‹ La société des Jacobins; recueil de documentsChapitre 15 sur 243 · EXTRAIT DU PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 24 JANVIER · texte numérisé non relu

EXTRAIT DU PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 24 JANVIER

Après des débats également utiles et précieux pour la tranquillité publique, sur la motion d'un honorable membre que tous les Amis de la constitution fissent le serment de défendre, de leur fortune et de leur sang, tout citoyen qui aurait le courage de se dévouer à la dénonciation des traîtres à la patrie et des conspirateurs contre la liberté, à l'instant la Société entière a prêté ce nouveau serment et a arrêté unanimement qu'il en fût fait mention dans son procès-verbal.

Victor Broglie, président.

ViLLARS, Alexandre Beauharnais, Voidel, G. BoNNECARRÈRE, secrétaires.

[Sur les faits dont il s'agit dans celte adresse, il faut lire le numéro 62 des Révolulions de France et de Drabant. — ils furent nettement exposés dans ce passage du rapport lu à l'Assemblée législative, le H mai 1792 au soir, par Élie Lacoste, au nom du Comité des secours publics (Mon., XII, 367) :

« La tranquillité publique, dit-il, fut très violemment troublée à La Chapellelès-Saint-Denis, le 24 janvier 1791, par un certain nombre de chasseurs soldés, conduits dans le village par deux commis des barrières qui, sous le frivole prétexte de faire une perquisition de tabac de contrebande, entrent chez M. Vinclair, le renversent par terre, et répondent aux reproches qu'il leur fait

fait aux Jacobins, ont été à l'instant, pour prix de ce trait de civisme, admis unanimement parmi les membres de ce club. Et M. Bailly qui s'est fait aussi recevoir! 11 a envoyé prendre sa carte et il doit venir à la prochaine séance. Le grand général doit, dit-on, y reparaître aussi. Tant pis; et d'ailleurs il ne le mérite pas. »

1. Cette adresse fut reproduite par la Chronique de Paris du 27 janvier 1791.

30 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [2i j.vnv. 1791]

d'une violation d'asile que leurs ordres sont dans le fourreau de leurs sabres.

« Le même reproche d'infraction aux lois ayant été fait à ces deux commis par le procureur de la Commune, ce magistral du peuple eut pour toute réponse, en terme le plus brutal, qu'ils se f.... du maire et des officiers municipaux.

« Aussitôt les chasseurs soldés sortent de la maison de M. Vinclair, font une décharge sur le peuple. Alors le tocsin sonne, l'on bat la générale, les citoyens prennent les armes pour la défense commune, et la municipalité, à l'instant rassemblée, requiert le secours des bataillons de Paris.

« Aussitôt deux chasseurs soldés et La Chapelle, l'un des commis, furent conduits dans la maison d'arrêt, et le calme parut être rétabli.

« Peu de temps après, il arriva plusieurs détachements qui furent successivement reconnus, et reçus par Monsieur le maire et son cortège.

« Vers les neuf heures du malin, l'on vit arriver un gros délachement de chasseurs soldés, que l'on croyait venir donner des secours. Monsieur le maire en écharpe, ayant à ses côtés Julien et Auvry sous les armes, et accompagné d'un groupe considérable de citoyens, s'avance pour le reconnaître, et, au moment qu'on veut crier qui vive à ces chasseurs, ils couchèrent le maire et les citoyens en joue, et firent une décharge si violente que MM. Julien, sergent-major, et Auvry, volontaire de la garde nationale, tombèrent morts aux pieds du maire.

« Ces forcenés font ensuite pleuvoir sur le maire et les citoyens une grêle de balles. Le chef de la municipalité et M. Dupont, officier nmnicipal, n'évitèrent cette seconde décharge et ne se sauvèrent qu'en escaladant un mur par lequel ils furent se joindre aux autres officiers municipaux.

a Les chasseurs continuèrent à faire un feu de file dans les rues par lesquelles ils se retirèrent. Deux hommes furent tués pour lors, et plusieurs autres très dangereusement blessés.

« Tous ces faits sont consignés dans l'extrait certifié visé du procès-verbal de la municipalité de La Chapelle, qui ne paraît pas douter qu'il n'y eût un complot formé par les ennemis du bien public pour exciter un mouvement violent par lequel la sûreté générale fût compromise. »

Et Élie Lacoste fit voter par l'Assemblée des secours aux veuves de Julien et d'Auvry.

Quant à la séance des Jacobins du 2i janvier 1791, où fut votée l'adresse que nous venons de citer, elle tut racontée en ces termes par la Chronique de Paris du 20 janvier :J

La Société des amis de la constitution n'avait jamais été si brillante et si nombreuse qu'bier. Elle est restée assemblée fort tard. Quelle noble ardeur enflammait tous les dignes patriotes qui la composent ! Quel peut être l'espoir de l'aristocratie dans une ville qui renferme tant de généreux citoyens? Tous les membres se sont liés par un serment et ont promis de dénoncer sans ménagement tout ce qui leur paraîtrait contraire au bien public; et on y a arrêté d'écrire sur-le-cliamp aux Sociétés affiliées pour les rassurer sur le sort de la capitale, que ces nouvelles vont inquiéter. Que pouvons-nous craindre?

[24JANV. 1791] SÉANCE DC 2i JANVIER 1791 31

Nous avons des fusils, du cœur; nous voulons viv?'e libres ou mourir. Qui pourra nous résister?

Cet article est un peu difTérent de celui dans lequel nous tournons en ridicule les projets de MM. Lally, Mounier et compagnie; mais ces événements sont d'une autre nature. On ne peut nous vaincre qu'en nous désunissant; et c'est ce que Ton tente.

La Société des amis de la constitution a arrêté de tenir ses séances tous les jours, jusqu'à ce que cet orage soit passé.

Les groupes sont nombreux au Palais-Royal; on murmure delà faiblesse de la municipalité dans ces circonstances.

[Même séance d'après VOrateur du peuple, t. IV, p. 299.]

La crise où nous sommes est tellement effrajante que le Club des Jacobins, convaincu enfin de la réalité du danger, tient séance tous les jours jusqu'à ce que les sj^mptômes de la guerre civile qui nous menace se soient évanouis. Tous les membres, sur la proposition de M. Malherbe, député de la Société des amis de la constitution de Marseille, se sont levés par un saint enthousiasme, et ont juré de prendre sous leur sauvegarde spéciale les citoyens qui dénonceront à la tribune tous les complots dont ils auront connaissance, ainsi que les noms des conspirateurs, complices, fauteurs et adhérents. Cet exemple devrait être imité par toutes les sections de Paris.

PAMPHLET SOMIVIATION FAITE DEVANT LE TRIBUNAL DE L'OPINION PUBLiaUE

A MM. VICTOR BROGLIE, BONiNECARRÈRE,

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