AVRIL 1791] LE DIADLE AUX JACOBINS
server une petite planche secrète pour imprimer des assignats de 2,000 livres au profit de Barnave, de d'Aiguillon, de l'évèque d"Autun, de l'ex-duc d'Orléans, des deux Lameth, etc. ; c'est lui qui, en dernier lieu, a donné la facilité à l'Alexandre des Jacobins de rembourser la nation des 60,000 livres que sa mère avait reçues pour en faire un grand homme; c'est lui qui s'est chargé de faire emboucher à la Renommée ses cent mille trompettes pour célébrer sa gloire dans les quatre-vingt-trois déparlements, quoique ce sacrifice ne lui ait coûté que de prendre au dépôt sa part de chiffons domaniaux créés au profit de ceux qui ont joué la constitution à pair ou non sur cette denrée, qui nous laisse sans le sou; c'est lui qui vient de faire pendre le commandant de la garde nationale de Douai; enfin c'est lui qui a fait ou fait faire, par ses agents et suppôts, toutes les belles et grandes choses pour lesquelles des milliers d'historiens tiennent une plume entre trois doigts, pour en livrer la relation tous les matins pour la modique somme de deux sous.
Une chose cependant afflige les vrais patriotes : c'est sa disparition subite, dans un moment où il était devenu plus nécessaire que jamais; cette disparition a fait baisser de moitié les effets publics des Jacobins, et voici à quelle occasion. Le jour de la nomination de M. l'évèque de Lydda à Févèché de la métropole, il était monté à la tribune sous l'enveloppe d'un personnage inconnu à l'Assemblée, dans la vue de produire une sensation plus vive ; il avait préparé un discours patriotique sur les nouvelles élections; l'auditoire était très nombreux, et préparé à faire des merveilles, lorsque M. l'évèque de Lydda arrive dans l'Assemblée. A peine le diable l'eut-il vu passer le seuil de la porte qu'il entra dans des convulsions épouvantables ; sa bouche répandait des flots d'écume; ses narines exhalaient une insupportable odeur de soufre; ses yeux, brillant comme deux grenades enflammées, ressemblaient, par intervalle, à deux orifices de volcans au moment où ils lancent la lave ; son habit est consumé par le feu intérieur qui se fait jour à travers ses pores; des ongles crochus se font voir aux extrémités de ses doigts; et une queue d'une énorme longueur, qui ornait le bas de la colonne vertébrale, s'agitait comme la discipline d'un capucin quand on psamoldie le Miserere^ et frappait autour de la tribune d'une manière effrayante pour ceux qui en étaient voisins. Les plus intrépides, les plus incrédules, frissonnent; on crie : C'est le diable! c'est le diable! c'est le diable! A mesure que le nouvel évéque approchait, les bonds de l'orateur redoublaient, on était loin d'en deviner la cause. M. le président, calme au milieu du désordre général, agite en vain sa sonnette pour ramener tout le monde à
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l'ordre; la sonnette n'était pas entendue. Alors M. Alexandre Lameth prit la parole, et dit : « Messieurs, l'orateur est connu particulièrement de plusieurs d'entre nous, et nous en répondons sur notre patriotisme. » M. Barnave se leva à son tour, et jura, au nom de la sainte constitution, qu'aucun citoyen français n'avait plus d'ardeur que l'orateur, alors muet pour la chose publique, qu'il en avait reçu des inspirations sublimes, et que c'est à lui qu'il devait l'auréole qui ceignait son front civique. Quoique un peu rassurés par les deux oracles, les assistants n'en éprouvaient pas moins le frisson, et il ne se trouvait qu'un petit nombre d'aréopagistes qui fût en commerce direct avec le diable. Ses bonds, ses grincements de dents, le mouvement de sa queue, l'odeur insupportable qu'il répandait dans l'atmosphère de l'assemblée, tenait tout le monde à la gène, parce qu'il n'est pas donné à tout le monde d'avoir une foi robuste, un patriotisme à toute épreuve. Un assez grand nombre faisaient, mais en se cachant, des signes de croix qui^ loin de suspendre les tourments de l'orateur, le faisaient grimacer d'une manière hideuse, et il est probable qu'il se serait échappé plus tôt, si M. Alexandre Lameth ne l'avait conj uré de reprendre ses sens, et de prononcer le beau discours qu'il avait préparé pour célébrer l'intronisation de M. de Lydda. Personne, malheureusement, ne savait la cause secrète de l'impuissance où se trouvait le diable d'électriser, à sa manière accoutumée, ses illustres confrères, et personne n'osait ouvrir un avis qui calmât l'Assemblée; le seul M.Yoidel, en tendant la main comme pour demander l'attention, s'écria d'une voix plus qu'humaine : « Je crois. Messieurs, avoir deviné la cause de l'état affligeant où se trouve un des plus illustres membres de notre sainte Société. M. d'Épréménil, ou quelque autre aristocrate initié aux mystères de la cabale, aura jeté vraisemblablement un sort sur monsieur l'orateur; qu'on me donne un exemplaire du rapport de M. Ghabroud, pour le placer sur la tribune; c'est, je crois, le seul moyen de rompre le charme. » Le rapport fut apporté, et les bonds et les convulsions continuèrent. « Oh! pour le coup, reprit M.Yoidel, ceci me passe; encore une épreuve, et je renonce à toute autre pour découvrir la vérité. Quelque faux frère a pu s'introduire ici, quelque ennemi des Jacobins; c'est certainement le chef des monarchistes, ou quelque membre de leur directoire. Je vais vous passer en revue, avec votre permission. » La revue faite, les choses étaient dans le même état; M. Voidel fronça le sourcil, et dit affirmativement qu'il fallait que les monarchistes fussent la cause de cette interruption dans l'important travail des Amis de la constitution et qu'il était instant de les dénoncer de nouveau à l'opinion publique, pour leur faire cou-