DISCOURS DE M, ALEXANDRE LAMETH, AUX JACOBINS
POUR DÉNONCER l'aRRIVÉE DE DEUX CENT MILLE ALLEMANDS A PARIS
Messieurs,
L'ardeur civique dont je suis animé vous est assez connue pour que je n'aie pas besoin de la rappeler à votre mémorative. Mon frère a fait ses preuves en s'illustrant par une conquête ', dont vous avez
1. M. Charles Lameth, vainqueur des Annonciades. {Note de l'original.) — Ea mars 1"90, Charles de Lameth avait été chargé, comme membre du Comité de surveillance, de rechercher l'ex-gardc des sceaux Barentin, qui s'était caché dans le couvent des Annonciades de Pontoise. Cette mission jeta sur lui quelque ridicule. Les journaux royalistes supposèrent qu'il s'était déguisé en nonne pour cette perquisition.
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daigné lui ordonner de prendre le nom. Jaloux de marcher sur ses traces et de mériter votre approbation et le consulat, si nous parvenons un jour à former de la France une république, je vais essayer de m'attirer vos suffrages en vous faisant connaître les sacrifices que je consens à faire en faveur de notre Société. J'espère qu'elle m'en saura quelque gré, et qu'aussitôt qu'elle se trouvera à même de me récompenser elle voudra bien se ressouvenir de moi.
Vous saurez, Messieurs, qu'on vient de me proposer, à moi, dont le courage est connu, dont la bravoure est en odeur de sainteté par tout le globe, on vient de me proposer une place d'appointé dans l'armée de la contre-révolution. Vous croyez bien que mon patriotisme a bouillonné à ce mot; mais j'ai su retenir un instant ma civique fureur: j'ai écouté patiemment, et même j'ai feint pendant quelques minutes d'agréer une pareille offre, pour connaître à fond les projets de nos ennemis et les déjouer ensuite plus facilement.
Je vais vous rendre mot à mot ce que j'ai appris, et, si vous me le permettez, je vous ferai part ensuite d'un plan dont mon grand cœur est accouché sur-le-champ,^ et qui peut être utile dans le cas où nos ennemis les aristocrates persévéreraient à nous persécuter.
Les Allemands, Messieurs, se rassemblent pour venir nous envahir; Tévêque de Spire prêche la croisade contre nous, et déjà il a rassemblé deux cent vingt-un capucins qui, un crucifix d'une main et un canon de l'autre, nous combleront de malédictions et nous cribleront de boulets.
Le prince évêque de Liège fournit à lui seul une phalange épouvantable de quatorze cent mille hommes de cavalerie, qui sont montés sur des dromadaires afin d'aller plus vite. L'abbé d'Aillebox s'est chargé de l'artillerie, sans compter trois pièces de canon, non de bronze. Messieurs, mais de fer, afin (ju'elles soient plus solides; il a promis de trouver encore trente canardières montées sur leurs fourches de bois, et quarante-deux coulevrincs et demie, qui sont construites de manière qu'avec chacune d'elles on peut aisément tirer deux cents coups par seconde, ce qui fait douze mille par minute. Ainsi, jugez, Messieurs, du charivari et du tapage qu'une pareille armée et une telle artillerie feront en France.
L'ex-général des jésuites est commandant en chef et su[>rème de toutes ces cohortes; c'est lui qui les conduira chez nous et qui, le canon sous la gorge, nous forcera de reprendre le joug aristocratique que nous avons si heureusement secoué.
Ah ! mon Dieu, Messieurs, je vous demande pardon, j'oubliais une des plus terribles circonstances : le pape fournit vingt-cincj hommes,