Voir le Moniteur, t. XXI. p. Toi
404 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [i:j sei-temhuk 1794]
Depuis quelque temps, les hommes purs gardent le silence, et l'atroce calomnie plane sur leur tête. Les accusations les plus grossières sont jetées dans le public, et il est impossible fie leur répondre, tant elles sont abominables On ose appeler les mesures révolutionnaires des actes néroniens, et comparer les patriotes énergiques aux tyrans de l'ancienne Rome.
On est fatigué d'entendre les cris d'un calomniateur qui a été autrefois le défenseur du traître d'Orléans, et qui n'a parlé de liberté que pour favoriser un changement de dynastie. Nous nous rappelons que cet homme allait recevoir les ordres du tyran quand il était dans la garde nationale.
Citoyens, ce n'est que dans les revers que le peuple se montre grand. Y a-t-il des revers aujourd'hui? sans doute. J'aimerais mieux, la perle d'une bataille que la perte d'une séance à la Convention. Je frémis lorsque je vois le Marais lever la tète, et que des hommes couverts de souillures attaquent audacieusement la Montagne. Les Jacobins doivent se montrer grands dans ce moment; ils sont /e point de mire des tyrans et des modérés, qui sont cent fois plus dangereux encore.
Vadier dénonce ensuite un homme qui a présenté, au nom des trois Comités, un rapport qu'il ne leur avait pas communiqué, et dans lequel il faisait la critique des opérations qui ont sauvé la patrie, telle que la révolution du 31 mai. II déclare qu'il y a un plan combiné pour perdre des patriotes énergiques, que l'on a déjà inutilement attaqués; mais que, quand il ne resterait que vingt Montagnards courageux, ils sauveraient la patrie de concert avec les Jacobins.
« Un jour viendra, continue-t-il, que le vent révolutionnaire soufflera, et qu'un rocher se détachera de la Montagne, et prendra la place du Marais, qu'elle aura anéanti. Que les hommes véritablement énergiques se joignent à moi, et je jure que la République est impérissable, pourvu que nous soyons toujours unis. Ce qui me rassure dans la crise actuelle, c'est que les aristocrates sont naturellement lâches ; ils n'ont en partage que la méchanceté. »
L'opinant parle de la séance du 24, dans laquelle les Jacobins furent calomniés à la Convention, et annonce que, ce jour-là, l'argent, qui était à 70 livres le marc, monta subitement à 110 livres. Il se plaint aussi de la manière perfide avec laquelle cette séance fut rendue par le Journal de la Montagne \ Il demande que la Société s'occupe des dangers de la patrie, au lieu d'entendre des pétitions qui
1. Nous donnons cette dernière phrase d'après le Journal de la Montagne.
absorbent ses moments les plus précieux, el que les hommes de bien fassent connaître au peuple les fripons qui veulent le perdre, lui et la liberté. Il dénonce des scélérats en proie aux tourments affreux de Ifeur conscience, qui veulent se donner pour des amis de l'humanité, tandis qu'il est prouvé que, dans certaines circonstances, ils se sont baignés dans le sang de leurs frères ; il accuse ces monstres de nager aujourd'hui dans le faste des sybarites, et demande fortement que la République connaisse les sources impures de ces fortunes scandaleuses. Il pense que l'on doit aussi faire un examen rigoureux de la conduite des hommes purs que l'on inculpe, et la comparer avec celle des individus coupables qui les attaquent.
« On a avancé, dit-il, que l'on voulait ressusciter le côté droit de l'Assemblée. Quels sont les hommes qui s'attachent à ce système? Ce sont ceux qui ont fait sortir l'aristocratie des prisons; qui ont soutenu que, dans ce moment, les patriotes n'étaient pas incarcérés, et que les adresses nombreuses, qui attestent le fait, sont fabriquées à Paris. Ces traîtres se disent des Brutus posthumes ; ils accusent d'être les continuateurs de Robespierre les hommes qui ont renversé ce tyran, et sans lesquels il existerait encore. Le plaisant conjuré que Le Cointre, qui sert si bien Pitt par ses dénonciations, et qui s'entend si bien dans ses spéculations mercantiles avec ce Rougyff^ qui imprime sur toutes les platitudes qui sortent de ses presses le cachet de son âme et de sa plume! Je vous parle ici pour l'intérêt de la chose publique , et nullement pour faire des récriminations ; je cherche à provoquer les talents et l'énergie des patriotes pour sauver la République. Qiumt à moi, je ne reculerai pas d'un pas, et je périrai sans cesser d'être fortement attaché à la Convention et aux Jacobins. »
Un citoyen, qui sort des prisons, où il a été enfermé pendant quarante el un jours, annonce que les pamphlets des factions y sont introduits avec profusion, et que leurs auteurs sont vantés par les aristocrates qui faisaient autrefois l'éloge des Cazalès et des Maury.
On renvoie au Comité d'administration une motion tendant à ce que le Journal de la Montagne soit augmenté d'un supplément pour rendre compte plus au long des séances de la Convention *.
Carrier présente des observations contre ceux qui veulent égarer l^opinion publique et répandre des alarmes sur ce qui se passe à l'Ecole de Mars et à Meudon. 11 invite le peuple à repousser les inquiétudes que voudraient lui donner les ennemis de la liberté. Il parle
1. Nous reproduisons celte motion d'après le Journal de la Montagne. ToiiE VI. 30
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aussi des pamplilets dégoûtants qui font le procès à la révolution du 31 mai et à toutes les époques qui ont affermi la République, Il déclare que leurs auteurs sont des dilapidaleurs infâmes, qui n'osent pas accuser les patriotes de péculat. Il rappelle les victoires éclatantes remportées depuis une année par les soins des représentants montagnards, et les périls dont la liberté a été sauvée par leur activité et leur zèle. Il annonce qu'aujourd'hui on veut leur demander compte de la mort des ennemis de la liberté, mais que les patriotes sauront bien, à leur tour, faire rendre compte à leurs accusateurs du sang de plus de cinquante mille patriotes versé par l'aristocratie. Il fait part que Pénières s'est montré depuis peu à la Convention, lui qui, depuis la révolution du 31 mai, n'était connu pour député que par le caissier de la Trésorerie nationale. Il termine en invitant les Jacobins à réunir tous leurs efforts contre leurs ennemis, qui ne sont autres que ceux de la Ilc[)ublique '.
SÉANCE DU 29 FRUCTIDOR AN II (io SEPTEMBRE 1794)
PRÉSIDENCE DE DELMAS
La Société de Tonneins-la-Montagne (Lof), qui avait envoyé dernièrement une adresse remplie de reproches injurieux pour les Jacobins, leur écrit aujourcrhui une lettre amicale et fraternelle, contenant un désaveu formel de cette pièce, surprise à sa bonne foi et à sa crédulité abusée 3.
1. Les Annales patrioliques (p. 3012) lerminent ainsi leur compte rendu : » Un autre orateur fait, à son tour, une très longue prosopopée, dans laquelle il évoque les ombres des patriotes ; il prend le pinceau dont se servait l'auteur de Thiesle et d'Atrée, quand il évoqua lombre d'Europe en pleurs. Marat parait sur la scène ; sa poitrine est couverte de sang ; il dit aux richards du jour cette belle maxime, qu'il débita à l'infâme Bailly : Une soupe aux pois est bonne pour vous, quand le peuple meui't de faim. On lui fait répéter deux fois cette dernière phrase ; enfin, après avoir employé les grands moyens oratoires, qui remuent les passions, il se résume ainsi : « Jurons une guerre à mort à cette crapuleuse aristocratie, « mais songez qu'il ne suffit pas de faire des serments, il faut les exécuter ; la li- « berté nous l'ordonne. {Vivement applaudi.) »
2. C'est une erreur. La commune de Tonneins faisait alors, comme aujourd'hui, partie du département de Lot-et-Garonne.
3. Annales patrioliques : « Oh ! oh ! s'écrient les tribunes, voilà un repentir un peu précipité ! »
Carrier annonce que plusieurs personnes lui ont assuré que cette Société de Tonneins était dans les meilleurs principes; il en conclut que l'adresse en question n'est en effet que le résultat de la précipitation et (le l'erreur.
Il demanile que la correspondance lui soit continuée.
Cette proposition est adoptée après de légers débats,
îja Société populaire, séant rue de Sèvres, écrit pour solliciter de nouveau la correspondance des Jacobins.
Raisson convertit cette demande en motion ; il prévient que la Société réclamante est composée de républicains énergiques et courageux amis des Jacobins, et dévoués à la République et la liberté.
Un membre demande la môme chose pour la Société de Mutius- Scœvola.
Un autre observe que la Société ne saurait user de trop de prudence et de précaution en accordant sa correspondance. Il demande le renvoi au Comité pour faire un rapport.
Raisson annonce qu'hier le Comité de correspondance examina la demande de la Société, séant rue de S'vres ; cet examen lui a prouvé que cette Société n'a cessé de correspondre avec les Jacobins depuis 1790.
D'après ses observations, la correspondance est continuée à cette Société. Le surplus est renvoyé au Comité.
Bassal. — Votre correspondance est trop imporlante pour qu'elle ne soit pas le premier objet <le vos délibérations ; elle présente un tableau trop réel de la situation des départements, pour que la Société ne répande pas dans la République les lumières qui lui parviennent par la voie des Sociétés affîUées. Dans tous les moments de crise, les ennemis de la République ont demandé la destruction des Jacobins et des Sociétés populaires ; le peuple témoigna constamment par son silence, et ensuite par ses murmures, l'indignation que lui causait une proposition aussi liberticide. Aujourd'hui les con,tinuateurs des Brissot, des Carra et des Gorsas reproduisent leurs anciennes calomnies ; ils prétendaient faire passer pour mensongère la correspondance des Jacobins et de la Convention, en disant que les adresses qui arrivent de toutes les parties de la République sont fabriquées ici. Les Sociétés populaires qui nous annoncent la réaction qui a eu lieu dans les départements, depuis la dernière révolution, ont rempli leur devoir avec courage. 11 est étonnant qu'au milieu de la persécution qu'elles éprouvent elles développent tant dénergie. On serait tenté de croire que le courage et l'énergie des Sociétés affiliées se sont déployés en raison de la stupeur et de l'inertie dont les Jacobins
SOCIKTÉ DES JACOBINS [15 ski-tk.muhk 1704]
eux-mêmes ont paru frappés pendant quelqui'S instants. Pour répondre à tant de zèle et de dévouement, nous devons informer nos frères de ce qui se passe à Paris, comme ils nous apprennent ce qui se passe dans les départements. Il faut leur faire savoir que la source de l'oppression est à Paris, que c'est ici que le système des persécuteurs a pris naissance, et que nous les combattrons avec vigueur. Il faut que votre Comité de correspondance présente aux Sociétés affiliées un tableau vrai et fidèle de nos discussions, de nos principes, et qu'il entre dans tous les détails de la situation où nous nous trouvons en ce moment. Je n'accuse pas le Comité de négligence ; je sais qu'il fait tout le bien qu'il peut faire ; mais ce travail s'est trouvé extraordinaireinent i-elenti par la suite des événements qui ont eu lieu. Je demande que ce Comité soit augmenté de plusieurs membres, pour rendre ses opérations plus actives, et qu'en donnant connaissance à la Société des adresses qu'il reçoit de toutes parts, il communique aussi les réponses qu'il a faites à ces adresses.
Un citoyen des tribunes annonce qu'hier, sur les dix heures du soir, des aristocrates se rassemblaient en groupes dans le Jardin- National, et que là il entendit un de ces hommes avancer que les Jacobins étaient une secte étrangère à la Convention, que le chef était Fouché, et qu'il fallait faire tomber avec lui tous ses disciples ; un patriote lui répondit qu'il n'y avait qu'un ennemi de la République qui pût prêcher la destruction des Jacobins ; il se mit en devoir d'arrêter ce prédicateur si coupable et si dangereux ; mais il avait là des partisans qui prirent aussitôt sa défense, disant que tout cela était affaire d'opinions, et qu'elles étaient libres; la garde accourut au bruit et fit retirer tous ceux qui étaient présents.
Ce citoyen ajoute que les patriotes qui se trouvèrent dans ce groupe défendirent les vrais principes, et prouvèrent aux aristocrates qu'ils sauraient en toute occasion déjouer leurs complots et arrêter leurs efforts liberticidcs.
Brochet. — Les aristocrates, qui n'osent pas paraître le jour, se rassemblent le soir dans les groupes, et là ils emploient toutes leurs ressources, mais en vain, pour corrompre l'opinion publique. Dans un de ces groupes, j'ai entendu un homme prêcher la destruction du gouvernement révolutionnaire et des Jacobins ; des patriotes s'étant présentés pour lui répondre, il eut l'adresse de s'esquiver. J'invite les Jacobins à examiner avec la plus sérieuse attention les individus qui se montrent ainsi depuis peu dans les groupes.
Un autre citoyen des tribunes fait part qu'hier, à dix heures du
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soir, quelques patriotes ont dissipé un rassemblement d'aristocrates qui prêchaient les principes les plus détestables ; il dénonce une citoyenne, qui est actuellement dans les tribunes, pour avoir pris leur parti.
Cette dénonciation excite de l'agitation dans la Société et dans les tribunes. Le président prend la parole. « Je suis instruit, dit-il, par plusieurs citojens, que nos ennemis se disposent à exciter aujourd'hui du trouble dans le sein de la Société. C'est par le calme et la sagesse que nous rendrons les efforts de nos ennemis inutiles ; j'invite les membres et les citoyens des tribunes à s'observer, et à dénoncer ceux qui voudraient nous désunir '. »
Le citoyen qui avait été interrompu reprend la parole; il annonce que l'aristocratie fait tout ce qui est en son pouvoir pour calomnier les représentants montagnards et les Jacobins ; il fait part que, s'étant trouvé aujourd'hui à dîner dans un ci-devant hôtel, il y a entendu dire par un aristocrate : « Nous aurons la fin des Jacobins ; si tout le monde était comme moi, bientôt on les mettrait tous en morceaux. » Des hommes se sont vantés qu'avant quinze jours on verra éclater un grand coup contre les Jacobins.
Boui.N. — Les Jacobins ne sont pas venus ici pour se défendre contre des assassins, mais pour y défendre les bons principes et les droits du peuple français. Qui ne sait pas depuis longtemps que les Jacobins ont des ennemis? C'est par notre constance et notre courage que nous les repousserons aujourd'hui, comme nous les avons repoussés dans d'autres circonstances. Quand le tyran Capet aiguisait des poignards contre nous, n'avcms-nous pas su nous mettre à l'abri des cruels effets de sa rage? Eh bien ! nous serons aujourd'hui
1. Voici comment les Annales patriotiques (p. 3030) rendent compte de cet incident : « Un Cordelier, qui était dans les tribunes, a demandé aussitôt la parole pour ajouter quelques faits essentiels. « Les Gordeliers, dit-il, se sont rassemblés « hier. En sortant, jai vu une excellente patriote, égarée par les fanatiques, qui « criait à l'atrocité contre un représentant du peuple fourré dans l'afTaire des Nan- « tais. Jai voulu lui desiller les yeux; mais, contre son ordinaire, elle ne m'a pas « écouté. Ainsi, vous voyez le danger. Citoyens, on a juré votre perle. Les espions « de l'aristocratie viennent dans ces tribunes ; et quand ils nous voient ici, ils « nous injurient entre eux, en disant qu'ils voient le Cordelier qui bourdonne au « milieu de la ouaille noire. Pour preuve de ce que j'avance, c'est que, dans cette « tribune de muscadins, nommée autrefois tribune de Robespierre, j'aperçois une « femme qui faisait, hier, grand ctiorus avec les modérés de la terrasse des Feuil- « lants. » A ces mots, toutes les tribunes et les sociétaires se retournèrent du côté où l'orateur fixait les yeux. On crie : La voici! La voilai — // faut la fouetter! crient quelques individus. Le plus grand tumulte régne dans la salle. Chacun s'empresse de désigner au doigt sa voisine. On allait saisir ces dames par la cotte, (piand Raisson a fait renaître le calme, etc. »
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ce que nous fûmes à cette époque, toujours fermes, toujours énergiques, toujours inébranlables.
Dans tous les coins de Paris on voit des scélérats qui cherchent à égarer Topinion publique. Ce matin l'on criait à tue-lète, et l'on distribuait effrontément à tous les passants le libelle intitulé : Les Jacobins démasqués^. J'ai vu avec plaisir des artisans, auxquels on le distribuait gratis, le prendre, jeter dessus un regard de mépris, et le fouler ensuite aux pieds.
Une citoyenne pauvre, qui défendait les bons principes, était accusée d'élre payée par les Jacobins pour parler leur langage ; elle avait des vêtements tels que ceux que nous voyons aux sans-culottes, nos frères ; celle qui l'accusait d'être payée était une femme qui avait au cou et aux oreilles des ornements riches et précieux. Je lui ai dit pour répondre à son accusation : « Il faut que les Jacobins ne paient qu'avec des vertus et du patriotisme, puisque cette citoyenne que tu accuses porte des vêtements très mauvais ; quant à toi, tu dois être bien payée, puisque tu es couverte d'or. «
Citoyens, les calomniateurs des Jacobins sont connus, leur perfidie est à découvert ; ils n'échappenjnt pas à la vindicte publique. Que ceux qui veulent tromper le peuple réfléchissent sur le sort des contre-révolutionnaires qui les ont précédés. L'échafaud est pour les conspirateurs, la liberté pour le peuple ; quand on défend les Droits de l'Homme, il ne faut pas transiger avec les principes.
Veau appuie les observations de Bassal, en disant qu'elles ont déjà été faites au Comité de correspondance, et accueillies par lui. Déjà ce Comité se dispose à présenter à la Société une circulaire aux Sociétés affiliées, pour faire un rapprochement des événements actuels avec ceux qui les ont précédés, et pour leur prouver que les Jacobins sont aujourd'hui ce qu'ils étaient à l'époque où Capet, Bailly, La Fayette, Gobourg et compagnie les proscrivaient.
Ce projet d'adresse doit être incessamment soumis à la Société.
BoissEL. — On doit se rappeler que, lorsque le tyran d'Autriche publia un manifeste contre la liberté des Français, il déclara qu'iY faisail la guerre aux Jacobins^ parce qu'en détruisant les Jacobins il savait bien qu'il ne lui serait pas difficile de détruire la liberté. Je demande que ceux qui prêchent la destruction des Jacobins soient traités comme satellites des despotes.
LoYS. — Les ennemis du peuple ont levé le masque ; ce ne sont
i. Les Jacobins démasqués, suite au » Front de Robespierre et de sa clique ou Nécessité de la liberté de la presse ». Imprimerie des patriotes, s. cl., iii-8° de 8 pages. — lîibl. nat., Lb. 41/1278.
pas seulement les Jacobins qu'ils veulent anéantir, mais toutes les Sociétés populaires. Toutes les fois qu'on a voulu renverser la liberté, on a proposé la destruction des Sociétés populaires. Faisons ce que nous avons fait dans toutes les circonstances difficiles : restons calmes et tranquilles ; montrons aux Sociétés affiliées que les Jacobins sont résolus de périr pour la défense des Sociétés populaires et de la liberté. Nous connaissons en ce moment le but de ceux qui ont demandé à grands cris la liberté illimitée de la presse. Ils voulaient qu'il fût permis de demander le rétablissement de la royauté. Aujourd'hui l'aristocratie commence à dire que nous ne serons jamais heureux, si nous n'avons pas un roi; et, pour parvenir à relever le trône de l'infâme tyran, elle cherche à détruire les Sociétés populaires, qui toutes ont juré de s'ensevelir sous les ruines de leurs asiles plutôt que redevenir esclaves.
Loys termine par demander que la Société s'occupe de d'onner la plus grande activité à sa correspondance.
La Société arrête que le nombre des membres de son Comité de correspondance sera augmenté de moitié, et qu'à la suite des adresses qui seront lues à la tribune, le rapporteur donnera connaissance d'un extrait des réponses qui auront été faites aux Sociétés affiliées.
Le Comité de présentation est chargé de donner une liste de douze membres dans la prochaine séance.
On renvoie au Comité des défenseurs officieux les réclamations du citoyen Dandelot, qui dit avoir été incarcéré en vertu de fausses dénonciations portées contre lui par un représentant du peuple qu'il ne nomme pas, et qu'il dit avoir des renseignements en faveur des patriotes incarcérés du département de l'Ain.
ine députation de la Société des Amis de la République une et indivisible, séant rue Montmartre, fait lecture d'une adresse contre ceux qui demandent la destruction des Jacobins ; elle finit par inviter la Société à accorder à celle des Amis de la République l'affiliation et la correspondance.
L'adresse de cette députation est accueillie par les plus vifs et les plus nombreux applaudissements. Le président donne l'accolade fraternelle à la députation.
DuiiEM. — Après la lecture que vous venez d'entendre , je crois que la demande que je me propose de vous faire n'éprouvera aucune difficulté ; mais je dois la faire précéder de quelques réflexions sur la situation dans laquelle nous nous trouvons. Les sentiments que la députation vient de manifester sont partagés par tous les patriotes
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de la République ; il n'est que trop vrai que les aristocrates s'imaginent pouvoir lever impunément la tête, et que, dénaturant de la manière la plus perfide Tiine de vos séances, ils ont osé proposer votre dissolution et celle des Sociétés populaires ; mais la liberté est impérissable ; les Sociétés populaires, qui en sont les plus fermes colonnes, ne seront pas anéanties. On le répète depuis cinq ans : les Sociétés populaires sont les hussards de la Révolution et de l'Assemblée représentative ; elles sont les vedettes des amis de la liberté. Jamais elles ne se laisseront surprendre par les voleurs de mouchoirs et les intrigants.
Un certain nombre d'individus a demandé dans le temps la liberté indéfinie de la presse ; ce sont ces hommes-là qui en jouissent aujourd'hui |)Our calomnier tous les jours les patriotes.
Que font les patriotes à leur tour? Ils se taisent, marchent dans le sentier de la justice, et se pressent d'atteindre au but.
Que font les Jacobins, tandis que les aristocrates achètent avec profusion des libelles inlàmes? Ils ne leur répondent pas, ils soutiennent les vrais principes, et livrent les calomniateurs à leurs remords, s'ils en sont encore susceptibles, et au sort trop certain qui les attend.
Semblables ai^ rocher qui voit les Ilots irrités se briser en écume à ses pieds, et qui reste toujours rocher, les Jacobins, au milieu des fureurs de leurs ennemis, restent immobiles et inébranlables : voilà ce qu'ils ont été depuis cinq ans; ces petites bourrasques qui se manifestent maintenant ne sont rien en comparaison de celles qu'ils ont éprouvées.
Aujourd'hui nous avons affaire à des hommes qui n'agissent que pour satisfaire leurs passions individuelles, et qui ont la stupidité de s'allier avec des aristocrates et des femmes d'émigrés. Nous avons à combattre des individus qui ont fait cause commune avec des voleurs, des entrepreneurs, des dilapidateurs de la fortune publique. Si nous sommes venus à bout de proscrire les cordons bleus, les cordons rouges, les nobles, les prélats, les prêtres, certes il ne nous sera pas plus difficile de renverser ceux qui osent nous attaquer aujourd'hui.
Depuis quelques jours, on cherche à faire naître des mouvements parmi le peuple généreux de Paris, qui a fait la Révolution ; il n'est rien que l'on ne mette en œuvre pour aigrir les esprits ; j'ai vu avec plaisir que les bons citoyens foulaient à leurs pieds les libelles qu'on leur présentait gratis : j'ai vu les sans-culottes réfuter les muscadins, et les 'femmes répondre à leurs arguments subtils ; j'ai entendu des hommes qui n'ont pas reçu ce qu'on appelle éducation et qui sen-
tent parfaitement où résident la liberté et l'égalité ; j'ai les ai entendus combattre victorieusement Taristocratie et ses sophismes. C'est par notre conduite ferme et prudente, c'est par notre attachement inviolable à la Convention nationale, que nous devons répondre aux calomniateurs ; c'est en prouvant, quoi qu'en disent les Fréron, les Tallien, les Rougyff et consorts, que nous ne sommes pas les hommes du 9 thermidor, et qu'il n'y a dans la Société aucun de ces insensés qui osèrent s'élever contre l'autorité nationale. Nos ennemis disent que nous sommes des hommes de sang : nous leur prouverons que non, en nous contentant de les couvrir de mépris. Nous leur montrerons qu'un décret qui les déclare calomniateurs nous suffit, et partout nous pouvons dire avec certitude que les Jacobins sont en sûreté tant qu'ils n'auront pour assaillants que des individus courbés sous le poids de la honte qui les poursuit, et de l'indignation publique qui les accable. On voudrait faire croire que nous voulons faire revivre les jours de sang, et cYst nous qui avons été opprimés par la tyrannie. Ceux qui nous attaquent ont été plus que nous les partisans du tyran que nous avons abattu. Un temps viendra que nous pourrons montrer à découvert toute leur infamie. Jusqu'à ce moment, contentons-nous d'être en sentinelle pour découvrir et déjouer les ennemis de la liberté. Je demande l'impressio^n, l'affiche et l'envoi à toutes les Sociétés affiliées de la lettre qui vient de vous être lue, ainsi que la réponse du président. (Adopté.)
La Société accorde sa correspondance à celle des Amis de la République.
Un membre observe qu'il y a une loi contre ceux qui calomnient les Sociétés populaires ; il invite les Jacobins à en demander l'exécution. [Murmures).
DuuEM. — Je crois que les patriotes qui composent les Sociétés populaires doivent se trouver assez forts pour laisser aux autorités constituées le soin d'exécuter la loi. Ce n'est pas à nous à la provoquer ; si vos calomniateurs pouvaient trouver dans une de vos séances quelques mots contre la liberté de la presse, ils ne manqueraient pas de s'en servir. Il faut leur laisser vomir leurs poisons ; je crois que tous les Jacobins de la République, semblables à la statue de l'Hercule français, tiendront leur massue en l'air sans en frapper les reptiles qui s'amoncellent autour d'eux ; laissons-les croasser, et bientôt nous les verrons tomber à nos pieds. Notre seule réponse est dans notre conduite et dans nos actions. Je demande l'ordre du jour. [Adopté.)
Chrétien demande que la Société se défie du piège qui est tendu
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par les Sociétés sectionnaires, qui ne manqueront pas de lui envoyer des adresses énergiques pour obtenir sa correspondance ; il se plaint de ce qu'il a entendu quelques membres parler en faveur d'une Société quia été autrefois dominée parle ministre Destournelles, et qui a fait beaucoup de mal.
La Société passe à l'ordre du jour, motivé sur un arrêté antérieur.
Lebourg ajoute quelques observations à ce qui a été dit sur les groupes d'aristocrates ; il annonce qu'aujourd'bui il s'est approché d'un de ces groupes, et qu'il y a entendu dire que la liberté de la presse était nécessaire, et que les Jacobins seuls s'y opposaient pour ne pas être démasqués ; que les adresses qui nous arrivent de toutes les parties de la République sont faites ici ; que les Jacobins d'aujourd'hui ne sont pas ceux de 178'.), mais les complices de Robespierre ; il fait part que les patriotes et lui qui étaient présents ont pulvérisé ces aristocrates et les ont dispersés. Deux citoyens, qui sortaient de la manufacture d'armes, leur ont dit qu'ils se faisaient gloire de défendre les Jacobins et d'aller dans leurs tribunes.
L'opinant termine en invitant les bons patriotes à se rendre dans les groupes pour y défendre les principes de la liberté, et leur annonce que les calomniateurs disparaîtront à leur approche.