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ARTICLE DU PATRIOTE FRANÇAIS DU 7 AVRIL

[A cette date, le Patriote français insère la lettre suivante sur la liberté de la presse :]

On lit dans ÏAmi des patriotes, n° xxix, page 82, en note : On a soutenu un jour à la Société des Jacobins que la calomnie est une vertu dans un pays libre. Ceux qui ont prêché cette étrange morale Vont prise pour règle toute leur vieK L'auteur trop prolixe de ce journal se trompe. II s'agissait de la liberté de la pensée, sur laquelle les colonnes de notre liberté, sans même en excepter le grand Mirabeau, fléchissaient honteusement. Le patriote Loustallot, absorbé d'indignation, monta à la tribune, et, voulant répondre à ceux qui objectaient le malheur de la calomnie, se perdit dans des distinctions et se calomnia lui-même en voulant dire, ce qu'il ne dit pas : c'est qu'il y avait de la vertu à courir le risque d'être calomniateur envers des hommes en place, plutôt que de passer sous silence un fait

i. Cette note fait partie d'un long article (probablement de Duquesnoy), intitulé : Quelques idées sur une théorie de l'opposition.

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dangereux pour la liberté ou pour la chose publique. Voilà ce qui, mal exprimé, fut pris pour l'apologie de la calomnie; et je distinguai très bien, entre ceux qui témoignèrent vivement leur scandale, deux classes d'hommes très opposés de caractère : les hommes honnêtes et sensibles, et ceux qui n'impriment pas eux-mêmes les calomnies, mais les répandent avec assez d'adresse pour en paraître innocents.

Veillons, Monsieur, pour que la liberté de la presse ne nous soit pas enlevée ; elle va courir de grands dangers, dans ce moment où tant d'intrigants et d'ambitieux ont et auront plus que jamais à craindre qu'elle ne dévoile leurs turpitudes.

Tout est perdu, régénération, lois utiles, progrès vers la bonne administration, si Ton touche à la liberté de la presse, et si l'on ne la déclare pas inviolable.

Je trouve dans ce numéro de VAmi des patriotes une autre erreur : l'auteur fait un long article sur l'opposition qui existe dans le parlement d'Angleterre, et dit que les deux partis qui le divisent n'ont pour but que de défendre le peuple de l'empiétement des divers pouvoirs. — Le but de ces deux partis est d'occuper le ministère et les places lucratives; ils jouent tous deux le peuple, et savent fort bien se réunir, quand il leur convient, pour l'écraser. — L'opposition n'est, en Angleterre, que le parti aristocratique dans la disgrâce, et qui cherche à ameuter le peuple contre le parti heureux.

Un Jacobin abonné.

d'après le « JOURNAL DE LA RÉVOLUTION » DU 10 AVRIL 1791

Un des secrétaires a fait lecture d'une longue série d'adresses. M. Ménard, citoyen de Paris, dénonce la barbarie avec laquelle on arrête pour dettes depuis quelque tem})s. On accable de coups et de mauvais traitements les débiteurs, avant de les traîner en prison. Ce ne sont pas des commerçants connus et honnêtes qui exercent ces vexations, mais de vils agioteurs, des faiseurs d'affaires, qui s'enrichissent aux dépens des autres. Il propose que les personnes non patentées ne puissent en poursuivre d'autres en vertu de lettres de

change (le remède deviendrait pis que le mal); il propose en outre la suppression de la Sorbonne, et tous les patriotes la désirent.

Plusieurs réclamations contre les officiers des troupes de ligne, qui veulent absolument interdire aux soldats les Sociétés patriotiques et les entretenir tellement dans la rouille de l'ignorance qu'ils puissent toujours commander à des automates.

M. Alexandre Lameth. J'observe que de pareilles plaintes ont été portées aux Comités de l'Assemblée nationale de la part d'un très grand nombre de régiments. On a d'abord examiné s'il ne conviendrait pas de rendre un décret à cet égard; mais nous avons pensé que tout ce qui n'était pas défendu par la loi était permis : or, aucune des lois militaires ne défend aux soldats d'assister aux séances patriotiques; il est donc inutile et superflu de rendre une loi qui leur permette ce qu'on ne peut leur refuser.

Sur l'observation d'un grenadier que les commandants de place (celui de Charlemont) s'y opposent formellement, M. Lameth observe encore que le ministre de la guerre sera prié d'écrire à tous les commandants de forts et autres pour que les soldats ne soient nullement inquiétés. M. Menou annonce que M. Duportail lui a promis qu'il allait écrire sur-le-champ.

Un garde national lit l'arrêté de la section de Grenelle par lequel, après avoir démontré combien est inconstitutionnel, despotique et vexatoire, le Comité de surveillance établi à l'Hôtel de ville, cette section demande qu'il soit dissous, le corps municipal qui y a donné lieu rappelé à l'observation des décrets et de ses devoirs, défense de récidiver, et les coupables jugés selon la rigueur des lois. On ajoute que plusieurs autres sections ont pris le même arrêté, et que le Comité n'en continue pas moins ses scandaleuses fonctions. La section des Champs-É]3-sées va dénoncer, outre la municipalité, deux de ses membres, les sieurs Renaud et Viguier de Curny, qui se sont permis d'insulter à la majesté du peuple en disant que les sections étaient remplies d'aboyeurs. Un membre demande que l'on purge absolument les états-majors des troupes de ligne des ofTiciers antipatriotes, indignes de commander des hommes libres.

M. Sillery fait un long et pompeux rapport sur l'organisation du corps de la marine, rapport bien insidieux, bien anticonstitutionnel.

M. Ricard propose la question préalable sur le projet de décret, la suppression du Comité actuel de la marine, la nomination de cinq membres pour présenter dans quinzaine un projet de loi générale. {Applaudi.)

M. Kersaint. J'ai combattu deux fois le plan du Comité, j'ai de-

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mandé qu'il fût jeté au feu, et qu'il lui en fût substitué un autre. Je n'ai pas été rappelé depuis au Comité. Il ne faut pas souffrir que, lorsqu'on délie les autres hommes, on enchaîne les hommes de mer. Lorsque M. Miraiseau demanda le licenciement de l'armée, je proposai de licencier la marine, aristocratique par excellence, inconstitutionnelle jusque dans la moelle des os, et d'appeler à cette régénération tous les hommes indistinctement qui ont servi dans cette carrière.

La Société arrête que M. Kersaint sera entendu dimanche prochain sur le rapport du Comité.

La Société des amis de la constitution de Passy invite ses frères de Paris à assister au service de Mirabeau qu'elle se propose de faire célébrer dimanche.

La Société encyclopédique fait hommage d'un tableau relatif à la perte de ce grand homme et à la Révolution. Elle propose d'ouvrir à cet effet une souscription.

[Même séance, d'après le Lendemain du 10 avril 1791 :]

Six heures, ouverture, GOO membres; à huit heures, 800; dix heures, 500; dix heures trois quarts, clôture, 150.

Lecture du procès-verbal. Parmi quelques adresses sans intérêt, il faut distinguer celle d'un sieur Ménard, citoyen de Paris, qui se plaint de la manière barbare dont, depuis quelque temps, on arrête pour dettes.

M. Ménard est peut-être partie intéressée, mais il n'eu faut pas moins convenir que c'est un fléau de plus ajouté à ceux qui nous désolent; et, dans un moment aussi difficile, il semble que l'indulgence est bien nécessaire. Mais ce n'est pas aux Jacobins qu'il faut s'adresser pour l'obtenir. Ils ne peuvent rien , et ils doivent commencer à s'en apercevoir.

Autre adresse des ouvriers des ateliers contre leurs chefs. Cela est dans l'ordre. Il y a guerre ouverte contre tous les supérieurs, dans toutes les classes.

Un membre dénonce le ministre de la guerre comme contre-révolutionnaire. La preuve est qu'il a défendu aux troupes d'assister aux séances des Amis de la constitution : c'est un crime irrémissible à des yeux jacobins. La fureur s'allume, et un J)i'uit sourd annonce le plus violent orage, quand le président du Comité militaire annonce qu'on a mal interprété la lettre du ministre, et que, pour faire cesser de pareilles plaintes, il instruit la Société que le ministre et le Comité se

sont réunis pour instruire la troupe qu'elle peut assister à toute assemblée légale.

On applaudit, et le calme renaît. Est-ce que la Société regarderait de bonne foi ses assemblées comme légales?

Députation de la section de la Fontaine de Grenelle. (Les sections ne rougiront-elles donc jamais de se prostituer à envoyer des députations à des clubs et de faire des arrêtés séditieux? Mais on sait quels sont ceux qui coopèrent à ces actes.) La Fontaine de Grenelle donc envoie un arrêté qu'elle a pris contre le Comité de surveillance, et dont elle a ordonné l'impression et la distribution.

Semblables arrêtés de la part des sections du Palais-Royal, du Luxembourg et des Champs-Elysées. Que de bruit pour rien! Que d'efforts pour empêcher l'examen et la punition d'un délit! Et puis extasiez-vous sur la beauté de nos lois! A quoi donc nous serventelles, si vous les laissez outrager avec tant d'audace? Autant vaudrait n'en point avoir.

Un membre a fait la motion de changer tous les officiers de troupes de ligne reconnus antipatriotes.

Cet objet de spéculation n'a pas frappé la Société. La motion est tombée. Il s'y trouvait ai)paremment peu de militaires.

Le sieur Ilyon, un des commissaires nommés pour examiner la dénonciation faite par les jeunes élèves des Amis de la constitution contre les jeunes Amis de la liberté, a commencé le rapport de cette affaire. lia d'abord ennuyé, il a fini par impatienter; et, malgré les efforts de M. Laclos, qui accusait les jeunes Amis de la liberté d'admettre parmi eux les membres du Club monarchique, on a clos la bouche au rapporteur par un ajournement indéfini, non sans beaucoup de bruit cependant.

Arrive une députation du Club des Cordeliers, ayant à sa tête le fameux Rutledge. Il annonçait, dans son rire et ses mouvements, une grande et belle dénonciation. Mais apparemment la Société avait, ce jour-là, une indigestion. Elle a refusé de recevoir cette manne, dont elle est ordinairement insatiable. Cent voix criaient à l'ordre du jour. On entendait dans tous les coins de la salle : « Ces gens-là viennent tous les jours nous empoisonner de leurs arrêtés incendiaires et de leurs dénonciations factieuses; il faut les chasser. » Les chefs s'agitent inutilement pour faire entendre leurs protégés; l'assemblée, consultée, impose silence au pauvre Rutledge, qui se retire fort indigné d'une réception aussi incivile.

L'ordre du jour était le rapport du Comité de marine sur l'organisation de la marine française.

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Comment! un Comité de l'Assemblée nationale vient soumettre son travail à une assemblée de Jacobins! Oui. Quelle bassesse! quel renversement de principes! Qu'y faire?

M. de Sillery lit le rapport et le projet de décret. Il est conforme aux vrais principes de la monarchie : il attribue au roi la nomination du plus grand nombre des officiers.

On ne doute pas combien cela a déplu au sénat jacobite. Ce projet a été vivement combattu par MM. Ricard, Prieur et Kersaint, qui nous lira dimanche un beau travail de sa façon sur la marine.

Au reste, tout cela est peu inquiétant : ces messieurs ne sont plus en possession de régenter l'Assemblée nationale.

Un club, dont le nom nous a échappé, est venu demander une députation pour assister au service qu'il fera célébrer demain dans l'église de Passy, pour M. Mirabeau. — Charles Lameth ne sera pas de la députation.

Députation de la Société de l'Encyclopédie, qui présente un plan de catafalque , au Champ de Mars , pour y célébrer un service pour le législateur défunt, et propose une souscription pour accomplir ce projet.

La Société applaudit beaucoup au plan, mais elle fait la sourde oreille sur la souscription, et tout finit par là.

LXXXYIII

d'après « LE LENDEMAIN » DU 12 AVRIL 1791

Ouverte à six heures, par 500 membres; à neuf heures, le nombre était de 7oO; à dix heures, il n'en restait que 300, et à dix heures et demie, lors de la clôture, 150.

Après la lecture du procès-verbal et quelques adresses, on a lu une lettre de Cassel qui annonce que, dans cette ville, un club monarchique a fait les plus grands ravages.

Qu"a-t-il donc fait, ce club? A-t-il incendié la ville? A-t-il égorgé les citoyens? Non; il a généralement détruit l'opinion des Amis de la constitution. Et voilà un grand ravage dans l'esprit des Jacobins. Les honnêtes gens s'en consolent, pourvu que le Club monarchique n'abuse pas de sa victoire, et s'en tienne strictement à la monarchie constitutionnelle.

[10 AVRIL 1791] SÉANCE DU 10 AVRIL 1791 30b

Le président annonce que les honneurs du fauteuil, à l'Assemblée nationale, ont été décernés à M. Chabroud.

Ensuite, et encore sur l'invitation du président, on prie M. de Kersaint, qui devait pérorer sur l'organisation de la marine, de céder la tribune à M. Robespierre, qui a les choses de la plus grande importance à dire à la Société. Robespierre, dans un discours bien long, bien lourd, bien ennuyeux, prétend que tout est perdu si le projet du Comité de constitution, qui attribue au ministre le pouvoir d'interpréter les lois, devient un décret, et il conjure tous les députés jacobites de se coaliser pour empêcher ce grand malheur.

Cette prière a été renouvelée par M. Goupil, par M. Lapoule, qui a proposé de changer le Comité de constitution, lequel est aussi par trop indocile , et par plusieurs autres membres du sénat préparateur des lois.

Députation de la Société fraternelle , qui fait hommage d'un secret pour écrire, même par le ministère d'un secrétaire, sans que personne puisse comprendre ce qui sera écrit, pas môme le secrétaire à qui on aurait dicté, sauf celui avec qui serait liée la correspondance.

Ce secret est d'un grand intérêt pour des Jacobins, qui ont des correspondances de plus d'un genre, et l'on nomme des commissaires pour l'examiner.

Députation de la section de la Fontaine de Grenelle, qui invite la Société à un service pour Mirabeau. On y assistera par députation.

Et point de dénonciation! Oh! pour le coup, la Société est malade.

[Même séance, parodie, d'après les Sabbats jacobites, I, 247 :]

Des lettres de Cassel annoncent les crimes d'un club monarchique qui s'est formé dans cette ville. Un membre, pour donner plus de poids à cette nouvelle, fît un très beau discours qui commençait par l'énumération suivante' :

Air : Monsieur le prévôt des marchands.

Amis du roi, qu'avez-vous fail?

Allons, expliquez-vous tout net.

Sans doute, vous êtes coupables De quelques lorl'ails ténébreux,

1. Ce jacobin savait que c'est un très grand moj-en que de peindre toutes les belles actions qu'on aurait pu faire, pour Jes opposer au crime dont on s"est rendu coupable. [Note de l'orirjinat.)

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