Tome VI
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le respect que mérite ce grand génie, y a-t-il eu dans sa conduite assez de noblesse pour inspirer une durable vénération et pour mériter une pareille distinction nationale ? On sait comment il flattait publiquement les ministres des finances, tout en les persiflant dans les petits soupers. Condorcet, qui vient de publier une Vie du poète, raconte à propos de ces plaisanteries une jolie anecdote. On parlait d'une fausse lettre de cachet. « Que fait-on, demanda Voltaire à un lieutenant de police, que fait-on de ceux qui falsifient ainsi les mandats d'arrêt ? — On les pend. — C'est toujours bien fait, répliqua Voltaire, en attendant qu'on traite de même ceux qui en font de vraies. »
On l'a mesuré comme il mesurait les autres. Frédéric le nomma le plus ladre et le plus détestable des hommes ; — et écrivit son éloge. Lorsqu'il mourut, on ne voulut pas donner à son corps une petite place dans Paris, et maintenant on dis[)ute sur l'asile le plus digne do lui : reposera-l-il sous la protection des Rois, ou sous celle des Saints?
P. 367. Ajouter ce récit do la soanco du 7 novembre 1700, par Haleni, I». -MH :
Le dimanche 7 novembre, aux Jacobins, à la séance du soir, les membres nommés pour remettre l'adresse du Jeu de Paume, et parmi eux }f. de Chavires, rendirent compte de leur mission. Le rapporteur vanta le bon accueil qu'il avait reçu et la réponse du président I3arnàve. «Barnave, disait-il, Barnave,dont les combats étaient autant de victoires, avait promis que la demande serait accordée. » Tout le monde applaudit à cet éloge, et chacun regarda le jeune orateur, qui était présent. On pria Barnave de répéter lui-même, ici, aux Jacobins, la réponse qu'il avait faite dans l'Assemblée nationale ; il y consentit, et la salle retentit encore une fois d'applaudissements.
Alors se présenta M. Gerdret, commandant du bataillon de l'Oratoire. 11 lut un fragment d'une lettre du roi à La Fayette : Louis annonçait l'intention de former une maison du roi avec les gardes françaises licenciées ou incorporées. C'était La Fayette qui avait communiqué cette lettre aux gardes françaises, et ceux-ci, dans une circulaire, ne cachaient pas la joie que leur donnait cette résolution royale et leur reconnaissance envers un général qui ne les oubliait pas.
La lecture de ces pièces répandit une vive alarme dans TAssemblée. Noaillcs et les Lamelh montèrent successivement à la tribune et prouvèrent que le roi, étant bien gardé par les troupes nationales, n'avait pas besoin d'une garde particulière, qui serait dangereuse à la liberté.
En tout cas, et comme on l'avait déjà dit dans l'Assemblée nationale, c'était la nation qui devait fournir au roi une maison ou une garde. Biauzat insista sur ce point que la chose fût dénoncée à l'Assemblée, et lui-même se chargea de porter cette dénonciation. Carra déclara qu'une maison militaire n'était pas du tout nécessaire ; que le roi pouvait former lui-même sa maison et décorer à son gré ses serviteurs, leur donner de l'or et des croix, mais qu'il ne pouvait, sans danger, leur décerner des honneurs militaires. « On voit là, disait-il, le commencement de la contre-révolution qui vient de Constantinople. » Allusion au ministre Saint-Priest, qui avait été ambassadeur près de la Porte, et qui est connu comme un rusé anti-révolutionnaire.
Ce fut Beauha^mais qui parla le plus chaudement. Il avait, à la séance précédente, dans un beau discours, montré le péril que courait la Constitution, si l'on' donnait au roi, dans les guerres futures contre les voisins, le commandement de l'armée. Il revint sur ce sujet à propos de l'incident actuel, et il échauffa si bien TAssemblée que, lorsqu'il descendit de la tribune, un beau jeune homme se jeta sur lui, l'embrassa avec feu, et lui baisa la main.
P. 369. Ajouter ce récit de la séance du 10 novembre 1790, par Halcm, p. 325 :
La malheureuse affaire de Nancy, dont les ressorts étaient cachés jusqu'ici, est sur le point de se dévoiler, autant du moins qu'il est possible aujourd'hui de démêler un événement si embrouillé. J'ai entendu le 10 novembre, au club des Jacobins, le rapport que M. de Sdlery fera là-dessus à l'Assemblée nationale. La lecture a duré deux heures et demie. Sillery a exposé les faits avec exactitude, d'après les actes officiels, et pourtant il a su constamment entretenir l'attention de l'Assemblée. Tout le monde, comme il l'a prouvé et comme c'est ordinafrement le cas, tout le monde a failli. Les officiers du régiment de Chàteauvieux ont cédé d'abord, puis se sont rétractés. Le rapporteur allègue que leur âge plaide en leur faveur : ce sont, pour la plupart, des jeunes gens de seize à dix-huit ans. Il excuse, en quelque manière, les soldats rebelles : on ne leur a pas adressé de remontrances, et des malentendus se sont produits. Bouille, le général envoyé contre les révoltés, n'est pas du tout exempt de faute. Il les a sommés de livrer les quatre plus coupables ; mais peut-on exiger que les coupables choisissent eux-mêmes quatre des leurs pour les livrer au châtiment? Le grand coupable, suivant Sillery, c'est la municipalité de Nancy qui, par son insouciance et sa lâcheté, comme il s'exprime, a causé principalement l'effusion du sang. La proclamation de Bouille,
qui contenait les motifs de sa venue et sommait les rebelles de rentrer dans le calme, a été, qui le croirait? affichée un jour après le massacre.
A cette occasion, Sillery jeta des fleurs sur la tombe de Désilles, et je sentis la vérité du mot de La Bruyère, que rien ne rafraîchit le sang comme le récit d'une belle action.
Môme page. Ajouter ce récit de la séance du 12 noveniltrc 1790, par Huk-iii, j). 336 :
.... .J'allai aux Jacobins, et j'arrivai juste pour assister à une scène intéressante. Carra, un boute-feu connu, à la tète cl)auve, gravit la tribune et débuta par une comparaison empruntée au renard ; mais je ne la compris pas, car il ne put aboutir; comme il voulait faire l'application et continuait sur un ton méprisant : « Ainsi le pauvre La Fayette ainsi, le pauvre Bailly... », il fut interrompu par plusieurs voix, qui exigèrent du président que l'orateur fût rappelé à l'ordre. Le Président se tourna vers Carra et lui signifia que, bien qu'il dût être permis, dans la Société, de s'exprimer sans ménagement sur un citoyen, lors même qu'il serait au premier poste et qu'il aurait la confiance du peuple, et de contrôler sa conduite par des faits, il fallait cependant, par égard pour la fonction qu'il exerçait, observer la bienséance.
Cette remontrance provoqua un grand tumulte ; les uns, prévenus contre La Fayette, demandèrent qu'on pût parler sur son compte en pleine liberté ; les autres approuvèrent le sévère avertissement du président. Mirabeau parut et, debout à la tribune, aux côtés de Carra, fit entendre que Carra avait pu, par des expressions qui manquaient de tact, exciter à bon droit le mécontentement de la Société, mais que les hommes publics ne devaient pas désirer de faveur, ni de privilège, que le président n'avait pas le droit de censurer les mines d'un orateur et sa façon de s'exprimer. D'autres avaient une autre opinion. Le président fut heureux de pouvoir reprendre la parole ; il dit avec raison que la faculté de s'expliquer sur des personnes investies de la confiance publique était réglée par des limites très douteuses qu'il n'était guère possible de déterminer aujourd'hui même ; il souhaita que la séance fût levée en considération de refïérvescence qui se montrait dans l'Assemblée ; il ajouta que cette levée de séance serait opportune, à cause de l'agitation que produisait, dans le peuple, un malheureux événement.
Le tumulte croissait. Beaucoup partirent. Plusieurs, qui restaient, demamièrent que la séance fût continuée et qu'on donnât des éclair-
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ci-semenl> jilii? clétaillé^ >ur rt-vétiiMiient auquel le président faisait allusion. M'iraheau parla de lUKiveau, et de nouveau fut éeoutr-. Il anniuua à la Soeiété qu'il était vrai, héla- ! ipie le 2:énéreux Charles Lameth eût été irri.'vement hlessé dan^ un dut-l, ou l'avaient enti-ainé Son ardeur juvénile et le désir de dét'eiulre se^ princi[ie> ]»û[iulaires ; mai-, ajoutait .Mirabeau, il {«ouvait donner l'espoir (jue la blessure ne sei'ait pas mortelle. Il montra (pie les aiastocrates avaierd visiblement le des-ein d'irriter le petit nondu-e d'houune- qui souleuiaient le [larti du peuple, d'exciter leur sentiment d'ininneur, de le- poussi'r à une rencontre, et de les exterminer ain-i peu à peu. Les jiatrii'trs, conclut-il. ne devaient pas soull'i'ir paridile chose ; la personne des dé- [luté- à l'Assemblée nationale était inviolable tant qu'ils exenaienl l'honoralde fonction de donner une C(institution à la France, et leur courai:e consistait à refuser tuut comijat singulier; pour l'in-tant, il proposait d'envoyer une députati<in au blessé et à sa famille aftligée, piiui' leur témniuner la profonde sympathie de la Société l't la part •lu'elle preiu^it au malhem^ qu'attirait à Lameth son noidi' palrintisme. On re-<dut uiumimemcnt él'env.iyiu" la députation. Alors un mend)re lie la commune de Paris se leva, invita tous <es collri^-urs à se réunir b' ifiitlcmain matin ilan- leurs sections, et à se concerter sur une adies-e qui demanderait à rAs-embbM' nationale d'afxdir le barbare <]ucl et de déclarer saci'ée la iiersonne des députés.
i'. :iT:i. Ainut''!- rr \\'-r\{ A<' !a -l'aïu'i' dn 11- iiuvcinbie IT'.Ml. |i;u- llalem, !'• '''^'^ '■
Li'< Jour- on il y a si'-anei- de- Jaeobiii-, lorsque' îles piéfes remarrpiab!'-- ni- m'appellent pa- au lh'';itre, je suis haluluellemeut à six lii'ur.'- -ui' II- ( hcmiii d'" la rue' Saint-liouoré.
l'fiiiinrc amHUiia aujourd'hui uui- d-'ci-ioii que' l'As-enddée national'' a\ lit pri-c au -uji'l d'- la Soi'iédt' dt/- Ami- dr la Con-tilution. La muniiipalité d>' I)a\. (bjnt b'- -ruliuii-nts sont a li- toc ra tiques, vient de coiitrari' T ilaus se- travaux la Soeii'li' di; celle ville, qui est afliliée aux .1 iidtiin-, i-t il'etdrvi'r' .-.- pajatM-. Lu dé<"rel. re'ndu fu ce' jour jiar rA--'-mbl''i' nationab', (■lablit que de -emblables i-é'uiiioiis et associaliMii- d'- riln\,-[is ue' peiivi'ut èlie ri'^ar'(b''i'< ei un me' contraires à la loi, ,pi.' la muuiiapalili'; df l)a\ n'avait pa- le droit de [U'oceder eoiuui'- i-lb' a f ijt, (pi'rlb' .|(.il |iar r( ui-i''(|urnt rendre -lU' le champ au l'Iub !••- papiiT- -.ii-i-. Ol impottant dt'crcl fui acciuilli par lui loruitTC' d'a|t[)laudi--''mi'iil-.
/ // <•(//■'• lit' riiiiip'i'/ii'', <\\\\ n t'Iail arrivé' que de la \eille, lit un bon di-'Miir- -ui- |r~ i'~|..Tanci- ipic la lii''\obilioii in-pirait aux paxsans,
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sur ce qu'il disait et voulait dire à sa paroisse, etc. Sa harangue fut approuvée et jugée digne de l'impression.
Un rapport du noble Barnave me sembla plus digne d'être imprimé. Grouvelle, celui qui a écrit sur Montesquieu, demandait la parole pour mercredi procliain, afin d'exposer son opinion sur l'abolition du duel, il remarquait provisoirement que la loi devait en ce cas trouver des esprits préparés et ne donner sanction qu'aune opinion publique, et, pour disposer d'avance les esprits, il préparait une circulaire, dont il développerait la teneur dans la séance de mercredi, et qui serait adressée à toutes les Sociétés des Amis de la Constitution. Bm^nave se leva et dit qu'au temps du système féodal et du despotisme, le duel avait peut-être été souvent l'unique moyen de régler un point d'honneur; maintenant que régnait la loi, le duel était un outrage manifeste à la loi . L'opinion publique — du moins il croyait pouvoir l'assurer — était depuis longtemps fixée à cet égard, et il lui paraissait absolument nécessaire, dans l'occasion présente, puisque le duel mettait en danger de mort un des plus grands champions de la liberté populaire, et que chaque patriote était indigné, de profiter du moment, et de ruiner les restes du faux point d'honneur par un autre sentiment, par la passion même; il annonçait donc son intention de faire là-dessus sans délai une motion à l'Assemblée, et il invitait ses frères d'armes à le soutenir. Il dit tout cela, et plus encore, avec tant de facilité, et néanmoins d'une façon si vigoureuse et convaincante, qu'il entraîna de nouveau la salle entière à de grands applaudissements.
Parce que je vous ai mandé jusqu'ici du club des Jacobins, vous voyez suffisamment Tesprit de cette association, et je ne vous parlerai plus désormais de mes visites à celte Société '.