‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 4)Chapitre 120 sur 187 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

Introduction, p. ii : « Il est certain qu'il (le Club breton) fut établi fort peu (le temps apri'S la réunion des États généraux... » 11 faut lire au contraire : « Fort peu de temps avant. . . » Nous ne connaissions pas, quand nous écrivîmes cette Introduction, le passage suivant d'une lettre de Jean-Pierre BouUé, député de la sénéchaussée de Ploërmcl, aux officiers municipaux de Pontivy, en date du 1""" mai 1789, lettre publiée par MM. Bord et d'HéricauU dans la Reçue de la Révolution, année 1887, Documents inédits, 2« partie, p. 163 :

« Hier au soir arrivèrent les députés de Quimper, et ceux de Hennebont les avaient devancés d'un jour. On a loué en commun une salle où on pourra se réunir, parce qu'on a senti la nécessité de conférer lors de l'assemblée générale pour les affaires qui exigent un plan suivi et arrêté. Hier au soir ' on s'y assembla pour la première fois, et il s'y rendit plusieurs députés des autres provinces, et entre autres M. Mounier, secrélaire des États du Dauphiné et connu par ses écrits. Il nous parut que le vœu général du tiers état tendait à la votalion par tète, et les députés des autres ordres, tels que ceux de l'église et de la noblesse du môme Dauphiné, sont même chargés de le porter. Mais il n'en est pas moins vrai que, dès le premier moment, ce point fondamental peut donner lieu à de grandes discussions. Comment les entamer et quelle conduite doit-on se prescrire à

1. Voir en outre le» errata à la fin du tome I, dans l'avertissement au tome H, et à la fin du tome IV.

2. C'est-à-dire le 30 avril 1789. puisque la lettre est datée du 1" mai.

cet égard? C'est l'objet des conférences qu'on se propose d'avoir avant l'ouverture *. »

C'est donc au ^tO avril 1789 qu'il faut rei)Ortcr la date de la fondation du Club breton.

Une partie de la j)agc xcii de la même Introduction est à rectifier par suite de l'erreur d'un copiste : c'est celle où il est question de j)rétendus décrets des 29 avril, 1«'" mai et 10 mai 1790. Il faut supi)rimer les lignes y à 13, ainsi (pie toute la note.

Ibid., p. xciii, lignes 18 et 19. Au lieu de : « Les Clubs n'avaient pas tenu compte du décret du 10 mai 1790, qui leur interdisait les pétitions, et l'Assemblée avait fermé les yeux » ; lire : « Le l"'" mai 1791, l'Assemblée autorisa les militaires à assister sans armes aux séances des Sociétés ; mais elle interdit aux Sociétés de s'immiscer dans la police intérieure des corps, la discipline militaire, et l'ordre du service. »

Ibid., ligne 20. Supprimer ces mots : « C'est contre cette tolérance que Le Chapelier mit l'Assemblée en garde. . . » La i)hrase commencera aux mots : « Par son rapport... », et, ligne 23, après le mot incendiaires, on lira une virgule au lieu d'un point.

P. cm, ligne 21 : « . . .Le coup d'Etat du 18 brumaire an VIII, qui ne laissa subsister ou revivre aucune Société politique. » C'est une erreur. Je me suis aperçu depuis que beaucoup de Sociétés politiques subsistèrent dans les départements ])endant tout le Consulat provisoire.

P. IS, séance du 17 juin 1790. C'est à tort que ÏAmidn roi présente comme émanée du Club des Jacobins la motion de faire Louis XVI empereur. La Chronique de Paris nous apprend que cette motion fut faite au Club de 1789, et par le marquis de Villette. Cf. A. Challamel, les clubs contre-révolutionnaires, p. 420.

P. 302, note 1. Au lieu de : « A la suite de quelles circonstances, etc. », lire : « Mirabeau avait momentanément quitté le club des Jacobins ])Our celui de 1789. »

P. 325. Ajouter ce récit de la séance du 21 octobre 1790, d'après les lettres du voyageur allemand Ilalem, p. 320. {Paris en 1790, Voyaye de Halem, traduction, introduction et notes, par Arthur Chuquet. Paris, 1896, in-8''.)

Six heures sonnèrent. Les Jacobins coururent au club, et moi avec eux. C'était la première fois que j'y venais. Je passai d'abord dans la chambre du secrétaire pour signer, en échange de mon billet d'entrée, l'engagement de ne donner ou de ne prêter ce billet à personne. On

1. On trouvera aussi quelques détails sur les premières réunions des députés bretons dans les premiers numéros de la Correspondance de Bretagne et de la Correspo7ulance de Brest. (Bibl. nat., Le 2/129 et 130, in-S".) Voir aussi Chérest, la Chute de t'Ancien régime, t. III, p. 121.

paie par trimestre un demi-carolin ou deux grands thalers : on subvient ainsi aux frais d'éclairage, de chauffage, ainsi qu'aux dépenses d'imprimerie, car il y a des discours qu'on juge bon de publier. L'assemblée était, me dit-on, plus nombreuse qu'elle ne l'avait jamais été, et la salle contenait assurément plus de mille personnes. On n'est pas très commodément assis : si les bancs ont des dossiers, ils ne sont pas rembourrés. Des bibliothèques garnissent les murs ; mais des lattes transversales, clouées devant les rayons, empêchent de prendre les livres. J'ai souvent pensé que, si les esprits des Pères revenaient ici, ils devaient tristement voltiger autour de leurs œuvres poudreuses, et tressaillir d'horreur aux terribles vérités qu'ils entendaient. Le faible éclairage de cette salle voûtée, où l'on arrive par un cloître obscur, donne à l'ensemble un sombre aspect. La disposition intérieure est la même que celle de l'Assemblée nationale. Mais, si je ne me trompe, le président change toutes les quatre semaines, et non tous les quinze jours. Il a, comme à l'Assemblée nationale, sa sonnette d'apaisement, et en face de lui, est la tribune, où Ion attache une feuille qui spécifie l'ordre du jour.

M. Loyseau présidait aujourd'hui. On commença par lire les lettres qui venaient des clubs affiliés. Celui de Limoges proposait d'envoyer une députation à la Société des amis de la Révolution à Londres, pour concerter avec elle les moyens d'unir les deux nations. Ce club projetait aussi d'adresser à tous les peuples de la terre un manifeste qui leur ferait connaître les vœux et les intentions pacifiques des amis de la Constitution française. On ne fit là-dessus aucune observation. Les autres lettres contenaient pour la plupart des plaintes contre les ministres et le désir de leur renvoi. On arriva de la sorte au décret rendu le jour même par l'Assemblée nationale. Mirabeau parut. Il avait été jusqu'ici membre du Club de 1789. Mais, comme cette Société, fondée surtout par l'abbé Siéyès et La Fayette, avait beaucoup perdu de son crédit dans les derniers temps, tandis que l'iniluence politique des Jacobins grandissait tous les jours, Mirabeau avait suivi ses frères d'armes, Barnave et Lameth, qui s'étaient les premiers séparés du Club de 1789. A son entrée, il fut reçu par des applaudissements. Son visage, marqué de petite vérole, était empreint d'une gravité surprenante et d'un haut sentiment de sa valeur, .\lors les plus grands orateurs des démocrates montèrent l'un après l'autre à la tribune; ils développèrent les causes de la bataille perdue, présenl»*rent les moyens pour réparer l'échec, et convinrent de leur vote du lendemain sur l'affaire de Brest. Leur résolution était à l'avantage de la municipalité brestoise ; ils voulaient, non pas qu'on agit contre elle

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avec rigueur , mais qu'on atloucît à son égard la proposition du Comité. A ce moment Mirabeau se leva. Le ci-devant duc d'Aiguillon avait déjà la parole; mais, sitôt que Mirabeau fit signe qu'il voulait parler, d'Aiguillon lui céda la place avec un compliment qui les honorait tous deux. Mirabeau débuta par se défendre fort bien contre les bruits répandus par ses ennemis, qui Taccusaient d'avoir eu des conférences avec les ministres : « Je n'aime pas à parler de moi, s'écria-t-il ; mais, je puis le dire, ma réputation est une partie du domaine de la liberté française.» Il avoua que les patriotes, trop sûrs de leur cause, avaient précipité la discussion de l'affaire des ministres de même que le vote. Il lut un passage de sa dix-neuvième lettre à ses commettants sur les événements du 9 au "lï juillet de l'année précédente. « Je rends hommage aux principes, y dit-il. Sans doute le roi est maître du choix de ses ministres; mais ne pouvons-nous pas lui présenter l'opinion publique, lui indiquer le choix ou le vœu de la nation? Le parlement de Paris n'avait-il pas le droit de demander l'éloignement du cardinal Mazarin? Depuis quand les bénédictions et les malédictions du peuple ne sont-elles plus le jugement des bons ou des mauvais ministres? Vous refusez au peuple ce simple droit de déclaration; et vous accordez celui d'accuser! Vous n'admettez aucun intervalle entre un morne silence et une dénonciation sanguinaire. Livrons-nous donc sans crainte à l'impulsion de l'opinion publique; c'est la sentinelle incorruptible de la patrie. » Il continua : « Telle n'est pas aujourd'hui la pensée de la majorité. Mais la perte n'est pas grande. Avant quinze jours les ministres auront donné leur démission. )) Il termina par quelques observations sur l'affaire de Brest, et par des encouragements à ses frères d'armes, qu'il excitait à redoubler d'énergie. Après lui, d'Aiguillon^ NoaiUes^ Barnave^ les deux Lameth, le député alsacien Reubeil, homme intelligent et fin, Robespien^e et d'autres eiVcore parlèrent successivement. H y eut des motions de toutes sortes : remettre aussitôt l'affaire en discussion, attendre quinze jours, dresser un acte d'accusation régulier et appuyé sur les faits, déterminer les différentes municipalités à envoyer au roi des adresses contre les ministres, etc. Rien de précis ne fut adopté, et l'on ne prit des résolutions que pour le lendemain. L'avantage principal de la séance fut d'avoir tiré de leur indolence les amis de la Révolution et de les avoir exaltés d'un nouvel enthousiasme. Leur défaite à l'Assemblée nationale devint pour eux un tocsin de ralliement et donnai» la cause des patriotes un nouvel élan. Cet enthousiasme fit explosion dès le lendemain, à l'Assemblée nationale, lorsque Mirabeau répondit aux attaques des aristocrates contre le pavillon aux couleurs

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nationales : « Je ressens les bouillons du patriotisme jusqu'au plus violent emportement. Eh ! quel bon citoyen ne partage pas avec moi cette louable ardeur ? Oui, je dis qu'il est profondément coupable, celui qui rejette et méprise les couleurs nationales. On les verra voguer sur les mers, on les verra dans nos armées, elles traîneront partout après elles, je ne veux pas dire la victoire, mais le symbole d'une paix universelle. » C'est aussi ce que les aristocrates sentirent profondément hier, lorsque le grand démocrate Barnave fut élu président. Ils comprirent que ce nouveau feu fut attisé au club des Jacobins, et ils firent les vers suivants :

Le club dos Jacobins reprend de réncrgic, Il occupe de lui toute la nation.

Hélas! c'est comme un incendie, Dont le foyer s'accroît par la destruction.

Mais le pis fut qu'ils calomnièrent la Société, et des journalistes publièrent des horreurs comme celle-ci, qu'un jour le poignard de Clément, le régicide, avait été déposé solennellement dans l'Assemblée.

P. .344-34-5. Ajouter ce récit do la séance du l'^'" novond)rc 1790, par Halom, p. 294 :

Mes Jacobins m'intéressent toujours, et il est rare que je manque d'assister à leurs assemblées, qui ont lieu d'ordinaire trois fois par semaine. C'est faire tort au club que de le nommer une faction. Je ne voudrais pas nier qu'il n'y ait pas dans la Société quelques factieux^ «|ui ont plutôt l'esprit d'intrigue qu'un véritable zèle pour le bien de la patrie. Mais tel n'est vraiment pas le caractère du club, et ce n'est que rarement et pour quelques moments que les factieux s'éloignent des principes de la modération. Il ne nourrit pas le moins du monde des idées de propagande. Le grand but de ce club et des clubs atfiliés, c'est d'entretenir constamment l'attention de leurs concitoyens, qui pourraient trop facilement se refroidir dans leur ardeur et croire que ce qui est bien, va de soi. Les mots « Carthage n'est pas détruite 1 » devraient être écrits à l'entrée de la salle, ou encore ces vers :

Eoasti? Credo, vicltirs, docluftque caiybis. Qwrrcs, f/nniido Ucrinii rnrms Ueriniif/iK; perire l'ttssis, 0 toliçs sercKs! Quo' bclUm riiplLs, Cum semel e/fugit, reddU se praoa calenUs?

" Tu as échappé, et, je pense, in craindras, et désormais instruit, tu seras sur tes gardes? Non, tu iras chercher une nouvelle occasion

i;h8 coruections et additions

de peur et de perle, esclave et toujours esclave ! Quelle béte sauvage, une fois en fuite, vient reprendre follement ses chaînes brisées? »

Or, la bête sauvage, pour les factieux, c'est le pouvoir royal, et ils crient : « A bas! à bas! Nous la tenons dans la fosse, et, puisqu'elle est tombée, il faut l'accabler! » Qux quoniam in foveam incidit, obruaturl Les Desmoulins, les Carra et plusieurs autres nomment, avec Esope, la manie d'avoir un roi une honnête sottise, une niaiserie bien intentionnée.

M. de Laclos a reçu l'honorable mission, au nom de la Société, de publier un journal de ses débats. On a lu le \^^ novembre les noms de plus de quatre-vingts membres nouvellement admis. Parmi eux était M. de Chartres, fds du duc d'Orléans, Ce beau et modeste jeune homme, de dix-huit ans environ, se présenta aussitôt, et fut accueilli par des applaudissements. M. de Laclos parlait à ce moment; lorsqu'il eut fini, M. de Chartres demanda la parole, monta à la tribune et répéta l'assurance de rester fidèle à la Constitution. Quand il descendit à la tribune, M. de Sillery l'embrassa publiquement. Ce Sillery est celui qui disait, dans la séance du 15 juillet 1789 : « Les Français adorent leur roi, mais ils ne veulent pas avoir à le redouter. » Sa femme est la dame qui s'est fait un nom par ses écrits, surtout par Adèle et Théodore, et qui préside maintenant encore à l'éducation de la maison d'Orléans :

L'auteur cliarniant qui, crayonnant Adôlo, A su former dos cœurs sur son modèle.

M. de Chartres est aussi son élève. M. Pieyre, auteur de V Ecole des Pères, dit dans une jolie épître adressée à Chartres :

Vous étiez prince, et ce respect si grand De tous côtés oilert à la naissance, On vous a dit dès votre tendre enfance, Que ce n'est là qu'un respect apparent, l'n culte vain, et qu'un homme qui pense, Doit n'y jeter qu'un qmI indilïérent, Qu'il faut gagner et l'amour et l'estime, De la vertu mériter les honneurs, Que la bonté, les talents et les mœurs Reçoivent seuls un encens légitime.

Vous étiez prince, et déjà votre voix Avait prescrit cette foule de droits, Tributs honteux que l'altière noblesse Obtint jadis des mains de la faiblesse. Tout haut comme eux vous sûtes prononcer, Avant qu'un père eût pu les dénoncer, Ils sont détruits, etc.

Puis ce fut M. du Port^ qui parla comme membre du Comité établi pour l'institution de la nouvelle législation criminelle, et il parla deux heures durant, et très bien sur ce sujet et sur l'introduction du jury. Comme la chose viendra à l'Assemblée nationale, et que la discussion de plusieurs points douteux, par exemple de la mise par écrit des dépositions des témoins, sera dans tous les journaux, je n'insiste pas.

P. 343. Ajouter ce récit de la séance du 3 novembre 1790, par Halem, ibid. :

A l'Assemblée du 3 novembre, 3/. de Villette, ami de Voltaire, remarqua que rabba3'e de Sellières, où reposait la dépouille mortelle du poète, avait été vendue, et que le corps tomberait dans les mains d'un particulier. Or, personne ne pouvait nier que les écrits de Voltaire avaient préparé la Révolution. Il était juste, disait Villette, qu'on fit maintenant amende honorable à ses cendres, auxquelles un zèle aveugle avait autrefois refusé un lieu de sépulture à Paris ; le corps de Descartes avait été, seize ans après sa mort, ramené de Suède en France ; le même honneur convenait à Voltaire. Et Villette proposa une adresse à l'Assemblée nationale : un monument serait érigé à Voltaire dans le plus beau temple de Paris, la nouvelle Sainte-Geneviève ; le club ferait recueillir les cendres du mort et les accompagnerait in corpore à leur dernière demeure.

On accueillit la proposition par d'unanimes applaudissements. M. de Saint-Germain se leva; il se plaignit qu'un prêtre*, dans son cercle mystique et de sa Bouche de fei\ eût dit récemment du mal du grand homme ; il appuya la motion, il déclara que le Champ-de-Mars, où avait été prêté le serment de la Fédération, serait l'endroit le plus digne du monument de Voltaire. Un troisième, se levant à son tour, démontra qu'il n'était pas exagéré de prétendre que Voltaire avait fondé la Révolution : il invoqua l'article Droit canonique des Questions sur r Encyclopédie, où était contenu tout ce que l'Assemblée nationale avait statué sur les biens ecclésiastiques, cita une lettre du philosophe qui exprimait presque littéralement les dispositions de l'Assemblée sur la féodalité, et proposa de placer sa tombe au pied de la statue de cet Henri qu'il avait chanté. Rien ne fut décidé, et on passa à l'ordre du jour, qui concernait le point important de l'impôt.

Je crois qu'on fit bien de clore le débat. L'Assemblée nationale, en effet, ne peut guère se résoudre à honorer ainsi aux yeux de la nation un homme qui s'est moqué hautement de toute religion- Et, avec tout

i. Labbé Fauchet.

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