Voir plus haut. p
i. Cette adresse fut présentée à la Convention le 25 fructidor an II. On en trouvera le texte plus bas, p. 448. — Dans cette séance des Jacobins An 23 fructidor fut votée l'impression de la pièce suivante : Les membres du Comité de correspondance de la Société d'Aigueperse à la Société séante aux Jacobins, à Paris. Imprimerie Galelti, s. d., in-8* de 7 pages. Bibl. nat., Lb 40/2329.
436 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [9 skitkmhhk 1794]
Elle arrête que dans la séance de demain, elle donnera des défenseurs ofïicieux à un patriote de Choisy-sur-Seine, qui réclame contre l'oppression. Elle invite un citoyen de Commune-Aflranchie à communiquer aux commissaires des renseignements sur les persécutions qu'éprouvent les patriotes dans celte commune '.
1. Comme on le verra plus loin, p. 441, cette séance des Jacobins fut dénoncée à la Convention le lendemain 24 fructidor par Merlin (de Thionville), qui en fit un résumé d'après un « journal » que nous n'avons pas, ou plutôt (car à la date du 24 fructidor aucun journal n'avait encore rendu compte de la séance des Jacobins de la veille) d'après des notes qu'il s'était fait remettre. Voici, d'après les Annales patriotiques, la partie de ce discours de Merlin (de Thionville) qui peut servir à compléter le compte rendu de la séance des Jacobins du 23 fructidor : « Lisez la séance des Jacobins d'hier au soir, et vous y verrez les rcprésensentants du peuple sous les poignards. (C'est vrai ! s'écrie- 1- on.) Voulez-vous connaître les assassins de Tallien ? Lisez la séance des Jacobins : « Des mesures « de sûreté générale sont déjà prises, y est-il dit, d'autres se préparent dans le « silence. » Les mesures de sûreté générale prises, c'était l'arrestation de Uéal et de Dufourny. El savez-vous quels étaient les motifs de leur arrestation? On voulait empêcher (|ue Uéal fût le défenseur officieux des Nantais traduits au Tribunal révolutionnaire, envoyés par le Comité révolutionnaire de Xanfes, et escortés par un détachement, qui avait ordre de les assassiner en chemin. On savait que Dufourny était un vieil ami du peuple, et le système de la Terreur ne veut plus d'amis du peuple; il ne veut que des patriotes à la mode de Robespierre. Tels étaient les motifs d'arrestation de Real et Dufourny. Je vous laisse à penser quels étaient les mesures qui se préparaient dans le silence. — Je reviens à la séance des Jacobins; j'y lis : « Il est bon que les crapauds du marais lè- « vent un peu la tête ; ils seront plus tôt écrasés ! » — C'est le propos de Duhem, crient quelques membres! » Merlin continue la lecture du journal : « Un membre, '( après avoir proposé qu'il soit présenté une adresse à la Convention nationale, <i e'écrie : Il est temps que la Convention nous dise enfin si elle est déterminée à « tauver le peuple. » Nous répondrons (^dit Merlin) àlinsolent interrogateur que le peuple saura toujours se sauver lui-même, qu'il n'ira pas chercher pour se sauver les poignards des assassins : le peuple sait que son centre est ici, il veut être conduit par la justice, e\ c'est là notre t.-'iche. Il a donc été arrêté que la Société viendrait en masse pour vous faire cette étrange question. Savez-vous quels sont les rédacteurs choisis pour rédiger cette adresse ? Les voici : Carrier, représentant du peuple; Royer, ci- devant substitut de l'accusateur public Fouquier-Tinville, et Billaud-Varcnne. membre de l'ancien Comité de salut public. Citoyens, on a ajouté que le mot : Vive la Convention ! était le mot d'ordre des aristocrates. J'en ai dit assez, je crois, pour déterminer la Convention, sinon il fermer les Jacobins, au moins à défendre à aucun de ses membres d'y assister. » — Cf. Moniteur, t. XXI, p. 724-72"i.
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[9 SEPTEMBRE 1794] SOCIÉTÉ DES JACOBLN'S 43i
PROCES-VEaBÂL DE LA MÊME SÉANCE DU 23 FRUCTIDOR AN II (9 SEPTEMBRE 1794)
Paris, Imprimerie des sans-culottes, in-8° de 27 pages. Bibl. nat., Lb. 40/787 '. PRÉSIDENCE DU CITOYEN DELMAS
La séance est ouverte par le citoyen Raisson^ vice-président '.
Un secrétaire fait lecture du procès -verbal de la séance précédente. La rédaction est adoptée.
Un autre secrétaire donne lecture dune proclamation du citoyen Milhaud, représentant du peuple près l'armée des Pyrénées-Orientules. Un article de cet arrêté exclut de tous les emplois les banqueroutiers et autres fripons. {Applaudi; insertion au procès-verbal.)
Un membre du Corhité de correspondance communique à la Société celle arrivée par les derniers courriers. Chacune des lettres ou des adresses sont renvoyées au Comité qui doit s'en occuper; quelquesunes obtiennent l'insertion au Journal de la Montagne, d'autres l'insertion par extrait, d'autres la mention au procès- verbal.
Toutes ces adresses présentent un tableau effrayant de l'oppression qu'éprouvent les patriotes dans les départements par la réaction qui a suivi les événements qui ont eu lieu les 9 et 10 thermidor. La première proposition faite et appuyée est d'inviter le rédacteur du Journal de la Montagne à donner place aux réclamations des patriotes plutôt qu'aux nouvelles venues de l'étranger, attendu qu'elles sont très suspectes et très mensongères. [Adopté.)
1. La brochure, qui contient ce procès-verbal, renferme aussi celui du 23 fructidor an II et, en outre, les pièces suivantes :
La Société des Jacobins, séante à Grenoble, à la Société des Jacobins, séante à l'aris. Grenoble, 14 fructidor an II de la République. — La Société des Jacobins, séante ù Grenoble, à la Convention nationale. Grenoble, 14 fructidor an II de la République... — La Société populaire régénérée de la commune de Salon, cfieflieu de district, déparlemenl des tîouches-du-Rtiône, à nos frères les Jacobins. — Réponse du président à la députation de la Société d'Aix. — Discours prononcé aux Jacobins par un membre de la Société populaire de Marseille, le 25 fructidor an H de la République française, démocratique, une, indivisible à jamais. — Réponse du président ù lu députation de la Société de Marseille.
2. Le procès-verbal porte : Suisson. C'est une faute d'impression évidente. Cette pièce est signée, comme on le verra plus loin, par le vice -président Raisson .
438 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [9 septembrk 1794]
Une lettre particulière inculpe les citoyens Reverchon et de Laporte, représentants du peuple dans Commune-Affranchie. (Renvoyé au Comité de sûreté générale.)
Un membre reporte l'attention de la Société sur les patriotes vexés dans le département des Arclennes ; il donne pour preuves des vexations que, dans quelques Sociétés populaires de ce département, on ne lit plus le Journal de la Montagne, que dans d'autres on refuse de reconnaître les diplômes de la Société des Jacobins de Paris. Il indique nommément celle de Sedan ; il ajoute cependant que les vrais Jacobins, les patriotes énergiques, ont refusé hautement de passer sous ce joug avilissant. « Plusieurs d'entre eux sont maintenant dans cette salle, continue l'orateur, prêts à faire entendre leur juste réclamation. » — Par mesure provisoire, la Société suspend l'affiliation à celle de Sedan.
Cette dénonciation est suivie d'une autre contre les Suleau, accusés d'être les meneurs de la Société de Grandvilliers au district de Chaumont (Oise). Le même orateur dénonce le nommé de Hérain, notaire, section des Piques, pour être venu prier le Comité révolutionnaire de la section Le Peletier de brûler des pièces à sa charge qui y sont déposées, en osant menacer les membres d'en tirer vengeance, s'ils le refusaient. Il ajoute qu'en effet ce de Hérain a eu l'impudeur de dénoncer un membre de ce Comité comme un homme qui nage dans l'or et dans les pierreries, tandis qu'il est un pauvre et vertueux père de famille, gémissant encore à la Conciergerie. Ce rapport est accompagné de murmures d'indignation contre le calomniateur de Hérain.
Un autre membre obtient la parole et il dénonce les mouvements de l'aristocratie dans Caen et dans Saint-Omer; il annonce qu'il a en mains la preuve que ce sont les incarcérateurs de Romme et de Prieur, à l'époque du fédéralisme, les Lair.et les frères Caille, remis en liberté, qui influencent aujourd'hui l'opinion dans la commune de Caen. A Saint-Omer, dit-il, il avait été formé une Société populaire qui sauva cette cité des manœuvres des partisans de l'Angleterre. Cette Société, formée sous les yeux et par les soins des représentants du peuple, prit alors le nom honorable de Société montagnarde, [qu'elle a quitté] pour prendre celui d'Amie de la Convention. Sans doute, continue l'orateur, cette Société doit être l'Amie de la Convention ; toutes les Sociétés de la République doivent se rallier autour de la Convention, la Société des Jacobins en donne chaque jour l'exemple ; mais, en remontant à certaines époques de la Révolution, nous remarquerons que plusieurs Sociétés avaient ainsi affecté de prendre les titres vertueux d'Amis de la Constitution, de l'ordre, de la paix, des lois, etc.,
et personne ne fut moins fidèle aux principes et moins ami du peuple et de son indépendance que les Sociétés qui avaient adopté ces dénominations particulières. L'orateur ajoute que cette Société de Saint- Omer a voté une adresse au représentant du peuple Personne, pour le féliciter de la conduite qu'il a lenue dans la Convention nationale. « Ce représentant, dit-il, paraît protéger cette Société ; je déposerai au Comité de sûreté générale les preuves évidentes de l'oppression des patriotes dans cette Société. » Il termine par une comparaison bien juste : « De même qu'après un grand orage les crapauds sortent du marais, de même après un grand événement les aristocrates lèvent la tête : il est bon qu'ils en usent ainsi, afin que les patriotes puissent les reconnaître, les observer et les terrasser. »
Sur la demande de l'orateur, la Société suspend provisoirement l'affiliation à celle de Saint-Omer.
Un membre fait part que, dans le département de l'Ain, les patriotes gémissent dans les prisons ou sont traduits au tribunal. « Le représentant du peuple Boisset, dit-il, se comporte de manière à faire périr tous les patriotes de 1789. Les nobles et les fédéralistes atteints par la loi du 17 septembre, dont les représentants Albitte et Méaulle avaient assuré l'exécution, ont été mis en liberté. On a fait arrêter, dans un seul district, plus de vingt patriotes purs et ardents. »
Plusieurs membres ont successivement la parole sur l'oppression dans laquelle gémissent les patriotes du département de l'Ain. Plusieurs propositions sont faites, telles que de nommer des défenseurs officieux pour examiner et suivre cette importante affaire; de nommer des commissaires pour donner connaissance de tous ces faits à la Convention nationale ; celle de faire rappeler les représentants qui sont maintenant en mission dans ce département.
Après tous ces détails, .qui affligent les patriotes sans les décourager, qui élèvent au contraire leur énergie et. leur constance, la question s'engage sur la cause des patriotes opprimés, vus en masse et dans un grand tableau.
Un membre observe très judicieusement que la multiplicité des réclamations met le Comité des défenseurs officieux dans la fâcheuse impuissance de remédier à tant de maux. « Le mal gagne, dit-il, il couvre déjà presque toute la République. Il faut une grande mesure. Je propose que la Société aille en masse et qu'elle présente à la Convention nationale le tableau malheureusement trop vrai de la position désastreuse des vrais patriotes, des vétérans de la Révolution. » Sur cette motion, la Société demande, par un mouvement unanime et spontané, d'aller aux voix. Cette mesure paraît propre pour ap-
440 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [9 septembre 1794]
prendre aux patriotes de 1789 qu'ils ne sont pas abandonnés, que la Société des Jacobins surveille leurs ennemis, qu'elle les signale, et que bientôt la loi les fera rentrer dans la poussière.
Un membre fait arrêter qu'il sera rédigé une adresse et présenté à la Convention nationale un tableau des persécutions exercées contre les vrais républicains. Il fait arrêter de plus que cette adresse sera lue et soumise à l'assemblée dans une séance extraordinaire qui aura lieu le 24 fructidor.
Un autre membre obtient la parole dans cette importante discussion. Il déclare que son opinion n'est pas que la Société aille en masse vers la Convention nationale. « Quand on a, dit-il, une masse de faits à dénoncer, les individus ne comptent pas, et la voix d'un seul suffît pour montrer la vérité et anéantir l'aristocratie. »
D'après cette observation, dont la sagesse et la force frappent tous les esprits, la Société arrête :
1° Qu'il sera fait une adresse à la Convention nationale, dans laquelle, d'après la correspondance régulière et suivie que la Société des Jacobins entretient avec les Sociétés affiliées, il sera présenté un tableau exact des vexations qu'éprouvent les patriotes.
2" Cette adresse sera portée à la Convention nationale par des commissaires.
3* Les rédacteurs sont les citoyens Billaud-Varenne, Bassal, Massieu, Royer et Levasseur (de la Sarthe).
Un secrétaire annonce que la collecte qui doit être partagée entre deux citoyens qui ont partagé la précédente monte à 80 livres et quelques sous.
Un autre secrétaire annonce que la Société d'Aulna}'^, district d'Angély-Boutonne *, offre à la patrie un cavalier jacobin armé et équipé. [Mention au procès-verbal et insertion au Journal de la Montagne.)
Un membre du Comité de pi^éseniation présente un projet pour l'admission des nouveaux membres. Il est adopté, et il sera inséré en entier au Journal de la Montagne.
Plusieurs députations sont admises; celle de la Société populaire d'Aubagne, au district de Marseille, département des Bouches-du- Rhône, lit une adresse très énergique sur la position politique des départements des Bouches-du-Rhône et de Vaucluse. Elle demande, comme la Société populaire d'Aigueperse, district de Riom, département du Puy-de-Dôme, l'impression de la liste des relaxés depuis le
1. C'était le nom révolutionnaire de la ville de Saint-Jean-d'Angély.
10 thermidor, et de celle des solliciteurs en relaxation. Extrait de l'adresse et de la réponse du président seront insérés au Journal de la Montagne.
La séance est levée à dix heures.
Signé : Raisson, vice-président; Voull.\nd, ex-président; AuvREST, secrétaire; Monestier (du Puy-de- Dùme), député, secrétaire.
en
PRÉSIDENCE DE DELMAS
Léonard Bourdon demande que désormais le procès-verbal de la Société soit lu à six heures, afin que les membres de la Convention puissent en profiter. « La plupart, dit-il, sont obligés de se rendre au Comité à huit heures et demie, et la séance des Jacobins ne fait souvent que commencer quand ils en sortent*. » Cette proposition est adoptée *.
Après la lecture de la correspondance', Raisson prend la parole.
Raisson. — Quand vous aurez entendu le détail de tout ce qui s'est passé à la Convention*, sans doute vous serez pénétrés de douleur. Les patriotes et la Société des Jacobins sont dans une position qui exige de leur part le plus grand calme dans leurs délibérations. Discutons avec une énergie républicaine, mais que la prudence écarte loin de nous ces motions qui prêteraient le flanc à la calomnie. Que la liberté la plus entière des opinions règne parmi nous, mais que la
1. C'est-à-dire : quand ils sortent de la séance des Jacobins.
2. Nous empruntons le début de cette séance aux Annales patriotiques du 27 fructidor an II, p. 3002. Nous donnons la suite daprès le Journal de la Montuf/ne.
3. On trouvera une analyse de cette correspondance dans le même numéro des Annales patriotiques.
4. Le 24 fructidor an II, la Convention avait reçu la nouvelle d'une tentative d'assassinat dont Tallien avait été victime, et Merlin (de Thionville} avait dénoncé les Jacobins comme terroristes, comme continuateurs de Robespierre, ce qui avait amené une vive discussion. ^Voir plus haut, p. 436, note 1. — Diverses mesures ayant été proposées contre les Jacobins, la Convention les renvoya aux Comités de salut public, de sûreté générale et de législation réunis. [Procèsverbal de la Convention, t. xlv, p. 196.)
442 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [10 sKi-rKiiiuiK 1794]
conduite page, tant des membres que des citoyens des tribunes, force les calomniateurs à se taire.
Fayau monte à la tribune pour offrir à la Société l'exposé de la séance de la Convention ; il ajoute ensuite quelques réflexions relatives aux inculpations portées contre la Société des Jacobins. Il répond au reproche qui lui a été fait d'avoir publié l'adresse de la Société de Dijon en disant que les Jacobins, que l'on accuse d'être trop chauds, sont au contraire trop froids, puisqu'ils se contentent d'être le miroir qui rétléchit les lumières des unes et des autres Sociétés, tandis qu'ils devraient être le foyer général, éclairant lui seul toutes les Sociétés populaires. Il termine en déclarant que, si le système odieux de la dissolution des Sociétés populaires parvenait à prédominer, la liberté serait aussitôt détruite et la tyrannie rétablie * .
Crassous. — 11 y a plusieurs faits qui ont échappé à Fayau, tels que la proposition faite par Merlin (de Thionville) de défendre à tout député d'assister aux Jacobins, et le discours de Bentabole, qui n'est qu'une longue diatribe contre la séance dans laquelle Tallien, Le Cointre et Fréron furent exclus 2. Fayau a encore oublié de vous dire que Durand-Maillane a rappelé la dissolution des corporations, et qu'il a voulu comparer les Jacobins, réunis par les liens de la fraternité, à ces corporations qui ont été détruites. Les propositions qui ont été faites contre les Sociétés populaires ont échoué par ellesmêmes et par le ridicule qui les accompagnait nécessairement ; il est impossible que des motions dangereuses et liberticides prospèrent devant le génie de la liberté. [On applaudit.)
1. Les Annules patriotiques rapportent ainsi ce discours de Fayau : « L'assassinat de Tallien a occupé une grande partie de la séance. Merlin (de Thionville) a trouvé, sans doute par les notes qui lui avaient été données, a rapporté {sic) en substance ce qui s'était passé hier ici. Il n'a pas ouvertement dit ffu'il fallait détruire les Jacobins; mais il a jeté du louche sur cette Société; il a proposé d'en interdire lentrée aux membres de la Convention [Très bruyants murmures.) Duhem et Carrier ont été inculpés par le m^me orateur. D'abord Duhem a été déconcerté par les huées et les cris des aristocrates des tribunes : mais, comme il était fort de sa conscience, il a confondu ses dénonciateurs. [Très bruyants applaudissements). On a dit que cette Société avait une trop grande correspondance; on a voulu rompre les atFdiations, ce (|iii signifiait en bon français : Assemblez-vous, mais ne parlez pas. [On rit.) Beiilabole lui-même a été du parti de nos détracteurs. Enfin, pour en revenir à Duhem, connue il disait, je crois : Vous voulez donc tout tuer, tout assassiner '.' Oui, oui, tous les Jacobiiis, a répondu un membre, qu'on a rappelé à Idrilre. » — « L'orateur, continuent les Annales, après avoir prouvé qu'on en veut aux Jacobins, aux Sociétés pojiulaires, à la liberté et au peuple, invite la Société à s'attacher aux principes. »
2. On voit par la note précédente que, daprcs les Annales patriotiques, Fayau aurait, au contraire, insisté sur ces faits.
Si quelque chose doit rassurer les patriotes dans une crise difficile, c'est ce qui s'est passé dans la suite de la séance. Nos collègues qui sont à Bruxelles nous ont envoyé un instrument qu'ils avaient trouvé dans les cachots de cette ville, instrument dont les Autrichiens s'étaient servis pour tourmenter le représentant Drouet, en l'attachant par la tête et par les mains à la fois, de manière qu'il ne pouvait faire aucun mouvement. Nous devons nous dire tous que tels seraient les tourments des patriotes, si les aristocrates étaient un jour triomphants. Il est naturel de faire un rapprochement de cette atrocité avec ce qui se passe en France. Il paraît qu'il y a un accord entre les barbares Autrichiens et ceux qui veulent faire souffrir les patriotes de la République pour les opprimer dans le même temps. Ce qui a eu lieu ce matin ne doit pas être perdu pour la liberté. Si des hommes indiscrets ont laissé échapper un propos abominable qui décèle leurs intentions, les patriotes doivent se réunir pour se défendre ; ils doivent être pleins de confiance sur notre séance d'hier ; il ne s'y est pas dit un mot qui n'ait été dans le vrai sens de la Révolution. On a voulu qu'elle marchât à grands pas vers son but si désiré, et que les patriotes fussent en sûreté contre l'oppression. C'est en vain que l'on a prétendu attaquer cette séance en la rapprochant de l'assassinat commis la nuit dernière sur la i>€rsonne de Tallien.
Je demande que le procès-verbal de la séance d'hier soit rédigé avec soin, afin qu'étant comparé avec les calomnies de quelques individus, il fasse triompher la vérité et la liberté, [On applaudit.)
Carrier. — J'ajouterai à ce qui vous a été dit quelques vérités qu'il est essentiel que toute la France connaisse. Il faut que tous les citoyens apprennent que le système de la faction qui s'élève aujourd'hui est d'accuser la Société des Jacobins de n'être point épurée, d'être la Société du 9 thermidor, d'être les continuateurs de Robespierre, et de vouloir, soutenir le régime que ce tyran avait établi.
Je déclare qu'il n'a pas été reçu un seul membre par l'épuration sans qu'il ait produit un certificat constatant qu'il était à son poste dans la nuit du 9 au 10 thermidor, et qu'il ne s'est pas trouvé à la séance. Il a été arrêté que tous ces certificats seraient mentionnés sur les registres de réception. Je puis donc assurer qu'il n'est pas ici un seul membre qui ait participé à la séance du 9 thermidor.
Dans la Société comme dans la Convention, il n'est pas un citoyen qui ne déteste le système affreux de Robespierre. On n'a pas oublié que la Convention s'est levée spontanément contre ce tyran, et
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qu'elle a voté à runanimité pour son arrestation et pour sa mise hors la loi. Il est nécessaire que celte vérité vole de bouche en bouche, et que les malveillants, à l'aide des expressions absurdes de continuateurs de Robespierre, ne puissent pas calomnier les patriotes.
Que veulent les Jacobins, que veulent les bons députés qui forment la très grande majorité de la Convention ?
Ils désirent que le gouvernement révolutionnaire marche avec rapidité, et qu'il arrive promptement 'au terme auquel nous aspirons. Ils demandent que les patriotes ne soient pas opprimés, et que l'aristocratie soit réduite à l'impuissance de nuire. Ils ne sauraient souffrir qu'on veuille anéantir le gouvernement révolutionnaire. Ils ne permettront même pas que des hommes, tout en se vantant sans cesse de vouloir le maintenir, y portent la plus légère atteinte. Que l'aristocratie tremble toujours, car toujours le patriotisme est là qui surveille jusqu'à sa moindre démarche.
On a cherché à mettre en avant la proposition de dissoudre les Sociétés populaires. Sans doute leur existence contrarie bien des gens qui savent que la liberté ne peut pas être détruite tant qu'elles subsisteront; voilà pourquoi nos ennemis réunissent leurs efforts pour les anéantir. Mais la liberté est impérissable, car douze cent mille combattants sont armés pour la défendre. Les patriotes sont impérissables comme elle, et par conséquent les Sociétés populaires le sont aussi, parce qu'elles ne sont composées que de patriotes.
Méprisons les attaques multipliées de l'aristocratie, attendons-les de pied-ferme ; ayons le calme du courage qui anime des républicains. Mais j'oublie que je n'ai pas besoin de vous donner des encouragements et que c'est aux Jacobins que je parle î . . .
La Société arrête que le procès-verbal de la séance du 23 sera imprimé, affiché, envoyé aux sections et aux Sociétés populaires, et distribué aux membres de la Convention*.
Bassal soumet à l'approbation de la Société la rédaction de l'adresse qu'elle a arrêtée dans la séance d'hier ; elle excite de nombreux applaudissements; néanmoins on se plaint de ce qu'elle ne présente point de conclusion précise.
Caraffe demande que l'on engage la Convention à faire une proclamation au peuple pour le porter à se lever contre tous les ennemis connus de la République.
1. Nous avons reproduit ce procès-verbal. Voir plus haut. p. 437.
Loys propose de conclure en demandant appui pour les opprimés, et des moyens sûrs pour soustraire les patriotes à l'oppression.
MoNESTiER. — En demandant l'exécution entière de la loi du 17 septembre, le but de la Société et de tous les bons citoyens sera rempli ; car on trouve dans cette loi, et principalement Hans l'article 2 les moyens de comprimer l'aristoeratie et d'assurer la tranquillité (les patriotes '.
Je profiterai de la parole pour vous communiquer quelques idées. Il est aujourd'hui des hommes qui se disent patriotes, et qui ne l'étaient pas il y a trois mois; des hommes qui sont patriotes à Paris, et contre -révolutionnaires dans leur département; des hommes enfin qui font mettre en place les aristocrates, les fédéralistes et les royalistes de leur pays. Ce sont ces individus que j'engage la Société à surveiller d'une manière particulière, et surtout à les écarter de son sein toutes les fois qu'ils se présenteront pour y être admis.
Un membre fait la motion d'insérer dans l'adresse que les Sociétés populaires sont instituées pour surveiller les aristocrates, les fédéralistes et les royalistes, et non le gouvernement.
LÉONARD Leblois. — L'opinant ne connaît pas bien toute la dignité d:;s Sociétés populaires et des hommes libres. Il n'est pas question de craintes, quand on doit appeler à soi tout son courage pour déjouer les entreprises faites contre la liberté. On vous parlait tout à l'heure des cendres de Marat ; certes, elles doivent se soulever d'indignation à l'aspect du péril qui la menace. L'ombre de Robespierre, qui plane sur bien des tètes, doit s'applaudir du succès de ses prédictions ; il est temps d'en prévenir l'accomplissement. Quiconque calomnie les Jacobins et s'en déclare l'ennemi ne doit pas ignorer que les apôtres de la liberté sont les patriotes répandus sur tous les points de la RépubUque. Celui qui a fait la guerre aux patriotes est évidemment un contre-révolutionnaire qui conspire contre la liberté, de concert avec ses nombreux ennemis.
La vérité, la pureté des principes de cette Société doivent repousser les souillures de la calomnie. C'est en éclairant les hommes séduits ou égarés, que nous sauverons les patriotes de l'oppression, la liberté de ses dangers. Je demande que la Société arrête qu'elle sera permanente... [De longs murmures et une motion d'ordre interrompent l'orateur). . . jusqu'à ce qu'elle se soit victorieusement justifiée
1. Cet article 2 de la loi du 17 septembre 1793 établissait six catégories de suspects.
446 SOCIETE DES JACOBINS [10 septembre 1794]
des imputations calomnieuses lancées contre elle dans le sein de la représentation nationale. Nous avons été tous les témoins que la masse entière de la Convention s'est prononcée fortement en faveur des Jacobins, et qu'elle a rejeté les motions qui tendaient à les avilir. N'en doutons pas, citoyens, les agitateurs qui ont voulu propager la discorde entre les amis de Ifi patrie ont fait une démarche aussi vaine que perfide. Les défenseurs de la liberté sont invinciblement unis contre eux. La représentation nationale, les Jacobins, ne cesseront jamais de s'entendre et de marcher sur la même ligne révolutionnaire. C'est dans ce temps de crises et d'alarmes que nous devons nous rallier pour repousser les efforts criminels des lâches individus qui tentent de nous désunir *.
Raisson. — Il s'en faut de beaucoup que la Société des Jacobins soit dans la même position qu'hier. Si elle eût été présente à la séance de la Convention, elle serait convaincue qu'il lui est impossible de paraître demain à la barre en gardant le silence sur toutes les calomnies dirigées contre elle.
Je dois rappeler sommairement ces différentes calomnies, et la Société se décidera à en dire un mot à la Convention ; elles ont été mises en a-vant par quelques membres , appuyées par plusieurs autres, et renvoyées à l'examen des Comités de salut public et de sûreté générale. Il a été demandé si l'on devait souffrir qu'il existât une Société qui voudrait influencer la Convention, une Société qui proscrirait plusieurs députés, etc. ; il a été dit que l'épuration n'était qu'une chimère, que les Jacobins d'aujourd'hui étaient les mêmes que ceux qui ont conspiré dans la nuit du 9 au 10 thermidor, et qu'il fallait faire dans cette Société un nouveau scrutin épuratoire. Ainsi les Jacobins ont été présentés à la France comme des ennemis de la Convention. Vous ne pouvez vous empêcher de repousser à la barre ces grossières impostures, et de prouver qu'elles ne sont en effet que des calomnies atroces.
Je demande que l'on dise la vérité avec le courage, la fierté et l'énergie des Jacobins, qui ont jusqu'ici sauvé la liberté, et qui sont déterminés à périr jusqu'au dernier pour la défendre; je demande aussi que l'on s'exprime de manière à faire voir que ceux-là ne sont pas les ennemis de la Convention qui sont prêts à verser leur sang pour elle et pour le maintien de la liberté, de l'égalité et de la République une et indivisible.
1. D'après les Annales patriotiques (p. 3003), un membre dit alors que la motion de déclarer la Société permanente « compromettait le salut de la Société ». Cette motion fut unanimement rejetée.
MoNESTiER. — II n'a pas été dit à la Convention que la Société des Jacobins était la même que celle du 9 thermidor. Il' prétend que c'est au contraire Reubell qui a dit : « Si la Société des Jacobins est la même que celle du 9 thermidor, elle est essentiellement mauvaise » ; mais, après avoir établi cette espèce de problème, il l'a aussitôt résolu en disant que les Jacobins étaient régénérés, et en rappelant que Raisson, portant la parole à la barre en leur nom, avait annoncé leur régénération. Reubell a déclaré que la Société actuelle était bonne, et qu'il n'était resté ici du 9 thermidor que les tribunes.
Quelques membres s'écrient que le discours de Reubell est une satire contre la Société.
Caraffe. — Ce qui prouve que les Jacobins sont d'accord avec la Convention, c'est qu'ils ont chassé un homme que la Convention a déclaré calomniateur, et un autre qui avait menacé des députés ses collègues.
Un membre combat la motion de Raissun en disant que la calomnie viendra se briser contre le rocher de la vérité, et que le procésverbal de la séance d'hier suffira pour la détruire.
La Société adopte l'adresse présentée ' ; les rédacteurs sont chargés de conclure en demandant la pleine exécution de la loi du 17 septembre.
DuflEM. — Je rappelle à la Société que Billaud-Varenne combattit hier la proposition faite d'aller en masse à la barre. En effet, cette mesure serait d'autant plus mauvaise qu'elle paraîtrait avoir pour but de vouloir se faire un parti. Vçus savez que la faction Hébert, les Cordeliers, le Club électoral et autres, se servaient toujours de cette expression : Allons en masse. Je demande : 1° que l'on insère dans l'adresse quelques observations sur la manière stricte et sévère avec laquelle on a procédé à l'épuration de la Société ; 2° que l'adresse soit présentée par une dépulation.
Cette proposition est adoptée. — Douze commissaires sont nommés pour former la dépulation.
La séance est levée.
i. C'est-à-dire Monestier. La rédaction du Journal de la Montagne est ici incorrecte.