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Tome II

22G SOCIÉTÉ DES JACOniNS [30 mars J79J]

naissant qu'il est membre du souverain; il use de son droit, et vit lier de son indigence.

« Il suit de là que, chez un grand peuple (jui passe rapidement de l'esclavage à la liberté, la révolution se fait difficilement et avec lenteur dans la classe des indigents. Pour <'n hâter les progrès [)armi eux, pour empêcher même que la liberté ne devienne entre leurs mains une arme dangereuse, on ne cesse de le répéter, il faut les instruire, leur apprendre à connaîti-e cette liberté. Alors ils l'aimeront et n'en abuseront pas. Mais jusqu'ici a-t-on fait tout ce qu'on aurait pu pour l'instruction du pauvre? Cependant la constitution touche à son terme; les Français sont libres, et il est encore en France des millions d'Iiommcs qui demandent : A quoi sert d'être hbres?

« C'est donc pour apprendre à connaître la liberté et à n'en point abuser qu'une portion de la classe lro]i nombreuse des indigents de cette ville, rassemblée il y a quelques mois par les soins d'un patriote bienveillant, vient, sous la sauvegarde de la loi, de s'ériger en Société dite des Indigents, amis de la conslilulion, et c'est au nom de cette société naissante que nous venons vous demander appui et conseil.

« Vos moments sont chers à la patrie, Messieui's; nous n'en abuserons pas, et nous vous dirons en peu de mots quels nous sommes, et quel est le mode de notre instruction : vous saurez après de quel œil vous devez nous voir.

« Des journaliers, des vieillards, des artisans sans ouvrage, des pères de famille dont le travail forcé suffit à peine aux premiers besoins : voilà les hommes qui composent nos assemblées. Loin de nous ces fainéants de profession pour (pii mendier est un métier, dont les produits sont calculés d'avance, et qui aiment mieux demander du pain que d'en gagner quand ils le peuvent; véritable plaie des sociétés, que trop longtemps on s'est plu à confondre avec l'honorable indigence.

« Lire les décrets de l'Assemblée nationale, les discussions qui les ont préparés, les écrits dont l'opinion publi(pie a sanctionné le patriotisme, y joindre les réflexions ((ue dicte le bon sens : voilà notre occupation.

« C'est ainsi que, depuis le commencement de l'année, chaque soir, quelques-uns sont employés à nous instruire, en nous délassant des fatigues du jour.

« Cette conduite, soutenue par l'esprit de paix et d'union, compagnes de l'égalité et des intentions pures, ne pouvait que mériter d'être

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f-aloinniée. Aussi Va-l-elle été. On nous a appelés scélérats, conspirateurs, assassins. Dans divers écrits, on vomit chaque jour contre nous mille horreurs, toutes si atroces qu'elles sont invraisemhlahles, et ne valent pas qu'on les répète. Le but de nos ennemis, en nous dénonçant à la vindicte publique, était de nous effrayer et de dissoudre nos assemblées. Ils se sont trompés. Pour toute réponse à leurs menaces, nous avons nommé huit d'entre nous qui se sont transportés par-devant les olTiciers municipaux, pour leur rendre compte de notre conduite et leur déclarer qu'à dater du même jour nous continuerions de nous assembler, mais régulièrement, et sous la dénomination de Société des Indigents, amis de la constitution.

« Ce titre saint que nous venons de prendre, ce titre redoutable aux rnnemis de la liberté, nous impose sans doute de grands devoirs : eh bien, nous aurons le courage de les remplir; et n'en doutez pas, Messieurs, la science en sera bientôt acquise, quand chacun de nous porte au fond de son cceur la volonté constante d'être libre et de ne l'être que par la constitution. — D'ailleurs, si, pour mériter ce titre d'Amis de la constitution, il ne fallait que des lumières et de l'élo- (juence, la Société des Indigents ne se serait point hasardée à le l)rendre. Mais heureusement il n'en est pas ainsi ; et, quoiqu'elle ne puisse rivaliser en talents avec les sociétés savantes qui s'honorent de porterie même nom, elle aura assez fait pour le justifier si elle ne cède à aucune en amour de la patrie et en fidélité à la loi.

« Tel est le serment qu'ont prêté les membres de la Société des Indigents; nous venons aujourd'luii, Messieurs, le renouveler entre vos mains, et c'est notre seul titi-e de recommandation. Puisse-t-il nous valoir d'être traités par vous comme des frères! »

Cette adresse ayant été communiquée à la Société des amis de la constitution par une députation, et lue à la tribune, le 30 mars de l'an deuxième de la liberté, la Société a arrêté qu'elle serait imprimée et envoyée à toutes les Sociétés affiliées.

Signé : Biauzat, président ;

G. BoXNECARRÈRE, Massieu, évéque du département de l'Oise, La VIE, CoLLOT d'Herbois, secrétaires.

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