‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 4)Chapitre 4 sur 187 · Ce début est extrait du Journal de la Monta f/ne · texte numérisé non relu

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Quelques membres nonimés pour remplir celte mission, et du nombre desquels se trouve Ilasscnfratz, déclarent ne pouvoir racccptcr. — Hassenf'ratz rap})orte que le jury des arts a déjà examiné l'armure; il a décidé qu'elle était bien faite, mais que cette invention était un moyen de rendre les Français lâches. On murmure. « Le mouvement qui s'élève, continue l'orateur, est une preuve que le nom français ne peut s'allier avec celui de lâche. Mais vous savez, citoyens, que l'arme blanche est l'arme favorite des Français.

11 faut, ajoute Hassenfratz, que les républicains français soient lestes ; il faut surtout de la célérité pour atteindre l'ennemi quand il prend la fuite. Ce sont toutes ces considérations morales qui ont servi de base au jury des arts ; au reste, il a rendu hommage aux talents de l'inventeur de cette armure, qui n'est qu'une cotte de mailles renouvelée des anciens ; il lui a donné le maximum des récompenses qu'il pouvait décerner. » — Dafourny réplique : << Quoique je pense qu'il ne faille pas donner une armure à la totalité, ni même à la majorité des soldats qui seraient sous les drapeaux de la République, je demande que la Société envisage les dangers que courent les ingénieurs, les porteurs d'ordre, et tant d'autres individus dont l'existence intéresse l'universalité des citoyens.

Après quelques débats, la Société maintient son arrêté et n&mme commissaire Merlin (de Thionville], Demême, Levasseur (de la Sarthe).

Le scrutin a donné pour président Lcgendrc ; pour vice-président. Petit père; pour secrétaires, Laignelot, député, Lassise et Leclère, membre du Comité des défenseurs officieux '.]

Briart. — Le rapport sublime de Saint-Just a jeté le plus grand jour sur l'horrible conspiration ourdie par les scélérats qui sont traduits au Tribunal révolutionnaire. Les orateurs qui lui ont succédé à cette tribune ont donné des éclaircissements ultérieurs qui ne permettent plus de douter que ces monstres ne fussent les agents stipendiés des puissances étrangères. L'opinion publique a déjà frappé ces scélérats ; elle a prévenu le jugement du Tribunal révolutionnaire, qui fera tomber sur l'échafaud leurs tètes criminelles.

Depuis un an que je suis à Paris et que j'assiste aux séances de la Société, j'ai suivi les petites intrigues des conspirateurs, intrigues toujours déjouées par la vigilance et l'énergie des républicains, mais qui ont servi à démasquer les coupables. C'est là que je découvre l'origine de cette conjuration tramée par les agents de l'étranger. Il est donc nécessaire de remonter au dénoûment de la trahison consommée dans la Belgique, et de se rappeler le temps, les circonstances, et le rapport que firent alors sur cet objet trois des conjurés placés aujourd'hui sous le glaive de la loi, Proly, Péreyra et Dubuisson. Rappelez-vous que ces trois agents de la faction brissotine, envoyés près l'armée du Nord, en revinrent en poste pour dénoncer aux Jacobins que Dumouriez était un traître ; et remarquez bien qu'à

1. Le résultat du scrutin est extrait du Journal de la Montagne.

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cette époque la trahison était consommée ; que la représentation nationale était avilie et livrée aux tyrans coalisés ; que Dumouriez, à la tête des Autrichiens, s'emparait des magasins et munitions de la République, et dirigeait sa marche vers nos places fortes ; qu'un de ses satellites, Miaczynski, à la tête d'une division de l'armée, menaçait la place de Lille. Enfin, ce fut au moment où toute la frontière du Nord était sur le point d'être livrée aux féroces ennemis de la République que ces trois conjurés, couverts du masque du patriotisme, vinrent nous annoncer que Dumouriez trahissait. Saisissez bien cette circonstance, qui fut parfaitement sentie par Robespierre, et vous apercevrez dans ces trois conjurés le noyau qui a formé cette nouvelle conspiration. Qui peut se dissimuler aujourd'hui que ces trois scélérats furent envoyés par Dumouriez lui-même, pour instruire les conspirateurs qui siégeaient alors dans le sein de la Convention de ses mouvements et de ses desseins ? Qui pourrait se dissimuler qu'ils n'étaient que les émissaires de cet imitateur de Cromwell, envoyés par lui dans l'intérieur pour le seconder dans ses infâmes projets d'assassiner les patriotes qui avaient voulu faire tomber la tête du tyran, afin de rétablir la royauté sur les débris ensanglantés de la République, si le génie de la liberté, qui veille sur les destinées des peuples, n'avait fait échouer cet horrible complot ? C'est là le vrai point de vue sous lequel on doit considérer l'origine de cette faction, la même que celle des Brissotins, et que je regarde même comme une suite de celle connue sous le nom de Comité autrichien, dont Montmorin, Lameth et La Fayette étaient les complices. La Société souffrit trop longtemps dans son sein ces conjurés. Ils y acquirent une certaine réputation de patriotisme ; ils eurent le temps de se populariser et de recruter avec les guinées de Londres de nouveaux complices. Ce fut dans les Sociétés populaires et parmi les magistrats du peuple qu'ils en cherchèrent. Desfîeux et quelques autres, dont la Société a fait justice en les chassant de son sein, furent d'abord regardés comme les complices de ce même Proly. Desfîeux surtout, son confident, son protecteur, et qui introduisit cet étranger dans vos Comités, fut d'abord suspect aux patriotes. Éternel lec.teur de la correspondance, il occupait sans cesse la tribune, et l'on remarqua qu'il n'entretenait la Société que de ce qui était arrêté entre lui et ses complices. Suivez-le au moment où Bordeaux fut en rébellion; vous le verrez toujours avec son associé, l'autrichien Proly, dans votre Comité de correspondance, chercher à corrompre l'esprit public par le centre des lumières qui devaient l'éclairer. Combien de fois n'a-t-il pas occupé la tribune pour vous

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entretenir des lettres qu'il recevait des fédéralistes, des contre-révolutionnaires de Bordeaux, à l'effet de vous tromper sur cette ville rebelle ? Ne l'avez-vous pas vu feindre le patriotisme en dénonçant à cette tribune les Girondins, ses amis et ses complices, et conférer l'instant d'avant avec le conspirateur Ducos, qui a subi la peiné de ses crimes ? Ce fut alors que la Société renouvela son Comité de correspondance ; mais ces perfides intrigants eurent encore l'adresse d'y conserver des complices ; le scrutin épuratoire l'a prouvé. Quand on réfléchit que ce Leclerc, chassé de la Société, est maintenant traduit devant le Tribunal révolutionnaire, quelle horreur les patriotes ne doivent-ils pas avoir pour les monstres qui conspiraient au milieu de nous, prêts à chaque instant à nous égorger ! Cet homme, employé dans les bureaux de la guerre, s'y était insinué sans doute par l'intrigue de son chef, Vincent, homme aussi ambitieux que criminel, dont on n'entendit parler qu'au moment où Custine, qui avait trahi au Rhin et au Nord, fut appelé par le Comité de salut public pour rendre compte de sa conduite. Ce fut alors que Vincent, qui n'était pas Jacobin, et qui cependant ambitionnait la gloire d'avoir lui seul démasqué ce général conspirateur, fit distribuer un imprimé contenant les preuves matérielles de la trahison de ce général : comme si les républicains avaient pu en douter, comme si Mayence, Condé, Valenciennes, li vidées par ce traître aux ennemis de la RépubHque, n'en étaient pas des preuves assez convaincantes, comme si les mânes de nos frères égorgés au Rhin, à la Moselle et au Nord ne criaient pas vengeance contre ce scélérat ! Non, Vincent voulut qu'on dit que c'était lui, lui seul, qui avait conduit Custine à l'échafaud. Et remarquez bien que ceci a été plusieurs fois annoncé par Hébert, Momoro et complices, comme un brevet de civisme qui devait faire entrer le conspirateur Vincent dans le sein de cette Société.

C'est par ce rapprochement d'idées et de faits que vous devez juger des intrigues qu'employaient dès lors les conjurés pour masquer leurs projets ambitieux et criminels. La Constitution républicaine devint dans leurs mains la boussole qui devait diriger leur horrible conspiration. Ils n'osèrent l'attaquer, parce qu'ils auraient été reconnus et punis ; ils en demandèrent l'exécution pour mieux la détruire et l'anéantir. Ils ne s'attachèrent qu'à vouloir faire exécuter l'article qui constitue le Conseil exécutif. Ils savaient bien, les scélérats, que, sMls y parvenaient, c'était le moyen le plus sûr pour amener la contre-révolution, dissoudre la Convention nationale et détruire le gouvernement républicain. On les vit en conséquence demander dans les sections, dans les Sociétés populaires, la prompte

organisation constitutionnelle du Conseil exécutif, d'après les combinaisons des cabinets de Londres, de Vienne et de Berlin ; proposition aussi perfide qu'insidieuse, qui tendait à retirer des mains du Comité de salut public, l'effroi des tyrans coalisés, les ressorts du gouvernement populaire et révolutionnaire, pour les remettre dans des mains ineptes et impures qui fussent à la disposition de Pilt et de Cobourg. Et dans quelle circonstance firent -ils celte proposition contre-révolutionnaire ? Au moment où Houcbard trahissait au Nord, où les ennemis formaient le blocus de Landau, et où, dans le Midi, d'autres généraux perfides livraient Toulon aux Anglais, tandis que l'Espagnol menaçait les Pyrénées.

Quelques-uns des conspirateurs furent punis ; mais l'on ne put atteindre la masse, et ces derniers conçurent des moyens plus criminels (sic) encore et plus audacieux pour parvenir au but vers lequel le palais corrupteur des puissances étrangères les dirigeait. La division parmi les citoyens, l'inquiétude sur les subsistances, la corruption dans les armées, celle des généraux et autres agents de la République, l'oppression des patriotes et l'avilissement de la représentation national, equ'ils eurent soin toujours d'attaquer individuellement et par portion, furent les nouveaux moyens que les conjurés employèrent pour substituer au gouvernement républicain le despotisme étranger ; et, pour s'assurer de l'exécution de leur complot, il leur fallait les grandes ressources de l'intrigue, il leur fallait des agents dans les Sociétés populaires, surtout dans celles formées depuis le 31 mai, et sur lesquelles vous vous êtes déjà fortement prononcés. .C'était là sans doute qu'ils comptaient trouver un grand nombre de complices pour les seconder dans cette vaste conjuration dont le cheflieu fut établi dans celle dite des Cordeliers, société célèbre dans l'histoire de la Révolution, recommandable par les services importants qu'elle a rendus à la liberté ; mais les conjurés parvinrent bientôt à y dominer. Ils tentèrent les mêmes moyens dans la Société des Jacobins, dont le nom seul porte leffroi dans l'âme des tyrans, des traîtres et des conspirateurs ; mais cette Société, qui marcha et marchera toujours dans la vraie ligne des principes de son institution, sut repousser les intrigues des conjurés. Elle sut les déjouer en brisant les masques populaires dont ils se couvraient, et, de concert avec les Comités de salut public et de sûreté générale, elle sauva encore la République des dangers qui la menaçaient.

Quand on considère que les Sociétés sectionnaires, établies depuis le 31 mai, composées d'abord d'un petit nombre de républicains montagnards, ont été tout à coup doublées, triplées et quadruplées

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par tons les modérés, aristocrates, royalistes, brissotins qui s'y sont introduits, qui dominaient et opprimaient les patriotes dans les sections avant le 31 mai, ne doit-on pas être pleinement convaincu de cette vérité, que le même esprit qui voulait le rétablissement de l'ancien régime, et qui dominait les sections avant le 31 mai, domine aujourd'hui ces nombreuses Sociétés sectionnaires et opprime les plus zélés défenseurs de la République ? Il n'est pas douteux qu'elles auraient plus ou moins servi les projets des conjurés, et cela seul suffît pour appeler la vigilance du gouvernement sur ces nombreuses Sociétés bâtardes, dont l'organisation n'est plus aujourd'hui un problème. Quant à moi, je regarderais comme un Iléau pour la République leur existence plus longtemps prolongée, et je répéterai ce ■qui a été dit à cette tribune : « Ce n'est pas assez de terrasser une faction : il faut les terrasser toutes, jusqu'à la plus petite ramification »

Un des projets des conjurés était d'avilir la Convention nationale •et les agents de la République. La conduite d'Hébert, lors de la nomination de Paré au ministère , en est une preuve convaincante. Hébert ambitionnait cette place ; ce motif l'engagea à proposer, conjointement avec son associé Vincent, l'organisation du Conseil' exécutif constitutionnel. Non content de calomnier le ministère, on le vit aussi attaquer par des sobriquets insolents les membres de la •Convention nationale qui n'avaient pas voté en sa faveur ; on le vit dénoncer à cette tribune d'autres membres chargés par le Comité de salut public d'une mission importante pour la République dans les départements ; on le vit dénoncer les représentants du peuple près l'armée du Midi et celle du Nord, pendant que l'une chassait les Anglais hors de Toulon, et que l'autre délivrait Maubeuge et faisait mordre la poussière aux féroces Autrichiens. Et, après avoir ainsi •dénoncé les membres les plus énergiques de la Convention pendant leur absence, ne l'avez-vous pas vu, avec cette lâcheté et cette fourberie qui le caractérisent, démentir ce que les journaux n'avaient fait que répéter après lui? Ce système de diffamation fut exactement ^uivi par Vincent, Momoro et autres dans le Club des Cordeliers ; mais ce moyen infâme ne leur réussit pas plus que les précédents. Ils en tentèrent un autre : ce fut le fanatisme religieux qui devint leur grand ordre du jour. Ils savaient qu'il était expirant et qu'il ne fallait que le réveiller pour exciter la guerre civile dans toutes les parties de la République. Ils avaient devant les yeux l'exemple funeste pour l'humanité de la guerre de Vendée, à la prolongation de laquelle il est vraisemblable qu'ils ont concouru. . .

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[Briart continue à tracer ainsi, à sa manière, rhislorique de la conjuration.

Des délégués de la Société populaire et régénérée des Montagnards et Sans-culottes de Bolbec viennent annoncer qu'à la nouvelle de la dernière conspiration, leurs collègues ont « formé une masse révolutionnaire », et ont réj)été le serment de vivre libres ou mourir. — Une députation de la Société de Soissons exprime les mêmes sentiments. Elle se plaint ensuite des entraves qu'éprouvent les bons citoyens qui veulent venir au secours de leurs frères à Paris et leur apporter des subsistances. Déjà ils auraient conduit dans cette grande commune plus de cinq cents quartes de blé, si, par une manœuvre qu'on ne peut expliquer, les voitures dont on devait se servir ne s'étaient pas trouvées en réquisition pour un objet bien moins important. L'orateur demande le renouvellement du diplôme accordé par les Jacobins.

Le Président répond à l'orateur : « La Société des Jacobins t'invite à rapporter à celle qui vous a envoyés avec quelle énergie la conjuration a été étouffée. Dis à nos frères de Soissons que, si les Cordeliers ont pu souffrir que les Droits de l'Homme aient été voilés dans leur sein, les vétérans des Cordeliers reparaîtront et feront justice des nouveaux venus qui ont osé voiler cette immortelle Déclaration. Dis-leur que, si la France est une forteresse bloquée par tous les tyrans du dehors, la commune de Paris en est la citadelle, et que tous les habitants sont prêts à voler au secours de leurs frères d'armes à la première nouvelle du danger '. » On applaudit. — Larcher informe les Jacobins que le représentant Lejeune, trompé par des intrigants, a mis en place, à Soissons, des signataires' de pétitions des 8,000 et des 20,000, qui persécutent les patriotes. — Le Président invite l'orateur à porter les faits qu'il connaît au Comité de sûreté générale. Le Comité de correspondance donnera un nouveau diplôme à la Société de Soissons. Des défenseurs officieux sont accordés à la Société de Cambrai, qui sollicite la liberté de quelques patriotes.]

Séance levée à neuf heures et demie.

PRÉSIDENCE DE LE(.ENDRE

Une députation de la Société de Clamecy annonce que les citoyens de cette ville, ayant repris les biens qui avaient été usurpés par Mancini, cidevant duc de Nevers, sont heureux d'envoyer aux Jacobins cent voies de bois. — Le Président donne l'accolade à la députation. Sur la proposition de Roussel l'aîné, la Société arrête qu'elle avertira le Comité de bienfaisance

1. La fin de cette séance est résumée d'après le Journal de la Montagne.

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do la municipalité, afin que les citoyens indigents aient leur i)art du cadeau de la commune de Clamecy.

On passe au scrutin éj)uratoire. Les citoyens Bouclier, Dcrbellc, Mûrissant, sont admis. — Fréron demande cfu'on ajourne l'admission de Loys jusqu'à ce qu'il ait eu le temps de faire connaître au Comité de sûreté générale plusieurs pièces relatives à ce membre. — Loys consent à l'ajournement. 11 déclare qu'ayant toujours été le défenseur des patriotes marseillais, il n'est pas étonnant qu'il soit dénoncé par Fréron, qui les a fait jeter dans les cachots. — Un membre s'oppose vivement à l'ajournement. Il demande que jamais la possibilité d'une dénonciation ne puisse être une raison pour faire ranger des citoyens dans la classe des aristocrates ; que les faits seuls prononcent sur le sort des individus. — Un autre membre s'oppose également à l'ajournement en déclarant que Loys a pris part au 10 août, au 31 mai, « où il combattit courageusement les aristocrates. L'orateur ajoute que Fréron n'a pas encore porté au Comité de sûreté générale des faits qu'il devait dénoncer contre Loys, et pourtant Fréron est revenu à Paris depuis un mois.]

Fréron déclare qu'ayant été nommé représentant du peuple à Marseille, il a été à même de constater la conduite du citoyen Loys, et qu'il sait des choses qui méritent d'être dénoncées. Après quelques réflexions sur les réflexions pures qu'il avait eues en demandant l'ajournement, il annonce que, malgré l'admission de Loys, il ira communiquer au Comité de sûreté générale tout ce qu'il sait sur son compte. A l'égard du reproche qui lui est fait de n'avoir pas porté sa dénonciation, quoi qu'il soit arrivé depuis un mois, il répond qu'il n'y a pas plus de quinze jours qu'il est de retour.

Levasseur combat l'ajournement, attendu que, si Fréron avait des faits graves à reprocher à Loys, il les aurait déjà fait connaître ; autrement il serait très coupable d'avoir laissé passer quinze jours sans faire punir un homme criminel.

Loys est admis; après lui, Signes *.

Laboureau {le seul des vingt accusés de conspiration qui ait été acquitté par le Tribunal révolutionnaire)'^. — Citoyens, vous voyez une nouvelle preuve de la justice du Tribunal révolutionnaire, qui travaille constamment à sauver la République. Je me suis trouvé investi de gens que je ne connaissais pas ; le Tribunal a fait des recherches, et il a vu qu'il était impossible que je fusse un conspirateur ; il a vu que celui qui n'avait pas cessé d'écrire depuis cinq ans

1. La discussion relative à Loys est donnée d'après le Journal de la Montagne. Dans le compte rendu de la séance du 8 germinal, ce journal (t. Il, p. 1,118) parle d'un citoyen Louis Siguy, admis à la séance du 6 et adjoint au Comité des défenseurs officieux. Cet individu est probablement le même que Sigués.

2. Dans le procès des Hébertistes, Laboureau seul fut acquitté : il semble avoir joué dans cette affaire le rôle de dénonciateur.

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en faveur de la Révolution ne pouvait pas avoir tramé contre elle. Ce Tribunal m'a donné des marques d'amitié, qui redoubleront mon zèle et mon courage. Je sais que le patriote doit souffrir pour son pays, et je regrette de n'avoir pas souffert davantage, quand je songe que mes frères, qui combattent sur les frontières les ennemis de l'extérieur, souffrent encore plus que je n'ai souffert. Si j'avais pu me refroidir, ce serait ici que je viendrais prendre de nouvelles forces ; mais je crois avoir conservé toutes mes forces révolutionnaires. Je jure dans votre sein d'être invariable dans ma conduite politique, de vivre libre ou de mourir.

Le Président. — Si, au moment où des scélérats avaient tramé la ruine de la Révolution, les patriotes peuvent éprouver une jouissance bien douce, c'est sans doute en voyant un patriote, compris dans le nombre des conspirateurs , reconnu innocent par la justice. C'est pour le Tribunal un éloge dont il n'a pas besoin, et c'est pour ses calomniateurs un démenti formel. Les Jacobins te voient dans leur sein avec satisfaction, et je crois remplir leurs vœux en te donnant en leur nom le baiser fraternel.

Le citoyen Laboureau reçoit l'accolade du président au milieu des applaudissements.

Un citoyen envoyé par les sans-culottes d'Arbois, département du Jura, vient dénoncer des persécutions qu'il prétend que ses compatriotes éprouvent de la part du représentant du peuple Prost', jadis la terreur des aristocrates, et aujourd'hui entouré, dit-il, de cette mauvaise engeance. « Déjà cette dénonciation avait été portée contre lui, ajoute l'orateur, mais les lettres qui la contenaient ont été interceptées. Des commissaires avaient été envoyés, et ont été arrêtés. La Société de Dôle a été dissoute par Prost ; une autre Société, composée de muscadins et d'intrigants, lui a succédé. Prost est toujours entouré de la force armée, et dans le grand costume ; il est inaccessible pour le peuple, avec lequel il ne fraternise pas comme il devrait le faire. Le représentant Lejeune est venu dans le Jura* ; il y a été accueilli par les vœux et les bénédictions de tout un peuple ; mais il a disparu. Prost, qui s'était éloigné, a reparu ; il a dit en arrivant : « J'apporte ici la terreur et la foudre. » Depuis son arrivée, les choses en sont à un tel point que, si l'on n'y apporte un prompt remède, le Jura est perdu. Quelques patriotes, parmi lesquels est l'orateur,

1. Le conventionnel Prost avait été envoyé en mission dans le Jura, le l'i septembre 1793.

2. Lejeune avait été envoyé en mission dans le Jura et le Doubs, le 29 décembre 1793, pour y organiser le gouvernement révolutionnaire.

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