PAMPHLET LE DIABLE AUX JACOBINS
(S. 1. n. d., in-8 de 7 pages.)
10 avril 1791.
Dans cette séance stérile, il n'y eut pas une seule dénonciation; aussi la Société se sépara-t-elle bien tristement, et comme à regret. Certain auteur, qui aime les Jacobins presque autant que nous, en parlant de cette décontenance, rappelle ce mot plaisant d'un filou : Quand je sors d'une maison sans rien prendre^ il me semble toujours avoir oublié quelque chose.
Vous savez, mes amis, que le diable se fourre partout, qu'il a une influence prodigieuse dans toutes les affaires de ce bas monde, qu'il
i. Voyez le n" XIll. [Xote de l'oi-ùjinal.)
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préside au lit, à la table, au conseil ; et, pour prouver runiversalité de ses talents, il a présidé dernièrement aux Jacobins. Cela ne serait pas croyable, si cela n'était pas attesté par la majeure partie des journalistes patriotes, qui, comme on sait, sont infaillibles dans leurs rapports. Il y a été découvert malgré son déguisement, et voici le récit exact des circonstances qui ont accompagné son entrée et qui ont été cause de sa fuite.
On assure, d'après des mémoires fidèles, que M. Voidel, infatigable dans ses recherches, a découvert, et qu'il doit livrer incessamment au public, pour son édification et pour la plus grande gloire des Jacobins, qu'il est le véritable fondateur de la Société; que c'est lui qui a dressé le plan de la journée du 5 au G octobre, et qu'il ne s'est pas fait une petite émeute dans Paris et ailleurs qu'il n'en ait dirigé les agents: car il est bon de savoir que le diable est un des plus déterminés patriotes de France, que les séditions sont son chef-d'œuvre, et qu'il les prépare de longue main pour narguer les amis de la paix. // a de Vespi^it comme loi diable est, comme tout le monde sait, un des éloges les plus flatteurs qu'un académicien même puisse recevoir, et peu d'entre eux se sont mis dans le cas de lui être comparés depuis la Révolution. Cet honneur était réservé aux derniers venus. L'abbé Fauchet en a eu sa part, Gorsas la sienne, et il n'est pas jusqu'à Carra, Garât, Marat, qui, inspirés par lui, n'aient joui de la suprême gloire de s'entendre dire qu'ils avaient le diable au corps.
La multitude de formes qu'il a la faculté de prendre, l'avantage non moins important dont il jouit de se multiplier et de se transporter à la minute en cent lieux différents, lui ont donné la facilité d'étendre son empire avec une rapidité comparable aux ravages d'un incendie. C'est lui qui s'est chargé de la propagation de la doctrine jacobitique; c'est lui qui a endoctriné les membres des clubicules affiliés au grand club; c'est lui qui a choisi M. Yoidel, comme cela sera prouvé par des mémoires authentiques; c'est lui qui a fait singer à des automates le zèle des orateurs les plus distingués; c'est par son inspiration et son influence toute-puissante que les Jacobins se sont perfectionnés dans l'art des dénonciations; c'est lui qui a déjoué toutes les machinations des aristocrates, qui dormaient paisiblement ; c'est lui qui a taillé l'immortelle })lumc de l'auteur de l'article Tyrannicides^; c'est lui qui a jeté à point nommé tous les nobles, pendeurs, pendards, patriotes, qui descendent la fatale lanterne; c'est lui qui fournit l'encre de Martel, de Gorsas, d'Audouin, de Carra, de Marat; c'est lui qui a fait ré-