I. C'est une réponse aux documents qui précèdent
32 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [2i janv. 1701]
Mais, non contente d'être placée dans ce grand jour, elle se plaît à en multiplier les reflets, et Jamais ils ne sont suffisamment prolongés, suffisamment propagés au gré de ses désirs. La pureté de ses intentions ne lui semble jamais assez connue, et elle aime à la mettre dans la plus grande évidence.
Bien pénétrée des généreux sentiments qui accompagnent toujours une conduite irréprochable, la Société des amis de la constitution monarchique, après avoir jeté sur elle-même le regard le plus sévère, est obligée d'en lancer un terrible sur ses indignes calomniateurs.
Qu'ils ne soient donc point étonnés de la suite qu'elle veut mettre et qu'elle mettra à cette odieuse affaire. Sa fermeté sera inébranlable, et elle réunira tous ses efforts pour parvenir à la justification qu'elle exige et à la réparation qu'on lui doit.
Examinons de plus prés en ce lieu la contexture bizarre de cette affreuse lettre, signée Broglie, Yillars, Bonnecarrère, Beauharnais, Voidel, noms auxquels nous voudrions voir tenir une autre place dans l'histoire.
« Quelques chassews, préposés à la garde des barrières ', ont, dans une dispute assez vive, tué ou blessé dix ou douze personnes, sous prétexte d'empêcher la contrebande. On en a arrêté plusieurs, et déjà ils ont déclaré qu'on les avait payés pour commettre le ci'ime dont ils se sont rendus coupables. Mais nous ne devons pas vous dissimuler que nous sommes aussi menacés des troubles que cherche à exciter une Société connue sous le nom des Amis de la constitution monarchique. »
Nous avons d'abord commencé pur donner aux signataires de cet affreux écrit le démenti le plus formel ; nous les avons défiés ensuite d'en fournir une seule preuve, ni même un seul indice.
Maintenant nous les sommons, nous leur faisons signifier la sommation \?i^\Vi'f> expresse de s'expliquer littéralement et sans ambiguïté sur Tétrange rapprochement de ces deux parties de leur discours :
« On a arrêté plusieurs chasseurs, et déjà ils ont déclaré qu'on les avait payés pour commettre le crime dont ils se sont rendus coupables. Mais nous ne devons pas vous dissimuler que nous sommes aussi menacés des troubles que cherche à exciter une Société connue sous le nom des Amis de la constitution monarchique. »
1. Teneur littérale de la lettre calomnieuse de ces messieurs. CSote de l'original.)
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Cette Société, qui, selon nous, serait infiniment couftable si elle cherchait à exciter les troubles dont vous êtes, dites-vous, menacés, a-t-elle eu aussi la scélératesse de i^ayer les chasseurs pour commettre le crime dont ils se sont rendus coupables ?
Parlez, imprudents dénonciateurs, parlez et ne balbutiez pas; rassemblez bien toutes vos forces pour accuser et tous vos talents pour prouver votre accusation.
Remettez ensuite bien exactement sous vos yeux tous les articles de cet inconcevable rapprochement. Les voici :
Troubles dont vous êtes menacés ;
Troubles que les Amis de la constitution monarchique excitent;
Troubles que cette Société cherche à exciter;
Chasseurs arrêtés;
Déclaration que déjà ils ont faite;
Déclaration qu'on les a payés;
Payement pour le crime ;
Payement pour commettre le crime;
Crime dont ils se sont rendus coupables.
Tout cela nous appartient-il, téméraires accusateurs? Et si tout ne nous appartient pas, même selon vos perfides suppositions, quelle est la partie que vous déclarerez nous appartenir? Quels seront ensuite ceux que vous rendrez responsables du reste des forfaits que vous aurez reconnu ne pouvoir pas nous attribuer ? Que vos preuves soient prêtes ; nous les exigeons, nous les attendons; elles sont devenues pour nous une indispensable nécessité.
Vous prouverez sans doute aussi, et vous commencerez nécessairement par là, vous prouverez que le corps de délit existe; que le crime a été commis ; que le payement pour le commettre a été fait aux chasseurs ; que les chasseurs ont reçu ce payement; qu'ils se sont rendus coupables de ce crime, après s'en être fait payer, et que déjà ils ont déclaré quon les avait payés.
Jusqu'à ce que vous ayez fait toutes ces opérations, tous ces forfaits nous appartiennent. A^ous n'avez point indiqué d'autres coupables que nous : c'est donc nous que la loi doit punir de ces crimes, ou venger de ces outrages. Le bizarre rapprochement que vous avez fait, ce rapprochement si étrange nous désigne expressément. Nous vous faisons donc la sommation la plus formelle de vous expliquer sans délai et sans détour, sinon votre silence imphquera l'aveu positif de vous reconnaître. pour inventeurs, délateurs et fauteurs de plusieurs exécrables impostures, lesquelles impostures avaient pour but très réel de votre part d'exciter des troubles sanglants et funestes, dont Tome II. 3
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apparemment vous avez besoin, et d'exercer des vengeances odieuses contre ceux qui commettent le crime, impardonnable à vos yeux, de s'opposer à vos complots, au lieu de les partager.
De plus encore : tant que vous n'aurez pas désabusé, par un désaveu formel et par une réparation authentique, cette multitude d'hommes trompés que, jusqu'à ce jour, vous avez été en possession de diriger et d'endoctriner à votre gré, vous demeurerez seuls responsables de tous les maux qui pourraient arriver par l'effet naturel des insidieuses et criminelles impressions que vous leur avez données.
Mais analysons encore quelques passages de cette lettre impardonnable.
« On pourrait vous dire (dites-vous ailleurs, en adressant la parole k\os frères el mnis), on pourrait vous dire que la chose publique est en danger, ne le croyez pas. »
Cependant vous écrivez plus bas :
« Tous nos braves collègues, dans un mouvement de patriotisme aussi prompt que celui cVune insurrection inopinée, ont fait le serment solennel de surveiller les ennemis de la chose publique, de les dénoncer à tous les bons patriotes et de se rallier tous dans un moment de ca~ lamité. »
C'était donc un moment de calamité, de calamité assez grande, pour vous presser de faire un serment solennel de surveiller les ennemis de la chose publique, de les dénoncer à tous les bons patriotes, et de se rallier tous dans un moment de calamité!
Comment accorder cette rigide surveillance, ce serment solennel, ce ralliement des bons patriotes, cette dangereuse calamité, avec ce calme heureux qui vous fait dire quelques lignes plus bas :
« On pourrait vous dire que la chose publique est en danger; ne le croyez pas ! »
Parviendrez-vous à concilier el à expliquer tant d'absurdités ?
Mais vous qui, dans vos intrigues scélérates et dans vos étranges fureurs, recouvertes du manteau de la sérénité, osez écrire et publier dans toute la France que la chose publique n'est point en danger, le crovez-vous? Le pensez-vous ? Pouvez-vous le penser un instant? Le nom de chose publique n'est-il point profané lorsqu'il sort de
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votre bouche? Qu'est-ellc, d'un pùle à Fautre, cette chose publique? Que peut-elle être, sinon l'ordre, la paix, la sûreté, la juste et utile liberté, la tranquille propriété, le bonheur de chaque membre de la société ? D'où se composent la propriété, la liberté, la sûreté, la paix, l'ordre et le bonheur de la société entière? Nous donnez- vous aucun lieu de croire que la véritable chose publique dont je parle soit efTectivement celle dont vous êtes occupés, celle qui émeut votre tendre sollicitude? Cet écrit calomnieux, cet écrit incendiaire, cet écrit [)rovocateur de carnage, cet écrit outrageant, au sujet duquel nous sommes obligés aujourd'hui à vous faire cette indispensable sommation, sera-t-il une preuve incontestable de votre amour pour la justice et la traniiuillité, par conséquent pour la chose publique? Ne nous laissez-vous pas apercevoir tous les jours, au contraire, que ce que vous appelez la chose publique n'est autre chose que la domination des Jacobins ?
Mais nous irons plus loin encore : nous voulons arracher le voile tout entier et mettre dans tout son jour cette sérénité que vous afTectcz. Travestissons un instant avec vous toute cette domination des Jacobins en chose publique, et osez dire que oussoyez calmes et tranquilles même sur cette étrange chose publique. Vous paraît-il qu'elle ne soit en effet dans aucun danger, et que vous puissiez répéter à vos correspondants avec confiance ces paroles conçues dans toute la pureté de vos cœurs et dans toute la tranquillité de vos esprits :
« Frères et amis, on pourrait vous dire que la chose publique est en danger ,' ne le croyez pas. Notre sollicitude n'est émue que par tout ce qui intéresse la patrie, etc., etc., etc. »
Malheur en tout temps aux factieux et aux imposteurs ! Mais malheur à eux surtout lorsque leur conduite commence à porter le caractère de cet égarement qui est l'attribut particulier du crime! Comme la démence est à l'esprit ce que la scélératesse est au cœur, il arrive un moment où ces deux extrémités se touchent et doivent se confondre. Ce moment serait-il déjà arrivé? Un tel bonheur passerait nos espérances, et l'avoir accéléré serait assez pour notre gloire.
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La séance de la Société des amis de la constitution n"a pas été moins imposante aujourd'hui. Un jeune grenadier y a annoncé que son amour pour la paix l'avait porté dès le matin dans le faubourg Saint-Antoine pour y attacher un placard dont le but était de détruire l'effet de l'écrit incendiaire qui avait été répandu hier, mais il a eu la douleur de voir arracher son placard par une patrouille qui, sans doute, ne l'avait pas lu.
La section des Tuileries a député à la Société pour lui faire connaître qu'elle adhérait au serment de soutenir les dénonciateurs des crimes d'Etat ^.
[Dans celle séance, Maillard fil une dénonciation contre Carie, comniandHnt du bataillon de la section Henri IV. — Voir plus bas, page Oi, la séance du ■4 février 1791, d'après le Moniteur.']
d'après « LE LENDEMAIN 5 » DU 29 JANVIER 1791
Il a été pro[)Osé hier au Club des Jacobins de former un Comité des recherches. Par amendement, un honorable membre a deuiandé qu'il