‹ La société des Jacobins; recueil de documentsChapitre 120 sur 243 · MARS 1791] AVIS AUX FRANÇAIS SUR LES CLUBS · texte numérisé non relu

MARS 1791] AVIS AUX FRANÇAIS SUR LES CLUBS

(les citoyens proscrits et fugitifs. On propose de taxer leurs propriétés au double des autres et de verser cette taxe extraordinaire dans la caisse des pauvres. On étend sur cette loi tous les émigrés. Mais admirez la prévoyance : on promet à tous les fugitifs sûreté et secours s'ils veulent rentrer en leurs foyers; on leur promet d'oublier leurs fautes passées. Ils seront sous la sauvegarde de la nation entière, qui leur assure sa protection, et, libres liors de la France, ils seront prisonniers dans Paris. Ce projet, communiqué à toutes les Sociétés des amis de la constitution, a exalté les têtes. On ne s'occupe plus que des moyens de rappeler en France tous ceux que les élans de la liberté et du palriotisme en ont chassés. Tous les clubistes sont devenus publicistes à la seule lecture du projet des sociétaires de Vienne. Quoique proclamés solennellement libres et indépendants, les hommes n'auront bientiH i)lus le droit de se choisir une nouvelle patrie. La question de l'émigration, examinée de toutes les manières, est déjà décidée contraire à la liberté, et désormais les Français seront plus attachés au sol qui les a vus naître que les chefs de la Pologne. C'est ainsi que les clubs se mêlent des plus grands intérêts et qu'ils veulent porter le flambeau de la réforme sur les droits de l'homme les plus assurés et les plus incontestables.

Mais les clubistes ne se contentent pas de lancer leurs traits sur les infortunés que les circonstances ont forcés d'abandonner leurs foyers : ils étendent leur funeste autorité jusque sur ceux que le désespoir empêche de fixer plus longtemps l'amas de ruines dont nous sommes entourés.

Les tantes du roi, les filles de Louis XV, ne doivent qu'aux clubs, qu'aux Amis de la liberté, les honteux retards qui ont suspendu leur voyage ' et les avilissantes arrestations par lesquelles on a cherché à leur faire aimer la France dans le moment où ses habitants font tout pour en rendre le séjour odieux.

On se refuserait à croire la multiplicité de ressorts que les jacobites ont fait mouvoir en cette occasion. Il semble que tous les factieux aient été inspirés ou illuminés au même instant pour soulever le peuple sur un voyage dont les suites n'étaient désastreuses aux yeux des Amis de la constitution que parce qu'il leur arrachait de nouvelles victimes. Les clubs ont retenti des motions les plus extravagantes : les adresses les plus frénétiques ont été préparées, et les correspondances les plus incendiaires ont jeté l'alarme dans tous les coins de l'empire. Telle est l'influence des clubs ; telle est leur puis-

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