TRADITIONS RAPPORTÉES PAR BUCHEZ ET ROUX
[Bûchez ot Houx, qui reproduisent en grande partie le passage de Toulongeon qui précède, ajoutent, après avoir cité les paroles que Robespierre auraient prononcées en rentrant chez son hôte les lignes suivantes [Histoire parlementaire, t« XXXIV, p. 3) :]
Ces expressions, que Toulongeon indique clairement avoir été répétées par quelque membre de la famille Duplay, sont conformes au reste à ce que Robespierre déclara le matin du 9 avant de se rendre à la Convention. Comme Duplay lui parlait avec beaucoup de sollicitude sur les dangers qui l'attendaient, comme il insistait sur la nécessité de prendre ses précautions, Robespierre lui répondit : « La masse de la Convention est pure; rassure-toi; je n'ai rien à « craindre. »
Nous tenons ces détails de Buonarotti, qui les a recueillis dans les prisons, de la bouche de Dupla)^ Il nous semble que ce langage n'est guère d'accord avec le sentiment de détresse dont sont empreintes les phrases que Robespierre aurait prononcées, selon quelques historiens, après la lecture de son discours, à la tribune des Jacobins.
[Bûchez et Roux rapportent aussi [ibicL, p. 2), les souvenirs suivants :]
La tradition a transmis certains détails déjà rapportés par quelques historiens et que nous allons recueillir. On dit qu'après la lecture de son discours, Robespierre s'adressa ainsi aux Jacobins :
« Ce discours que vous venez d'entendre, leur dit-il, est mon testament de mort. Je l'ai vu aujourd'hui : la ligue des méchants est tellement forte, que je ne puis pas espérer de lui échapper. Je succombe sans regret ; je vous laisse ma mémoire, et vous la défendrez. » Et comme ses amis combattaient avec vivacité un tel désespoir et s'écriaient en tumulte que l'heure d'un second 31 Mai avait sonné : « Séparez, aurait .ajouté Robespierre^ les méchants des hommes faibles ; délivrez la Convention des scélérats qui l'oppriment ; rendez-
lui le service qu'elle attend de vous, comme aux 31 Mai et 2 Juin ! Marchez, sauvez encore la liberté 1 Si malgré tous ces efforts il faut succomber, eh bien! mes amis, vous me verrez boire la ciguë avec calme. »
a Je la boirai avec toi ! » s'écria David. Cette exclamation, rendue publique dans le temps ', n'a jamais été contredite.
Couthon prit ensuite la parole et proposa l'exclusion immédiate des députés qui avaient voté contre l'impression du discours de Robespierre. Cette proposition fut saluée par des acclamations unanimes et arrêtée sur-le-champ,
Billaud et GoUot étaient dans le club ; ils en furent chassés par les épaules au milieu des injures et des menaces. Quelques instants auparavant, Collot s'était jeté, dit-on, aux pieds de Robespierre *, en lui demandant de se réconcilier avec les Comités.
SÉANCE EXTRAORDINAIRE DES JACOBINS DU 9 THERMIDOR AN II (27 JUILLET 1794)
EXTRAIT DU 2« R.\PP0RT DE E.-B. COURTOIS, " PUBUÉ EN FLORÉAL AX iV (p. oO).
On s'adresse à la Société des Jacobins; on l'invite à venir renforcer la Commune et délibérer avec elle, sans cependant abandonner totalement le lieu de ses séances ; on lui demande un renfort de ses tribunes, même de ses femmes uabituées.
1. Dans la séance de la Convention du 13 thermidor an II, David fut dénoncé comme un robespierriste, et Goupilleau de Fontenay) dit : « J'interpelle David de déclarer si, au moment où Robespierre descendit de la tribune (des Jacobins\ après avoir prononcé son discours, ou plutôt son acte daccusation. lui, David, n'alla pas l'embrasser en lui disant : « Si tu bois la ciguë, je la boirai avec toi. » David répondit : « Ce n'était pas pour venir faire accueil à Robespierre que je descendis de son côté : c'était pour monter à la tribune et demander que la fête du 10 fût avancée. Je n"ai pas embrassé Robespierre, je ne l'ai pas même touché, car il repoussait tout le monde. Il est vrai que, lorsque Couthon lui parla de l'envoi de son discours aux communes, je dis qu'il pourrait semer le trouble' dans toute la République. Robespierre s'écria alors qu'il ne lui restait plus qu'à boire la ciguë : je lui dis : « Je la boirai avec toi. » Je ne suis pas le seul qui ait été trompé sur son compte ; beaucoup de citoyens l'ont cru vertueux, ainsi que moi. » [Moniteur, t, XXI, p. 367.^