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Cette nouvelle était fausse

284 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [1" avril 1791]

« Vous voyez, Messieurs, par ce détail, qui est de la dernière exactitude, combien ce drùle-là mérite votre attention; je supplie donc cette auguste assemblée de peser dans la profondeur de sa sagesse la dénonciation que je fais aujourdhui du maréchal Bender; et, s'il m'était permis de croire que, dans une affaire aussi importante, mon avis sera de quelque prépondérance, je demanderais que ce bourreau fût mandé à la barre de l'assemblée clémentine, pour y rendre compte des motifs qui ont déterminé sa conduite dans cette circonstance; et, s'il n'obéit pas aux décrets que vous lancerez contre lui, il faut le condamner par contumace à être pendu lui-même à Bruxelles au milieu de ses troupes; enfin, qu'un exemple aussi frappant puisse en imposer dorénavant à tous ces petits souverains qui se croient libres chez eux de contrarier nos principes et nos vues. »

L'assemblée des Amis de la constitution, en sa salle accoutumée, sept heures de relevée, après avoir entendu les civiques dénonciations du patriotique Carra, après avoir longtemps exhalé sa rage et sa colère contre le sieur Bender, se disant commandant des troupes autrichiennes en Brabant, a arrêté que ledit sieur Bender serait condamné à subir la peine du talion, c'est-à-dire serait pendu, pour avoir fait pendre lui-même l'immortelle Théroigne de Méricourt, envoyée par la Société dans le Brabant pour y répandre les bons principes; et, attendu que ledit Bender n'est point encore sous le pouvoir de la Société, arrête que son exécution serait différée jusqu'au moment où il sera tombé sous sa puissance.

Fait à Paris, ce 1" avril 1791.

d'après « LE LENDEMAIN » DU 5 ET DU C AVRIL 1791

Ouverte à six heures par 600 membres qui se sont multipliés jusqu'à 850. Un peu avant les dénonciations, les honnêtes gens se sont retirés, et, vers dix heures, il ne restait plus que 400 membres. La séance a été levée à onze heures, avec moins de 300 membres.

On avait pris un médiocre intérêt à la maladie de M. de Mirabeau; on a affiché le désespoir sur sa mort.

M. Dubois de Crancé en a fait (suivant ses talents) un pompeux

éloge, et il a demandé que la Société en portât le deuil pendant quatre jours. Un autre membre, qui n'a pas parlé avec moins d'appareil, a demandé que le deuil fût de huit jours. L'abbé d'Espagnac a dit qu'il avait reçu le dernier soupir de ce grand homme, qu'il avait été modelé un instant après sa mort, et que, quoique lui, d'Espagnac, lui dût la perte de sa fortune, il souscrivait dès ce moment de 50 louis, si on voulait faire exécuter son buste en marbre ou en bronze, pour en faire hommage à la Société. MM.Yoidel, Danton, Barnave et plusieurs autres se sont aussi successivement évertués sur l'éloge du défunt. Parmi ces orateurs, il faut distinguer M. Barnave, qui a parlé d'une manière vraiment touchante, et M. Danton, qui a profité très adroitement de cette occasion pour rappeler l'engagement de ce grand homme de poursuivre tous les factieux. M. Danton s'est élevé avec force contre eux, en désignant assez clairement quelques sujets qui se trouvaient parmi ses auditeurs; il a fait sentir que cette perte rendait encore plus pressant le besoin d'une autre législature, et, par une éloquence à laquelle le sentiment communiquait la plus grande chaleur, il a entraîné toute la Société à arrêter unanimement que l'Assemblée nationale serait suppliée de faire convoquer la seconde législature avant le 15 mai prochain.

Après quoi il a été arrêté que la Société se rendrait en corps aux funérailles, et qu'elle porterait le deuil pendant huit jours. Ce deuil, pour quelques Jacobins, pourrait bien être un habit de veuve.

Compte rendu, par M. Roussel, du travail des commissaires chargés de trouver un local pour y construire une nouvelle salle.

M. Charles Lameth, placé à une des extrémités de la salle, et qui n'avait pas encore dit un mot, même à l'occasion de M. de Mirabeau, observe que le nouveau projet entraînerait une dépense à laquelle la Société ne pourrait pas faire honneur, d'où résulterait la dissolution de la Société : « Ce ne sont pas, a-t-il dit, les patriotes qui sont les plus riches (le patriotisme, cependant, n'est pas infructueux pour tout le monde; demandez à MM. Camus, Voidel, Barnave, à M. Lameth lui-même, mais il n'a pas tous les jours 00,000 livres à donner), ce sont, sans contredit, les aristocrates. Ils achèteraient l'édifice que vous ne pourrez pas payer, et vous mettraient à la porte, ce qui serait excessivement humiliant et dangereux. » Il proposa donc de prendre l'église des Jacobins, et d'offrir à la Société fraternelle la salle en échange. Cet avis a été trouvé sage, et M. Lameth a été mis à la tête d'une députation, pour aller à la Société fraternelle faire la proposition du traité.

Pendant son absence, une députation des Halles est venue faire un

286 SOCII^.TI^. ()(;S .lACOlJlNS [.'{ Avi'.ii. ITOli

nouvel (jlof^c df; Mirabeau, cl proj)OS<;r à la Société; de f-e joirxJif; à elle [tour .')ll*;f au convoi; ce qui a 0A6 accordé.

M. h.iuielli, que sa rléputation avait, privé du plaisir d"e/d.eiidre encore une l'ois l'éloi^e de son hon ami, esl. revenu. La. pro[)f)sil.ion a été acce[)l.éo avec l.oule la cordialit.*'; iniap;iiia,lile. Arrêté <\Hit demain les commissaires se ren(Jront à la mu/iicipalité pour obtenir bj bail de l'église.

Arrive une rléfxitation du Tl)éàtre-l''ra,ncais, jointe fi une du Cbif) des Oirddiers. I^lle- ;ip[)Oi-tent une dénonciation bien dodiii;, bien noui/'ie, 1.1 ite, sous fous les points de vue, pour euch;inl<;r des Jacobins.

\'ïi ollicier de la. ;jarde riat.ion;i.l(;, demeiu-ard, rue des lîoucberies- Saint-fierm.iin, re[tré-enlanl l>;of)e au naturel, est l'orateur.

Il annonce que le (îlul) monarcliique avait formé la con>f)iralion la plus adVeu'^e, et qu'il devait l'exécuter le -IH du mois dc-iTiier. Leiuprojet était de venir, et c'était Ijien là le |)lus grand crime, <\<', vc-nir assaillir les Jacobins, d'égorger la garde nationale, de l'aire partir au même instant des courriers pour toutes les villes où il y a ries Clubs correspondaid,-, qui seraient, arrivés assez U>\., car ce (,;iid) i--\, sorcier, pour qu'au même moment, et le même jour, ':iH mars, l'opération de l'a,ris s(; lût laite dans toutes les vill(;s di; l'i.'iiqiire.

Voili, du uioin-, un complot en règle, et digne de li,xer l'attiMition : et c'est un -ieur l'.utteaii qui l.'i découvert et défioncé. Ce sieur Rutteau était II. On Ta, lait parh r. Il a dit qu'il avait exposé sa vie, mais il n'a point dit rommerd,, pour sauver la patrie. Au reste, il a, rapporté (ju'un -ieur Tliêvenot, inspecteur de son atelier, car Hutli^au est employé da,ns les ateliers de charité, lui a j)rof)Osé de l'argent [jour enrégimeid,er des ouvriers, ce que Tbévenot, insf»ecteur, aurait eu bien plus de bicilité; à l'aire liii-mirnc. l'A. pom- quoi Hiir'e, ces ouvriers? Oli! c'est ce que lluttea,n rjc dil, point; m.ii- 'l'In-venot, l'a, assuré qu'ils seraient soutenus f^ar l;i ;:aiilc ii;ilion;de, que cejjendant (m devait égorger, par la cavaleri*;, \);u- :),()()() liommes d'épée, et par :}f),OfjO hoiiiiiif- du peu[)le '.

On ne voit pas encore fjuelh; relation il y a entre tout cela c-t le Club monai'cliiqiie ; mais Itutteau va donner les «lêtails du conq)lot rpji devait s'exécutei' le '2.H mai-s, jonc du ra-sernblcmeid du Club monarchique. Kcoutons-le donc, 'riiévenot lui a, dit qu'il ne l'ût [las inquiet, (ui'ii lui donnera,it 40,000 livres [)oui- biire passer à ^a femme et à, ses enfants, mais qu'il mourût. lOn'ectivement Tln-vcnot lui a donné (pud- (jiie argent; m.'iis, comrm; ce n'éla.il pas 40,000 livres, il a été; le dc'non-

1, .N'ouH ropiixtiiisoriH li'.xlii(;ltini(iil fr.flc pliraso.

[3 AviiiL 1T!)|] Sl'ANCE UV !! AVRIL 1701 287

CCI" aux (-(imités des reclierclu's do la villo ot de l'Assemblée, qui l'ont fait arrêter.

Eh bienl Monsieur Uutteau, vous oublie/, le (-lub monarelii(iue et les détails de sa conjuration.

Oh! que non. Il nous dit que M. de Clerniont-Tonnnerre est à la tète de la conspiration; que, depuis longtemps, il a répandu un argent immense. Et qui a dit cela au dénonciateur? Ce n'est pas Thévenot, sûrement.

Importuns questionneurs, [lersonne ne l'a dit à Hutleau, mais Hutteau vous le dit; et c'est un homme important que Uutteau. Écoutez-le :

« Sans moi, Messieurs (c'est lui qui parle à la tribune des Jacobins), sans moi, tout Paris était à feu et à sang, et vous auriez été les premières victimes de la fureur des monarchistes; et je vous dénonce ces faits pour que vous avisiez aux. moyens les plus propres et les plus prom[)ts de faiie périr tous les membres du Club monarchique. »

C'est fort bien, Monsieur Hutleau, voire dénonciation est excellente pour des Jacobins; ils n'y regardent pas de si près. Mais nous qui, pour croire à un complot, après les mille et un rêves dont on nous a bercés, voulons de bonnes preuves, nous vous observons que vos détails sont absurdes, incohérents, décousus, beaucoup impossibles, beaucoup plus encore contradictoires, et qu'au total votre caution unique n'est [las recevable. Il y a lieu de croire que l'argent que vous avez reru était pour votre dénonciation; et vous seriez bien étonné si on vous disait qui vous a donné cet argent, et qui vous a fourni la leçon cjue vous avez si mal débitéi'.

Cependant M. Chépy, qui n'est pas si chatouilleux que vous, n'a pas douté de la vérité de tout ce fatras, et a voué le Club monarchique aux furies; il a eu soin d'y joindre M, de Montmorin. Un autre membre, en appuyant M. Chépy, a voulu qu'à la liste de proscription on ajoutât M. Du[)ortail, qui a refusé des services à M. de WimpfTen, patriote à l'épreuve.

Enfin, la séance a fini par un fait assez plaisant.

Camille Desmoulins s'est plaint que M. Bonnecarrère l'avait traité d'incendiaire et l'avait menacé de coups de bâton.

M. Bonnecarrère a répondu, en avançant ce propos, qu'il l'avait tenu en présence de cinq cents personnes, qu'il le répétait dans l'assemblée, et qu'il en dirait autant à un grand nombre de mauvais sujets qui déshonoraient la Société, comme Camille, et qui la perdraient'.

1. Le Lendemain ajoute les rollexioiis suivantes : « Il n'est pas politique de la part

288 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [3 avril 17911

[Voici, d'après le Journal des amis de la constitution du o avril 1791, le texte de l'arrêté qui fut pris dans celle séance du 3 avril par la Société des Jacobins à l'occasion de la mort de Mirabeau :]

1° Les membres de la Société, réunis à cet effet, accompagneront le convoi;

2" Ils prendront le deuil pour huit jours;

3° L'anniversaire de la mort de Mirabeau sera, à perpétuité, un jour de deuil pour les Amis de la constitution;

A° La Société fera exécuter en marbre un buste de Mirabeau, au bas duquel seront gravées ces paroles, qu'il adressa à la suite de la séance royale à M. de Brézé, qui venait ordonner aux membres de l'Assemblée nationale de se séparer :

Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du peuple, et que nous n'en sortirons que par la puissance des baïonnettes.

6° Ce buste sera placé à perpétuité dans la salle des séances de la Société des amis de la constitution '.

[Même séance, d'après le Journal de la Révolution du o avril 1791 :]

Les monarchistes conspireront donc éternellement, jusqu'à ce qu'ils aient perdu la patrie et le trône, ou qu'ils soient eux-mêmes anéantis sous les ruines du despotisme. Ils ont donc de grands moyens, puisque tous leurs mauvais succès, au lieu de les décourager, augmentent leur

des Jacobins de faire dénoncer M. de Montmorin au moment do la perte de M. de Mirabeau, qui était son ami. Ce grand homme, peu de temps avant de mourir, exhortait tous les amis de la liberté, de la patrie et de la monarchie, à se réunir autour de ce ministre. Ce jugement vaut bien celui des Jacobins. D'ailleurs, le fondement de la dénonciation est absolument faux. Parmi les ministres nouvellement nommés, l'un est du Club des Jacobins, et des autres un seul, M. de Gouvernet, à son retour de Suisse, s'est fait inscrire au Club monarchique, où il n'a pas remis les pieds depuis. Ainsi il est faux que tous les ambassadeurs aient été pris dans ce club, comme il est faux que M. de Montmorin ait fait aux membres du Comité diplomatique la réponse que M. de Menou lui a attribuée. »

1. Le 7 octobre 1791, l'Assemblée législative accepta du patriote Palloy le don des bustes de Mirabeau et de Jean-Jacques Rousseau, sculptés en relief sur des pierres de la Bastille, et décréta qu'ils seraient placés dans la salle des séances. — Lacombe Saint-Michel demanda que l'elEgie de Mirabeau fût placée en face de la tribune : « Lorsque l'orateur hésitera, il n'aura qu'à la regarder. » Le u décembre 1792, quand furent produites les preuves de la vénalité de Mirabeau, la Convention ordonna que ce buste fût voilé. Le 9 décembre suivant, le peuple pendit, en place de Grève, un buste de Mirabeau; mais nous ne savons si c'était celui de la salle de la Convention ou celui des Jacobins.

audace. Leur conspiration du 28 mars était plus infernale encore que celle du 28 février, La vigilance des citoyens a empêché qu'ils ne se réunissent, même en petit nombre, et, depuis, un de leurs confidents a dévoilé toutes leurs atrocités. Elles ont été mises au grand jour dans la séance tenue dimanche dernier aux Jacobins, par une députation de la section du Théâtre -Français, réunie au Club des Cordeliers. M. Rutteau, peut-être le sauveur de l'Assemblée nationale, du Club des Jacobins et des meilleurs patriotes de la France, a raconté comment il est parvenu à découvrir les coupables.

Nous regrettons de ne pouvoir donner que la substance de son récit; nous y reviendrons.

Nommé piqueur aux travaux de charité, Thévenot, inspecteur, lui promet une place d^aide de camp, s'il survit à la contre-révolution, et 40,000 francs pour sa femme et ses enfants, s'il est tué. Rutteau promet tout, fait la déclaration au maire de Vaugirard, et joue si bien son rôle qu'il se fait donner deux assignats et dévoiler toute la trame.

« Demain à cinq heures, dit Thévenot, nous nous réunirons successivement trente mille hommes, rue des Petites-Écuries, avec sabres, pistolets, poignards et autres armes. Partie de la garde nationale est pour nous; M. La Fayette sait ce qu'il sait et est des nôtres; nous ferons main basse sur tous les membres du côté gauche de l'Assemblée nationale, sur le Club des Jacobins. Tout ce qui porte la cocarde aux trois couleurs sera exterminé. Le même jour et au même moment le signal du carnage sera donné dans toute la France. MM. Condé et Lambesc viendront à notre secours, et le clergé, la noblesse, les parlements, tout sera rétabli. «

M. Rutteau vole au Comité des recherches, remet les assignats, dévoile tout, et on fait arrêter Tliévenot. Clermont-Tonnerre, cet homme que Montmorin regarde comme très bon citoyen, ainsi que la bande monarchique, fournissait de l'argent aux conjurés... M™" Lacombe a eu de longues conférences avec la reine... Elle est aussi arrêtée... 0 prostitution de tous les devoirs et de tous les sentiments!!!

On demande : 1° que M. Rutteau et ses codévoilateurs soientsousla sauvegarde de la loi et des patriotes; 2" qu'on leur accorde des secours , attendu qu'ils ne peuvent plus retourner aux travaux ; 3'^ que les coupables conspirateurs soient poursuivis et tombent sous le glaive vengeur des lois.

Le brave et généreux Rutteau est couvert d'applaudissements, qui font assez sentir que chacun est prêt à mourir pour la liberté et ses défenseurs. On nomme des commissaires pour surveiller les pour-

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