‹ La société des Jacobins; recueil de documentsChapitre 130 sur 243 · MARS 1791] NOUVELLE DÉNONCIATION · texte numérisé non relu

MARS 1791] NOUVELLE DÉNONCIATION

palité de Strasbourg, gagnée par les agents de Léopold, s'est chargée de lui faire passer tous les décrets, motions, amendements, sousamendements et ajournements du sénat jacobite; on peut en évaluer la quotité à plus de deux cent mille, et vous allez voir l'usage perfide qu'il veut en faire: voici l'original de la lettre adressée aux officiers municipaux, et datée de Tienne. »

En disant ces derniers mots, M. Voidel prit un papier qu'il lut sans le secours de ses lunettes, ce qui ne doit pas étonner, puisque messieurs les jacobites voient toujours très clair quand il s'agit de conspiration.

Tel était le contenu de la lettre de Léopold aux Strasbourgeois : « Vrais amis de votre roi et de sa patrie, je vous rends gràcç de la ruse que vous m'avez fournie pour faire entrer en France deux cent mille hommes et les faire parvenir jusqu'aux portes de Paris, sous le costume français, sans être reconnus, afin de réduire cette capitale séditieuse qui a donné l'exemple de la rébellion à toutes les provinces. L'exécution en est très facile. Mes soldats auront les cheveux plats, un bonnet de laine, un habit de motions, des culottes d'amendements, des guêtres de sous-amendements, des souliers d'ajournements, des boucles de cuivre, et seront armés de grands décrets et de lanternes. Us seront accueillis partout comme les plus zélés jacobites, et je défie vos Comités de recherches, et même M. Voidel, de se douter du piège. L'artillerie, endmrquée dans des ballons, descendra au Champ de la Fédération, où toutes nos troupes se rendront. Lambesc, leur général, aura aussi un bonnet de laine et sera monté sur la procédure du Chàtelet. Une grande pique ferrée lui tiendra lieu de bâton de général. Lorsque tout sera prêt, il divisera son armée en six colonnes, qui attaqueront Paris par six barrières. Lambesc se tiendra à celle de la Conférence; et, après la réduction de cette ville, il fera une entrée triom[)hante par le Pont- Tournant, comme il fit le 12 juillet 1789. Il portera les clefs de la ville à Sa Majesté, notre beau-frère, et l'invitera à être présent à un grand feu de joie qu'il fera faire de toutes les motions des Jacobins. Il s'emparera des plus déterminés jacobites, tels que les Lameth, Barnave, Menou, Robespierre, d'Aiguillon, Chabroud, Dubois de Grancé, Voidel et autres, qu'il fera sur-le-champ cheval/ers de la lanterne. »

A ces mots, on vit trembler et pâlir le rapporteur; sa voix s'éteignit; son sang se glaça. Les honorables membres le rassurèrent un peu en lui disant qu'il n'y avait rien à craindre puisque l'on était prévenu du stratagème; que l'on déposerait la municipalité, qu'elle serait remplacée par des hommes intègres, c'est-à-dire par des jacobites,

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et que le sénat clémentin changerait dès ce moment la forme de ses décrets, pour déjouer les projets des ennemis.

Alors un cliquetis d'armes se fit entendre au dehors; les portes de l'assemblée furent fortement heurtées. Le rapporteur perdit entièrement connaissance, une vapeur épaisse sortit de son corps et infecta toute l'assemblée. On eut beau prodiguer à M. Voidel tous les secours possibles, rien ne put le ramener à la vie. Le bruit redoublant, le président tout effrayé ordonna à un de ses huissiers de s'assurer du sujet du trouble. L'huissier rapporta que c'étaient des gens armés

qui L'huissier, n'osant achever, mit toute l'assemblée dans une

inquiétude mortelle; mais, le président l'ayant pressé de finir, il reprit: « Une foule de gens armés qui, lassés depuis longtemps des délibérations incendiaires et des manoiuvres criminelles de votre assemblée, voulaient vous congédier un peu brutalement; mais on vient de les dissiper. »

Cette nouvelle ne rendit point la vie à M. Voidel, et l'auguste aréopage, frappé d'une mort si extraordinaire, envoya chercher M. Guillotin. Crlui-ci, les larmes aux yeux, ùta tout espoir de recouvrer le vénérable membre. On députa un courrier à tous les jacobites du royaume, qui reçurent cette nouvelle avec consternation et décrétèrent qu'ils en porteraient le deuil pendant huit jours.

PAMPHLET

GRANDE déno>;giation aux jacobins

SUR l'arrivée de deux cent mille allemands en FRANCE (S. 1. n. (]., in-8 de 8 pages.)

[Mars 179L]

La Société des amis de la constitution, séante aux Jacobins de Paris, à toutes ses filles, petites et grandes, des quatre-vingt-trois départements, à tous les citoyens français rendus libres, présents, passés et futurs, salut.

Nous vous annonçons, nos très chers frères et sœurs, que notre Société, le rempart le plus solide qu'aient la constitution et notre heureuse révolution, s'est occupée, pendant le carnaval, temps où le bon

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