TOME II
290 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [3 avril 1791]
suites. Le rapport en sera fait aujourd'hui ou demain à T Assemblée nationale'.
[Même séance, parodie, d'après les Sabbats jacobites, I, 21G:]
La maladie, reconnue mortelle, de Mirabeau n'avait inspiré qu^m intérêt très froid aux membres du sénat jacobin; ils afTichent aujourd'hui le désespoir. MM. Dubois de Crancé-, Yoidel, Danton et Barnave font tour à tour l'éloge funèbre de cet homme extraordinaire ; mais M. d'Espagnac ajoute à cette conduite vraiment jésuitique : écoutez et jugez.
Am : Ah! maman, que je réchappai belle.
Ah! Messieurs, de sa perte cruelle, Qui peut, comme moi, Sentir en soi Douleur réelle?
Ali! Messieurs, quelle perte cruelle!
Les agioteurs Vont recommencer leurs horreurs!
A ces derniers mots, tous les honorables jacobites jetèrent les yeux sur l'honorable abbé d'Espagnac; ils se souvenaient que Mirabeau, dans sa dénonciation de l'agiotage, a couvert l'orateur de ridicule et d'opprobre; mais il continue, et la surprise augmente quand on lui entend offrir 1,200 livres pour faire hommage à la Société du buste en marbre de ce grand homme; mais cette surprise est mal entendue, car
Même air.
Jugez mieux du motif qui l'anime.
En donnant son sac Le d'Espagnac N'est pas sublime :
Du mortel dont il fut la victime, Est-ce trop offrir Pour payer son dernier soupir?
aussi avait-il commencé par assurer qu'il avait reçu ce dernier soupir :
1. Le 28 mai 1791, au nom du Coinift! des recliorchos, Sillcry lit un rapport sur CCS faits à rAssemblée constituante, qui ordonna des poursuites contre Thùveuot et ses complices.
il n'avait pas été compris. Cependant, qui plus que les Jacobins doit saisir la série des idées de M. l'abbé et ses douces espérances?
M. Roussel rend compte du travail des commissaires de chercher un local pour bâtir un sanctuaire au patriotisme jacobite ; mais Charles Lameth, qui sait que le crédit des factieux baisse àvued'œil, conseille de conserver l'argent destiné à cette dépense. Il propose de s'emparer de Téglise, et de céder la salle à la Société fraternelle. L'arrangement a lieu'. M. Rutteau, à la tête d'une députalion de la section du Théâtre-Français, vient égayer la scène en dénonçant le Club monarchique. Gare! gare! place à M. Rutteau, qui s'élance à la tribune et s'écrie :
Air : Ah! Monseigneur! ah! Monseigneur!
Je viens cà ce sénat fameux Dénoncer des crimes affreux:
Les infâmes amis du roi, De la nation, de la loi.
Voudraient revoir en ce pays La paix et l'ordre rétablis.
Ils osent essuyer les pleurs
D'un peuple accablé de malheurs.
Déjà, pour vous faire rougir,
Ils ont osé le secourir.
Afin de finir ses revers
Us vont s'affranchir de vos fers.
Ils traitent tous les Jacobins
De charlatans et de mutins;
Et, pour prouver qu'ils ont raison,
Avec Darnave et d'Aiguillon,
Ils nomment Laclos et Chabroud,
Lamelh, Robespierre et Menou.
Or, de leurs nombreux attentais 11 faut punir ces scélérats; Il faut, dans ce noble courroux, Prudemment les massacrer tous :
Si par eux nous étions vaincus.
En Grève nous serions pendus.
« Il est clair, ajoute M. Rutteau, d'après les principes que je viens de vous dénoncer, que les monarchistes veulent égorger les Jacobins, égorger la garde nationale, égorger dans toutes les villes les bons
1. Sur ce changement de local des Jacobins, voir plus haut, t. !■='■, p. xxvn.
292 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [3 avril 1791]
citoyens, égorger... égorger... » Féroce et inepte Rutteau, où as-tu forgé tant d'infamies, tant de mensonges? 0 honte des Jacobins qui t'entendent, qui adoptent tes grossières calomnies, et qui hurlent de joie en les applaudissant!
M. Chépy ne doute pas un instant que les monarchistes ne veuillent égorger toute la France. Pendant que tout le club est en fureur, il lui recommande encore M. de Montmorin ; un membre y joint M. Duportail.
SÉANCE DU o AVRIL 1791
d'après les « ANN'ALES PATRIOTIQUES » DU 22 AVRIL 1791
M. Alexandre Beauharnais, président, a rendu compte, pour ceux des membres que leurs affaires auraient pu empêcher d'assister à la cérémonie des obsèques de Mirabeau, que la Société, conformément à l'arrêté qu'elle avait pris la veille, s'était rendue à la maison de Honoré Riquetti Mirabeau; qu'elle avait marché à la suite de l'Assemblée nationale, des corps administratifs et des commissaires des sections; qu'elle avait constamment suivi le convoi à Saint-Eustache, à Sainte-Geneviève; qu'elle ne s'était séparée qu'à minuit et demi, lorsque la cérémonie avait été absolument finie.
M. Beauharnais a dit qu'étant à la porte de la maison de Mirabeau, M. le commandant avait donné des ordres pour favoriser la marche de la Société, et lui avait proposé de passer avec elle dans la maison de M™° de Montesson, pour attendre plus commodément, avec l'Assemblée nationale et les corps administratifs, le départ du convoi.
M. Beauharnais a ajouté qu'il avait cru devoir, au nom de la Société, se refuser à cette invitation, et observer à M. de La Fayette que la Société des amis de la constitution ne formait pas une corporation politique, qu'elle était une réunion de citoyens sans caractère légal, qu'elle faisait partie du peuple et devait rester avec le peuple.
« J'ai pensé, a dit M. Alexandre Beauharnais, qu'autant les Amis de la constitution devaient avoir de fierté et d'orgueil lorsiju'il s'agit de réclamer l'exercice de leurs droits de citoN'ens, autant ils devaient être humbles et modestes lorsqu'il était question de distinctions ou de privilèges. »
La Société a applaudi à la conduite de son président.
d'après « LE LENDEMAIN » DU 8 AVRIL 1791
Ouverte à six heures par 500 membres, qui se sont multipliés pendant la durée jusqu'à 700, et réduits ensuite à loO, la séance a été close à onze heures.
Après la lecture du procès-verbal et de quelques adresses sans intérêt, on a régalé la Société d'une lettre écrite par un soldat canonnier du port de Cherbourg, qui dénonce le ministre de la marine et le comte de Chabagnac comme traîtres à la patrie et criminels de lèsenation. Ce début a mis la Société en fort bonne humeur. C'est toujours une bonne chose qu'une dénonciation.
Le dénonciateur a été pris sous la grande protection de l'assemblée, et on a nommé des commissaires pour arranger le fond de la dénonciation.
Le président donne lecture d'une lettre de Colmar, contenant l'éloge le plus parfait de M. Louis Noailles, qui sûrement avait été le complaisant porteur de cette lettre, car il a tout à coup paru à la tribune, où, tout fumant encore de cet encens, il a rendu à la Société le compte le plus satisfaisant de l'état de l'Alsace. Il l'a assurée que tout y était en paix, et qu'elle n'avait rien à craindre de l'armée du cardinal de Rohan, laquelle n'est que de 3,200 hommes. L'uniforme de cette armée est noir, doublure, revers et parements jaunes, portant sur une barre une tête de mort, et sur l'autre la devise : Vaincre ou mourh\ Cet habit n'est pas gai. Cette armée doit être commandée par MM. de Condé et d'Autichamp. M. de Noailles ne dit pas où sont les quartiers de cette armée, ni comment elle subsiste; il n'y a point pensé, ce sera pour une autre fois.
M. Biauzat demande que l'on insère dans le procès-verbal que Mirabeau est mort naturellement. Il y a du danger de se lier ainsi sur les faits par des déclarations. Sa demande n'a point de suite.
M. Bonnecarrère monte à la tribune et y renouvelle son serment comme ministre plénipotentiaire. N'avait-il donc pas prêté ce serment entre les mains du roi et en présence du corps municipal? Si; mais tous ces serments ne pouvaient servir à rien s'ils n'étaient renouvelés devant le Club souverain.
294 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [6 avril 1791]
M. Laclos a fait une longue et plate complainte sur ce que le choix des ministres était attribué au roi. Effectivement, c'est bien mal servir les vues de M. Laclos.
M. Alexandre Lameth s'est aussi beaucoup lamenté sur ce maudit échec qu'ont reçu ses projets, et, pour s'en venger, il a renouvelé avec aigreur la dénonciation véridique de M. Menou contre M. de Montra orin,
Saint-Huruge a trouvé un moyen tout simple de s'en défaire, c'est de le pendre, et il a offert ses services; mais il s'est vu éconduit par le Club succursale des Cordeliers, dont une députation est venue de sa part proposer de faire donner à l'Assemblée nationale quelques leçons sur l'organisation ministérielle, et poursuivre activement le ministre MontmorJn, car on ne peut tirer aucun fruit de la mort de Mirabeau si ce ministre est conservé.
Un artiste vient de faire à la Société l'hommage d'une médaille dont il fait voir l'esquisse, offre le portrait du défunt, couronné par MM. Barnave, Lameth et du Port. Un membre s'écrie qu'il faut supprimer ces quatre personnages, qui ne peuvent former la compagnie d'un grand homme. La motion, vivement applaudie, est adoptée.
Ces messieurs finiront sûrement par répudier le Club jacobite. Il serait assez plaisant de les voir passer dans un autre.
[Voici, d'après le Journal de Perlet du 11 avril 1791% le texte du rapport que M. de Noailles fit dans cette séance sur la situation politique de l'Alsace:]
En traversant les départements, je n'ai plus retrouvé les mêmes hommes; j'ai été frappé de la différence : partout j'ai vu des hommes armés, d'une contenance ferme, qui ne regardaient plus à terre avec timidité ; je n'ai plus rencontré d'esclaves ; j'ai vu partout des hommes libres. Mais l'Alsace a été négligée tellement dans l'envoi et la publication des décrets que l'on faisait croire au peuple que la France allait abandonner cette province comme le pays de Liège; cependant, depuis l'arrivée des commissaires, depuis qu'il y a des Sociétés des amis de la constitution, il se forme un foyer de lumières; le peuple s'instruit, il est armé pour la constitution ; et ces Sociétés sont telles que celle de Colmar, où j'ai assisté, qui formait un rassemblement de 1,500 patriotes. La garde nationale a demandé l'atrdiationà toutes les Sociétés du Haut-Rhin. Son commandant général est M. Brag, très bon citoyen; et il y a nombre d'hommes très éclairés qui obligent les
1. Le l'alriole français du inùme jour donne une analyse de ce rapport.
fonctionnaires publics et les juges des tribunaux à faire leur devoir. L'opinion est telle dans ces cantons que, s'ils ne le faisaient pas, vous auriez des dénonciations toutes les semaines ; et dernièrement le tribunal d'Altkircli a fait des poursuites fondées contre trente fugitifs.
La forteresse de Strasbourg est aussi bien armée qu'elle peut l'être pour se soutenir sans crainte devant toute autre force qu'une armée qui serait déterminée d'en faire le siège. Neuf-Brisach est bien palissade : il a trente-cinq canons montés sur leurs affûts, ayant chacun 800 coups à tirer, et, en réserve, il y a 24,000 cartouches. La garnison y a montré depuis quelque temps un courage incroyable, avec les ouvriers qui lui ont été envoyés; douze heures de travaux par jour n'ont pas contrarié les soldats, ils ne leur ont rien paru. Schlestadt est dans le meilleur état de défense. A Huningue, chaque canon a 1,000 coups à tirer. Tous les postes de Neuf-Brisach à Strasbourg se croisent continuellement par des patrouilles, de sorte que, jour et nuit, il ne passe rien, pas même des papiers, sans être visité; le même effet a lieu entre Huningue et Neuf-Brisach. M. Kellermann, général, est un véritable ami de la constitution ; il a su parler aux ofliciers ; il leur a déclaré qu'ils n'avaient rien à attendre de lui, s'ils ne suivaient pas exactement les décrets de l'Assemblée nationale; il parle aux soldats avec bonté, et il en est aimé. M. Billecocq, officier général, suit ses traces.
Quant à M. d'Aflry, son poste a été le premier en état de défense, et il a la confiance de ses soldats. Nous nous sommes promenés ensemble dans la ville de Bàle, où il a su, par la confiance qu'il inspire dans le pays, faire déloger M. Mirabeau le jeune et plusieurs autres émigrants français. M. d'Affry ayant été consulté sur M. Montjoie ', cidevant député à l'Assemblée nationale, et qui a une maison à Bàle, pour savoir s'il pouvait y rester, M. d'Affry a répondu que non, qu'un ennemi de la France, allié des Suisses, ne le peut pas.
Je vais parler maintenant de la situation des ennemis, de l'armée des prêtres, de ce fantôme dont l'assemblée a déjà quelque connaissance. J'ai envoyé de l'autre côté du Rhin un officier intelligent et sûr, qui parle les deux langues : il a vu les troupes de M. le cardinal de Rohan disposées à entrer en France ; il leur a parlé ; elles seront commandées par M. de Coudé et M. d'Autichamp; leur nombre monte à deux mille trois cents; elles étaient divisées par trente, quarante ou cinquante. Ces troupes s'étendent depuis Offenbourg
1. Le comte de Montjoie-Vaufrey, député aux États généraux par la noblesse du bailliage de Belfort et Huningue, était en congé depuis le 18 juin 1790.
296 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [G avril 1791]
jusque près de Bâle. Elles ont reçu la semaine dernière un uniforme noir, avec veste, culotte et doublure jaunes; chaque soldat porte sur le bras une tète de mort avec une sorte de marque sur l'autre bras contenant cette devise : Vaincre ou mourir.
Le moindre de ces soldats a trente sols par jour. Le prince de Baden permet de recruter chez lui ; mais, nos frontières étant fermées maintenant, ces troupes seront difficilement augmentées. Il y a présentement en Alsace trois régiments de cavalerie et sept d'infanterie. Je crois que, si l'armée française n'était divisée par l'esprit et les intentions peu constitutionnelles des officiers, les soldats, qui sont très patriotes, ne se dirigeraient alors que dans un seul mouvement, et les troupes de M. le cardinal seraient bientôt congédiées; mais on compte sur ces divisions, et les soldats sont obligés de veiller euxmêmes sur les postes des frontières. Les officiers passent de l'autre côté du Rhin, portant des uniformes particuliers ; de là naissent des divisions. Les officiers, dernièrement, accusaient les soldats d'insubordination, parce qu'ils lisaient dans une salle, à Strasbourg, les décrets de l'Assemblée nationale. Si nos soldats étaient bien commandés, il n'y aurait aucun danger; ils sont déterminés à marcher et à vaincre, mais dans le sens de la Révolution. Tous ont pris pour devise : Vivre libre ou mourir. Au total, s'il y avait une attaque, elle ne pourrait être que de cinq ou six mille hommes qui s'introduiraient dans le pays, et alors il n'y aurait qu'une chose à éviter, c'est le courage des troupes; mais je pense que, quelque moyen qu'on prît pour empêcher le carnage, il ne resterait pas un seul soldat de M. le cardinal.
[Môme séance, parodie, d'après les Sabbats jacobites, I, 219 :]
Adresses, tendresses, caresses ; et par-dessus tout cela une dénonciation : aussi la Société est-elle de bonne humeur. Elle nomme des commissaires pour examiner la dénonciation qu'un canonnier de Cherbourg adresse contre le ministre de la marine et le comte de Chabagnac.
M. de Noailles rend le compte le plus tranquillisant de la situation politique de l'Alsace : l'armée du cardinal de Rohan n'est qu'une poignée de fous, peu faite pour en imposer. Voici lesprinci[taux détails de son rapport :
[6 AvuiL 1791] SÉANCE DU 6 AVRIL 1791 297
Air : Va-t'en voir s'ils viennent, Jean.
Dans tous les départements, Quel plaisir extrême!
J'admirais les habitants, Ils faisaient de même.
Va-t'en voir s'ils viennent, Jean, Va-t'en voir s'ils viennent.
Sujets faibles et soumis,
Ils étaient esclaves; Mais comme ils sont aguerris!
Ahl comme ils sont braves!
Va-t'en voir...
Je puis vous attester, moi, Quelle est leur audace;
lis me regardaient, ma foi, Hardiment en face.
Va-t'en voir...
S'ils étaient des ignorants Quand nous arrivâmes.
Ils étaient déjà savants
Quand nous les quittâmes.
Va-t'en voir s'ils viennent, Jean, Va-t'en voir s'ils viennent.
Pour prouver à nos lecteurs que nous citons juste, nous allons placer ici le commencement du rapport de M. de Noailles : « En traversant les départements, dit- il, je n'ai plus retrouvé les mêmes hommes ; j'ai été frappé de la différence; partout j'ai vu des hommes armés d'une contenance ferme, qui ne regardaient pas à terre avec timidité... » Plus loin : « Depuis l'arrivée des commissaires , depuis qu'il y a des Sociétés des amis de la constitution, il se forme un foyer de lumières... » M. de Noailles donne ensuite une idée de la situation des places qui se trouvent depuis Strasbourg jusqu'à Huningue et Neuf-Brisach. Il passe en revue l'armée de M. le cardinal, commandée par M. de Condé et M. d'Autichamp. Le fidèle rapporteur, qui, s'il n'a pas vu effectivement cette armée, veut au moins faire croire qu'elle existe, ajoute, en se conformant à certaine caricature très connue, que les soldats ont reçu, la semaine dernière, un uniforme noir, avec veste, culotte et doublure jaunes; l'uniforme a sur une des manches
298 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [6 avril 179 J]
une tête de mort, et sur l'autre une sorte de marque avec cette devise : Vaincre ou mourir.
Mais laissons M. de Noailles et son bavardage ; écoutons M. Biauzat, parlant sur la mort de Mirabeau :
Air : Charmante Gabrielle.
Pour prévenir l'envie Qui parie toujours mal, Insérons, je vous prie, Dans le procès-verbal, Que, sans la maladie
Dont il est mort, Il pourrait de la vie
Jouir encor.
Avec ce moyen sage, Et pour nous et pour lui, On saura d'âge en âge.
Aussi bien qu'aujourd'hui, Que, sans la maladie
Dont il est mort, Il pourrait de la vie
Jouir cncor.
M. de Laclos, qui aime beaucoup mieux faire enrager les vivants que de prévenir la postérité sur ce qu'elle doit penser des morts , coupe la parole à M. Biauzat et recommence ses éternelles doléances sur le choix des ambassadeurs.
Un autre membre renouvelle les imprécations obligeantes contre M. de Montmorin, et il est secondé par une députation du Club des Gordeliers, dont le même ministre est encore l'objet.
Le virulent Saint-Huruge se laisse aller à toute l'impétuosité de son caractère et de son patriotisme prétendu. Il extravague d'abord d'une manière contrainte; puis, d'une voix égale au roulement du tonnerre, il s'écrie :
Am : Nous nous marierons dimanche.
Puisque Montmorin
N'est pas Jacobin, Il est clair qu'il faut le pendre;
Quand il le serait, Puisqu'il nous déplaît,
Il faudrait encor le pendre.
Qui doute qu"il ne faille enfin
Le pendre?
Je saurai de ma propre main
Le pendre :
C'est un parti pris,
Calmez vos esprits,
Je pars et je vais le pendre.
On applaudit à qui mieux mieux à la fureur civique de M. Saint- Huruge, mais on l'arrêta, sans doute parce qu'on imagina qu'il fallait prolonger davantage le supplice d'un ministre honnête homme. Quoi qu'il en soit, nous demandons pardon à nos lecteurs de leur présenter si souvent une idée aussi dégoiitante que celle qui fait le fond du couplet de M. Saint-Huruge : c'est hien moins notre faute que celle des infâmes personnages que nous sommes obligés de mettre en scène.