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Aix qu'il a assemblé les siens dans un tripot, et leur a dit que le règne des scélérats, c'est-à-dire des patriotes énergiques, allait finir, qu'ils périraient tous.
Cette horde se porta le soir à la Société populaire et en chassa les membres, insulta le président, et lui arracha les papiers de la Société.
Ferrand, maître du tripot, était à la tête de ces forcenés, qui s'emparèrent bientôt du lieu des séances de la Société populaire, et s'intitulèrent la Société régénérée. Ils firent une adresse pour démentir celle qui portait dénonciation du maire Eymeric.
Le Comité de surveillance, qui regarde ce rassemblement comme une Société sectionnaire, appose les scellés sur la porte. Bientôt les représentants Auguis et Serres, venus de Marseille, rétablissent les véritables sociétaires dans le lieu de leurs séances. Eymeric ne tarde pas à faire une nouvelle tentative ; il convoque une assemblée dans le temple de l'Etre suprême. Là, il feint de donner sa démission ; mais elle est refusée par une assemblée qui lui est entièrement dévouée. On signe une adresse relative aux circonstances, dans laquelle on présente les faits à l'avantage des coupables. Eymeric, craignant que ses créatures ne soient atteintes par le Comité de surveillance, fait défense d'exécuter les mandats d'arrêt qu'il pourra décerner, et ce, jusqu'au retour des représentants du peuple.
Cette lettre est renvoyée aux Comités de sûreté générale et de salut public.
On lit une lettre de Maure, qui nie qu'il ait fait mettre en liberté dans la ville de Troyes, comme l'a dit Goupilleau , 26 prêtres et 18 femmes d'émigrés; il a pris, au contraire la plus grande précaution pour accorder les élargissements; il ne l'a jamais fait qu'après avoir consulté les membres de la Société populaire et des autorités constituées dont il s'était entouré, et après avoir examiné si les détetenus étaient ou n'étaient pas dans le cas de la loi du 17 septembre. Maure demande que sa lettre soit imprimée au Journal de la Montagne. La Société passe à l'ordre du jour.
Après la lecture de la correspondance, qui présente une foule de plaintes sur l'oppression des patriotes et l'élargissement des aristocrates, Bassal obtient la parole ; il demande à être entendu contradictoirement avec Gouly, qui est présent, sur les faits relatifs au département de l'Ain. « Je ne désire que des éclaircissements, dit Bassal, et s'il m'est prouvé que ceux pour lesquels je réclame ne sont pas patriotes, et que je soutiens une mauvaise cause, je l'abandonnerai. »
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GouLY. — Il est étonnant qu'un membre de la Convention cite un de ses collègues à la tribune des Jacobins , parce qu'ils diflèrent d'opinion sur quelques individus. ( « Z'orrfre du jour ! » s'éove-l-on de toutes parts.)
Levasseuk (de la Sarthe). — J'observe que Gouly n'est point cité à la tribune à raison de son opinion, mais que Bassal lui demande seulement une explication ; et depuis quand un Jacobin n'aurait-il plus le droit d'en demander à un Jacobin ?
Ou il faut passer à l'ordre du jour sur le fond de l'objet, ou Gouly doit être entendu, puisque Bassal l'a été avant lui ; à défaut de cette marche, nous accréditerons l'opinon qu'on répand, que nous sommes dominés par quelques hommes, tandis que nous ne le serons jamais que par les principes.
Cariuer. — Bassal et Gouly ne sont en dispute que sur les faits; l'un ou l'autre a été induit en erreur; tous deux sont jacobins; il ne s'agit que de s'entendre sur les individus; il faut qu'ils aient ensemble une conférence amicale, après laquelle la Société pourra les entendre. {Mu?'mures.)
GouLY. — On demande des explications ; je pourrais renvoyer à votre Comité de correspondance, qui, depuis trois mois, a des pièces contre les individus dont il s'agit, et qui avait deux fois préparé un rapport que les circonstances ont empêché de faire ; je pourrais ren-« Yoyer au Comité de sûreté générale et aux Sociétés populaires du département, où Ton trouverait des pièces qui attestent les mêmes faits; mais je consens à donner quelques éclaircissements sur les 32 individus arrêtés, et non pas 200 comme on l'a prétendu. Sur ces 32, 8 ont été incarcérés par ordre du Comité de salut public, depuis la chute du triumvirat ; cet ordre est signé Barére, CoUot-d'lIerbois et autres. Le surplus a été incarcéré par ordre de Boisset.
Gouly cite les noms de ces derniers. « Ce sont, dit-il, des ci-devant prêtres, chanoines, procureurs, médecins, dont 'quelques-uns avaient été flétris par les tribunaux ; d'autres avaient retiré leurs parents complices de la révolte de Lyon; presque tous ont signé des arrêtés fédéralistes, et marché dans le Jura avec la force départementale. Boisset aussi a fait arrêter quatre femmes, qui sont reconnues pour des intrigantes, que Gouly accuse, d'après ce qu'en a dit son collègue Boisset, de provoquer des troubles. » Il termine en disant que Bassal, qui n'a jamais été dans le déparlement de l'Ain, ne le connaît pas ; qu'il n'a été instruit des faits qu'il cite que par Merle et autres intrigants, qui ont voulu faire de la Révolution leur patrimoine.
Bassal. — Je ne dispute pas sur les qualités des 30 ou 40 indi-
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vidus dont il s'agit, mais je pose en fait qu'il a existé une conspiralion dans le département de l'Ain; que ceux qui sont incarcérés n'en sont ni les auteurs, ni les complices, tandis que les hommes qui en sont les véritables auteurs jouissent de la liberté. Les preuves de la conspiration se composent de 40 arrêtés, dont les premiers contiennent et annoncent des dispositions à ne pas reconnaître la Convention. Ces arrêtés provoquent de plus le décret d'accusation contre Marat; les seconds approuvent des ailresses avilissantes pour la Convention, et renferment des correspondances criminelles avec les autres départements insurgés ; les troisièmes ordonnent l'envoi de commissaires pour fédéraliser à la levée de bataillons ; les quatrièmes ordonnent la marche de ces bataillons dans les départements rebelles, etc.
On ne voit figurer en rien, dans tout cela, les hommes qui sont incarcérés aujourd'hui ; au contraire, lorsque la municipalité Chalier eut à se défendre, dans la journée du 29, contre le département et les sections rebelles de Lyon, ils furent accusés dans la Société populaire de Bourg de s'entendre avec cette municipalité. Ils élevèrent dans Bourg une pyramide à Marat; ils y placèrent une inscription pour faire détester le fédéralisme, et la Société populaire, qui vient aujourd'hui égarer l'opinion de la Convention sur leur compte, a arrêté depuis peu que cette pyramide serait renversée.
Voici encore un fait qui m'a donné lieu de croire que ces hommes étaient des patriotes persécutés, et je suis fâché que Gouly ne soit pas là pour y répondre. {On observe qu'il est parti.) Alban, serrurier, l'un de ceux qui ont été le i)his persécutés, avait dit, dans une commune du Jura, que ce n'était pas marcher dans le sens de la Révolution que de dire la messe et de ne pas reconnaître les fêtes décadaires. Sur l'observation qu'on lui fit que Robespierre avait déclaré qu'on pouvait faire tout ce qu'on voulait en matière de religion, il répondit que Robespierre n'était qu'un homme, qui ne pouvait pas mettre sa volonté à la place de la loi. On m'a rapporté que Gouly, les pièces à la main, avait été trouver Robespierre, et que tous deux avaient fait enfermer Alban.
Il est possible qu'un ou deux de ces hommes aient signé des arrêtés fédéralistes, car je sais qu'à Bourg les sections armées présentèrent un spectacle menaçant; et il peut très- bien se faire que quelques-uns aient été intimidés à cette vue. Au surplus, je déposerai au Comité de correspondance toutes les pièces qui prouvent les faits que j'ai avancés.
Un membre. — Gouly n'a été rappelé du département de l'Ain que
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sur une dénonciation bien motivée qui fut faite contre lui ; Boisset a mis en liberté, ù Gex, le nommé Fabri, qui correspondait avec les émigrés, et a fait incarcérer tous les patriotes ; Boisset a môme fuit courir la gendarmerie dans un département voisin, où il n'avait pas de pouvoir, après un nommé Mathieu, qui avait eu un passeport de Méaulle. Gouly agissait despotiquement dans le département de l'Ain, et on n'en a rappelé Méaulle que parce qu'il agissait révolutionnairement, ce qui déplaisait à Gauthier et à Gouly. Au surplus, le nombre des patriotes incarcérés dans ce département est de quatrevingts.
N... — J'observe que Bassal a voulu mal à propos faire porter sur le département entier, qui n'a jamais dévié du sentier de la Révolution, la faute de la principale commune, faute dans laquelle l'entraînèrent non pas des fédéralistes, mais des royalistes qui se trouvaient dans son sein. Ceux qu'on donne aujourd'hui pour de très grands patriotes ont tous signé des arrêtés fédéralistes ; ils ont suivi la Révolution pas à pas, et ils se sont jetés du côté où ils ont trouvé leur plus grand intérêt.
Un citoyen remarque que les membres qui parlent n'ont pas avec eux les pièces sur lesquelles ils fondent leurs dénonciations ou justifications respectives; il demande le renvoi de la discussion jusqu'à ce que les pièces soient apportées. « La patrie est en danger, dit-il, on vous amuse pendant qu'on vous égorge. »
La Société arrête le renvoi.
Le mêine citoyen reprend la parole : « Le salut de la patrie doit appeler toute votre attention ; dans tous les départements, les sansculottes, les pères de cinq ou six enfants, ceux qui n'ont pour lits que leurs planchers, sont incarcérés. Le croiriez-vous? dans une Société populaire on a poussé l'impudeur jusqu'à demander la sortie des parents des émigrés ! Il faut aujourd'hui que tous les patriotes se rallient dans cette enceinte. Vous êtes regardés dans les départements comme les auteurs de la contre-révolution ; la Société passe pour se laisser mener par une bande de brigands ; l'aristocratie profite de la journée du 9 thermidor, pour relever fièrement sa tête criminelle ; l'aristocratie prétenrl nous faire perdre cinq années de révolution. Les hommes du 14 juillet, du 10 août et du 31 mai sont ici; ce sont eux qui ont fait la Révolution, et ils ne souffriront pas que les contre-révolutionnaires s'en attribuent eux seuls la gloire et le profit.
Prenez-y garde, citoyens, le précipice est creusé, et vous n'êtes pas loin d'y tomber Tous les jours, depuis quelque temps, on parle
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de conspirations découvertes ; je veux qu'il en existe, parce qu'il y a des contre-révolutionnaires dans tous les départements ; mais je vois une grande conspiration; elle est dans la Convention même... {Les plus violents murmures éclatent soudain dans la salle et dans les tribunes et forcent Vorateur à descendre.)
Levasseur (de la Sarthe), Duhem, Raisson et plusieurs autres se précipitent à la tribune ; tous, pressés de confondre le préopinant, réclament la parole. Au milieu du tumulte général, le président cherche en vain à se faire entendre ; il se couvre, aussitôt le calme renaît.
Le Président. — Je n'attribue qu'à l'indignation profonde le tumulte qui vient de s'élever. J'invite les citoyens à entendre avec calme les réflexions qui vont être faites ; elles n'auront pour objet que de les rappeler aux vrais principes et au respect à la représentation nationale. [Applaudissements.) Sans doute, il a existé des factions, même au sein de la Convention ; mais la Convention a promis de sauver le peuple, et elle tiendra sa promesse. Il était d'autant plus à propos d'ôter la parole à celui qui a été interrompu, qu'il n'est pas membre de la Société.
Raisson. — Avant que de m'expliquer sur le compte de celui qui m'a précédé à la tribune, je déclare qu'aucune puissance sur la terre ne m'empêchera jamais d'énoncer mon opinion, et que la Société se perdrait elle-même, si elle souffrait qu'aucun parti, même celui du patriotisme trompé, pût lui ravir le droit de manifester fortement ses intentions.
Depuis quelque temps, sous prétexte de la difficulté des circonstances et des calomnies répandues contre les Jacobins, des hommes que nous ne connaissons pas se présentent à notre tribune avec un masque de patriotisme; et ce sont ces hommes qui donnent lieu aux calomnies dirigées contre nous. C'est dans le moment où l'on dit que vous voulez avilir la Convention nationale, que vous voulez élever une puissance rivale de la sienne; c'est dans ce moment, dis-je, qu'on prend la tribune des Jacobins pour une tribune de diffamation contre la représentation nationale. Il est temps de mettre un frein à ce désordre révoltant ; disons mieux, à cet horrible scandale. Il ne suffit pas de dire que nous respectons la Convention ; il faut prouver, et prouver hautement, que nous voulons qu'on la respecte. Je demande que tous les membres, qui se permettraient dans leurs discours quelque chose qui tendrait à outrager la Convention, soient rappelés à l'ordre. Je demande aussi que l'on soit très circonspect à donner la parole à des hommes qui se disent membres des Sociétés
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populaires des départeinenls, et qui prétendent être persécutés. Trop souvent, ces êtres inconnus ne sont que des hrigands, qui, en fuyant leur endroit, tentent, mais en vain, déciiappcr au cliàtimcnt (pii les poursuit.
DuiiEM. — L'homme en question a prononcé que la conspiration était au sein de la Convention; il faut l'arrêter et le conduire au Comité de sûreté générale. {On applaudit.)
Cette proposition est adoptée.
Levasseur (de la Sarthe). — La Société n'existe pas dans tels ou tels individus qui parlent dans cette enceinte ; elle n'existe pas plus dans ceux qui ne parlent pas; elle existe tout entière par les principes. Nous ne sommes pas des lieutenants dévoués à tel ou tel parti : nous marchons sous Vélendurd des Droits de L'homme et du citoyen.
Nous sommes convaincus que les aristocrates lèvent la tète : fidèles à nos principes, nous devons défendre les patriotes; et, pour le faire efficacement y il faut trouver notre seul point de ralliement dans la Convention, qui possède et qui mérite la confiance de tous les Français. [On applaudit.)
Vous ne devez pas souffrir qu'on la calomnie dans l'enceinte de ses défenseurs naturels et de ses plus inébranlables appuis.
Sachez allier la prudence à la fierté, et la sagesse à l'attitude ferme et imposante des hommes libres. Ce sont les abus qu'il faut dévoiler, et vous trouverez toujours la Convention nationale disposée à les détruire ; toujours vous la trouverez disposée à faire réincarcérer les aristocrates imprudemment élargis.
Dernièrement, sur ma motion, elle en a fait arrêter de nouveau douze, qui avaient été placés dans les autorités constituées. La contrerévolution, citoyens, n'est donc pas dans la Convention. (On applaudit.)
Continuons à défendre les patriotes opprimés, et, si des scélérats viennent nous demander justice, nous les livrerons au glaive de la loi. Attaquer la Convention nationale, c'est outrager la majesté du peuple souverain quelle représente ; un pareil attentat mérite toute votre animadversion. (Vifs applaudissements.)
Un membre. — J'observe que le citoyen qui a été interrompu n'a pas dit que la contre-révolution fût dans la Convention ; mais qu'il y avait une grande conspiration dans la Convention.
DuiiEM. — Il est constant qu'il a été proclamé à cette tribune que la conspiration existait jusque dans la Convention. Cette expression est assez tranchante pour déterminer la mesure que vous avez prise ;
il ne s'agit plus que de conduire le citoyen au Comité de sûreté générale. C'est pour n'avoir pas relevé une semblable motion, qu'une Société a vu les scellés apposés sur ses papiers. Il y a quelques jours que dans la Convention on vous a menacés du même sort ; mais la Convention, loin d'accueillir la proposition, l'a à l'instant repoussée. C^est par leur attachement à la Convention et à ses Comités, que les Jacobins rempliront le rôle glorieux d'avant-garde de la représentation nationale. Que doit faire une avant-garde ? Elle doit faire ses rapports au quartier-général. Eli bien! la Convention est pour vous le quartier-général. [On applaudit.)
Je demande que vous passiez à l'ordre du jour, dont on ne vous écarte que pour vous empêcher de soutenir les patriotes à la Convention elle-même, que l'on attaque, lorsqu'on attaque les patriotes et les Jacobins. [On applaudit.)
La Société nomme des commissaires pour conduire au Comité de sûreté générale l'individu expulsé de la tribune.
Le Président annonce que le territoire continental de la République est entièrement purgé des esclaves qui le souillaient ; il apprend la prise de Bellegarde ; ces nouvelles sont reçues au milieu des plus vifs applaudissements.
SÉANCE DU o VENDÉMIAIRE AN II (27 SEPTEMBRE 1794) «
PRÉSIDENCE DE BASSAL
La séance s'ouvre par la lecture de la correspondance.
Le citoyen Loys, détenu dans la maison d'arrêt de Port-Libre, fait passer à la Société ses moyens de défense, et la prie de lui nommer des défenseurs officieux.
Levasseur. — Loys a été arrêté comme frère d'émigré ; il ne sera pas difficile de le rendre à la liberté, puisque sont exceptés de la loi du 17 septembre les citoyens qui depuis le commencement de la Révolution n'ont cessé de donner des preuves de patriotisme, et Loys en a de nombreuses à offrir : le 8 thermidor il a tonné à cette tribune contre le tyran Robespierre.
MoNESTiER. — Le 8 thermidor, Loys n'ayant pu obtenir la parole
1. Nous donnons cette séance d'après le Journal de la Montagne.
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contre Robespierre, il se précipita à lu tribune où tous ses mouvements furent pour la Convention. J'entrais hier au Comité de sûreté générale comme Loys en sortait. J'appris (|iril avait été arrêté comme ayant un frère émigré. Dans une Ré[jublique, les fautes sont personnelles ; elles ne tiennent pas aux familles, m.iis aux individus; Loys est patriote ; je demande qu'il lui soit accordé des défenseurs officieux.
Raisson. — En appuyant la demande des défenseurs officieux, j'observe que c'est au moment oii les troubles éclatent dans Marseille qu'on arrête un patriote qui a fait triompher dans le Midi les principes du républicanisme, et qui pouvait lui-même donner de grands renseignements sur ce qui se passe dans les départements méridionaux; je vois dans cette arrestation une intrigue infernale, qu'il est du devoir et de l'intérêt de la Société de découvrir *.
Levasseur. — La Société doit se rappeler que, quand Loys fut épuré, Fréron demanda la parole contre lui. N'ayant pu le perdre alors, on a cherché pour le faire le moment on l'on fait le procès aux auteurs des révolutions des 10 août et 31 mai ; car personne n'ignore, et l'Assemblée législative elle-même l'a attesté, que le sang de Loys a coulé dans la journée du 10 août. Cependant Loys est incarcéré, et Raffet jouit de sa liberté.
Un membre atteste que, dans la séance du 8 thermidor, Loys a crié au tyran Robespierre : Tu es un scélérat, tu n^as que le masque de patriotisme, mais bientôt ton masque tombera et le peuple Vappréciera.
Un grand nombre de membres et de citoyens des tribunes confirment le fait.
Plusieurs membres demandent qu'une députalion se rende sur-lechamp au Comité de sûreté générale pour réclamer la liberté de Loys. D'autres demandent que des défenseurs officieux lui soient donnés.
Cette dernière proposition est adoptée.
Les défenseurs nommés sont Levasseur, Monestier et Bouin.
Terrasson. — Ce n'est pas sans étonnement que je viens d'apprendre l'arrestation de Loys, dont nous connaissons tous le patriotisme. Je demande que le Comité des défenseurs officieux soit tenu
1. Les Annales patriotiques du 3 vendémiaire an III, p. 3071, ajoutons ici: « L'n particulier se plaint d'avoir reçu une trentaine de coups de bùton dans la nuit du l"' au 2 vendémiaire pour avoir pris la défense des Jacobins. « Tiens, lui a- « t-on dit en le frappant sur la tète, va porter cette adresse au Comité de pré- « sentation de la Société des Jacobins ! » [Mouvements d'horreur.)
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d'avertir la Société aussitôt qu'un de ses membres aura été arrêté, parce que, s'il est patriote, la Société lui nommera sun-le-champ des défenseurs, et nous ne serons pas comptables des souffrances d'un bon citoyen.
La Société invite son Comité des défenseurs officieux à lui faire connaître l'arrestation de ses membres aussitôt que ce Comité luimême en sera informé.
La Société des défenseurs de la République, séante aux ci-devant Jacobins, rue Honoré, écrit qu'elle a rayé du tableau de ses membres deux individus qui demandaient la dissolution des Sociétés populaires.
Levasseur (de la Sarthe). — Le département des Ardennes est dans l'oppression. Je vais vous donner lecture dune adresse que la Société populaire de Mézières a envoyée à la Convention, qui vous prouvera ce que je vous ai déjà dit tant de fois. Cette Société a d'autant plus de mérite à dénoncer ces faits, que Lacroix * est dans ce département, et qu'il y traite les patriotes avec une verge de fer.
Levasseur lit ensuite cette adresse.
La Société de Mézières applaudit à la chute de Robespierre et de ses complices. Elle annonce que les aristocrates s'efforcent de proscrire les patriotes ; que la loi du maximum n'est point observée ; que, si un républicain en réclame l'exécution, il est montré au doigt dans les rues et jusque dans la Société populaire ; que le fanatisme relève ta tête. Les prêtres font publier par leurs émissaires formels [sic) que les décades sont abolies, et les dimanches rétablis. Bientôt, si l'on n'y remédie, on verra les partisans des dimanches en venir aux mains avec ceux des fêtes décadaires.
[Il se plaint que les Autrichiens correspondent avec les fils d'émigrés.]
Levasseur donne ensuite lecture d'une lettre d'un défenseur de la patrie, qui demande que l'on chasse des fonctions publiques tous les prêtres et tous les nobles, qui n'ont la confiance que des aristocrates. Il dénonce que des fils d'émigrés occupent des places importantes dans l'armée,
« Les ennemis du peuple, ajoute cette lettre, sont ceux qui ne veulent pas la terreur pour les aristocrates, c'est-à-dire qui demandent le gouvernement révolutionnaire avec des mitaines ; et ceux qui parlent en faveur des prêtres et des nobles. La Convention na-
i. Charles Delacroix?