‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 4)Chapitre 99 sur 187 · Voir plus haut, p. 537 à · texte numérisé non relu

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et que la justification que nous exigions de la conduite que nos membres avaient tenue dans la nuit du 9 au 10 thermidor n'était qu'un jeu. II a été témoin cependant de la vérité et de la bonne foi avec lesquelles cette opération a été faite. Cette circonstance, et le décret rendu ce matin, sont deux moyens victorieux pour les Jacobins de repousser les calomnies dirigées contre eux.

Vous avez rendu hommage aux principes en demandant la publication de la liste des personnes qui ont été élargies; celte demande a été repoussée; eh bien, faisons l'application de ces principes à nous-mêmes.

On a dit que la Société était composée de voleurs et de brigands : on a été jusqu'à dire que le premier membre sur qui l'on mettrait la main en entrant ici, les yeux bandés, serait à coup sûr un fripon; eh bien, faisons voir que tous ceux qui composent la Société sont des patriotes énergiques qui, depuis le 14 juillet, combattent pour la liberté et l'égalité, et qui les défendront jusqu'à la mort. Je demande que la Société prévienne le vœu de la Convention, et que, forte de ses principes comme du patriotisme et de la vertu des membres qui la composent, elle se présente à la Convention avec la liste de tous les Jacobins, et que, quel que soit le mode d'épuration, s'il arrive que quelques membres soient expulsés, leurs noms soient rendus publics.

Sans doute les motifs qui ont déterminé ce décret sont pris dans l'amour du bien public : sans doute on ne suivra dans l'épuration aucune haine personnelle, et dès lors on ne craindra certainement pas de publier les causes de la réjection des individus qu'on croirait devoir ne pas admettre.

Fayau. — Les Jacobins ont un devoir bien glorieux à remplir, celui de rendre la République entière juge de leur conduite; chacun de nous doit ouvrir son àme, et provoquer toutes les dénonciations du peuple ; que nos ennemis en fassent autant! {On applaudit.) Ne^ vous y trompez pas, citoyens; ce n'est point à cette enceinte qu'on en veut, c'est aux principes jacobites, attaqués par l'Espagne, l'Angleterre, la Prusse, etc. {On applaudit.) Si sous cette voûte, qu'on, dit profanée par notre présence, il siégeait des contre-révolutionnaires avec des Jacobins, on ne demanderait pas leur destruction. Ce sont donc les principes qu'on attaque, et les principes que vous devez défendre ; et l'égalité, détestée par les égoïstes, doit être chérie par les Jacobins.

Le Jacobin qui se tairait ne sera pas plus épargné qu'un autre ; en nous taisant nous trahirions la cause du peuple. {On applaudit.)

Î548 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [4 octobre 1794]

C'est donc aux mille calomnies amoncelées contre nous, pour nous rendre odieux au peuple, qu'il faut répondre : détruisons ces calomnies, et montrons ce que nous sommes.

On dit que vous n'êtes pas épurés, et cependant on ne cite pas un seul coupable. On dit : « Tel et tel sont des fripons », parce qu'on a la certitude de s'assurer d'eux dans les vingt-quatre heures. On dit, que votre scrutin épuratoire n'est qu'une chimère; sans doute ceux qui tiennent ce langage n'ont pas bien vu la liste des Jacobins. Les nouveaux Jacobins ont été obligés de produire un certificat constatant le lieu où ils étaient dans la nuit du 9 au 10. Je demanderai donc que ces certificats soient placés à côté de chaque nom, afin de confondre davantage ceux qui nous ont attaqués par de pareilles calomnies.

Je reviens à. ma première idée. Ce matin on a dit, et depuis longtemps tous les pamphlets le publient, que les Jacobins étaient une puissance rivale de la Convention, et observez qu'il n'y a pas dans les Jacobins un seul membre de la Convention qui ait à sa disposition seulement une place de balayeur de bureau. Si les Jacobins d'autrefois ont été intrigants, ce reproche ne peut pas s'appliquer aux députés actuels, membres des Jacobins, mais qui ne le sont pas du gouvernement, et qui n'ont aucune place à leur nomination.

On a dit que nous étions une puissance rivale de la Convention, nous qui n'avons reçu d'adhésion à tout ce que nous avons fait que parce que nous avons dit que nous servirions de rempart à la Convention contre les coups qu'on voudrait lui porter.

On a proposé de régénérer les Jacobins; mais je fais une question : A qui appartient la Société des Jacobins ? au peuple ; car celui qui se présente ici avec des titres de civisme est admis, sans quoi il y aurait une tyrannie, et il n'est pas dans votre intention d'en souffrir. Si la Société des Jacobins est régénérée, elle appartiendra aux régénérateurs ; ce ne sera plus la Société du peuple, mais de quelques hommes ou de quelques comités.

On a dit que, quand les Jacobins seraient épurés, l'unanimité régnerait dans la Convention, parce que les députés jacobins n'auraient plus d'autres opinions que celles de leurs collègues; et observez que les mêmes hommes, qui trois jours auparavant avaient dit : « Oublions le passé pour ne nous occuper que du bonheur du peuple », sont ceux qui ont tenu ce propos, et qui ont dénoncé trois de leurs collègues.

Ces rapprochements sont nécessaires pour faire voir que ce ne sont pas les députés jacobins qui mettent le trouble dans la Convention.

On a dit ensuite : « Soyons unis, et dans un mois nous aurons la paix. » Mais l'armée d'York, mais celle de Cobourg sont-elles détruites? Mais la flotte terrible de lAngleterre est-elle engloutie dans les flots ?^Iais la Vendée n'existe-t-elle plus ?

On a dit que la Vendée se grossissait, parce que les Jacobins renouvelaient le système de terreur.

Nos ennemis cherchent à doubler leurs forces en aliénant contre nous tous les citoyens. D'une part, ils ont répandu que les députés jacobins voulaient se séparer de leurs collègues ; de l'autre ils arment contre vous tous les gens qui ont été détenus. Ils en font une caste particulière, à laquelle ils disent : « Voilà ceux qui t'ont fait enfermer ; voilà ceux qu'il faut frapper, si tu veux conserver ta liberté. » Les Jacobins n'ont qu'une déclaration à faire : les hommes purs qui ont été incarcérés savent qu'ils sont nos frères ; mais ceux que leur conscience tourmente savent qu'ils sont nos ennemis. Il n'est pas étonnant que ceux-ci aillent grossir la Vendée, puisqu'ils avaient formé l'affreux projet d'en faire une nouvelle ici ; mais les hommes purs qui ont été élargis se réuniront à nous pour entourer et défendre la Convention.

Quelle est notre puissance, à nous qui ne propageons que les droits du peuple? On vous accuse d'avoir des meneurs; s'il en existait, il faudrait les culbuter; mais vous n'êtes pas des bêtes pour avoir des meneurs; vous avez reçu une belle leçon, et vous ne l'oublierez pas.

Ils se croient bien forts, ceux qui nous attaquent; ils accusent les sections qui ne veulent pas penser comme eux, et s'adoptent celles où l'on parle dans leur sens ; mais il est bon de leur rappeler que décadi, lorsque plusieurs sections vinrent à la barre, et qu'une autre parla ensuite dans un sens utile, les sans-culottes des autres sections qui avaient parlé dans le sens contraire applaudirent à un discours dans la section des Piques ; cela prouve que la vérité est le langage du peuple, et qu'il faut sans cesse la lui dire.

Les Jacobins n'envoient pas des commissaires dans les sections pour faire adopter leurs adresses ; ils sont appuyés par le peuple, parce qu'ils défendent l'égaUté que le peuple veut, et, dussent vos ennemis répéter sans cesse qu'ils ont un million d'individus qui leur sont dévoués, ne voient-ils pas qu'ils déclarent la guerre à vingt-cinq millions qui s'élèvent contre eux?

Que veulent les Jacobins ? achever la Révolution ; mais vos ennemis veulent marcher en sens inverse. La Société devant être régénérée, j'ai cru qu'il était bon que ces principes fussent connus de tout le peuple. J'appuie la proposition de Raisson.

550 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [6 octobre 1794]

Lefranc , capitaine de canonniers de la section des Tuileries, annonce à la Société qu'on Ta accusé d'être l'un des meneurs de. cette section. « Je partis, dit-il, le 17 vendémiaire dernier, pour Commune- Affranchie, et je n'ai pu pendant mon absence influencer en aucune manière la section. Je suis de retour depuis trois mois, et certes la section des Tuileries est maintenant trop bien éclairée pour se laisser mener. Il n'y a que dix jours que je porte la carte de Jacobin ; et si, par suite de la dénonciation faite contre moi, je suis écarté de la Société, croyez que toujours j'en partagerai les principes. » {On applaudit.)

Levasseur, en appuyant les propositions de Raisson, demande qu'il ne soit pas question, dans l'adresse que la Société présentera à la Convention^ de l'épuration de la Société.

Cette proposition est adoptée.

La Société admet au nombre de ses membres plusieurs citoyens que lui présente son Comité.

La séance est levée à dix. heures.

PRÉSIDENCE DE BASSAL

[On fait lecture de la correspondance. — La Société de Tulle demande le nom de celui qui l'a accusée d'être menée par des contre-révolutionnaires.]

Crassous donne des détails sur la nouvelle victoire remportée par l'armée de Sambre-et-Meuse sur les coalisés. « Et nous aussi, dit-il, imitant l'exemple que nous donnent les défenseurs de la République, nous traverserons, s'il le faut, des torrents pour soutenir les droits du peuple, pour empêcher qu'il ne soit porté aucune atteinte à la pure démocratie que nous professons; nous traverserons et l'intrigue et le royalisme : nos principes sont ceux de républicains qui combattent aux frontières. »

Charles Duval. — Citoyens, c'est au moment où l'élan généreux des âmes républicaines est comprimé, c'est au moment où les patriotes sont opprimés, que les zélateurs de la liberté et de l'égalité

1. Nous reproduisons cette séance d'après le Journal de la Montagne.

doivent se serrer, et, réunissant leurs talents et leurs vertus, le? diriger vers la liberté qu'on attaque.

Il ne faut pas se dissimuler, citoyens, que c'est surtout l'égalité qu'on veut anéantir. En jetant les yeux sur ce qui s'est passé depuis cinq ans, l'observateur impartial s'aperçoit sans peine que les moyens employés par les ennemis du peuple pour étouffer la liberté dans son enfance sont reproduits aujourd'hui, et que la faction nouvelle suit le même projet.

Au commencement de la Révolution, l'idée d'un changement de dynastie donna l'espoir à l'Angleterre de dicter un jour des lois au peuple français ; le système des deux Chambres fut jeté en avant, et germa parmi la noblesse et les gens perdus de vices, de débauches et de réputation; c'est du milieu de ces corruptions que sortirent les premières étincelles de la liberté; le peuple connut ses droits et s'en saisit avec vigueur; alors les intrigants changèrent de système, ils ne parlèrent plus que, du bonheur du peuple, afin de le vendre plus cher à une cour corrompue; mais bientôt on les vit se dépouiller de l'habit populaire qu'ils avaient endossé, et se déclarer hautement les partisans de la tyrannie.

Mirabeau, celui de tous qui avait le plus de génie, et que l'orgueil de la noblesse avait jeté dans le parti de la Révolution, soutint avec force la monarchie, qu'il avait paru vouloir saper; il avait pour antagonistes les Lameth, grands partisans de l'Angleterre.

Après la mort de Mirabeau, on les vit, non sans étonnement, suivre le système qu'il avait adopté, et, d'accord avec les réviseurs, donner au roi une puissance formidable. C'est ainsi que l'on vit Rrissot et la Gironde, opposés d'abord à la cour, protéger le royalisme quand on voulut l'abattre.

Les factions qui se sont succédé ont eu toutes pour objet la royauté, avec ou sans modification; celle qui s'est élevée depuis le 9 thermidor a, n'en doutez pas, citoyens, les mêmes vues.

Un monstre, dont la mémoire seule fait frémir d'horreur, s'était emparé de tout. Il voulait sacrifier sans aucune distinction les bons et les mauvais citoyens. Que fait-on aujourd'hui? on l'imite ; on calomnie les meilleurs citoyens, on veut perdre les défenseurs de la République {on applaudit); on a abusé d'une loi sage, et, sous prétexte de réparer les nombreuses injustices de Robespierre, on a ouvert les prisons à une foule de conspirateurs ; on a établi un Comité de clémence, non en faveur des patriotes, mais en faveur des aristocrates. Comme du temps de Brissot et de la Gironde, on tapisse les murs de Paris de placards, afin d'égarer le peuple ; comme du temps de Le

852 SOCIETE DES JACOBINS [6 octobre 1794]

Chapelier, on vante les services qu'ont rendus à la chose publique les Sociétés populaires, et on veut les abattre ; on dit, ainsi que Le Chapelier, que leur correspondance et leurs affiliations les rendent une corporation formidable, et, comme on craint la surveillance, on ne veut pas être surveillé ; comme lui, on dit qu'ils ne faut pas que les représentants du peuple soient membres des Sociétés populaires.

Il est bon de remarquer que, pendant que les Le Chapelier, les La Fayette, les Brissot, les Vergniaud, étaient Jacobins, ils ont été les plus fermes appuis des Sociétés populaires; aussitôt qu'ils en furent chassés, ils ont crié : A bas les Jacobins ! Ce changement prouve, de leur part, un abandon des principes populaires que les Jacobins n'ont cessé de de professer. Malheur à celui qui n'a pas assez de caractère et de vertu pour rester membre de cette Société, afin d'anéantir le système abominable qu'un million d'individus fait vivre le peuple français !

0 amour des richesses et du pouvoir! D'André, tout gorgé d'or, disait aussi que, sans les riches, la France manquerait de tout.

On a dit que, sans les Jacobins, les ennemis demanderaient bientôt la paix. Rappelez-vous que, dans son manifeste, l'empereur offrait la paix, à condition que l'on anéantirait les Jacobins.

On ne peut rien ajouter à ce qu'a dit Audouin ; le masque s'use, et bientôt les visages seront à découvert : le peuple reconnaîtra ses ennemis, et ils ne seront plus redoutables.

Jacobins, vous surveillerez toutes les trames; vous resterez inviolablement attachés aux principes et à la représentation nationale : vous vous occuperez du bonheur de vingt-quatre millions d'hommes, dont vous faites partie ; vous les rendrez indépendants d'un million de riches égoïstes. C'est ainsi que vous répondrez à vos détracteurs et aux manifestes des Le Chapelier et des Léopold modernes. Vous éclairerez la Convention nationale sur les intrigants qui demandent, non pas la destruction des Sociétés populaires, mais qu'on les organise, c'est-à-dire qu'on les compose de leurs créatures et de leurs organes. Roland voulait aussi organiser les Sociétés populaires et les rendre utiles à sa manière.

Jacobins, mettez à l'ordre du jour la discussion des principes ; il ne sera pas difficile de prouver que les Sociétés populaires doivent être indépendantes dans le choix de leurs membres et de leurs délibérations; sans doute, les magistrats ont le droit de saisir les fripons, s'il s'en trouve parmi elles ; mais vouloir les organiser, c'est attaquer un principe sacré, reconnu par la Déclaration des Droits de l'Homme, €t saper les fondements de la liberté; c'est en discutant ces principes

[6 OCTOBRE 1794] SOCIETE DES JACOBINS 5o3

que vous éclairerez les citoyens qui vous écoutent et le gouvernement que Ion veut entraîner dans une fausse démarche. (Vifs applaudissentents.)

On lit une lettre du rédacteur du Journal de la Montagne, qui donne sa démission *. BiUaud-Varenne relève le mot à' audace, employé dans cette lettre et dit : « Il ne faut point d'audace pour rendre compte des séances de la Société, mais du patriotisme et de la véracité. »

On demande que le rédacteur donne des explications sur le contenu de sa lettre.

L'ordre du jour est réclamé et arrêté.

{Lanot déclare que c'est bien lui qui a dénoncé le meneur de la Société de Tulle comme contre-révolutionnaire. Il persiste dans cette dénonciation.]

La Société arrête l'impression de ce discours, l'envoi aux sections et aux Sociétés affiliées, et la distribution aux représentants du peuple *.

Crassous. — Dans sa dernière séance, la Société, pour fermer la bouche à ses calomniateurs, a arrêté de porter la liste de ses membres à la Convention nationale : il est peut-être nécessaire, avant l'exécution de cette mesure, d'examiner si elle est digne de la Convention.

Dubois-Crancé a prétendu, quoiqu'il ait la preuve du contraire, que cette Société est composée des mêmes hommes qui siégeaient dans cette salle dans la nuit du 9 au 10 thermidor ; c'est ce qui a déterminé le décret que la Convention a rendu, qu'elle s'occuperait de l'épuration des Jacobins.

Tous voyez donc qu'il n'est plus question d'empêcher les représentants du peuple d'être membres des Sociétés populaires, parce que, s'ils ont le droit de s'assembler en particulier et de discuter sur les affaires du gouvernement révolutionnaire, à plus forte raison ont-ils celui de se réunir sous les 3-eux du peuple et de s'occuper de son bonheur; mais on veut épurer les Sociétés populaires; on veut en

1. Les Annales patriotiques, numéro du 17 vendémiaire, p. 5110 reproduisent la lettre de Th. Rousseau dans les termes suivants :

« Frères et Amis, vous m'avez confié la rédaction de votre journal, mais je sens que je n'en ai pas le talent ; j'ose vous dire, je n'ai pas assez d'audace pour rédiger vos séances. D'ailleurs, je dois songer à vos intérêts, mais encore plus à ceux de la République ; j'espère que ma franchise ne me fera rien perdre de votre estime. » {Longs murmures.)

2. Dischurs prononcé pur Ch. Dlval, député du département d'Ille-et-Vilaine, membre de la Société des Jacobins, dans sa séance du 15 vendémiaire an III. . . Imp. G.-F. Galetti, s. d., in-S» de Ifi p., — Bibl. nat., Lb 40/796.

554 SOCIÉTÉ DES JACU15LNS [(> ocïohuk 1794]

chasser par un décret les membres qui ne conviennent pas, et les remplacer par des surveillants dociles. Si rAsscmbléc constituante avait cru avoir le droit d'épurer les Jacobins, sans doute il n'y aurait eu ici que des royalistes.

On a dit qu'il fallait chercher le moyen d'utiliser les Sociétés populaires. Le moyen de rendre utiles les Sociétés populaires, c'est de leur laisser cette liberté d'opinion qui a toujours servi la chose publique.

D'après cela, je crois que la Société ne doit pas laisser subsister son arrêté; elle ne doit pas aller porter la liste de ses membres à la Convention; ce serait provoquer une épuration qui est contre les principes. Je ne veux pas pour cela que cette liste soit enterrée; chacun de nous a besoin de connaître les membres qui composent cette Société; car, s'il s'était glissé quelque fripon parmi nous, il faudrait sur-le-champ en faire justice. Je demande donc l'impression de la liste, et qu'avant sa distribution, elle soit déposée au secrétariat, afin que chacun de nous puisse en prendre communication.

Levasseur. — Le droit de s'assembler en Sociétés populaires étant assuré par la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen, et le gouvernement révolutionnaire que la Convention a adopté, au lieu de les violer, leur donnant plus de force, personne n'a le droit d'empêcher les citoyens de se réunir paisiblement et sans armes.

Nous avons organisé les Sociétés populaires des départements, mais voici comment nous nous y sommes pris : nous avons formé un noyau de patriotes purs, à qui nous avons donné le droit de s'adjoindre d'autres patriotes; mais jamais nous n'avons dit : Tel individu nous déplaît, il faut le chasser.

Je ne conçois pas ce qu'on entend par utiliser les Sociétés populaires. Veut-on diriger les pensées des citoyens qui les composent? je ne le crois pas ; les Sociétés populaires seront utiles toutes les fois qu'elles défendront les intérêts du peuple.

Je demande le rapport de l'arrêté qui ordonne que la liste des membres qui composent cette Société sera portée à la Convention. S'il y a parmi vous des conspirateurs, le gouvernement est là pour les saisir; car, pour être membres de cette Société, nous ne cessons pas d'être citoyens et soumis aux lois.

GiOT. — Le préopinant a eu tort de citer comme conforme aux principes la conduite tenue dans les départements par certains représentants. Il a dit que, pour rendre les Sociétés populaires utiles, on avait formé un noyau de vingt à vingt-quatre patriotes, auxquels on avait donné le droit de s'adjoindre d'autres citoyens. C'est ce principe,

subversif de la liberté, que j'attaque; je suis loin de soupçonner les intentions de Levasseur, dont je connais les principes; mais je veux lui faire sentir que les Sociétés populaires n'appartenant qu'aupeuple, elles ne doivent pas être composées au gré de quelques individus.

Les Sociétés populaires sont fondées sur les droits de l'homme, et^ les droits de l'homme étant puisés dans la nature, aucune puissance humaine ne peut y porter atteinte; les Sociétés populaires, lorsqu'elles^ sont fondées sur la loi, n'appartiennent qu'à elles-mêmes ; s'il en était autrement, l'infâme cour aurait épuré celle des Jacobins, et vous auriez vu ces banquettes, qui ne doivent être occupées que par la vertu, souillées par la présence des Jaucourt et des Feuillants. Eh bien, la cour elle-même, qui ne respectait rien, n'osa pas vous attaquer; et ce que la cour n'a pas osé, on l'entreprendrait au moment où les Jacobins ont juré d'abattre les tyrans, quels qu'ils soient, et d'être toujours soumis à la Convention ! Non, citoyens, la Convention nationale, qui veut le bien du peuple, n'attaquera jamais les Sociétés populaires; elle reconnaîtra que, du moment oîi les ennemis de la patrie sont parvenus à lui faire décréter l'épuration des Sociétés populaires, ils l'ont trompée; car ce n'est point à vous seulement qu'on en veut, c'est à toutes les Sociétés populaires; c'est contre le nombre des sociétaires et contre la chaleur de leur patriotisme qu'on s'acharne ; elle reconnaîtra qu'elle a sapé les principes de la liberté [on applaudit); mais elle reconnaîtra qu'il j^ a parité de principes avec les meneurs de l'Assemblée législative et ceux qui veulent la mener aujourd'hui; les meneurs de l'Assemblée législative avaient une Société à eux; ceux qui veulent mener la Convention prétendent aussi avoir une Société qui leur soit dévouée.

Je ne ferai point au peuple l'injure de le croire détérioré de principes. Ce qu'il a fait en 92, il le fera en 94 ; il ne souffrira pas qu'une Société qui a juré de faire à la Convention un rapport contre tous^ les factieux qui voudraient usurper l'autorité soit anéantie. Le peuple maintiendra l'attitude qu'il a montrée en 92 au milieu desorages suscités par les Brissotins.

Vous n'avez plus maintenant qu'à présenter une grande masse de vertus et d'amour pour la représentation nationale. Croyez que la Convention ne sera pas insensible à votre attachement. Evitez les^ écarts dans lesquels les scélérats voudraient vous faire tomber, restez toujours Jacobins.

J'arrive des départements; je puis vous assurer que l'existence des Sociétés populaires est extrêmement compromise ; j'ai été traité de

liiJÔ SOCIÉTÉ DES JACOBINS [8 octobue 179i]

scélérat, parce que le titre de Jacobin était sur ma commission : on m'a dit que j'appartenais à une Société qui n'était composée que de brigands. Il y a des menées sourdes pour éloigner de vous les autres Sociétés de la République ; j'ai été assez heureux pour arrêter la scission et resserrer les liens de la fraternité entre vous et la Société de Bayonne, que Robespierre avait calomniée dans votre sein.

Ce que je viens de dire d'une commune est applicable à toutes ; il faut que les Sociétés populaires sachent que vous n'êtes plus les dupes de quelques individus, que vous êtes invariablement attachés aux principes, et que, si on voulait porter atteinte à la Convention nationale, vous la défendriez jusqu'à votre dernier moment.

Mais surtout, citoyens, faites en sorte de n'être point épurés; je le répète, les Sociétés populaires appartiennent à elles-mêmes ; elles tiennent leur existence ries Droits de l'homme, et, comme eux, elles sont impérissables. {On applaudit.)

La Société rapporte son arrêté qu'elle avait pris dans la dernière séance, et ordonne l'impression de la liste de ses membres, et son dépôt au secrétariat, où chaque membre pourra la consulter.

Le résultat du scrutin pour le renouvellement du bureau a donné pour président Garnier (de Saintes); Boissel, pour vice-président. Les secrétaires sont Levasseur (de la Sarthej, Charles Duval, Crassous'.

SÉANCE DU 17 YENDÉiVnAIRE AN III (8 OCTOBRE 1794) «

PRÉSIDENCIÎ DE BASSAL

La séance s'ouvre par la lecture de diverses adresses des Sociétés populaires qui se plaignent des excès révoltants de l'aristocratie et du modérantisme. Ces adresses font partie de la correspondance.

La Société arrête l'impression, Taffiche et l'envoi aux sections de l'adresse de la Société de Bergerac.

1. D'après les Annales patriotiques, numéro cité plus haut, il aurait été question de Carrier dans cette séance :

« Un citoyen dit que les noyades de Nantes font la plus mauvaise impression dans le peuple ; elles sont cause que certain représentant du peuple digne de sa «onfiance. . . On crie: L'ordre du jour, motivé sur ce que Carrier est un honnête homme et un ami de la clémence et de l'humanité ! »

2. Nous reproduisons cette séance d'après le Journal de la Montar/ne.

[Maure annonce que Colombel fera un rapport sur l'affaire Loys.

Raisson annonce que les épouses des citoyens Clémence et Marchand, réincarcérés, doivent incessamment se présenter à la barre de la Convention, pour demander la traduction de leurs époux au Tribunal révolutionnaire.

Égouin * fait lecture d'un discours dans lequel il prétend démontrer l'existence d'une conspiration nouvelle, tramée contre la liberté du peuple, en faveur de la tyrannie, et fondée sur un système absolument semblable à celui de Robespierre. Quelques-unes des idées émises par l'orateur excitent des murmures d'improbation.]

Raisson. — Nous devons être bien persuadés du patriotisme du citoyen Égouin ; il a fait ses preuves en plus d'une occasion, et son zèle n'est pas équivoque ; mais on ne saurait disconvenir qu'il ne se soit écarté du but qu'il s'était proposé dans son discours.

La plupart de ses raisonnements ne tendent qu'à donner quelque consistance aux calomnies mises en avant par Le Gointre (de Versailles) et ses adhérents, et victorieusement repoussées par la Convention nationale elle-même.

Égouin proteste de la pureté de ses principes ; il continue la lecture de son discours. De nouveaux murmures l'interrompent. Enfin, il propose un projet d'adresse à la Convention pour lui dénoncer une conspiration qui a pour objet l'anéantissement de la République, des Sociétés populaires, et pour demander justice contre des pamphlets, etc.

La lecture de ce projet d'adresse n'est pas écoutée plus favorablement, et la Société passe à l'ordre du jour.

[Lefranc se plaint de ce qu'en rendant compte, dans son journal, d'une de ses opinions émises dans la Société, Fréron lui prête des expressions dont il ne s'est pas servi {On murmure. La Société passe à l'ordre du jour).]

Giot demande que la Société arrête en principe que jamais elle ne se rendra partie intervenante ou médiatrice entre les journalistes et les patriotes, et que, laissant de côté tous les intérêts individuels, elle ne s'occupera jamais que de la chose publique.

Un membre observe qu'il est fort inutile de faire prendre à la Société un arrêté sur une chose qui est essentiellement dans ses principes.

La Société passe à l'ordre du jour.

[Après un assez vif débat, la Société accepte deux listes de candidats lues par un membre du Comité de présentation, à l'exception de quatre noms, qu'elle réserve.]

1. Egouin avait été juré au Tribunal révolutionnaire et commissaire de la Trésorerie nationale.

:m SOCIÉTÉ DES JACOBINS [8 octobre 1794!

Une dcpulation du Club électoral a la parole. « Et nous aussi, dit Vorateur, nous avons gémi, comme les amis de la liberté et de l'égalité, de tous les sarcasmes, de toutes les calomnies atroces lancées sur les Sociétés populaires. Nous avons senti la nécessité de nous réunir tous pour déjouer l'intrigue et la malveillance. La Société ■séant à la salle électorale a été calomniée dans votre sein ; elle a ■cru ne pouvoir mieux répondre qu'en vous communiquant l'adresse qu'elle a présentée à la Convention décadi dernier. * »

La Société entend la lecture de cette adresse, et la dépulation reçoit l'accolade fraternelle de la part du président.

Tehrasson. — Comment se fait-il que l'on prétende nous établir juges entre le Club électoral et la Convention, nous qui avons juré de ne faire qu'un avec la Convention, de ne reconnaître qu'elle, de «e voir que ce qu'elle voit? Voulez-vous le gouvernement révolutionnaire ou ne le voulez-vous pas ? Si vous le voulez, il faut se conformer à la loi qui l'établit. Or cette loi porte que la nomination des fonctionnaires publics doit être faite par la Convention et les Comités; ce principe est contraire à l'un de ceux consacrés dans l'adresse que vous venez d'entendre ; je demande que la Société dé- ■clare qu'elle ne veut pas être juge entre une Société et la Convention.

Lk Président. — Ce serait calomnier la Société des Jacobins, que <le dire qu'elle ne veut pas du gouvernement révolutionnaire ; elle a Juré de le maintenir de toutes ses forces, et elle s'emploiera tout entière pour qu'il soit maintenu.

Un membre s'élève contre la motion de ïerrasson, et dit que jamais la Société n'a prétendu être juge entre la Convention et une Société quelconque.

On demande l'ordre du jour sur l'adresse du Club électoral.

Fayau. — Je suis loin d'accuser les intentions des citoyens députés par le Club électoral. Quand nous voyons des Français à cette tribune, nous devons croire que ce sont des frères. Ils ont dit qu'ils venaient pour se réunir aux Jacobins; les Jacobins se rallient autour des principes de la liberté et de l'égalité : ceux qui veulent se réunir à eux doivent en faire autant. L'adresse du Club électoral renferme des principes que les Jacobins partagent : tels sont l'inquiétude sur les subsistances et le dévouement entier à la Convention ; mais l'attaque portée au gouvernement révolutionnaire n'est pas dans les

1. Il s'agit d'une pétitioa présentée à la Convention le 10 vendémiaire an III par la Société populaire siégeant à la salle électorale, pétition qui demandait à la Convention de rétablir à Paris la municipalité constitutionnelle. {Moniteur, t. XXII, p. 12'7).

principes des Jacobins. La Convention a rappelé les députés du Club électoral aux principes de la justice, et le président les assura que le gouvernement révolutionnaire serait maintenu tant que le bien public l'exigerait. On a voulu vous faire prendre parti pour cette adresse. Toutes les Sociétés populaires de la République sont réunies pour le maintien de la liberté et de l'égalité ; il n'est pas d'intrigue qui puisse les détacher des vrais principes. Disons au Club électoral que nous voulons aussi la liberté et l'égalité, et que, tant qu'il combattra pour elles, il verra les Jacobins à ses côtés.

[Un des députés du Club électoral déclare que leur Société n'a pas voulu reudre les Jacobins intermédiaires entre elle et la Convention. — Un autre déclare que la démarche est fraternelle, et que le Club électoral n'a eu d'autre intention que de se réunir aux Jacobins pour détruire une faction qui existe, de même que Tort s'est réuni pour renverser Capet et les fédéralistes. Il ajoute que le Club électoral peut se tromper, mais que ses intentions sont pures.]

Maure. — J'aperçois une espèce de perfidie dans les motions où l'on nous parle de factions. S'il en existe, nous les combattrons de concert avec tous les Français. Je demande l'ordre du jour. [Adopté.)

La séance est levée.

PRÉSIDENCE DE BASSAL

On fait lecture de la correspondance. La Société arrête l'insertion au Journal de la Montagne des adresses qui marquent le plus parmi celles qui la composent.

Sur le rapport du Comité de correspondance, la Société accorde l'affiliation aux Sociétés d'Excideuil et de Sisteron.

On. lit une lettre du citoyen Hubert, ordonnateur de la fête de J.-J. Rousseau ; il invite la Société à venir prendre la place qui lui est destinée dans cette cérémonie.

[Crassous, après avoir fait l'éloge de Jean-Jacques, et rendu compte de la prise de Cologne et de Bois-le-Duc, ajoute :]

1. Nous reproduisons cette séance d'après le Journal de la Montayne.

«00 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [10 octobre 1794]

Ainsi, un sentiment de gloire, de grandeur et de prospérité nationale se mêlera à cette fête, à laquelle tous les Jacobins doivent accourir pour y assister, afin de montrer quels sont leurs principes et leur empressement à répondre aux vœux de la Convention. Songez que, pendant cinq ans, on lutta pour faire entrer Rousseau au Panthéon, et que ce n'est que demain que celte dette va être enfin acquittée. Cette fête sera celle de l'humanité, de l'égalité, ce sera la nôtre ; je demande que la Société y assiste en masse.

Un membre observe que le cortège passera demain devant la salle des Jacobins, et il demande que le président, au nom de la Société, orne le sarcophage de Jean-Jacques d'une couronne civique.

Cette proposition est adoptée, avec celle de Crassous.

Raisson. — Je viens appeler l'attention de la Société sur les circonstances où elle se trouve, comparées avec 'l'énergie constante de toutes les Sociétés pupulaires de la République. Tous les jours nous admirons la vigueur de leurs adresses, et pendant ce temps nous restons au-dessous de nous-mêmes, et nous ne répondons pas à leur attente. Les circonstances sont tellement importantes que vous ne devez pas laisser échapper l'occasion de montrer quels sont vos principes. La Convention vient de faire une adresse au peuple français ' : sans entrer dans la discussion de cette adresse, je dirai que les vues en sont pures et les principes bons. Je dirai aussi que tous les jours les rues de Paris retentissent de calomnies contre les Jacobins. Nous sommes véritablement comprimés. Si nous parlons, nous sommes emprisonnés ; si nous nous taisons , on accuse notre silence. Les autres Sociétés ne sont pas réduites au même état. Les ennemis publics sont comme les barbares qui, pour détruire l'arbre, veulent le couper par le tronc : ils veulent abattre les Jacobins, parce qu'ils savent que c'est le point où aboutissent toutes les "Sociétés.

Je demande que tous les membres réfléchissent sur les circonstances où nous nous trouvons ; que tous ceux qui sont en état de travailler s'y livrent ; que vous entendiez la lecture de l'adresse de la Convention, et que vous chargiez le Comité de correspondance de vous présenter une adresse énergique, dans laquelle, sans répondre aux calomnies qu'on ne cesse de répandre contre nous, il s'occupe

1. Il s'agit de l'adresse contenant les principes autour desquels doivent se réunir les amis de la liberté, adresse dont la Convention, dans la séance du 11 vendémiaire an III, avait confié la rédaction aux trois Comités de salut public, de sûreté générale et de législation. Elle fut lue à l'Assemblée au nom de ces trois Comités par Cambacérès et adoptée à l'unanimité le 18 vendémiaire {Moniteur, t. XXII, p. 200).

seulement de faire triompher les principes et de prouver que les Amis de la Liberté et de l'Egalité, qui se sont toujours réunis à la Convention, depuis 89 (sic), ne s'en sépareront jamais, et qu'ils mourront plutôt que de l'abandonner.

Fayau. — Ce qui pourrait être le plus utile aux ennemis des Sociétés populaires, aux ennemis de la Révolution, ce serait qu'en donnant dans le piège qu'ils nous tendent nous adoptassions les mesures qu'ils désirent.

Déjà vous êtes présentés à l'opinion publique comme une puissance rivale de la Convention, et, lorsque les mandataires du peuple expriment leurs principes dans une adresse , lorsqu'ils disent au peuple que son salut est dans le gouvernement révolutionnaire, dont les ennemis publics demandent la destruction, lorsque la Convention assure le peuple de son dévouement pour son bonheur, je pense qu'une adresse subséquente de la part des Jacobins serait une arme terrible dans les mains de leurs ennemis.

Raisson. — Il n'est point entré dans mon esprit, non plus que dans celui d'aucun des membres, que nous pussions faire une adresse au peuple, lorsque la Convention, qui est l'organe du peuple, venait d'en faire une. L'adresse que j'ai proposée doit être présentée à la Convention.

Fayau. — Je vais parler sur la proposition, que je n'avais point entendue.

D'après l'opinant, l'esprit public des départements est toujours énergique. Les conspirateurs, qui ont précédé ceux-ci, avaient toujours commencé par attaquer les départements ; mais ils ne purent jamais réussir, parce que le tronc est ici. Aujourd'hui leurs successeurs, plus adroits, veulent attaquer la Société de Paris ; ils veulent y exciter de's troubles et la guerre civile. Mais les citoyens de Paris se souviendront de leur grandeur ; le peuple ne prendra point part aux querelles des individus. Que font aux Jacobins, qui sont des hommes purs, les calomnies que les aristocrates répaiidenl contre eux avec profusion ? Ils ne désirent rien tant que l'établissement d'une guerre polémique; mais vous dites -ici des vérités qui les déconcertent. Qu'importent aux Jacobins toutes ces clameurs? Ce sont des cris de désespoir qui frappent nos oreilles ; mais nou^ ne nous attiédirons pas, nous n'entendrons que la voix de la patrie. Soyons fermes, calmes, et nous déjouerons toutes les conspirations.

On a dit qu'il y avait des fripons et des voleurs au milieu de vous ; qu'on vous les montre, et vous serez les preniiers à demander qu'ils soient punis ; mais que sous ce vain prétexte on n'accuse point la Tome VI. 36

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Société des Jacobins et les dix millions d'hommes qui sont réunis dans les Sociétés populaires pour connaître et maintenir leurs droits. Nous vomirons tout ce qu'il y a d'impur parmi nous, parce que nous voulons toujours être démocrates, toujours Jacobins.

Je demande l'ordre du jour sur la proposition de faire une adresse pour repousser les calomnies dirigées contre les patriotes par des hommes qui ne le sont pas.

On donne lecture de l'adresse de la Convention au peuple français * .

DuiiKM. — On doit conclure deux vérités de cette adresse : la première, c'est que la Convention maintiendra le gouvernement révolutionnaire jusqu'à l'établissement parfait de la démocratie ; la seconde, c'est qu'elle promet au peuple de faire pour l'intérieur ce qu'elle a fait pour les armées.

Quelle est la cause de nos victoires? Le courage de nos soldats sans doute; mais, du temps de Dumouriez et de tous les généraux traîtres, nos défenseurs n'étaient-ils pas les mêmes? Oui, mais le courage de ces sans-culottes était entravé par les trames des royalistes, des égoïstes, et ils se trouvaient tous les jours victimes de leurs trahisons et de leur immoralité.

La Convention a envoyé aux armées des représentants énergiques, qui ont frappé tous les traîtres de la massue du peuple ; et voilà comme le courage de nos frères, dégagé d'entraves, a été planter l'étendard tricolore sur les bords du Rhin, de l'Escaut et de la Moselle. Voilà une vérité qu'il faut souvent répéter, car les amis du million de pères nourriciers ne cessent de dire que les victoires sont dues au seul courage de nos soldats.

N'avez-vous pas vu, l'année dernière, les places frontières du Nord envahies en présence d'une armée de quatre-vingt mille hommes qui brûlaient de se battre? Leur courage était entravé par Custine et autres traîtres qui lui ressemblaient.

Depuis qu'on a chassé de nos états-majors cette foule de muscadins, de débauchés, d'ennemis de l'égalité, la victoire a été l'esclave de nos étendards. Ce que la Convention a fait contre les ennemis de l'extérieur, il faut qu'elle le fasse contre ceux de l'intérieur. J'en ai déjà parlé ici, et j'en ai aussi dit quelque chose à la Convention. C'est par l'épuration de l'intérieur que nous pourrons une bonne fois établir la liberté et l'égalité.

l. « Levassetir procède à cette lecture : quelques applaudissements se font entendre lorsque la Convention dénonce au peuple les malveillants qui demandent la Constitution, et qu'elle jure de maintenir le gouvernement révolutionnaire ». Annales patriotiques, n" du 22 vendémiaire an III, page 3132.

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Quoi qu'en pensent les nouveaux amis de l'aristocratie et des richesses, lu masse du peuple veut la liberté et l'égalité ; quoi qu'en disent quelques déserteurs de la cause populaire, nouvellem nt amalgamés avec les barons et les parents des émigrés ; quoi qu'en disent des hommes pusillanimes, que le peuple est fatigué de la Révolution, et qu'il n'aura pas le courage de soutenir une nouvelle épuration, il faudra cependant en venir à cette épuration ; il faudra cependant séparer le bon grain de l'ivraie ; il faudra que les ennemis de la Révolution abandonnent le sol de la liberté et nous laissent jouir en paix de la démocratie.

Ce système n'est point un système de sang : il ne s'agit pas d'en faire couler, mais de bannir de la République, sous peine de mort, tous ceux qui n'ont jamais été les amis du peuple et qui ne peuvent jamais l'être.

Celte mesure, que prendra sûrement la Convention, est fondée sur les principes de sociabilité : car la société n'est qu'un assemblage d'hommes qui sont convenus de vivre ensemble sous les lois qu'ils se sont faites. Je suppose une société de treize hommes : que douze observent ces lois , et qu'un treizième les enfreigne ; les douze n'ont-ils pas le droit de dire au treizième : « Va-fen, ne nous trouble pas ! » C'est d'après ces principes que se sont conduits nos prédécesseurs dans la carrière de la liberté, les Américains, qui ont chassé de leur territoire tous les amis de Pitt et de Georges.

Qu'on ne vienne pas nous dire que nous augmentons les forces de nos ennemis ; eh ! qu'ont donc fait depuis cinq ans ces fameux émigrés? Nous les prenons, comme dans des trappes, dans toutes nos villes. Se sont-ils jamais présentés en plaine devant ces carmagnoles, quils affectaient tant de mépriser? Qu'ont fait ces prêtres rélractaires de la première réquisition ecclésiastique, que vous avez bannis sous peine de mort ? Ont-ils arrêté la marche de nos armées triomphantes? Oui, je le dis, la République doit chasser d^; son sein tous les hommes suspects ; et, par cette dénomination, je n'entends pas seulement les nobles et les prêtres, mais tous ceux qui se sont déclarés les ennemis de la Révolution, tous ceux qui, par état, par caractère, par préjugés, par éducation, par orgueil, par avarice, détestent le système de la démocratie. Ne nous effrayons pas si, pour le moment, on a vomi une partie de ces hommes parmi nous; c'est le levain qui fera fermenter la pâte patriotique. Qu'avons-nous à craindre d'une poignée d'accapareurs, d'égoïstes, de bureaucrates? Si celle mesure avait des inconvénients, le peuple saurait les surmonter, car rien n'est au-dessus de sa puissance.

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