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Tome VI

b14 SOCIETE DES JACOBINS [26 septembre 1794]

tionale est notre point de ralliement, et l'échafaud attend ceux qui voudraient porter atteinte à l'existence des Sociétés populaires.

« Signé Corby, capitaine au 2* bataillon du Loiret. »

Merlino. — Les sentiments que vous venez d'entendre sont ceux que je professe depuis 45 ans ; je n'ai jamais pu croire que les apôtres du mensonge et les soutiens de la royauté fussent des patriotes. Cependant il arrive souvent que, dans les nominations que l'on a faites à la Convention ou ici, on met dans les places des nobles et des prêtres. Je fais la motion expresse que dorénavant la Société ne charge d'aucune fonction aucun noble ni aucun prêtre.

Un membre demande l'ordre -du jour motivé sur ce que les nobles et les prêtres doivent être exclus de droit des Sociétés populaires.

Lacombe. — Je demande aussi l'ordre du jour, mais en le motivant sur ce que Merlino n'a parlé que pour jeter une pomme de discorde entre les citoyens.

Levasseur donne des détails sur la dernière victoire remportée par l'armée de Sambre-et-Meuse. L'armée ennemie était très avantageusement retranchée sur une montagne à pic qu'entourait une rivière. La nombreuse artillerie qu'ils avaient placée dans les redoutes vomissait une pluie à mitraille et des boulets sans nombre sur nos frères. Les intrépides républicains traversent la rivière en portant leurs gibernes sous le bras, et leurs fusils sur la tète, de peur de les mouiller. Ils gravissent la montagne, en s'accrochant aux arbres d'une main, et tenant leurs armes de l'autre ; ils parviennent ainsi jusqu'à l'ennemi, qu'ils mettent en déroute, et auquel ils prennent sur-lechamp 9 canons, 25 caissons attelés et 1,200 hommes. Les Impériaux leur demandent aussitôt la vie à genoux. La cavalerie ennemie était tellement effrayée, qu'elle se précipitait du haut de la montagne dans la rivière; des pelotons de 15 ou 20 Autrichiens se jetèrent aux genoux de deux ou trois Français. Le général Moreau a fait des prodiges de valeur dans cette journée. Il est monté le premier au rocher avec un volontaire qui l'accompagnait.

« Ce récit fait voir, dit un membre, que les Autrichiens sont toujours fort mal sur la montagne. » {On rit et on applaudit.)

La Société arrête l'impression par extrait du Journal de la Montagne de toutes les lettres lues par Levasseur, qui annonce en terminant que la Convention dans sa séance de ce matin a mis en liberté Clémence et Marchand. [On applaudit.)

Crassous présente, au nom du Comité de correspondance, l'exposé de la conduite des Jacobins depuis le 9 thermidor, et l'exposé de

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celle de leurs ennemis. Ce travail est accueilli par de nombreux applaudissements. La Société en arrête l'impression, Taffiche, la distribution aux membres de la Convention et aux citojens des tribunes, ainsi que l'envoi aux Sociétés populaires et aux sections. Des commissaires sont nommés pour surveiller et accélérer cette impression *.

Uyi membre fait lecture d'un discours sur les circonstances présentes. « L'aristocratie relève la tête, dit-il, et déjà elle fait revivre Condorcet et le proclame auteur d'une constitution qui vous réconciliera avec les ro«s. Les Jacobins réconciliés avec les rois ! C'est le renversement de toutes les idées. »

L'opinant compare ensuite le temps où la faction de la Gironde s'agitait en tout sens au temps où nous nous trouvons ; il en tire des rapprochements d'où il conclut que l'on suit de nos jours le même système que les Girondins suivaient alors.

a Roland et ses complices, dit-il, avilissaient les patriotes, en les travestissant en hommes de sang, en septembriseurs : aujourd'hui les mêmes calomnies sont répétées par les nouveaux conspirateurs. Roland et ses complices s'appuyaient des prétendus honnêtes gens : les nouveaux conspirateurs ont rallié autour d'eux les royalistes, les modérés, les indulgents, les aristocrates de toutes les espèces. Roland et ses complices ne protégeaient que celles des Sociétés populaires qui leur étaient dévouées : les monarchistes modernes veulent détruire celles qui surveillent leurs manœuvres. Roland et ses complices s'écriaient avec tous les royalistes : Nous voulons la République une et indivisible , et cela au moment où ils la déchiraient en lambeaux ; et les conspirateurs modernes s'écrient avec les modérés, les fripons et les royalistes: Vive la Convention! et cela au moment où ils la trompent et la trahissent. Ce cri respectable est souillé en passant par la bouche de ces misérables. »

Comme les meilleurs patriotes de la République et la Société des .Jacobins sont l'objet de milliers de libelles qu'ils méprisent ; attendu qu'ils sont accusés de vouloir dominer la Convention, et de

1. Voir la pièce suivante. — Ici, le Journal de la Montagne place une dénonciation faite par un citoyen des tribunes, Bailly, aubergiste, résidant dans la section des Piques, contre un particulier qui disait aux citoyens faisant la queue sur le port au charbon que les Jacobins étaient cause de la pénurie des subsistances, tt Ce prédicant agitateur n'était autre qu'un de ces individus mis en avant pour aigrir, soulever et irriter le peuple contre la Société. » La Société avait ordonné l'insertion de cette dénonciation au Journal de la Montagne, mais le rédacteur de ce journal annonce qu'il n'a pas reçu le texte de la dénonciation.

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vouloir élever une puissance rivale de la sienne, l'opinant conclul par demander :

1° Que la Société déclare que, pendant que nos généreux défenseurs triomphent des ennemis du dehors, elle est résolue de combattre avec la même arme et la même vigueur tous les ennemis de l'égalité dans l'intérieur, tous les intrigants et tous les traîtres ;

2° Qu'elle se dévouera toujours à la défense des patriotes opprimés ;

3° Qu'elle ne forme qu'un seul tout avec les patriotes de la République et la Convention nationale;

4» Qu'elle est remplie de confiance, de respect, d'amour et de soumission pour les lois bienfaisantes qui émanent de sa sagesse;

50 Que rien ne pourra la détacher de la Convention;

6° Que cette admiration n'est pas le fruit de l'enthousiasme, mais le résultat de la réflexion et d'une reconnaissance sentie pour ses inombrables travaux, et pour l'énergie avec laquelle elle a extirpé toutes les factions de son sein ;

7* Que le catalogue des nombres de la Société, depuis le 10 tbermidor, sera imprimé, afin de prouver qu'aucun d'eux n'a pris part à la rébellion de Robespierre.

8<> L'opinant demande qu'on mette à l'ordre du jour la discussion sur l'instruction publique, sur les moyens de raviver le commerce, l'industrie, et de faire fleurir l'agriculture ;

90 Et enfin que, pour détruire la malveillance des hommes qui font la guerre aux patriotes, les Comités de présentation et de correspondance proposent un Comité de neuf membres, qui sera chargé de présenter les meilleurs moyens de diriger l'opinion publique, en se concertant au besoin avec les Comités de salut public et de sûreté générale.

On demande l'impression de ce projet. La Société l'arrête '.

Crassous observe qu'il en faudra retrancher ces mots : « Se concerter avec les Comités de salut public et de sûreté générale ». <( Cela ne peut pas convenir dans ce moment-ci, dit-il : la Société a bien le droit de surveiller les ennemis de la chose publique, mais non pas celui de se mêler des opérations du gouvernement. »

L'observation de Crassous est admise, et la séance est levée.

1. Discours prononcé par F.-V. Aigoin, dans la séance du ,î vendémiaire an III. Imprimé par ordre de la Société. Paris, imprimerie des saas-culoltes, s. d., in-8° de 16 p. — Bibl. nat., Lb 40/2330.

RAPPORT FAIT A LA SOCIÉTÉ DES JACOBINS PAR SON COMITE DE CORRESPONDANCE

De l'imprimerie sans-culottide de G.-F. Galetti, s. d., in-S" de 8 p. — Bibl. nat.,

Lb. 40/792.

Les communications réciproques étant le seul moyen de rendre à la vérité tout son éclat, vous avez arrêté que vous feriez connaître aux Sociétés affiliées ce qui se passe dans votre sein et autour de vous, de même qu'elles vous font part de tout ce qui intéresse la chose publique dans les départements; votre Comité de correspondance vient remplir cette tâche. Si les Jacobins ont pris la ferme résolution de ne pas répondre aux libelles dégoûtants dont on cherche à fatiguer le peuple, ils se doivent à eux-mêmes de développer leur conduite et celle de leurs ennemis ; c'est par ce développement que pourront se démêler les motifs cachés de la guerre affreuse qui vous est suscitée.

La Société, ayant repris le lieu de ses séances, qui avait été usurpé par les satellites de Robespierre dans la nuit du 9 au 10 thermidor, s'est empressée de se recomposer et d'exclure tous ceux qui avaient participé à la révolte. Les membres chargés de l'épuration n'étaient certainement pas disposés à faire grâce, et plus de cent de ceux qui s'étaient présentés, ont été rejetés; l'épuration a été continuée d'après les mêmes bases, et aujourd'hui encore aucun candidat n'est admis sans rapporter la preuve écrite de ce qu'il a fait contre la tyrannie dans la nuit du 9 au 10.

Les séances ont été souvent occupées dans ces premiers jours par le nombre des abus qui s'étaient glissés au milieu des efforts du patriotisme dans la marche révolutionnaire ; bientôt une question a été élevée sur la liberté ou sur la garantie de la liberté de la presse ; elle a donné lieu à des débats qui ont plus roulé sur la manière de poser la question et sur l'inutilité de l'agiter que sur la question elle-même, parce qu'elle est décidée dans la Déclaration des droits, et que les lois révolutionnaires ont posé les limites que la liberté elle-même exige. Les débats ont fini sans aucune délibération de la Société, qui n'en avait réellement aucune à prendre.

Cependant une réaction cruelle s'est fait sentir ; la correspondance de la Société, longtemps interrompue, s'est renouée par les

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adresses multipliées que les Sociétés affiliées lui ont fait parvenir de tous les points de la République. Le patriotisme persécuté; l'aristocratie et le fédéralisme relevant la tète, l'élargissement d'hommes regardés jusqu'alors comme suspects, leur mouvement pour se venger des patriotes, tous ces tableaux déchirants ont réveillé la suUicitude de la Société. Une première mesure, consacrée par un décret de la Convention nationale, avait paru propre à arrêter toutes les craintes ; l'impression de la liste des détenus, mis en liberté de- ])uis le 9 thermidor, semblait devoir éclairer sur les individus, de manière à garantir les patriotes de l'oppression et à prévenir les tentatives des ennemis du peuple : c'est ce vœu que la Société a cru devoir exprimer à la Convention nationale, persuadée que, quoique le décret fût rapporté, il j' avait cependant des observations essentielles qui pouvaient déterminer à un nouvel examen de la proposition.

Le sentiment qui avait porté la Société à cette démarche ne lui a pas permis de voir avec indifférence la grande lutte qui s'est élevée dans la Convention nationale, le procès fait au gouvernement révolutionnaire, à la Convention elle-même, ou plutôt à tout le peuple, sous le nom de dénonciation contre six anciens membres des Comités de salut public et de sûreté générale. Le décret qui a déclaré ces inculpations calomnieuses a laissé voir dans leur auteur un homme évidemment en opposition avec le gouvernement révolutionnaire. Une funeste indulgence pour les ennemis du peuple s'annonçait dans les écrits de deux autres membres, qui, en parlant de clémence, menaçaient sans cesse, et osaient provoquer des mouvements incorrects jusque dans vos séances. La Société a invité ces membres à une explication ; l'un s'y est refusé ; l'autre a été entendu, et le résultat d'une discussion solennelle a été l'exclusion de Le Cointre, Tallien et Fréron.

Depuis ce temps, la Société ne s'est plus occupée des individus ; ses discussions ont constamment porté sur les dangers de la réaction, sur l'oppression des patriotes, sur la nécessité de rendre la force d'une justice sévère au gouvernement révolutionnaire, de ramener à exécution les lois du 23 août et du 17 septembre ; elle a fait imprimer et insérer au Journal de la Montagne des adresses dans lesquelles l'énergie était jointe à la justesse des principes ; elle a mis sous les yeux de la Convention nationale et de ses Comités tout ce qui pouvait fournir des lumières sur la situation de la République ; elle a écrit des circulaires aux Sociétés affiliées; elle s'est mise en garde contre les pièges dont on a cherché à l'environner ; elle a recueilli les avis, les renseignements de tous les patriotes. Si

dans les discours, dans les opinions particulières, quelques mots échappés ont porté à des fausses interprétations, ces phrases ne constituent point les délibérations de la Société ; ses délibérations, calquées sur le principe de l'égalité, se ralliant toujours à la Convention nationale, seul centre de la République, échauffées par l'amour de la liberté, n'ont contenu autre chose que la crainte salutaire de voir la démocratie attaquée par des hommes pervers, le gouvernement républicain ébranlé, et les triomphes de la République compromis.

Cette conduite contrarie les progrès de l'aristocratie et du modérantisme ; aussi a-t-on juré de nouveau la perte de la Société ; le plan que l'on a embrassé est le même que celui pour lequel la liste «ivile dissipait des sommes considérables, le même que les Girondins ont suivi après la cour ; il aura sans doute le même succès.

Payer des libellistes à gages, étourdir le pubUc par des pamphlets insignifiants, disséquer les phrases, les mots pour les interpréter avec noirceur, répandre des doutes sur la réalité des plaintes qui s'élèvent des départements, les attribuer à la Société, prétendre qu'une opinion contre les opinions d'un membre de la Convention ost une agression contre la Convention elle-même, faire suspecter les intentions, calomnier sans pudeur, accoler les Jacobins à tous les orimes, à toutes les conspirations, voilà ce qu'on fait depuis un mois, voilà ce qu'on fait depuis le commencement de la Révolution.

Ceux qui prêchaient ici le système d'indulgence universelle n'ont plus été entendus ici avec faveur, quand le cri des patriotes opprimés a retenti dans la Société ; l'un d'eux a dit qu'il avait espéré faire quelque chose de la Société, mais que c'était impossible ; il s'en est retiré, et les trois membres retirés en ont entraîné d'autres; le baiser qu'ils se sont donnés en sortant a été le signal de la déclaration de guerre ; voilà nos ennemis ; l'exclusion de Brissot et des Girondins avait produit le même effet.

C'est de cette exclusion que datent les libelles, les affiches, les journaux et toutes les productions des presses de Rougiff. Cette exclusion a été désignée comme une atteinte à la représentation nationale, comme le prélude de l'assassinat de TaUien ; elle a motivé la demande faite d'empêcher les représentants du peuple d'être membres des Sociétés populaires et la provocation de dissoudre les Jacobins.

D'un côté, on a osé exciter le peuple à se lever en masse contre la Société, comme il l'avait fait contre le château au 10 août; d'un autre côté, on a renouvelé toutes les manœuvres du château contre la Société ; les pièces trouvées chez l'intendant de la liste civile nous

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ont fait connaître combien on payait les affiches, les journalistes, les afficheurs, les colporteurs.

Haro su?' les Jacobins, plus de Jacobins; 1'", 2% 3*, A", 5° dénonciations contre les Jacobins ; les Jacobins dénoncés, journal à deux liards, tout cela était tarifé chez Laporte. Aujourd'hui, si nous ne connaissons pas la bourse qui fournit les fonds, nous voyons les mêmes œuvres, à peu près les mêmes titres ; n'y a-t-il [)as un intérêt semblable qui les dirige?

Gomme alors, on a lancé des émissaires dans les groupes, pour exciter du bruit et l'attribuer aux Jacobins; on a dit, d'accord avec ces émissaires, que les Jacobins voulaient détruire la Convention nationale.

On a fait plus : des hommes sont venus jusqu'à votre tribune jeter des propositions qui pussent accréditer l'accusation ; les mesures provoquées contre vous auraient été motivées sur votre silence même, si vous n'aviez aperçu le piège et fait justice du dangereux provocateur.

Les mouvements qui se sont manifestés à Marseille ont fourni une autre occasion ; on a dit qu'ils prenaient leur source à Paris, que vous aviez demandé un bataillon de Marseillais ; on vous a peints comme levant des hommes, formant des armées, et, malgré la publicité de toutes vos actions, Merlin a demandé l'apposition des scellés sur les papiers de la Société.

Heureusement que l'existence des Sociétés populaires est consacrée pour la constitution, que le dessein de les détruire a passé dans toutes ces attaques ; le peuple ne s'y est pas trompé, et la Convention s'est déclarée la protectrice des Sociétés populaires. Alors on a rabattu sur les individus : on a prétendu qu'il y avait des meneurs cachés qui en faisaient mouvoir d'autres, qui avaient des lieutenants ; et avec ce mot on se flatte de fermer la bouche à quiconque voudra parler. On vous recherchera et sur vos discours, et sur votre silence ; on se déclare le champion de la liberté de la presse, et on ne rougit pas de comprimer la liberté des opinions.

Il faut cependant reconnaître au milieu de toutes ces fureurs et distinguer ce qui porte contre la Société ou contre ces membres, de ce qui porte contre le gouvernement révolutionnaire, ce qui est une atteinte directe à la Constitution elle-même, aux principes de l'égalité et de la liberté. Les muscadins avaient mis à la mode pendant quelque temps de faire le Jacobin ; ils y ont remis aujourd'hui de crier contre les Jacobins. Ce n'est pas ce qui doit affecter; mais où mènent les aboiements des colporteurs, les journaux déguisés sous

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les noms populaires, les injures, les calomnies, les armes empoisonnées qui ont fait périr tous ceux qui s'en sont servis ? Ne fait-on tant de bruit que pour détourner l'attention, et, à la faveur des oscillations qu'on donnerait à l'opinion, essayer quelque système destructif de la Société?

11 est impossible de relever la perfidie du prétendu orateur du peuple qui a présenté l'établissement de Meudon sous la forme du camp de César, où l'on ne pouvait entrer à peine de mort, renfermant les munitions de guerre, interceptant le cours de la Seine et menaçant Paris. Les déclarations des représentants du peuple ont confondu cette vile imposture, et chacun sait que les menaces de mort n'étaient autres que le cri de ralliement de tous les Français : Liberté, égalité, ou la mort ! Les affiches et les expériences que Tintérôt de la République fait faire à Meudon ne sont redoutables qu'aux ennemis de l'égalité.

Mais il est essentiel de remarquer avec quel soin on s'est attaché à développer les abus dont le gouvernement révolutionnaire a été fatigué en les séparant des avantages qu'il a procurés à la République pour vous peindre comme les continuateurs des abus et pour détruire l'institution en elle-même, comme si le peuple ne voulait pas finir sa révolution, comme s'il pouvait la finir sans le gouvernement révolutionnaire, comme si la Convention n'était pas déterminée à punir tous les fripons qui ne se sont servis de la puissance que pour leur propre compte, comme si les lois révolutionnaires ne frappaient pas tous les ennemis du peuple parmi lesquels les dilapidateurstiennent un rang si formidable.

D'autres idées ont été jetées au hasard. Tantôt il a été question d'un million d'hommes qui en nourrissait vingt-quatre millions; tantôt d'une classe intermédiaire du peuple qui a fait, dit-on, la révolution au 9 thermidor; ces mots ne sont peut être qu'une fausse énonciation, il n'y a encore rien de précis, mais il y en a assez pour se tenir sur ses gardes; car l'aristocratie ne peut manquer de saisir ces mots, de les accréditer, d'en tirer des inductions funestes.

« Observez, disent aux Sociétés populaires les trois Comités réunis, dans le rapport sur la situation de la République, observez attentivement la marche du gouvernement, surveillez les fonctionnaire publics ; vous apprîtes aux hommes que pour être libres et conserver la liberté, ils devaient s'instruire et connaître leurs droits et leur^ devoirs. »

Pour conserver la liberté, il ne faut pas en détruire le fondement, l'égalité; si l'on voulait tenter de corrompre la nature du gouverne-

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i:ienl, si un million d'hommes prétendait aujourd'hui qu'il en nourrit vingt-quatre millions pour les asservir demain, si l'on éludait {sic) une classe intermédiaire au-dessus d'une troisième classe, en réveillant ainsi les trois ordres, ne voit-on pas que, cette distinction une fois établie, on en ferait résulter quelque forme aristocratique pour mettre la force et la puissance dans la minorité riche, et créer les deux chambres, ou toute autre institution semblable? Quel serait alors le fruit des travaux (Ui peuple, de ses six ans de révolution? Une position mille fois pire que celle dont il est sorti en brisant ses fers.

Peut-être n'est-ce ici qu'une fausse alarme, mais l'aristocratie est toujours là, et, dès qu'elle paraît, il faut signaler son drapeau ; le peuple jugera la part qu'elle a dans tous les débats suscités aux Jacobins, il verra que c'est toujours la même main qui les attaque; toujours Pitt et Gobourg qui, soit à l'aide de la liste civile et de Iloyou, soit à l'aide des Girondins et de Gorsas, soit à l'aide des indulgents et de Fréron et compagnie, veulent détruire les Sociétés populaires, qui font leur effroi.

Tel est le tableau de votre position actuelle ; vous le présenter, c'est vous avertir du danger, c'est réveiller l'énergie républicaine, c'est assurer les patriotes que vous saurez faire tête à l'orage, et que vous n'avez pas oublié que votre devise est toujours : Liberté, 'Égalité ou LA Mort.

La Société des Ainis de la Liberté et de rh'galité a arrêté dans sa .séance du 5 vendémiaire, l'an troisième de la République, que l'adresse ■à-dessus et des autres parts (sic) serait imprimée, affichée, distribuée, /envoyée à toutes les Sociétés affiliées, aux armées et aux quarantehuit sections de Paris.

Bassal, président ; Bouln, vice-président; Duuem, Cleysal [sic], DuDOSQ, Cuambellan, Eynaud, Loys, secrétaires.

SÉANCE DU 7 VENDÉMIAIRE AN III (28 SEPTEMBRE 1794) ' présidence de bassal

Le Comité de présentation propose douze membres pour le Comité d'administration : la Société les agrée.

1. Nous reproduisons cette séance d'après le Journal de la Montarjne.

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[Boissel « pose en principe que loule arrestation qui n'est point motivée sur une contravention aux lois révolutionnaires, et appuyée sur une dénonciation en forme, est un acte contre-révolutionnaire ». 11 demande que les commissaires chargés d'obtenir rélargissement de Loys se transportent ce soir même au Comité de sûreté générale.

Levasscur répond qu'ils y sont ailes avant hier avec une attestation de civisme de la section Bon-Conseil.

Le Comité leur a répondu que Loys était arrêté, non seulement comme {"rère d'émigré, mais comme ayant facilité l'émigration de son frère.

Monestier présente de bons agriculteurs du district de Pau, qui apportent à l'aris en don fraternel 11,541 livres pesant de porc salé', et en annoncent -3,000 autres livres.

Il se plaint qu'Audouin, membre du Comité de correspondance de la Conv.'ntion, ne publie pas les adresses nombreuses des communes du Puy-de- Dôme relatives à la mort de Couthon et que l'orateur communique soigneusement à ce Comité.

Il donne lecture d'une adresse de la Société de Clermont, qui demande la rjclusion des suspects et invite la Convention à s'appuyer sur les Jacobins. La Société arrête l'insertion de celte adresse au Journal de la Montagne.

On continue la lecture de la correspondance.

Les patriotes d'Avignon se plaignent que le représentant du peuple Gou- I-illeau, entouré d'ennemis do la Révolution, comprime le patriotisme et proli'ge le crime.

Raisson déclare qu'il y a quinze jours, une lettre, que lui avait remise un <-itoyen des tribunes, accusait Goupilieau d'avoir promis qu'il fermerait la Société populaire en arrivant à Avignon. Il ne lut pas celte lettre à la Société, parce qu'elle était anonyme. Il invite la Société à ne pas'imprimer et afficher l'adresse d'Avignon avant d'avoir vérifié l'exactitude des allégations qu'elle renferme.

La Société renvoie cette adresse au Comité de salut public]

Un élève de l'Ecole de Mars écrit qu'il se répand dans le camp, et «ju'on lui a assuré, à lui et à plusieurs de ses camarades, que les Jacobins criaient : A bas la Convention !

La Société arrête que l'adresse par elle votée aux Sociétés affiliées, et les procès-verbaux de ses séances des 23 et 25 fructidor dernier, seront envoyés à nos jeunes frères du camp des Sablons, comme garants authentiques des sentiments éternels et des principes immuables des Jacobins.

[La correspondance devenant de plus en plus volumineuse on demande que le lecteur se borne à en donner des extraits.]

Clémence et Marchand se présentent à la tribune pour remercier la Société de l'intérêt qu'elle leur a témoigné pendant leur détention.

[Clémence trace un rapide exposé de tout ce qui se passe dans les prisons ; il assure que les patriotes sont l'objet d'une persécution particulière, et qu'on

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y fait chaque jour courir le bruit que l'intention des Jacobins est de dissoudre la Convention. Il finit par engager la Société à s'occuper du sort des malheureux pères de famille détenus.]

Marchand. — Le tableau que vous a fait mon collègue de ce qui pc passe dans les prisons n'est que trop ressemblant ; je ne puis ajouterici qu'un seul trait caractéristique de la perversité de certains êtres, amis de tous les vices et étrangers à toutes les vertus ; un homme n'a pas rougi d'offrir 2,000 écus à chacune de nos épouses, si nous voulions consentir à ne pas faire transférer à la Conciergerie un certain fermier que nous avons fait arrêter, et qui cependant s'est trouvi; dans l'une des tribunes de la Convention, lorsque le décret qui nous rendait la liberté fut porté. 11 a écrit au président de la Convention que nous étions des dilapidateurs, et que nous avions volé l'argenleritï du district de Gonesse. Citoyens, c'est une calomnie révoltante; nous avons des reçus de tous les objets que nous avons déposés ; cet homme voulait faire rapporter le décret qui nous met en liberté.

AuDOuiN. — Citoyens, on a pensé qu'on ne devait attaquer Robespierre qu'au moment où on serait certain de le frapper à coup sûr el de le terrasser; voilà l'unique cause de l'oppression trop longtemps prolongée dans laquelle ce tyran a retenu le peuple : que cet exemple nous serve; gardons-nous d'accorder un aussi long délai à ses continuateurs.

Je vais vous prouver que depuis cinq ans l'aristocratie a été accueillie, fêtée, caressée, placée, mise en réquisition, et qu'elle seule enfin n'a cessé d'accumuler tous les trésors sous sa main et toutes les prérogatives sur sa tête.

Les patriotes font la révolution de 89; elle ne tarde pas à tourner au seul profit de Gapet, et soudain une constitution monarchique lui donne les moyens d'opprimer les Français. La révolution du 10 août amène la République une et indivisible ; la faction des Girondins et des Brissotins allait la diviser et la morceler par le fédéralisme, lorsque les journées des 31 mai, l^"" et 2 juin virent tomber les factieux et la friction. Enfin arrive le 9 thermidor, jour terrible, dont lo souvenir doit à jamais faire trembler tous ceux qui seraient assez, insensés pour voubjir usurper la souveraineté du peuple.

Le 8 thermidor, les patriotes, en sortant de la séance de la Convention, se serrent la main, et jurent la perte du tyran, et dés le soir même Robespierre est attaqué à cette tribune.

Le lendemain, les patriotes, pleins de leur serment de la veille et brûlant du saint désir de sauver la chose publique, arrivent d(; bonne heure à la Convention; déjà le minisire de Robespierre, Saint-Just,

occupait la tribune. Il venait pour y dénoncer les conspirateurs et sauver les honnêtes gens. Citoyens, les conspirateurs que Saint-Just voulait accuser sont les mômes hommes que Le Gointre (de Versailles), continuateur de Robespierre, quoique couvert d'un masque différent, a dénoncés, et les honnêtes gens que Saint-Just prétendait sauver étaient les Dumas, les Fleuriot et la commune rebelle, que la Convention a anéantis.

Ceux que la faction aristocratique accuse de vouloir rétablir le système oppresseur de Robespierre sont les mêmes qui s'opposèrent à la loi du 22 prairial, qui soutinrent que, si cette loi passait, il ne resterait plus aux patriotes qu'à se brûler la cervelle, et qui, malgré les fureurs de Robespierre, qui descendit du fauteuil du président pour la défendre, parvinrent néanmoins à la faire discuter article par article, et à présenter des réflexions salutaires sur chacun d'eux. Voilà les hommes que la faction accuse de vouloir remettre la terreur à l'ordre du jour : ce sont ceux qui ont mûri dans le secret la perte de Robespierre, et qui, à la grande satisfaction du peuple, sont parvenus à le délivrer du tyran et de ses complices.

La faction aristocratique, ainsi que celle de la Gironde, dit aux riches: <vVous avez la suprématie de la noblesse sur la vertu du peuple» ; aux villes de commerce: «Vous avez la prééminence sur les autres communes » ; à l'Autriche : « C'est le dauphin que nous brûlons déplacer sur le trône » ; à l'Angleterre : «Nous attendons le duc d'York pour le déclarer roi des Français. »

Cette faction, héritière et descendante des Mirabeau, des Brissot, des Hébert, des Fabre d'E^lantine, des Danton et des Robespierre, obtiendrait-elle les honneurs du triomphe? Elle a l'audace de se le persuader; quant à nous, ce serait faire outrage au peuple, à l'armée, aux hommes prabes de la Convention, que de le penser; ce serait un crime indigne de républicains, que de le croire.

La faction aristocratique, qui se proposait de composer cette Société de ses affidés et de ses partisans, forma d'abord le Comité d'épuration; mais cette faction était déjà signalée par l'opinion publique, et bientôt la Société elle-même fit justice de tous les membres qui ne laissèrent que trop apercevoir le bout de l'oreille. Elle ne tendait à rien moins, cette faction, qu'à entraîner les Jacobins dans des démarches inconsidérées ; elle cherchait à leur suggérer l'idée des pétitions, dans lesquelles elle n'eût pas manqué de leur faire dire que l'échafaud était tout dressé pour les bouillants patriotes qui siègent sur la Montagne, et qu'il n'y aurait de salut que pour les honnêtes gens.

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Mais quels sont les konnêles gens, au dire de nos messieurs ? Ce sont tous ces oisifs de profession, riches par héritage, ou millionnaires à force de dilapidations, de bassesses et de crimes ; égoïstes impitoyables, sybarites outrés, ils tiennent tous table splendide, savourent les mets les plus délicats, sablent les meilleurs vins, plaçant ainsi la vertu dans la sensualité, et la patrie dans leur estomac.

Ces honnêtes gens sont encore les aristocrates de toutes les couleurs, les modérés, les indidgents, et enfin ce fameux million de pères nourriciers du peuple. Mais le ci-devant roi, mais la noblesse et le clergé se donnaient aussi le ton de se nommer les pères nourriciers du peuple : or, comme on n*a d'autre but que de faire prévaloir cet absurde et abominable système d'un million d'individus nourrissant, c'est-à-dire tenant en quelque sorte à ses gages vingt-quatre millions de leurs semblables, on a grand soin de flétrir de Todieuse qualification de conspirateur quiconque ose proposer d'augmenter le nombre des propriétaires, quiconque ose demander qu'il ne se trouve pas dans la République un seul homme qui ne soit à l'abri des rigueurs du besoin, et surtout que la classe toujours rongeante et toujours affamée des opulents administrateurs cesse enfin de piller, manger, dévorer la classe des pauvres administrés. Voilà, cito3^ens, le vœu de l'homme juste, de l'homme de bien ; et c'est ce premier vœu de l'égalité, de la fraternité, dont on ne rougit pas aujourd'hui de lut faire un crime digne du dernier supplice.

Imposteurs ! solliciter l'exécution des lois révolutionnaires, c'est, à vous entendre, anéantir les honnêtes gens, et vous vous y opposez ; et puisqu'il vous faut nécessairement faire un choix entre eux et la République, vous ne craignez pas de vous écrier : Périsse la République entière, pourvu que nos honnêtes gens soient sauvés. Mais de ce vœu impie et sacrilège à l'exécution, de l'exécution à la réussite, songez qu'il y a loin encore. Non, non, vous n'obtiendrez point le honteux et criminel succès dont vous vous êtes flattés, car vous avez contre vous et la masse indomptable du peuple, et les baïonnettes étincelantes de l'opinion publique.

Vous ne l'ignorez point : ce n'est ni par des coups de poignard portés dans les ténèbres, ni par des coups de pistolet tirés dans it^ silence de la nuit que les républicains se vengent ; et pourquoi iraient-ils assassiner lâchement leurs ennemis, lorsqu'ils sont toujours sûrs de les combattre avec avantage, lorsque pour les vaincre et les écraser il leur suffit de les chasser de la Société, et de les livrer aux remords qui les attendent, et à l'exécration publique qui les poursuit ?

D'après ce qui s'est passé au ci-devant Palais-Royal, le jour même où il fut question à la Convention nationale du petit Capet, le jour même où les conspirateurs avaient crié de prendre garde au Temple, on peut dire que la faction dont je parle se propose de rétablir la royauté en France : c'est son dessein, gardez-vous d'en douter ; mais elle ne veut pas le réaliser maintenant et sans de grandes précautions, parce qu'elle sait bien que le peuple est là, et que sa masse indomptable est l'écueil où viendrait se briser son abominable entreprise, si elle ne déployait toutes les ressources de son génie pour la lui déguiser. Où veut donc d'abord en venir cette faction qui donne au peuple un million de pères nourriciers? Elle veut commencer paiétablir les deux Chambres, parce qu'elle sait bien que des deux Chambres au trône il n'y a plus qu'un pas à franchir.

Que vous connaissez mal le peuple, ô vous qui vous imaginez qu'il aura combattu pendant cinq années, qu'il se sera pendant cinq ans exercé à la pratique des vertus les plus austères, qu'il se sera fait une pénible étude de tous les genres de sacrifices et de privations, pour subir lâchement le joug d'un million d'insolents parvenus, érigés en nouveaux tyrans I Le peuple n'aurait-il donc brisé le sceptre et l'encensoir, brûlé les antiques parchemins de la noblesse, déchiré la simarre et la toge des parlements, que pour redevenir, après de si glorieux travaux, l'esclave d'un vil ramas d'égoïstes et de sybarites, qui se gorgeraient de délices, qui s'enorgueilliraient d'un ample superflu, tandis que lui-môme, lui souverain, manquerait du strict nécessaire ; de riches voluptueux qui, pendant l'âpre saison des frimas, en braveraient toute la rigueur, mollement étendus sur l'édredon auprès d'un large feu, tandis que des milliers de sans-culuttes, réduits à souffler sur leurs doigts, se battraient comme des lions sur la frontière, et cimenteraient de tout leur sang le triomphe de l'égalité !

Qu'on ne vienne point nous dire ici que notre but est de dépouiller ces riches : qu'ils gardent leurs richesses, bien ou mal acquises ; le peuple ne demande que du travail et du pain, il sait s'en contenter ; mais que les riches le laissent du moins jouir en paix du fruit de ses labeurs, de ses fatigues et de ses vertus.

Vous le voyez, la faction millionnaire n'est pas de cet avis : elle a pris l'égalité en horreur, et elle ne veut reconnaître que cette portion de la nation que La Fayette comprenait sous la dénomination de la partie saine par excellence. Bientôt vous l'entendrez nous dire qu'il faut que l'artisan et l'ouvrier restent tapis au fond de leurs ateliers, que ce n'est point à eux à se mêler des affaires publiques ;

:m SOCIÉTÉ DES JACOBINS [28 septembre 1794]

•et cepLMuIant la vérité est que jamais le peuple ne voit ses affaires mieux faites que quand il les fait lui-même.

La faction accuse la Montagne d'envahir Tautorité et de dominer. €ertes, le reproche est étrange. Quoi ! la Montagne domine lorsque vous la réduisez au silence, à la nullité ou à d'inutiles elforls ? La voyez-vous se réunir ailleiu's (ju'à la Convention nationale et aux Jacobins, c'est-à-dire toujours sous les yeux du peuple? A-t-elle jamais tenu des conciliabules secrets, ou assisté à des banquets nocturnes? Les dominateurs, les décemvirs, tous les hommes qui conspirent contre la liberté de leur pays et l'égalité des citoyens se rassemblent clandestinement dans des lieux ignorés pour ourdir leur trame, s'en distribuer tous les fils, se partager leurs rcjles, et se concerter sur leurs moyens d'exécution. Mais les principes seuls réunissent les patriotes, les vrais Montagnards. Les aristocrates adoptent un plan de conduite tout à fait opposé au nôtre, et nous sommes bien rendes à en conclure que les aristocrates veulent anéantir les Jacohins, après eux la Convention, et enfin la République.

Cette vérité est terrible, citoyens; mais que votre courage n'en soit point ébranlé. Le vaisseau de la République, pour être battu par la tempête, n'entrera pas moins triomphant dans le port ; et les pilotes, <Iuoique ayant l'air de céder pour un temps à la violence de la touriuenle, n'en tiendront pas moins le gouvernail d'une main aussi ferme que constante.

Courage, persévérance, ralliement éternel à la masse pure et imperturbable de la Convention nationale, qui jamais, non jamais, ne sera la dupe des charlatans et des fripons : voilà, voilà le moyen infaillible d'abattre la faction qui met tout en œuvre pour opprimer et détruire la liberté et l'égalité.

Et toi, Paris, cité à jamais célèbre pour ton amour pour la révolution que tu as faite, rappelle-toi les paroles d'Isnard ; apprends que l'aristocratie les regarde comme une véritable prophétie, et que, si jamais un dictateur, des triumvirs ou des tribuns usurpaient l'autorité suprême, tes ruines sanglantes seraient le premier monument infâme qui perpétuerait dans le long souvenir des hommes leur cruelle vengeance.

Toujours les tyrans redouteront ton immense population. Tu ne peux exister qu'avec la République une, indivisible et démocratique; l >n honneur et ton intérêt te font donc également un devoir pressant de la défendre.

(Ce discours est couvert des plus vifs applaudissements. On en demande de toutes parts l'impression).

Maure. — Je demande aussi Timpression de ce discours, dicté par la sagesse, et qui présage la victoire que la liberté et l'égalité vont bientôt remporter sur l'aristocratie ; je souscris pour cent exemplaires.

La Société arrête l'impression, l'envoi aux Sociétés affiliées, aux autorités constituées de la République, aux sections de Paris, et la distribution aux membres de la Convention et aux cito5'ens des tribunes *.

La séance est levée à dix heures.

CXYIII

PRÉSIDENCE DE BASSAL

Un membre instruit la Société qu'hier, dans les Tuileries, un monsieur haranguait un groupe d'environ cinquante personnes, et disait que les Jacobins payaient des individus à raison de 6 à 7 livres par jour pour les aider à faire la contre-révolution. Invité par des patriotes à aller déclarer au Comité de sûreté générale les noms de ceux qui se faisaient ainsi payer, le monsieur dit qu'il les connaissait bien, mais qu'il ne voulait pas les dénoncer. On le conduisit de force au Comité de sûreté générale. Comme il n'y avait personne, on le mena à l'un des nouveaux Comités révolutionnaires de l'arrondissement ; mais ce Comité ne voulut pas recevoir la déclaration. On fut alors chefz le commissaire de police, qui demanda à ce monsieur les noms des personnes qui étaient payées. Il dit qu'il ne les connaissait pas ; il divagua. Le commissaire de police l'a retenu et le retiendra jusqu'à ce qu'il ait déclaré les noms. Ce commissaire nous a dit que tous les jours il lui arrivait desafFaires pareilles. Le jour d'auparavant, on lui avait amené des gens qui déchiraient les affiches des Jacobins, et il les envoie tous au Comité de sûreté générale. Le membre qui raconte

1. Discours prononcé par Aldolin à la Société des Jacobins de PariSy le 7 vendémiaire an m de la République. Imprimerie G.-F. Galetti, s. d., in-S" de 30 p. — Bibl. nat., Lb 40/794,

Ce discours a encore été publié sous le titre suivant : Les Requins politiques mis à découvert, ou la conjuration aristocratique et royaliste dévoilée dans la Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité, par Aldolin. Imprimerie G.-F, Galetti, s. d., in-g" de 30 p. — Bibl. nat., Lb 40/793.

2. Nous reproduisons cette séance d'après le Journal de la Montagne. Tome VI. 34

b30 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [30 septembre 1794]

ce fait, invite tous les bons citoyens, lorsqu'ils verront de pareils harangueurs, à les prendre au mot et à les forcer de dire la vérité.

BoissEL. — Quel est le Comité révolutionnaire qui a refusé de recevoir la déclaration ?

Le même membre. — C'est celui dont le point central est dans la section des Tuileries, et qui comprend quatre sections. Ce Comité était rempli de messieurs en habits noirs et en perruques. Ils répondirent que les affaires des Jacobins ne les regardaient pas, qu'ils ne s'occupaient que du soin de défendre la Convention.

Demain les aristocrates et les dilapidateurs doivent se rendre dans leurs sections respectives, pour arracher des arrêtés contre-révolutionnaires. J'invite les citoyens des tribunes et de la Société à aller les contrebalancer.

Michel Péchu, de la Société de Vitré. — On ne manque pas, dans les mille et un pamphlets qui circulent, de poursuivre les patriotes; mais on se garde bien de demander vengeance des hommes qui ont été immolés par les brigands. On sollicite à grands cris cette vengeance pour des prêtres noyés, et on ne pense nullement à venger la mort cruelle de Sauveur, assassiné et brûlé par les Vendéens. Je demande à me retirer au Comité de correspondance, oîi je donnerai la note de tous les faits de cette nature qui sont à ma connaissance, et j'indiquerai les lieux où l'on pourra en recueillir d'autres. — {Adopté.)

Boum. — Les contre-révolutionnaires ont réclamé la Déclaration des Droits, afin de mieux ourdir leurs trames criminelles ; ils n'ont pas craint d'abuser de la liberté de la presse ; car, d'après notre constitutipn, c'est abuser de la liberté de la presse que d'imprimer sans nom d'auteur, et un écrit anonyme sera toujours un libelle. La Déclaration des Droits dit que la société est opprimée, lorsqu'un seul citoyen est opprimé. Nous avons réclamé notre frère Loys, et il ne nous est pas encore rendu. Je demande qu'il soit adjoint de nouveaux membres aux défenseurs officieux que vous lui avez déjà donnés, afin de solliciter sa mise en liberté, s'il n'est pas coupable. {Adopté.)

Les deux nouveaux défenseurs sont Maure et Léonard Bourdon.

Michel Pécuu. — La liberté de la presse a ses limites ; celui qui cache son nom est puni comme celui qui cèle un enfant. Celui qui trouble l'ordre public par ses écrits est punissable d'abord de 3,000 livres d'amende, et, s'il récidive, de 6,000 livres d'amende et de deux années de fers. Voilà les lois; c'est à ceux qui sont chargés de les faire exécuter à remplir leur devoir.

[Bouin instruit la Société que le Comité de sûreté générale refuse de mettre Loys eu liberté, sous prétexte qu'il a favorisé l'émigration de son frère. Il ajoute que Loys a fait parvenir l'exposé de sa vie, et que cet écrit a été remis à Le Vasseur et à Monestier, à qui leur qualité de représentants permet d'être reçus sans difficulté par le Comité de sûreté générale.]

Maure. — Je demande à vous citer un fait pour vous prouver quelle est la malignité et la bêtise des détracteurs des Sociétés populaires, et pour vous prouver qu'il faut punir par le plus profond mépris les faiseurs de pamphlets. J'ai vu aujourd'hui, dans un de ces libelles, que l'on me fait Thonneur de me regarder comme un <les meneurs de cette Société. Vous savez, citoyens, que je n'ai point •ce caractère. J'invite la Société à ne pas s'occuper de dévoiler la turpitude des libellistes : ils se font assez connaître eux-mêmes.

[Un citoyen assure que la section de Bon-Conseil, qui connaît Loys depuis Imit mois, certifie qu'il n'a proposé que des mesures salutaires.]

Bouin, — On a parlé de la liberté de la presse ; rappelez-vous quel ^ été le sort de ceux qui se sont servis de la liberté de la presse contre la liberté publique; la même destinée attend ceux qui les imitent.

On a calomnié les Jacobins, c'est-à-dire les patriotes; on les a accusés d'être les auteurs d'une foule de maux, et l'on n'a rien dit de ■ceux qui ont fait égorger une si grande quantité de républicains, parce qu'on a déclaré la guerre à trop d'ennemis en même temps; cependant le génie de la liberté a écrasé tous ses ennemis.

On nous reproche la mort de quelques nobles, de fermiers généraux et autres conspirateurs : il serait à désirer que nous eussions anéanti tous les conspirateurs, eussions-nous dû nous jeter dans le précipice après eux.

On avance que les Jacobins accaparent tout, et chez les cinq sixièmes des Jacobins il n'y a rien. Les Jacobins ont toujours défendu les droits du peuple, et rien n'est plus terrible pour ses ennemis que des surveillants importuns; aussi avons-nous été attaqués par les royalistes, par les fédéralistes, les Brissotins, les Girondins, et tous les ennemis de la démocratie.

On nous accuse d'avoir voulu maîtriser la Convention : nous n'avons jamais fait qu'user du droit de tout citoyen français en discutant les objets qu'elle mettait à l'ordre de ses délibérations. Nous n'avons jamais su commander ; nous n'avons fait que des réclamations, et, quand elles n'ont pas paru justes à ceux qui étaient revêtus du pouvoir, nous nous sommes retirés.

532 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [30 septemuhk 1794]

On nous accuse de robespierrisme, nous qui, clans la nuit du 9 thermidor, invitions nos sections à se réunir à la Convention. Ceux qui nous font un crime d'avoir eu Robespierre parmi nous en feront bientôt un à la Convention de l'avoir gardé trop longtemps dans son sein. On ne nous suscite ces querelles que pour nous éloigner du véritable but, du gouvernement révolutionnaire.

Je demande que tous les bons citoyens montrent de la fermeté dans les différentes luttes qui s'engageront dans les sections, parce que les contre-révolutionnaires chercheront à leur donner leurs noms et à les revêtir de leurs vieux habits.

Nous avons adopté le gouvernement démocratique, c'est-à-dire celui dont les lois sont faites par les citoyens, et les Jacobins ont de tout temps donné l'exemple de la soumission aux lois. S'il s'est trouvé des ennemis de la chose publique parmi eux, ils les ont livrés au glaive de la loi; on ne peut donc pas nous accuser de les avoir défendus.

Quand vous entendez des gens dire que les Jacobins sont tous des gueux, entrez en raisonnement avec ces gens, et vous verrez qu'aussitôt ils vous diront qu'ils ont été trompés.

On a dit qu'un million d'hommes faisaient seuls vivre le reste des citoyens de la France. Ne croyez pas que les quinze cent mille républicains qui se battent aux frontières veuillent, après avoir terrassé l'ennemi, courber ici leur front sous la domination d'un million d'hommes riches, domination qui serait plus terrible que celle du marc d'argent. Ils traiteraient ces dominateurs comme ils traitent aujourd'hui les Anglais et les Autrichiens.

On a voulu effrayer les citoyens sur l'action du gouvernement révolutionnaire ; mais ils savent bien que ce gouvernement n'est que l'application stricte de la loi à celui qui ne veut pas obéir aux lois ou qui trahit son pays.

Bouin termine en invitant les citoyens à éclairer ceux qui sont égarés par les pamphlets.

BoissEL. — Je demande que les sections, dans leurs assemblées de demain, s'occupent des moyens d'éclairer la Convention sur le compte de ceux qui composent les nouveaux Comités révolutionnaires, et de dénoncer les mauvais citoyens qui pourraient s'être glissés dans leur sein.

La séance est levée à neuf heures.

PRÉSIDENCE DE BASSAL

On fait lecture du procès-verbal de la dernière séance ; la Société «n adopte la rédaction.

On passe ensuite à la correspondance. Elle est souvent interrompue par les plus vifs applaudissements donnés tant à l'énergie des adresses qui la composent qu'à l'arrivée des députations de différentes sections de Paris, qui viennent donner connaissance des arrêtés pris par ces sections.

Le Comité de correspondance de la Société populaire de Grenoble envoie cent exemplaires de l'adresse des Jacobins de Grenoble à la Convention nationale sur la liberté de la presse ; il invite la Société à envoyer un exemplaire à chaque section. « Conservez dans votre secrétariat, disent ces citoyens, notre lettre d'envoi, afin de prouver aux calomniateurs que cette adresse n'est pas fabriquée à Paris. ))

On fait lecture de cette adresse, qui est vivement applaudie. Sur la proposition de Jiaisson, la Société en arrête l'impression, ainsi que de la lettre d'envoi, l'insertion au Journal de la Montagne, raffiche et l'envoi aux sections, aux Sociétés populaires, aux armées, et la ■distribution aux tribunes.

RoMME. — Je demande que l'on se borne à l'affiche dans Paris, l'envoi aux sections et l'insertion dans le Journal de la Montagne. Si vous envoyez cette adresse à toutes les Sociétés populaires, les malveillants ne manqueront pas d'en conclure qu'elle est votre ouvrage. Ceux qui vous ont rappelé ces vérités énergiques les ont crues dignes de la République entière, et la Société de Grenoble n'aura pas manqué de les envoyer à toutes les autres Sociétés.

La proposilion de Romme est adoptée.

Une députation de la section des Piques obtient la parole.

L'oRATEUB. — Jacobins, hier, comme à l'ordinaire, le patriotisme a triomphé dans l'assemblée générale de la section des Piques. Cette assemblée, après avoir entendu la lecture de votre adresse aux Sociétés affiliées, en a unanimement arrêté la mention civique. Elle a

1. Nous reproduisons cette séance d'après le Journal de la Montagne.

b34 SOCIETE DES JACOBINS [2 octobre 1794}

arrêté en outre qu'elle se transporterait ce malin à la Convention^ pour lui faire part de ses inquiétudes sur les dangers que court la liberté, et qu'elle vous communiquerait son adresse à la Convention. {L'orateur lit cette adresse^ fréquemment interrompue far de vifs applaudissements.)

Ce n'est point là un vœu arraché ; c'est le résultat d'une discussion libre et éclairée. Des nuages s'élèvent contre votre existence, ou plutôt contre les principes républicains ; mais le crime sera bientôt puni. On égare un instant les esprits crédules, mais la vérité éclaire tôt ou tard les yeux qui la cherchent : cette vérité est triomphante, et les Jacobins sont proclamés par elle les sapeurs de la Révolution. Jacobins, gardez-vous de rester nonchalamment assis sur vos banquettes; la portion du peuple vertueux qui vient ici en foule chercher un aliment à son patriotisme vous écoute avec intérêt : échauffez-le, nourrissez-le, répandez, plus que jamais, l'héroïsme qui doit vous caractériser. Soyez toujours fermes, ne transigez jamais, épurez-vous, s'il est nécessaire. Brutus est mort à son poste; un Jacobin doit braver les rigueurs du sort et mourir en héros. Celui qui ne se sent pas capable d'expirer comme Caton ne doit pas souiller cette enceinte. On ne doit voir ici que des Maratistes, des amis vertueux de la Convention. Ah ! bien loin de rivaliser avec elle, vous serez un rempart à sa vertu et à son énergie. A cette condition, la section des Piques veut fraterniser avec cette Société célèbre, qui brave tous les dangers, tous les orages et à qui la postérité rendra la justice qu'elle a tout droit d'attendre de son siècle.

Le président donne l'accolade à l'orateur, et la Société ordonne l'impression de l'adresse de la section des Piques.

RoMME. — Je demande que cette adresse soit envoyée à toutes les Sociétés populaires, avec ce qui a été dit à cette tribune par l'orateur; que ces Sociétés soient invitées à la répandre le plus qu'il sera possible, afin qu'elle frappe d'une crainte salutaire les malveillants qui osent lever une tête altière, qu'elle verse le baume de la consolation dans l'âme ulcérée des patriotes, et relève leur bouillant courage. Il est bon encore que vous appreniez à tout l'univers que quiconque professe au milieu de vous les vrais principes acquiert des droits à votre estime. Je demande aussi que la section des Piques soit invitée à envoyer cette adresse aux autres sections de Paris.

Les propositions de Romme sont adoptées.

L'orateur de la section Le Peletier a la parole. Il commence ainsi :

« Vive la République, une., indivisible et démocratique! Vive la

Convention! La section Le Peletier nous a chargés de vous exprimer son dévouement aux principes que vous professez. Vos ennemis vous taxent d'être altérés de sang; non, mais n'avez-vous pas prodigué le vôtre à la Bastille, à la Chapelle, à Nancy, au 10 août? Toutes les parties de la République ne nous offrent-elles pas des preuves frappantes et animées de votre sollicitude patriotique ?

« On fait un crime aux Jacobins d'avoir compté parmi leurs membres de vils individus dont les tètes coupables sont tombées sous le glaive vengeur des lois; mais la plupart, avant d'être de cette Société, n'étaient-ils pas législateurs ? Et les Jacobins, après leur avoir arraché leur masque, ne furent-ils pas les premiers à les livrer ? Fougueux ennemis du peuple, vous voulez anéantir tous les patriotes ; leur nombre est plus que suffisant pour vous réduire en poudre.

« La section de Le Peletier jure aux Jacobins amitié, fraternité indestructibles, et leur promet de se serrer avec eux pour faire à la Convention un rempart digne d'elle. »

La section de la République succède à la section de Le Peletier.

« Votre existence, dit-elle, est un des droits les plus sacrés du peuple ; vous attaquer en masse, c'est l'attaquer lui-même. La section de la République voue à l'opprobre le nom de ceux qui distillent leur venin contre vous et les Sociétés populaires. Elle ne se laissera jamais imposer par les tyrans de l'opinion publique : marchant d'accord avec vous, elle n^écoutera que les décrets de la Convention. Les individus ne sont quelque chose pour elle qu'autant qu'ils patient et agissent au nom de la loi. »

Le Président à la députation : « Les factions qui nous poursuivent ne sont pas plus fortes que les armées de Pitt et de Gobourg : elles seront vaincues. Il ne faut au peuple qu'un jour pour agir, et un jour pour triompher, »

La section de Bonne-Nouvelle est ensuite entendue : « L'assemblée générale de cette section, pénétrée des principes républicains qui ont animé les Jacobins, et voulant leur donner un témoignage de son attachement, indignée de l'audace d'un individu qui a osé proposer, dans son sein, la dissolution des Jacobins, désavoue ce propos, rapporte l'arrêté pris le 30 fructidor, par lequel elle avait passé à l'ordre du jour sur l'adresse de la Société populaire de Dijon, à laquelle elle adhère formellement; invite les Jacobins à se désabuser sur les opinions que la malveillance a voulu prêter à cette section à leur égard, et déclare qu'elle a livré aux flammes un

536 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [2 octobuk 1794]

pamphlet intitulé : Les Jacobins d'aujourd'hui démasques par un Jacobin d'autrefois *. »

Le Phésident. — Les factions ont toutes le même intérêt, toutes le même langage. Celles d'aujourd'liui parlent ainsi que les La Fayette, les Chapelier, les Brissotins, les Girondins, Ceux-ci ont été anéantis par un regard du peuple : les nouveaux factieux ont beau reproduire la même pièce sur la scène, ils ne seront pas plus heureux au dénouement.

L'orateur de la section Poissonnière succède à la tribune. Il annonce que cette Société, après avoir entendu le discours d'Audouin, qu'elle a vivement applaudi , a arrêté que quatre commissaires seraient chargés de dire aux Jacobins qu'elle a juré de défendre la Convention nationale et les Sociétés populaires, boulevards de la Révolution.

[L'orateur prononce ensuite une allocution patriotique.]

Le Président. — Les conspirateurs se fatiguent beaucoup pour perdre le peuple; mais le peuple ne se fatiguera pas pour perdre les conspirateurs ; ils seront anéantis aussitôt qu'il le voudra. (Applaudissements.)

Les orateurs de ces différentes sections reçoivent l'accolade fraternelle au milieu des applaudissements, et l'impression des adresses est arrêtée.

Garjvier. — Si la Société ne voit point à sa tribune la section de la Montagne, elle n'en professe pas moins les principes républicains qui animent les citoyens qui viennent de jurer amitié aux Jacobins. Hier le discours d'Audouin fut lu à la section de la Montagne, et, en dépit des traîtres mis en liberté, ce discours fut applaudi, et la section, en adhérant aux principes qu'il contient, en a arrêté l'envoi aux quarante-huit sections. {On applaudit.)

La séance est levée à dix heures.

1. Cet imprimé, dont le titre est inexactement rapporté ici, est sans doute le suivant : Les Jacobins démasqués, suite au Front de Robespierre et de sa clique. . . Imp. des patriotes, s. d., in-8° de 8 p., Bibl. nat., Lb 41/1278. — Un partisan des Jacobins répondit à ce pamphlet par un autre, qui porte le titre suivant : Les Jacobins d'aujourd'hui rappelés à l'ordre par un Jacobin d'autrefois. Imp. de la rue Meslée, s. d., in-8° de 2 p., Bibl. Lb 41/4072.

SÉANCE DE LA CONVENTION NATIONALE DU 13 VENDÉMLURE Aiî III (4 OCTOBRE 1794)

DÉBATS RELATIFS A LA SOCIÉTÉ DES JACOBINS Moniteur, réimpression, t. XXII, pages laorloT.

Pelet. — Les applaudissements que la Convention vient de donner aux excellents discours qui ont été prononcés par nos collègues témoignent que les représentants du peuple ne désirent rien tant que l'union et l'harmonie. Les vérités qui vous ont été dites ne sont pas les seules qu'on puisse vous présenter. Je suis d'avis, avec les préopinants, que ceux qui demandent le rétablissement de la Commune sont des hommes égarés ou des conspirateurs; mais je veux vous faire une autre réflexion.

On ne vous a pas fait observer que, tant qu'une partie de l'assemblée serait divisée de l'autre, l'union ne pourrait pas régner. Je crois que nos collègues qui vont aux Jacobins sont bien intentionnés, mais je leur demande si la confiance et l'harmonie pourront jamais s'établir dans l'Assemblée tant qu'il y aura deux partis. {Mwmures.) Ils ne peuvent pas donner une plus grande preuve de leur amour pour la paix que de renoncer volontairement à être membres de cette Société qui les divise d'opinions avec leurs collègues. Reportez votre pensée sur ce qui se passait après le 10 thermidor : l'Assemblée était unie ; elle marchait de concert vers le bonheur de la patrie. Bientôt quelques-uns de nos collègues allèrent aux Jacobins, et aussitôt naquirent la désunion et la discorde. Il en est résulté que ceux qui avaient fait rayer de cette Société quelques-uns de leurs collègues ont été rayés à leur tour. Était-il possible que la Convention n'éprouvât pas le contre-coup de ce qui se passait aux Jacobins? Je demande un décret qui défende aux membres de la Convention d'être d'aucune Société. [Applaudissements.)

TiiiRiON. — J'appuie la proposition de mon collègue. Et moi aussi, je suis Jacobin, mais je suis patriote; je saurai, quand il le faudra, faire à la chose publique le sacrifice de mon amour-propre et de toutes mes passions. J'ai combattu avec les Jacobins tous les genres d'ennemis publics ; mais, après avoir examiné ce qui s'est passé dans

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les derniers temps, et la manière dont cette Société célèbre est dégénérée par les intrigues de quelques membres du gouvernement, je me suis convaincu qu'il était impossible que ceux qui gouvernent soient en même temps membres d'une Société populaire sans y porter un germe de corruption et d'intrigue. [On applaudit.)

La Convention est le centre des pouvoirs, et elle a dû, pour le bonheur du peuple, suspendre pendant la d'urée du gouvernement révolutionnaire le droit qu'il avait de nommer ses magistrats. Il est arrivé de là que des membres de la Convention, revêtus de grands pouvoirs, ^pouvant disposer d'un grand nombre de places, se présentèrent aux Jacobins, et qu'aussitôt tous les intrigants dé la République se faisaient Jacobins pour avoir des places. {On applaudit.)

Ils ne pouvaient parvenir à faire leur cour aux membres du gouvernement dans les Comités ni dans leur domicile; ils ont trouvé le moyen de la leur faire aux Jacobins, où, par leurs discours et leurs applaudissements, ils ont capté leurs faveurs. Lisez les journaux, et vous verrez que les séances de celte Société ont toujours été occupées ou par les membres du gouvernement, ou par des fonctionnaires publics qui, craignant d'être dénoncés, allaient y dénoncer leurs futurs dénonciateurs, ou par des voleurs qui, pour qu'on ne recherchât pas leurs vols, allaient aux Jacobins crier contre les voleurs et les dilapidateurs de la fortune publique. Je pense que les germes de division qu'on trouve parmi nous viennent de ce que quelques membres de la Convention, qui le sont aussi de Sociétés populaires, sont par là même surveillants et surveillés. Les Sociétés populaires sont le palladium de la liberté ; mais^ elles ne doivent avoir d'autres fonctions que la surveillance, et n'être composées que de surveillants ; car si, par exemple, le gouvernement abuse de ses pouvoirs, et qu'il fasse partie de la Société populaire où il dominera par son opinion, il est clair dès lors que l'opinion de la Société sera celle des dominateurs. C'est ainsi qu'avaient agi Robespierre et Couthon ; c'est ainsi que la Société des Jacobins n'avait d'autres opinions que celles qu'ils lui avaient données.

On se rappelle que Couthon et Robespierre, membres du Comité de salut public, allaient aux Jacobins dénoncer leurs collègues du même Comité, et qu'ils prétendaient ne pas savoir pourquoi on faisait partir quelques compagnies de canonniers ; ils faisaient nommer une députation de douze membres pour aller sommer le Comité de leur dire, à eux individus, les raisons d'État qui avaient déterminé le départ de deux ou trois compagnies de canonniers. C'est ainsi qu'ils abusaient

de leur influence pour perdre la chose publique ; c'est ainsi qu'on pourrait encore le faire.

Je pense que, tant que durera le gouvernement révolutionnaire, le droit d'élection doit être suspendu, parce qu'il ne faut pas que, tant que nos braves républicains seront sur la frontière, les modérés profilent de leur absence pour choisir en leur nom ; mais je pense aussi que, tant que durera le gouvernement révolutionnaire que la Convention a institué pour le bonheur du peuple et l'achèvement de la révolution, elle doit décréter qu'aucun député ne pourra être membre d'une Société populaire.

Cette proposition est adoptée.

On réclame l'appel nominal.

Crassous. — Il me semble que dans les premiers discours on avait développé des principes autour desquels tous les esprits se ralliaient, et qui devraient faire disparaître toute espèce de division. Dans ce moment on fait une nouvelle proposition, qui ne peut pas également réunir toutes les opinions. [On murmure.) On avait d'abord sagement distingué toutes les institutions des abus qui s'y glissent ; on avait fait voir que l'existence des Sociétés populaires est garantie par la Constitution, et que le droit de s'assembler paisiblement ne pouvait pas être altéré, parce que quelques intrigants et quelques fripons^ abusent de ce droit dans les assemblées de sections ou dans les Sociétés populaires. Les unes et les autres traitent également des grands intérêts de la République ; empêcherez-vous donc aussi les assemblées de sections de se former? {Murmures. — Plusieurs voix: Ce n'est pas là la question !)

Interdirez-vous aux membres de la Convention le droit d'aller dans les Sociétés populaires ? (Plusieurs voix : Oui, oui ! — D'autres : Non, non !) Si dans les Sociétés populaires l'intrigue joue un grand rôle, il faut convenir aussi qu'on y discute les véritables principes, {Plusieurs voix: Oui, oui!) Tout député, soit qu'il fasse ou non partie des Comités de gouvernement, doit chercher dans les lumière» de ses concitoyens les moj^ens de faire le bien de son pays. Quand les séances de la Convention sont passées, et que nous n'avons plus d'occupation, peut-on trouver mauvais que nous allions chercher la vérité dans une réunion de frères ? Peut-on confondre les abus avec les institutions en elles-mêmes? Empêchez donc aussi les députés de la Convention d'écrire aux Sociétés populaires des départements et aux communes. Cette question fut agitée dans toutes les assemblées précédentes ; toujours on a senti qu'elle était attentatoire aux droils des citoyens, et toujours elle a été repoussée. Ce ne sont point les-

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séances des Sociétés populaires qui sont la cause des divisions qu'on remarque dans la Convention. Les divisions existeront toujours, si on ne se rallie pas aux principes.

Je demande l'ordre du jour sur la proposition.

Pelet. — Mes intentions sont pures ; je n'ai en vue que le bonheur de mon pays. La Société des Jacobins ne représente pas tous les citoyens de Paris ; quel tort ferions-nous à un député en l'empêchant d'aller aux Jacobins? Aucun. 11 pourra se livrer aux grands devoirs <iui lui sont imposés, et, lorsque nous aurons du loisir, nous irons dans les sections nous instruire avec nos frères. Il est singulier qu'on s'appuie de l'exemple des assemblées précédentes pour rejeter cette proposition ; elle fut repoussée dans ce temps par des hommes trompés, ou qui ne voulaient pas le bien du peuple.

DuHEM. — Elle fut faite par Maury et Chapelier.

Pelet. — Lorsque je demandai la parole, je ne fis qu'une invitation fraternelle à mes collègues, car je sais que la défense d'assister aux Sociétés populaires est une question qui mérite un très-grand examen. J'aime les Sociétés populaires, et il me tarde d'en voir par toute la République. La Déclaration des Droits le permet, mais elle ne dit pas qu'un nombre de citoyens aura le droit de s'assembler exclusivement et de chasser les autres ; elle ne dit pas que l'une de ces Sociétés aura plus d'influence que les autres, ou même qu'il sera permis à aucune d'en exercer en aucune manière.

Cependant, citoyens, toutes les administrations, toutes les autorités constituées sont influencées, parce que, dans chaque Société, il se trouve cinq ou six individus qui veulent dominer. Tout citoyen a le droit d'être d'une Société populaire, et il ne dépend pas d'un intrigant, d'un ambitieux ou d'un fripon de l'en chasser, comme le faisaient Couthon et Robespierre. Si l'Assemblée croit que cette question mérite d'être discutée, je demande qu'on la renvoie à un Comité. (« Non, non/)) s'ec7'ie-t-on). La Société des Jacobins n'est pas plus qu'une autre ; il ne faut pas faire une loi particulière pour elle, mais une loi générale pour toutes.

Dubois-Crancé. — L'Assemblée doit donner à cette question la discussion la plus étendue, si elle veut la terminer dans cette séance. La Société des Jacobins a rendu des services importants à la liberté, et c'est à la réunion des députés dans cette Société qu'on doit la sagesse et la fermeté qu'elle a montrées dans les grands événements de la Révolution ; c'est à cette réunion que nous devons d'avoir évité la guerre i-ivile.

Le système qu'on présente est appuyé sur des inconvénients ma-

jeurs qu'il faudra que la Convention fasse disparaître. Mais n'avezvous pas à craindre, en l'adoptant, de donner naissance à des inconvénients contraires ? D'un autre côté, cette Société semble avoir entièrement dégénéré de ses premiers principes ; une quantité innombrable de fripons, d'agents de Robespierre, s'y sont introduits; ils y marchandaient les places selon qu'ils détruisaient plus ou moins la réputation des honnêtes gens ; elle a été le foyer des intrigants, des dénonciateurs et des bourreaux de la France. C'était à l'époque de la mort de Robespierre qu'il aurait fallu sévir contre elle. Les complices de cet homme infâme y sont restés depuis ; on y trouve les membres des anciens Comités révolutionnaires, ceux qui se sont servis de la verge et du poignard du tyran pour opprimer et pour égorger les bons citoyens. Tous ces gens se sont ralliés au foyer du patriotisme, pour éviter que leurs crimes fussent découverts. On vous a trompés, quand on vous a dit que cette Société avait été régénérée ; cela est faux. [On applaudit.) Aussitôt que les elefs ont été remises à la salle des Jacobins, plusieurs membres de la Convention et d'autres sociétaires s'y sont réunis. On a choisi quinze membres parmi les plus anciens^ parce qu'on les a crus les plus vertueux, pour procéder à l'épuration des autres. Ces quinze membres n'ont pas voulu se charger seuls de la responsabilité de l'épuration; ils ont remontré d'ailleurs que cette opération serait trop longue, s'ils n'étaient que ce nombre. Il est arrivé de là que toutes les personnes qui se sont présentées ont été admises provisoirement, sauf à se présenter ensuite aux scrutateurs, de sorte que le lendemain il y avait là deux ou trois cents personnes rassemblées qui se soutenaient réciproquement, sans que peut-être aucune d'elles eût le droit d'y être.

On a arrêté que ceux qui ne prouveraient pas qu'ils étaient à leur poste dans la nuit du 9 au 10 thermidor ne seraient pas reçus. On a demandé à ceux qui se sont présentés : Y étiez-vous? Ils répondaient: Oui, et on les admettait. Quand cette épuration aurait été exactement faite, elle n'eût pas encore servi à grand chose; car un homme pouvait avoir quitté les Jacobins une heure avant qu'ils fussent en rébellion, s'être rendu à son poste, et y avoir conspiré en faveur du tyran, comme beaucoup l'ont fait.

Un Jacobin ne doit pas être examiné sur ses principes d'un jour ou d'un mois, mais sur sa vie entière. Il ne peut y avoir de bons Jacobins que ceux qui ont toujours défendu la liberté et l'égalité; ainsi l'épuration est nulle.

On avait dit qu'il faudrait justifier par pièces authentiques de l'endroit où l'on était dans la nuit du 9 au 10 ; au moment où il s'est

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Agi de donner les cartes à ceux qu'on prétendait avoir été épurés, il s'est trouvé que les secrétaires provisoires avaient perdu la liste d'épuration, de sorte que les cartes ont été délivrées sur la liste qu'on avait dressée des personnes qui s'étaient présentées pour être reçues aux Jacobins.

C'est ainsi que la Société s'est trouvée être composée dans une «eule journée de six cents membres au moins. Je ne doute pas que dans ce nombre il n'y ait de bons citoyens; mais je dis aussi qu'il y a des intrigants. Nous avons vu un capitaine de canonniers venir faire serment aux Jacobins; nous avons vu des sections de Paris Tenir leur dire qu'elles se rallieraient aux. . .

Plusieurs voix. — C'était pour la Convention.

Dubois-Grancé. — On n'a pas besoin d'aller aux Jacobins dire qu'on -se rallie à la Convention, Nous avons su que Marseille avait offert aux Jacobins un bataillon pour les défendre. Etait-ce aussi pour la •Convention ? Il y a des membres qui prétendent que tous ces discours •s'adressent à la Convention; et moi je soutiens qu'ils ne s'adressent ^u'à une partie des membres de la Convention. On sait qu'il a été tenu aux Jacobins des propos indiscrets. Je n'en accuse pas mes -collègues, mais les scélérats qui s'y trouvent. On y a vu des hommes venir du Midi pour intriguer ici. On y voit tous les jours un individu nommé à la Commune par Robespierre, un homme qui aurait péri avec tous les membres de cette Commune, s'il n'avait pas eu le bonheur de ne pas s'y trouver dans la nuit du 9 au 10 : Lacombe, qui y est sans cesse à désigner les meilleurs citoyens •comme des scélérats. C'est au Comité de sûreté générale à faire son profit des dénonciations qui ont été faites ici. Je reviens à la ■question.

J'ai été le premier à dire qu'aucun fonctionnaire public ne devait être membre d'une Société qui surveille sa conduite; qu'il ne pouvait pas être en même temps juge et partie. Si l'on considère les divisions que fait naître cette Société, qu'elle nous empêche de réunir ici l'unanimité qui nous donnerait la paix dans un mois [applaudissements), on conviendra qu'il faut que les Jacobins soient épurés par vous ou par un de vos Comités. Vous en avez incontestablement le ■droit, puisque plusieurs de nos collègues, chargés de missions, lorsque le salut public l'a exigé, ont suspendu ou régénéré des Sociétés de département. Que cette opération soit faite, et aussitôt vous verrez la paix renaître. Je demande acte de la déclaration que j'ai faite que les Jacobins qui conspiraient contre la France avant le 9 thermidor n'ont pas été épurés comme ils devraient l'être. Je

demande en outre que vous renvoyiez aux trois Comités réunis pour vous proposer les moyens de rendre cette Société utile à la chose publique.

Bourdon (del'oise). — La fin de cette discussion doit prouver au peuple qu'il y aura toujours ici unanimité pour les principes. La Convention avait adopté indiscrètement une motion d'un de nos collègues ; cette proposition ressemblait à la conduite insensée d'un mauvais économe qui, parce qu'il y aurait dans son champ une source empoisonnée, voudrait la combler plutôt que d'ôter ce qui en corromprait les eaux vivifiantes. Les Sociétés populaires sont un instrument démocratique dans le gouvernement révolutionnaire ; ne nous éloignons jamais de la démocratie, car elle fait le bonheur du peuple. Je vote pour que vous mettiez aux voix les propositions de Dubois-Crancé.

Ces propositions sont adoptées.

PRÉSIDENCE DE BASSAL

Un membre demande que l'arrêté de la Société qui ordonne que les séances seront ouvertes à six heures soit exécuté. Cette proposition est adoptée.

Maure, député de V Yonne. — Citoyens, l'innocence est à cette tribune : elle vient vous demander justice, elle l'obtiendra. Dans une de vos dernières séances (du 7 vendémiairej, de bons citoyens de Pau, département des Basses-Pyrénées, vous annoncèrent que, touchés des besoins de leurs frères de Paris, ils leur apportaient douze mille livres de jambon et de lard. On couvrit d'applaudissements cet acte de fraternité. Moi", qui ne puis entendre parler d'une bonne action sans en être touché, je me levai et dis avec naïveté : « Citoyens, cet acte est d'un bon augure pour 7ios approvisionnements : ce lard graissgra la planche, et ça ira : car le peuple ne demande que son nécessaire, et il veut le payer à sa juste valeur. » On ne peut se tromper sur le sens de ce terme vulgaire ; il signifie : Ce bon exemple facilitera l'arrivée des comestibles. Le croirez-vous, citoyens, une

1. Nous reproduisons cette séance d'après le Journal de la Mon far/ne.

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reuille publique, intitulée Curateur du peuple', a dit dans le n" 11 : « Elle soulTre (la Convention) que Maure, qui, après avoir vociféré aux Jacobins, avant son départ pour sa mission, contre les élargissements, et qui a mis en liberté, dans le déparlement de l'Aube, près de quarante ex-nobles, ex-chanoines et ex-gardes du corps de Capet, comme cela est constaté par une déclaration signée de dix-huit citoyens, laquelle est déposée au Comité de sûreté générale; que ce Maure, dis -je, profère, à une dernière séance des Jacobins, ces paroles exécrables, à l'occasion d'un présent de douze mille livres de lard à la Société mère : « Bon ! cela nous servira cet uiver a graisser LA planche de la GUILLOTINE ! » (Voyez le Journal de la Montagne.) Elle souffre que les Jacobins agitent dans toutes leurs Sociétés affiliées les torches de la guerre civile ; qu'ils fassent sous ses yeux, des actes qui n'appartiennent qu'au Corps législatif, puisqu'ils ordonnent l'envoi de leurs adresses aux armées. »

C'est donc là ce qu'on appelle liberté de la presse? Non, citoyens, la liberté de la presse est un soleil bienfaisant, qui vivifie l'esprit public, qui fait prospérer le sol de la liberté; mais la licence de la presse est semblable à ces prostituées dégoûtantes, qui, placées au coin des rues et dans les places publiques, provoquent les passants par des regards effrontés et par des paroles sales et impudiques. L'homme sage détourne les yeux ; l'homme simple et crédule est trompé; mais bientôt, sentant l'effet du venin corrupteur, il maudit la source impure qui l'a fait couler dans ses veines. Non, vous ne croirez pas, citoyens, que celui qui est honoré de la confiance du peuple, que vous aimez à cause de sa bonne foi et de sa franchise, qui a versé des larmes d'attendrissement en entendant, à la séance de la Convention, son collègue Richard faire le tableau touchant des actions généreuses, du dévouement et du courage qui animent les soldats de la liberté, les mettre en opposition avec la situation de la Convention agitée parles passions; qui a souri à l'apologue ingénieux, fait à la même séance par le citoyen Bourdon (de l'Oise) ; non, vous ne croirez pas qu'il soit un méchant et qu'il ait osé souiller le lieu de vos séances par des paroles odieuses, encore plus éloignées de son cœur que de ses lèvres. Si j'eusse osé le faire, ne m'auriezvous pas censuré avec indignation, comme vous le faites pour tous ceux qui choquent les principes chéris de la liberté et de l'égalité, pour tous ceux qui osent manquer de respect pour la Convention nationale ? Mais, citoyens, ne vous y trompez pas ; ce n'est pas un simple

1. Ce journal est YOrateur du peuple par Fhékon, député à la Convention nationale, feuille qui avait recommencé à paraître le 23 fructidor an II.

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individu que les méchants ont voulu calomnier, c'est à vous que les coups sont portés.

On parle de ce paysan du Danube qui disait la vérité aux rois, il y a aussi sur les bords de l'Yonne des hommes simples et francs, qui savent dire la vérité et faire des apologues ; écoulez le mien.

Un bon père de famille avait beaucoup d'enfants ; ses nombreux troupeaux couvraient d'immenses et fertiles pâturages environnés de déserts arides et de forêts dangereuses, à cause des animaux féroces et malfaisants qui les habitaient. Jamais ce bon père et sa famille ne dévoraient la chair du troupeau, mais un laitage sain et abondant, de nombreuses et épaisses toisons les vêtissaient et les nourrissaient. L'œil vigilant du maître ne suffisant pas à la garde du troupeau chéri, il appela un jour ses enfants, et, choisissant les plus sages et les plus instruits, il leur dit : « Allez et veillez à la sûreté de mon troupeau ». Aussitôt des chiens fidèles, vigilants et courageux, l'environnent; ils avertissaient sans cesse par leurs aboiements le chef de famille des incursions des bêtes féroces et malfaisantes : ils accouraient à sa voix, et se joignaient à lui pour les repousser et les détruire.

Le troupeau prospérait et multipliait sous l'administration sage des enfants et sous la garde des chiens fidèles, lorsque quelques brigands, habitants de ces déserts et de ces forêts, arrivèrent couverts de quelques peaux des agneaux qu'ils avaient dévorés, et dirent au père de famille : « Voisin, nous vous avertissons que vos chiens sont devenus enragés ; si vous ne vous en défaites pas, ils seront bientôt plus dangereux pour vos troupeaux que les bêtes féroces qui habitent nos repaires. » Le père de famille écouta les méchante; il hésita un instant ; mais bientôt ses fidèles gardiens accoururent et lui témoignèrent leur attachement par leurs caresses; il sourit, se ressouvint de leurs services, eut horreur des brigands, et en aima davantage ceux qui l'avaient servi fidèlement.

Citoyens, le père de famille, c'est notre chère patrie; le troupeau nombreux, c'est la nation ; les pâturages immenses et fertiles, c'est le sol de la liberté ; les fils sages et instruits, c'est la Convention ; les chiens fidèles et courageux sont les Sociétés populaires; les brigands couverts de peaux d'agneaux sont les rois coaHsés ; les animaux féroces, traîtres et malfaisants, ce sont les aristocrates, les royalistes et les fanatiques.

Ce que j'ai dit avec simplicité et vérité ne passera pas pour le

langage d'un meneur de la Société populaire des Jacobins, dont j'ai

été absent pendant une mission de quatorze mois. Ceux qui me

connaissent ne croiront jamais à ces odieuses calomnies; aussi est-ce

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