondent avec les émigrés. Si le fait est vrai, nous serons les premiers à livrer ces monstres au glaive de la loi ; mais qu'il nous soit permis d'insérer votre réponse dans les papiers publics, s'il est vrai que ce ne soit qu'une simple allégation ». Cette démarche est conforme aux lois, elle est dictée par les principes de la plus exacte justice. C'est dans de pareilles démarches que se trouve le vrai courage de la liberté ; ce sont les seules qui conviennent aux Jacobins.
Maure. — Je ne crois pas que la mesure proposée par Massieu soit, convenable. Si l'inculpation dont il s'agit eût été faite par un simple particulier, elle ne serait pas aussi grave qu'elle est étant faite au milieu des représentants, et par un membre du C)mité de Sûreté
1. En effet, dans la séance de la Convention dn l.'i brumaire, an III Moniieur, t. XXII, p. 43.J . Clauzel avait dit : « Une correspondance très sure a appris au Comité de sûreté générale que les propositions de révolte qui ont été faites aux Jacobins ont été dictées par un Comité d'émigrés qui se trouvent en Suisse. » Ces .< propositions de révolte », Clauzel les voyait dans cette phrase du discours prononcé par Billaud-Varenne aux Jacobins, le 13 brumaire an III (voir plus haut, p. 033 : « Le lion n"est pas mort quand il sommeille, et, à son réveil, il extermine tous ses ennemis. » Dénoncée par Bentabole dés le début de la même séance de la Convention du lo brumaire, la phrase de Billaud-Varenne provoqua un vif débat, au cours duquel Clauzel fut amené à formuler lallégation que nous venons de rapporter, et qui se termina par un décret invitant les trois Comités de gouvernement à proposer des mesures pour empêcher aucun repré sentant du peuple de prêcher la révolte contre la Convention.
<i38 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [a novembre 1794]
générale, dont les fonctions s'étendent jusqu'à intercepter les correspondances des ennemis de la liberté. Il me semble que la Société devrait nommer douze de ses membres pour aller à la barre demander les noms de ceux qui ont correspondu avec les émigrés, parce que nous sommes prêts à les livrer sur le champ.
Allons à la Convention; nous avons affaire à des hommes justes, nous y serons accueillis. Si l'inculpation est calomnieuse, nous ne demandons pas la punition de son auteur. Oue la seule punition de nos détracteurs soit le mépris. Votre pétition, présentée à la barre, aura un effet puissant dans toute la République ; elle fera tomber cet échafaudage d'imbécillité et de mensonge. Je demande que la pétition soit rédigée sur le champ, afin que nous puissions la signer ■dans cette séance, et la présenter demain.
Après quelques débats, les propositions de Maure sont adoptées.
Léonard Bourdon présente quelques réflexions, qui sont insérées dans la pétition. Massieu en donne lecture à la Société. Elle est adoptée avec de légers changements, et tous les membres s'empressent d'aller la signer*.
La séance est levée à dix heures.
PÉTITION DES JACOBINS A LA CONVENTION NATIONALE ET DÉBAT RELATIF A CETTE PÉTITION.
Convention nationale, séance tlu 16 brumaire an III (G novembre 1794), d'après le Moniteur, réimpression, t. XXII, p. 442.
Le PnÉsmENT. — Je reçois ce billet : « Citoyen président, douze membres de la Société des amis de la Liberté et de l'Egalité, séant aux Jacobins, demandent à être admis pour lire une pétition. »
Quelques voix. — Demain, demain !
La Convention, consultée, ordonne l'admission.
La députation est introduite à la barre.
Paillardelle, orateur de la députation. — Citoyens représentant;^ du peuple, les citoyens soussignés, membres de la Société des Amis de la liberté et de l'égalité, séant aux Jacobins inviolablement attachés à la Convention nationale, seul centre du gouvernement comme l'espoir du salut public, ont été profondément affligés en apprenant