‹ La société des Jacobins; recueil de documentsChapitre 125 sur 243 · MARS 1791] AVIS AUX FKANÇAIS SUR LES CLUBS · texte numérisé non relu

MARS 1791] AVIS AUX FKANÇAIS SUR LES CLUBS

L'Église profanée est en proie à des intrus qui n'ont d'autre mérite que de savoir accommoder leur faiblesse aux circonstances. Pour eux la religion est nulle ; pour eux le vice est vertu. Parmi ceux qui ont été nommés, les uns sont perdus de mœurs, les autres ne sont connus que par une ignorance profonde; ceux-ci sont les ennemis du Dieu qu'ils feignent d'adorer, ceux-là sont les créatures des clubs; tous sont méprisés du parti qu'ils servent, tous ne doivent leur élévation qu'à la bassesse et à l'avilissement dont ils n'ont pas craint de se flétrir. C'est ainsi, j'ose dire, que, dans une ménagerie, le curieux rassemble les monstres enfants ou rebut de la nature.

Religion sainte, que vas-tu devenir? Clovis t'avait ouvert les portes de la France: l'Assemblée nationale, qui te redoutait, a avili tes ministres; les clubs ont fait plus: ils ont éteint les lumières éclatantes de l'église gallicane et n'y ont substitué que les lueurs obscures et incertaines du schisme et de l'hérésie.

L'influence des clubs dans les nominations en tout genre était le dernier pas qu'ils eussent à faire pour conquérir toute l'étendue du despotisme et acquérir l'énergie des despotes.

Le génie infernal de l'Inquisition ne pouvait pas mieux s'introduire en France qu'en suggérant les clubs. Ces Sociétés sont devenues comme autant de comités de recherches. A ce mot, mon sang se glace. Autrefois nous ne connaissions qu'une Bastille, une seule était à craindre; mais aujourd'hui il en existe dans toutes les villes de France ; les clubs se divisent en comités, et il n'est pas un club qui n'ait un comité des recherches : c'est là que les élèves des Barnave et des Alex. Lameth font l'essai de leurs talents sanguinaires et travaillent à se rendre dignes de leurs maîtres. Les actions les plus innocentes y sont empoisonnées. Tous les citoyens leur sont soumis, l'indifférence et la nullité même y sont accusées. Les sbires du saintofïice ne s'acquittent pas si bien de leurs fonctions que les clubistes en France. Il n'y a pas de séance qu'on n'y voie un innocent, revêtu du fatal san-benito, donner le spectacle d'un autodafé. Les délateurs sont si ardents que le soupçon acquiert auprès d'eux la force de la réalité dès qu'il est conçu.

Les rétractations ne leur coûtent pas plus que les erreurs. On a vu, dans ses feuilles, un forcené jacobite' accuser d'incivisme la ville en-

évêque Dumouchel, qui a déshonoré l'Université dont il était le recteur. {Note de l'original.) — Jean-Baptiste Duuiouchel (1737-1820), recteur de l'Université de Paris, député du clergé de Paris aux États généraux, avait été élu évêque du Gard le 27 février 1791. Cf. F. Rouvière, Histoire de la Révolution dans le Gard, I, 327-329.

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