Tome H
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égorgés dans ces villes par le fanatisme des clubisles fume encore et demande vengeance. Il vous nomme ses assassins. Les noms des Amis du j)euple, des Marat, des Brissot, des Gorsas, des Desmoulins et de leurs confrères, frappent les airs. Leurs mains sont encore rougies du sang de l'innocence. Les mânes de vos frères vous appellent... et vous délibérez!... Que jamais les noms de la liberté et de l'humanité ne souillent nos lèvres, si nos cœurs ne peuvent en respirer le doux parfum.
La Société des amis de Saint-Ouen, qui ne désire que la paix, a invité ses citoyens à se rallier sous les drapeaux de la concorde. On frémit en lisant son adresse ^ Un pandour sortant du carnage, un vainqueur revenant du pillage, s'exprimeraient avec plus de retenue que ces détestables Amis. Les prédicateurs forcenés du temps de la Ligue avaient moins d'énergie. Si on veut voir renouveler les borritles massacres de la Saint-Barlbélomy, on n'a qu'à pul^licr cette adresse, et le sang coulera infailliblement.
C'est au milieu de ces Sociétés que les troubles de Brest ont pris naissance. Les orages de ces Sociétés ont grondé aussi sur la ville de L\on. Ses paisibles habitants ont été troublés par des factions qui cherchaient à les déchirer. On a sonné l'alarme sur une prétendue conspiration, dont la découverte n'a profité qu'aux vingt-huit clubs de cette ville, qui sans cela n'existeraient déjà plus.
Personne ne se dissimule les dangers des clubs et personne n'ose réclamer contre ces pernicieuses sociétés ^. Les municipalités craignent l'influence des clubs et le poignard dont ils se disent armés contre les ennemis de la patrie, mais dont ils ne frappent que ses amis. Ce qui fera toujours votre déshonneur, citoyens, c'est qu'on ne trouve en France qu'une seule ville s qui ait osé s'opposer à l'érection des clubs. La municipalité de Besançon a bravé tous les dangers. L'éhte de ses habitants, au nombre de 645, se sont dévoués pour sa
Douai, {^ote de V auteur du j^umptitet.) On trouvera des détails sur l'affaire de Douai dans le Moniteur, VII, 667, 682, dans le coaipte rendu de la séance de l'Assemblée nationale du 19 mars 1791, au soir.
1. Elle orne le numéro du journal de Mercier. {Note de l'original.)
2. Je dois à MM. de Foucault et Malouet de rapporter à mes lecteurs qu'ils ont eu rhéroïque fermeté de s'élever contre les clubs au milieu de l'Assemblée nationale. « Détruisons le Club des Jacobins, a dit M. de Foucault, et la tranquillité sera rétablie. » C'est ainsi que, dans l'ancienne Home, on vit Cicéron accuser Catilina en plein Sénat. {Note de l'oricjinal.) — C'est dans la séance du 28 février 1791 que Foucault demanda la suppression de tous les elubs.
3. Il ne faut pas prendre cela à la lettre. Dax aussi s'est opposée, et d'autres ont cssaj'é d'empêcher leur réunion ; mais, soit faiblesse ou autre motif, ces villes n'ont pas pris les moyens éclatants do celle de Besançon. {Note de l'original.)
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tranquillité. Ils n ont pas craint de lui faire hommage de leurs noms, dans une adresse où ils lui expriment leur reconnaissance pour avoir empêché rétablissement d'un club jacobite, conformément à la pétition qu'ils en avaient faite. Les Amis de la constitution se sont néanmoins assemblés. Leur premier acte, loin de marquer leur soumission aux lois, a été une infraction aux ordres des municipaux qui leur défendaient de se réunir. La résistance des clubistes n'a fait qu'encourager le zèle des vertueux habitants de Besançon; ils ont fait une nouvelle adresse qui est un chef-d'œuvre de sentiment et d'énergie. Puisse leur exemple être imité! 0 vous, chez qui les novateurs n'ont point encore élevé un temple à la discorde, armez-vous d'un triple courage, ne laissez pas profaner vos cités! L'ennemi est dans vos murs; mais vous le connaîtrez aux traits dont je le peins, et, si le malheur vous accueillait {sic) assez pour lui accorder les honneurs du triomphe, il vous sera glorieux encore de dire : Nous avons essayé de le vaincre.
Comme les clubs se sont élevés sur les débris de l'autorité, ils se sont emparés de tous les pouvoirs, et bientôt ils régiront la France, au préjudice même de ces députés indignes à qui les Français ont eu la faiblesse de confier leurs mandats. L'anarchie introduite par l'Assemblée nationale a enfanté le despotisme. Les clubistes sont devenus despotes, et ils emploient tous les moyens propres à leur conserver leur indépendance et à perpétuer leur souveraineté.
On aura peine à croire avec quel soin ils surveillent les nouvelles Sociétés naissantes. Je ne parle pas de celles qui prennent le nom d'Amis de la constitution, qui s'établissent chez les Jacobins dans les villes d'oîi cet ordre religieux a été expulsé. J'entends au contraire les Sociétés ou Clubs qui, sous des noms différents, cherchent à se donner de la consistance, dont l'objet est sinon de détruire, au moins de contre-balancer l'influence des Amis de la constitution, de rétablir et de propager les vérités qui faisaient autrefois notre bonheur. Des Amis du Roi, de la Monarchie, de la Paix, se sont réunis dans Paris et dans différentes autres villes de France ; mais leurs Sociétés ont été étouffées dès leur naissance. Vos tyrans, peuple français, masqués sous le nom d'Amis de la constitution, ont été les assassins de ces autres Sociétés. Quel était leur crime? On est encore à le découvrir. On sait seulement qu'ils ne professaient pas la même doctrine que les jacobites. Chez eux, l'esprit de réforme était subordonné à la raison et à l'équité. La vertu n'était point un mot vide de sens : elle était dans le cœur, et n'attendait que les occasions de se développer. Us aimaient leur roi, étaient attachés à des principes de gouvernement
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dont tout homme impartial regrette la douceur; ils n'avaient aucun fanatisme; ils voulaient seulement ramener les esprits, éclairer le peuple sur ses vrais intérêts, et le retirer de Tabime où il s'est volontairement précipité; voilà les seuls reproches que leurs ennemis puissent leur adresser.
Mais quel était le droit des jacobites? Quelle autorité avait armé leurs bras? C'est un problème dont le temps donnera la solution.
Lorsqu'ils ont proscrit ces sociétés, les Amis de la constitution ont porté une atteinte terrible à la liberté dont ils se targuent. C'est en vain qu'ils la proclament : ils ne paraissent l'estimer que pour en jouir à l'exclusion des autres hommes. La liberté des opinions, décrétée par l'Assemblée nationale, n'est qu'un bienfait stérile. L'usage n'en est plus réservé qu'à ces êtres privilégiés qui se disent les amis de la constitution. Pernicieuse amitié, tu caches sous des dehors imposants des sentiments cruels et perfides ! Tu n'abuses de la crédulité du peuple qu'afm de tromper plus adroitement!
La proscription dont les jacobites frappent les autres Sociétés est et sera toujours un argument invincible dont ils ne pourront jamais nier les conséquences. Si la constitution n'a pour base que le bonheur de l'humanité, si véritablement elle est humaine ', ses cnnls doivent être humains, c'est-à-dire bons, généreux et tolérants. Si la constitution proclame la liberté, ses a7nis ne doivent jamais la blesser ni la restreindre. Si la constitution admet la liberté des opinions, ses amis doivent se garder de gêner et de circonscrire cette liberté. Enfin, les amis d'une constitution ne doivent pas faire plus que la constitution elle-même. On pourrait étendre ces preuves bien au delà; mais que les Amis de la constitution répondent. Lorsque des municipalités prévoyantes les ont empêchés de se réunir, ces amis en ont instruit l'Assemblée nationale, et en ont sollicité des décrets qui ont favorisé leur institution 2. Les Amis de la monarchie ont imploré la même puissance, mais les jacobites ont déployé contre eux toute leur autorité. Avec quel scandale et quelle violence n'ont-ils pas dissipé cette Société, qui se rassemblait paisiblement chez les capucins de la rue Saint-Honoré?! Ces véritables patriotes se sont séparés avec douceur, et n'ont laissé à leurs ennemis que l'avantage stérile d'avoir porté un nouvel outrage à la liberté. A Aix, les Amis de la constitution ont été plus
1. Laulcur n'oiiteiid ici par huiiianilé que cette vertu sans laquelle tout puissant n'est qu"un tyran. [Xole de l'original.)
2. Décret pour les Auiis de Dax. {Note de Vovifiinal.) — Voir plus liaul, p. 2ÎJS.
3. Ils ont employé MM. Bailly et La Fayette, qui se sont prêtés à cet acte d'hostilité avec facilité, connue s'ils ajoutaient une rose de plus aux fleurs qui les couronnent, idiote de l'oriyinal.)
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loin, ils ont crié à l'insulte, et le peuple les a vengés par le massacre des victimes qu'ils avaient désignées'. Le Club d'Avignon, qui se fait un devoir d'adopter les principes des clubs français, s'est illustré en dénonçant à tous les Amis de la constitution la Société de Carpentras. Les habitants de cette dernière ville sont déjà marqués au sceau de la proscrij)tion. Un Club monarchien s'est élevé dans Cambrai. Les Amis de la constitution de cette ville n'ont vu qu'avec horreur ce monument où de généreux citoyens s'excitaient mutuellement au maintien des bons principes. Les Amis les ont dénoncés aux autres Sociétés de la constitution. Et dernièrement on a vu la Société de Paris déposer dans des lettres circulaires les craintes que lui donne un Club monarchien dont son autorité n'a pu encore achever la ruine. Elle redouble de soins et multiplie ses séances, et elle invite ses atTiliés à imiter son zèle. Il semble que l'ardeur des Amis de la constitution donne de nouvelles forces aux Amis de la monarchie. On peut les chasser et les disperser, et non les détruire. Le feu sacré de l'amour de la patrie les vivifie; ils ne sortent d'une retraite glorieuse que pour trouver un asile non moins célèbre 2. Telles sont, en abrégé, les marques de la bonté, de la générosité, de l'humanité, de la tolérance, des Amis de la constitution.
Mais pourquoi ces Amis se font-ils un devoir si précieux d'anéantir les autres Sociétés? N'est-ce pas parce qu'ils redoutent l'éclat de la vérité? Sans doute, ils savent que les vr'ais A7ms de la monarchie dénonceront les faux Amis de la constitution. Ils ne peuvent pas ignorer que le conflit des opinions ramènerait les esprits vers les bons principes. Pourquoi les Amis de la constitution ne laissent-ils pas s'élever auprès d'eux des Sociétés différentes? On ne pourrait plus les accuser d'intolérance, leur reprocher un despotisme outré. La liberté des opinions sera toujours impuissante, tant que l'on ne jouira pas de la liberté de les produire, ces opinions. Le système de la constitution serait-il donc seul bon et admissible? Nous devons penser le contraire, jusqu'à ce que ses amis aient laissé à d'autres systèmes la liberté de se propager. L'Angleterre est partagée en des sectes diverses sur la matière du gouvernement : c'est là ce qui affermit sa politique. Les idées se développent bien davantage quand elles sont destinées à por-
1. Le meurtre de Pascalis, etc. (.Vo^e de rorlginal.) Sur les troubles d'Aix et le meurtre du jurisconsulte Pascalis en décembre 1790, voir le discours prononcé par Mirabeau dans la séance de l'Assemblée nationale du 20 décembre 1790. {Mon., VI, 687.)
2. On sait que les Amis de la aïonarchie, assemblés d'abord chez le brave Stanislas Clermout-Tonncrre, ont transporté leurs séances aux Grands-Jésuites. (.Vû^e de l'original.)
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ter la conviction dans des esprits agités et balancés par des opinions ou des préjugés différents, tandis qu'elles sont étroites et resserrées dès qu'elles sont circonscrites en un seul parti. Non, Français, vous n'êtes plus libres. Les Amis de la constitution ne permettent d'autres assemblées que celles qu'ils sont sûrs de diriger. Voilà votre liberté, Français, elle est affreuse. Les jacobites vous défendent d'avoir d'autres opinions que celles qu'ils vous préparent ; seuls, ils veulent régner; ils emploient tous les moyens que peut leur suggérer leur imagination perverse pour propager leur doctrine pernicieuse. La Société des amis de la constitution de Bri gnôles s'est illustrée en proposant un projet d'instruction publique, et en sollicitant des législateurs du Manège une loi qui d(jnne à leur projet une exécution générale. Déjà des professeurs, nommés par les clubistes, enseignent publiquement les dogmes de la nouvelle constitution au peuple, pour le nourrir dans les principes de Terreur, l'entretenir dans l'anarchie, dans l'insurrection et dans la férocité, auxquelles ces nouveaux apôtres ont su le faire atteindre. Jugez de votre constitution d'après ce tableau, et connaissez ses amis.
Ils ont enveloppé la perversité et la dégradation de leur âme d'un vain étalage de mots, qui n'en imposent plus qu'à la multitude. Sous un air d'humanité, de tolérance et de patriotisme, ils ne respirent que le sang. Allez aux séances des Jacobins de Paris, et écoutez Danton : il vous dira, dans ses emportements, qu'il voit avec douleur qui! faut un supplément de révolutioyi. Le monstre! Il veut voir renouveler à ses yeux les scènes horribles dont nous avons été témoins. 11 veut voir encore des tètes sanglantes, des corps palpitants, des châteaux incendiés.Voilà les jeux qui l'amuseront. Un cannibale serait-il plus féroce? Et ce Danton se dit un Ami de la constitution ! Il lui faut un supplément de révolution, c'est-à-dire des guerres civiles. Sa rage ne sera satisfaite que quand notre malheureuse patrie aura été ravagée par le fer et par le feu.
Français, avec quels hommes vivons-nous! Les troubles qui agitent notre royaume n'ont pu embrasser encore toute l'étendue de leurs cœurs séditieux. Ce n'est pas assez pour eux d'avoir couvert la France d'une lèpre universelle, ils veulent empoisonner le globe entier. Déjà ils ont porté le ravage au delà des mers. Nos îles sont devenues la proie de leur humanité. Une certaine Société des amis des noirs, dirigée par un Brissot de "Warvillc, s'est attendrie sur le sort de ces infortunés cultivateurs. On n prêché la liberté aux nègres. On leur a dépeint les blancs comme des bourreaux. Ce langage inouï jusqu'alors a électrisé ces esprits neufs et incultes. Les Amis des
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noirs ont eu la joie de voir la Révolution s'opérer aussi chez ces peuples.
L'explosion a été violente et la crise terrible. Mais les noirs se vengent avec usure des tourments dont on leur disait qu'ils étaient les victimes. La pitié s'était émue en leur faveur; les blancs aujourd'hui sont plus malheureux, et n'obtiennent pas un seul regard de commisération. C'est à ce Club que nos colons doivent leurs désastres. Ils en accusent Brissot et ses sectateurs. Et l'opinion publique ne s'arme pas contre ces incendiaires! Mais que dis-je? Comment le public pourrait-il les punir? Ces malheurs sont éloignés de nous.
Le récit peut à peine nous émouvoir. D'ailleurs nos propres infortunes ne nous touchent que d'une manière imparfaite. Les troubles intestins qui nous déchirent ne nous arrachent seulement pas un cri. On nous dirait insensibles ou anéantis.
A voir ces incroyables changements, ces progrès rapides, on croirait que les clubistes, comme une armée invincible, marchent de conquête en conquête, et que l'univers entier leur sera bientôt soumis. Leurs désirs n'ont plus de bornes. On les a vus souvent, dans les feuilles à leurs gages, essayer de soulever nos voisins et souffler chez eux le feu de la sédition. Le sort des Espagnols surtout a excité leur zèle. Mais les miasmes putrides de la révolte n'ont pas encore franchi nos frontières et ne les ont pas encore atteints. Un membre des Jacobins de Paris ' invitait dernièrement les fidèles soldats de Léopold à déserter ses drapeaux et à venir en France faire un cours de politique. La cocarde nationale serait leur code ; dès qu'ils en auraient respiré l'air influenciel {sic), ils retourneraient en Allemagne pour y détrôner leur souverain et tous leurs princes. Quelle charité! La paix dont jouissent nos voisins est devenue le tourment de nos clubistes, et ils font tout pour la troubler.
Des émissaires sont envoyés dans toute la Suisse et dans le Piémont. Des agents du club dominateur, dont la morale est à vos cœurs ce que le fléau rapporté par Colomb est aux principes de la vie, ont travaillé les peuples du Brabant ^. Entîn les Prédicants sont lancés
1. Carra, dans une de ses feuilles du 10 au 20 janvier dernier. {Note de l'ovi- Çjinal.)
2. On vient d'arrêter à Bruxelles un grand nombre d'émissaires de la Propagande, f[ui semaient dans cette ville l'esprit de révolte et d'insui'rection. Ils ont été trouvés chargés de plus de 20 millions d'assignats. C'est ainsi que le numéraire sort de France... Réfléchissez à cela, Français... Le papier-monnaie répandu par les envoyés des clubs n'aurait-il donc été inventé que pour fournir des armes aux factieux? Peu auparavant on avait déjà arrêté dans la même ville dix émissaires des Jacobites. (.Yo/e de l'original.)
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dans tous les royaumes pour y annoncer Finfâme doctrine qui a incendié la France. C'est ainsi qu'autrefois le Vieux de la Montagne envoyait de son repaire ses assassins dans toutes les contrées de la terre.
Malheureux Français, vous êtes les auteurs de ces désastres. Je vous les reproche : puisse un autre ne pas vous en accuser! Les clubs sont chez vous ce que la peste est à Smyrne ou à Constantinople. Tous en sont frappés : elle ne respecte ni la vigueur du corps, ni les âges, ni les sexes; les clubs vous ravagent également. Votre empressement à devenir jacobites est la meule sur laquelle ils aiguisent la faux qui vous moissonne. Votre argent, votre or, vos serments, les alimentent. Songez que vous payez d'une partie de votre subsistance ceux qui nous ravissent l'autre. Songez que vos législateurs et vos clubistes sont l'enfant tigre qui épuise une des mamelles de sa mère au moment où il lui déchire l'autre '.
Jusqu'ici, Français, nous avons considéré les clubs dans leurs rapports généraux avec l'État. Je ne dois pas oublier qu'il en est d'autres qui regardent la société, et plus encore les hommes. Un examen rapide va les développer.
Tous les Français, individuellement pris, sont intéressés à ce que les clubs cessent d'exister. De même qu'ils dirigent l'opinion publique, de même ils dirigent l'opinion particulière. Leiu^ influence est extrême dans les grandes comme dans les petites villes. Le désir ou plutôt l'apparence du bien public sert de masque à leurs opinions et à leurs opérations. Ainsi le vulgaire est séduit. Dans les autres classes de la société, peu d'hommes se permettent de réfléchir, et, dans ce nombre, il en est beaucoup qui n'ont pas assez de courage pour éclairer l'opinion publique, parce qu'ils en connaissent le danger; il est par là plus facile aux clubs de parvenir à leur but et de tromper le peuple.
On pourrait considérer déjà le mode d'admission usité dans ces sociétés. On sait que les candidats sont soumis au scrutin. Ce genre d'épreuve effraye beaucoup d'hunnétes citoyens. Un refus est si liumiliant qu'un homme de cœur s'expose rarement à en essuyer. Pour les
1. Éloquent auteur de la Gazelle de l'avis, si vos occupations vous permettent de me lire,- vous reconnaîtrez ici quelques-unes de ces idées qui abondent dans Yotre ouvrage immortel, mais ne m'accusez pas de plagiat: j'avais conçu les unes avant de vous lire; les autres, j'ai cru vous rendre hommage en les employant. — Je dois la même chose à tous les défenseurs de la bonne cause. Bientôt nous ne serons plus obligés d'emprunter le voile de l'anonyme pour opérer le bien. {Note de l'orir/innl.) — La Gazelle de Pa)-is était rédigée par de Ilozoi.
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hommes tarés, comme ils sont aussi insensibles à la louange qu'au blâme, le scrutin leur est indifférent.
Mais on ne doit pas ignorer que le rejet ou Fadmission dépendent souvent d'une cabale, qui est d'autant plus active qu'elle n'a à craindre aucun contradicteur.
Ajoutons que la prudence et la modération sont presque toujours des titres d'exclusion.
L'Assemblée nationale, en introduisant un nouveau mode d'élections, a ouvert de nouvelles portes aux abus qui ont fait mépriser l'ancien régime. Elle a appelé tous les citoj'ens aux places, et rien n'était plus propre à servir l'ambition. Elle a dit au peuple de distribuer lui-même ses honneurs : rien n'était plus commode pour la séduction, et par conséquent pour les brigues et les cabales. On ne dissimulera pas qu'autrefois les places et les honneurs n'étaient pas toujours dispensés aux i)lus dignes, mais on ne disconviendra pas non plus que la plupart des administrateurs actuels ou gens en place, n'importe en quel genre, ne méritent pas la confiance publique. De là cette vérité de tous les temps, que la perfection est impossible.
Ce défaut de perfection, joint au désir de la trouver, a servi les clubs d'une manière très favorable. Les brigues et les cabales qui ont éclaté dans les premières élections n'étaient plus un secret, et les bons citoyens en gémissaient. Les clubs ont imaginé de les prévenir; mais leurs moyens ont été plus dangereux encore. Les uns ont imaginé d'éclairer le peuple sur le choix qu'il devait faire. On pense bien que les Amis de la constitution n'ont pas assez de désintéressement pour s'oublier eux-mêmes, et que c'était un moyen indirect pour acquérir des suffrages. D'autres ont proposé d'ouvrir un concours, et ont invité les citoyens de se présenter dans cette arène; mais ils avaient eu soin de se procurer un parti assez nombreux pour écarter les prétendants. Ceux-là se sont imaginé une autre ressource : ils ont inventé des examens où les actions des citoyens sont recherchées avec un soin extrême. La médisance et la calomnie s'y déploient sans crainte; on y dispense les réputations; on y passe pour ainsi dire les consciences au crible. On sort de ces cavernes ténébreuses fort de soi-même. Chacun se dit le plus vertueux, et l'on se disperse dans les divers quartiers des villes pour éclairer ce bon peuple dont on se dit Vami. Vous vous endormez. Français, vous ne réservez votre énergie que contre vos véritables amis. Vous ne voyez pas que toutes ces ruses obliques vous mènent par des chemins détournés à une dégénération et à un esclavage dont vous ne sortirez jamais. Craignez
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que tous ces chibistes n'imitent ceux de Lyon. Le maire ' de celte superbe cité a commencé par être le président des Amis de la constitution, et le procureur de la commune ^ est un de ses membres. Apprenez que Lyon renferme 28 clubs, et que, lors des élections, ces clubs se divisent en sections qui manifestent leurs vœux et leurs choix. Elles font leurs scrutins comme si elles en avaient le droit, et les élus des clubs deviennent les élus du peuple.
C'est ainsi que bientôt vous n'aurez plus d'autres administrateurs et d'autres juges que ceux que les clubs vous auront choisis ou qu'ils vous auront ordonné de nommer.
Mais déjà ces craintes se sont réalisées. Descendez, Français, de l'insouciance où, moUementétendus, vous bercez votre imagination des songes flatteurs d'un bonheur lointain que vous croyez voir naître au milieu des cendres amoncelées de la France, et, sans détourner un instant vos regards de ces clubs qui sont à votre patrie ce qu'est dans le sein de la plus belle femme un cancer qui la dévore en y étendant ses ramifications 3, pénétrez avec moi dans ces tumultueuses assemblées où les électeurs se rallient pour distribuer les augustes et sublimes fonctions de Fépiscopat et du sacerdoce. Déjà vous avez jugé vos municipaux, déjà vous avez apprécié vos districts et vos départements ; il vous faut encore juger vos nouveaux évêques et vos nouveaux curés. L'influence des clubs n'a jamais été si sensible que dans ces dernières élections. Oublions que, dans beaucoup de départements, le juif et le protestant, le déiste et l'athée, ont donné leur suffrage à ceux que l'on appelait à l'autel 4. Dans tous, l'intrigue et la cabale ont porté les élus. Les clubs ont été jusqu'à députer vers les électeurs; ils ont prescrit leur choix s et on leur a obéi. Mais quel choix ! Partout on le répudie.