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MARS 1791] GRANDE DÉNONCIATION AUX JACOBINS

sa garde corse, et l'ordre de Malte les nombreux escadrons qui servent sur ses galères.

Voilà le plan tel qu'on me l'a confié, lorsqu'avant hier un émissaire du cardinal Rohan a voulu m'enrôler dans cette armée; pour me tenter, comme je vous l'ai déjà dit, il m'annonçait que je serais fort appointé. Plein de modestie et me mettant à ma véritable place, j'aurais accepté avec reconnaissance ce poste éminent, si cette armée n'avait été destinée à opérer une contre-révolution contre une constitution dont je me suis déclaré si souvent le plus tendre amant.

Vous ne doutez pas sûrement de ma réponse. J'ai refusé tout net, et j'ai renvoyé le proposant honteux comme un renard pris au piège. Il aurait bien voulu retenir son secret, mais il n'était plus temps; il me l'avait confié, et je m'empresse, j'accours, je vole, pour vous en instruire.

Maintenant que vous connaissez tout le danger de notre position, daignez permettre à celui qui l'a si heureusement prévenu de vous faire part de ses petites réflexions et de son petit avis sur les grandes précautions à prendre contre une pareille invasion.

Je demande, Messieurs, que notre Société ordonne au pouvoir exécutif de faire fournir dans chaque hameau, ville, village, bourg et cabaret, et même dans chaque habitation de campagne, une pièce de canon de quarante-huit livres de balles : on la montera sur l'arbre le plus élevé, et de là on attendra avec bravoure l'armée contre-révolutionnaire.

De plus, je demande encore que vous décrétiez qu'on tiendra jour et nuit, dans les 83 départements, dans les 725 districts et dans les 44,900 municipalités, une petite chandelle toujours allumée, afin qu'aussitôt qu'on apercevra les Allemands on puisse hisser la chandelle sur le plus haut clocher. Ce sera là le signal que toute l'Allemagne arrive en France au grand galop par le Mont-Cenis : on n'aura pas besoin d'autre ordre. La première chandelle allumée qui paraîtra sur un clocher quelconque suffira à toute la France ; chacun prendra son fusil et son couteau, et se rendra au rendez-vous indiqué dans chaque département. Quand tous seront réunis, je demande qu'on indique le rendez-vous général dans les Landes bordelaises; il y aura assez de place dans ces landes pour camper toute la France ; et de là on enverra un cartel à l'Allemagne : si elle accepte, elle est battue; si elle n'accepte pas, elle est déshonorée. Ainsi, Messieurs, nous ne pouvons que gagner beaucoup en adoptant cet avis.

Je finis en conjurant cette honorable assemblée, au nom de la patrie, de la constitution et de l'honneur jacobite, de ne pas s'endormir

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avant d'avoir pris un parti quelconque sur un danger aussi pressant. Allons, Messieurs, je demande que ma motion soit mise aux voix.

Avril 1701

d'après « LE LENDEMAIN » DU 4 AVRIL 1791

Lors de l'ouverture, à six heures, 000 membres; vers huit heures, 800; close à dix heures trois quarts avec 200.

Parmi les adresses lues par le secrétaire, on en remarque une de la municipalité d'x\uch, qui se plaint d'une ordonnance du ministre de la guerre par laquelle il est défendu aux soldats d'assister aux séances des Amis de la constitution. Grands murmures sur cette privation imposée aux troupes d'une manière si salutaire.

Vœu d'une autre municipalité pour que la garde du roi ne fût pas confiée à ceux qui remplissaient autrefois cette fonction honorable.

Cette adresse a jeté un peu de gaieté dans l'assemblée, mais elle a bientôt été troublée.

M. de Menou est venu lui dénoncer M. de Montmorin comme un ministre vicieux, inconstitutionnel et contre -révolutionnaire. M. de Menou, pour faire impression, n'a point adouci ses traits, ils étaient trempés dans le fiel le plus amer. Le motif de cette accusation était que M. de Montmorin n'a point choisi tous les nouveaux ambassadeurs parmi les Jacobins, et l'on sent que ce crime est irrémissible.

Cependant, l'opinion sur ce point n'a pas été entièrement unanime. Une voix dans la salle a fait entendre très distinctement une épithète qui ne faisait pas honneur à la probité de M. de Menou, mais aussi elle a excité un orage de fureur auquel l'indiscret critique a été fort heureux de se soustraire par la fuite.

On voulait, néanmoins, savoir le nom de l'insolent : on a dit que c'était un sieur Ilartly. M. Collot est chargé d'aller vérifier par qui il a été présenté ; il part, revient, annonce de nouvelles charges contre M. de Montmorin, et oublie le délinquant, auquel personne ne [icnse plus.

M. de Menou a continué sa diatribe sans être interrompu davantage. 11 s'est transporté chez M. de Montmorin, avec MM. Barnave et Greteau ', pour lui reprocher sa hardiesse d'avoir nommé sans commettre {sic) le Comité diplomatique, et d'avoir choisi des sujets dont quelques-uns même sont coupables du crime atroce d'être du Club monarchique. M, de Montmorin leur a répondu que ce point ne lui avait pas paru un titre d'exclusion, qu'il y avait d'excellents patriotes dans le Club monarchique; mais M. de Montmorin ne pouvait pas sur cela persuader ces Jacobins, et cette réponse même était {sic) un nouveau bruit 2.

C'est aussi ce que l'éloquent Laclos a bien fait sentir, et il n'a pas manqué cette occasion de faire observer combien il était intéressant, pour éviter de pareils inconvénients, de faire nommer les ministres par le peuple, car il ne voit plus ni liberté, ni constitution, si tous les ministres, intérieurs ou extérieurs, ne sont pas jacobites.

M. Terrasson et un autre membre ont ensuite voué M. de Montmorin à toutes les furies de l'enfer, et même à celles du monde.

M. Yernier lit son projet de loi sur les émigrants.

Députation de quatre membres, à la tête desquels était M. Rabaut de Suint-Étienne, auprès de M. de Mirabeau.

Ils rapportent que, depuis midi, il est dans un état affreux, quoique conservant toujours sa présence d''esprit, et que, jusqu'à demain midi, les médecins ne peuvent répondre de rien.

Le président annonce que le scrutin lui a donné pour successeur M. de Beauharnais, et que le nouveau secrétaire est M. Prieur.

La séance finit par la dénonciation du sieur Gervais, curé de Saint- Pierre, élu évêque du département de Calvados, qui, porté sur le

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