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Tome II

338 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [18 avril 1791]

projet du Comité, lorsqu'on a observé, et particulièrement M. Charles Lameth, qu'avant d'entrer dans la discussion partielle du projet il fallait examiner les principes généraux.

M. Choderlos de Laclos a défini la garde nationale « l'universalité des citoyens de l'empire, armés pour la défense de la liberté contre les attaques de l'intérieur, quelles qu'elles fussent, et organisés de manière à ce que chaque citoyen ne fût pas astreint à une obéissance servile envers ceux préposés pour commander ».

M. Desaudray, non membre de la Société, président du Club des Loyalistes, et qui a travaillé à la formation de l'état -major de la garde nationale de Paris, a fait demander la permission de lire un travail sur l'objet mis en délibération. « C'est, a-t-on dit, un monarchien », et le temps d'ailleurs ne permettait pas de l'entendre.

MM. Danton et Kersaint ont rendu compte de ce qui s'était passé dans l'après-midi à l'assemblée des administrateurs du département, à l'occasion des événements de la journée '.

(c L'assemblée, a dit M. Danton, a trouvé la conduite du peuple excusable, et je vois avec plaisir que les gardes nationales répondent aux vœux des bons citoyens. Telle est la destinée de cet empire que les tentatives de nos ennemis tournent toujours au profit de la liberté. Le département, comprenant les inquiétudes du peuple sur la conduite du roi vis-à-vis certains prêtres rél'ractaires, a arrêté : 1° de convoquer les sections pour avoir leur vœu; 2° d'écrire une lettre au roi en style d'hommes libres; 3° de faire une instruction aux citoyens, relativement aux motifs qui peuvent avoir donné lieu à ce qui s'est passé vis-à-vis du roi. » « Il faut apprendre au peuple, disait M. Kersaint, que le triomphe de la constitution ne dépend pas d'un homme; si le roi part et abandonne la constitution, il perdra plus que nous. — Oui, sans doute, a répliqué un membre; mais considérez le sang que pourrait faire répandre une scission entre le peuple et le roi, dans un temps où l'empire est encore la proie des convulsions de toute espèce. »

[Même séance, d'après le Lendemain du 19 avril 1791 :]

Ouverte à six heures avec 150 membres; à huit heures, le nombre était de aoO; il s'est réduit, vers neuf heures, à 450; à dix heures un quart, à i250; et, à onze heures, clôture avec 150.

1. Cp jour-Ui, 18 avril 1791, le roi cf la cour avaient voulu se rendre à Saint- Cloud pour y passer la semaine sainte, et le peuple s'était opposé à leur départ. Cf. Schmidt, Tableaux de lu Rcvolulion, t. 1, p. 17.

[18 AvniL 1701] SÉANCE DU 18 AVRIL 1791 339

Lecture du procès-verbal et d'adresses insignifiantes ou ridicules.

L'abbé de Cypierre lit une lettre écrite par un Français, actuellement à Londres, à un de ses amis à Paris. (Comment l'abbé de Cypierre a-t-il cette lettre? Est-ce au moyen d'un des petits secrets jacobites? Il aurait dû, ce me semble, au moins par complaisance pour les honnêtes gens, donner quelques lumières sur ce point.) Le Français de Londres approuve quelques décrets de l'Assemblée nationale et critique tous les autres. (Les Jacobins en font bien autant.) Il recommande à son ami de coaliser tous les bons Français pour placer le roi à la tète de la constitution.

« Ah I Messieurs, de l'y voir (sic) », a dit l'abbé. Nous disons : « Ah! oui. Monsieur l'abbé, vous avez bien raison; mais ce n'est pas dans le même sens. »

Le sieur Maindouze, et c'est un grand homme que M. Maindouze, a voulu lire son projet d'organisation de la garde nationale; mais Alexandre Lameth, impatient de se faire entendre, l'a interrompu pou,r lire le sien.

A celui-ci a succédé un bien plus grand homme encore, le sieur Laclos, qui a prétendu, en beaux termes, que la garde nationale n'était point faite pour obéir à la loi. « Par exemple, a-t-il dit, on publie la loi martiale, cette proclamation n'est pas de mon goût : si moi, garde national, je ne veux pas obéir, la loi ne doit pas m'y forcer. » Beau principe, et bien digne de Laclos ! Ainsi, Messieurs les faiseurs de lois, ayez soin de vous conformer à tous les goûts individuels, autrement vous faites de la bouillie pour les chats.

Que penser d'une Société où l'on entend, où l'on applaudit de pareils principes?

Un sieur Desaudray parait à la trilnine pour y proposer aussi son projet. On remarque que M. Desau(h'ay n'est pas jacobin en titre. Grand vacarme. En vain le sieur llyon demande des commissaires pour examiner le projet de M. Desaudray : on refuse de l'entendre et d'examiner son ouvrage.

M. Danton parait à la tribune pour rendre compte de ce qui s'est passé le matin aux Tuileries; il n'approuve pas la violence exercée contre le roi. M. de Kersaint parle dans le même sens. Tapage horrible. MM. Danton et de Kersaint sont trop heureux de s'esquiver, et les membres de l'auguste assemblée juraient encore dans la rue.

Et puis, dites que les Jacobins ne sont pour rien dans ces excès qui déshonorent les Parisiens!

340 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [20 avril 1791]

d'après le « JOURNAL DE LA RÉVOLUTION » DU 22 AVRIL 1791

Parmi les annonces, il n'en est presque point où l'on ne se plaigne de Tétat-major de l'armée de la ligne, et où l'on n'établisse la nécessité urgente et indispensable de le purifier. Quelques soldats du régiment de Béarn étaient à boire avec des soldats de Salis. Ils criaient : Vive le roi! et mettaient toujours la nation de côté. Ils dirent aux Suisses d'en faire autant. Ceux-ci répondirent que la nation, qui les payait, méritait bien de passer la première, et ils crièrent : Vivent la nation et le roi! Des propos outrageants sont lâchés contre ces braves militaires: on tire les sabres, mais quelques personnes prudentes les empêchent de se battre. Le commandant, nommé Héloin, les a tellement aristocratisés qu'ils se sont présentés plusieurs fois sans cocarde et ont insulté la garde nationale, à l'instigation et à l'exemple du scélérat Héloin. Mandé par la municipalité, il lui a été enjoint de consigner sa troupe, et il a refusé ; mais enfin l'énergie de la garde nationale les a forcés, lui et ses soldats, d'obéir. Le peuple, ajoutet-on, s'est expliqué lui-même si énergiquement vis-à-vis des révoltés qu'ils ne seront peut-être plus tentés de sortir des bornes de leur devoir.

Après l'afilliation accordée à plusieurs Sociétés, on est passé à la suite de la discussion sur l'organisation de la garde nationale. Un membre a proposé de la diviser en centuries et en décuries, à l'exemple des premiers Romains. Ce projet, qui renfermait de bonnes vues, était fondé sur des principes faux et sur des bases dangereuses. M. Barnave n'a pas eu de peine à le prouver, et, par un discours que les applaudissements ont plusieurs fois interrompu, il a établi qu'il faut considérer la garde nationale, ou bien hors la constitution, et alors ce sont des cas, comme le 14 juillet, où les lois sont renversées et où les citoyens ont besoin de toutes leurs forces pour reconquérir leurs droits; ou bien il faut la considérer dans la constitution, alors elle doit nécessairement être subordonnée aux lois et obéir, non pas exclusivement au pouvoir exécutif et aux corps administratifs, mais aux ordres qui ont pour objet l'exécution de ces mêmes lois; autrement plus d'unité dans notre gouvernement, plus de liberté.

La séance a été terminée par quelques députations des sections relatives aux événements du jour.

[Môme séance, d'après le Lendemain du 22 avril 1791 :]

Ouverte à six heures, et close à dix heures trois quarts, avec 200 membres ; de six à huit heures, le nombre des membres a été porté à 600, et, de huit à dix, il s'est réduit de 400.

Après la lecture du procès-verbal et de différentes adresses sans intérêt, on est passé immédiatement à l'organisation de la garde nationale. Un sieur Ribe a longtemps péroré sur cette matière, pour établir que la garde nationale et la troupe de ligne devaient avoir leur constitution toute différente, et il a présenté un projet de décret conforme à cet avis.

Après lui, M. Barnave, qui ne parle jamais le premier sur aucun objet, a donné ses idées, ou du moins celles qu'il s'est formées d'après ce qu'il a entendu, car c'est un enfant qui pense peu d'après luimême.

Quoi qu'il en soit, il ne veut point que les gardes nationales soient dans la main des départements, parce que le roi aurait trop de facilité à disposer des directoires. Il veut que, dans le cas où la garde nationale d'un district ne serait pas suffisante pour arrêter un désordre, le district ne puisse pas requérir les gardes nationales des autres districts, sans en avoir référé préalablement au département, qui luimême sera forcé de consulter le Corps législatif.

On voit qu'en suivant cette échelle, dans un cas où tout dépend de la célérité, un département entier peut être dévasté avant que les secours puissent arriver; et c'est ainsi que, dans tous les cas, la tranquillité, la sûreté, la vie même, des citoyens sont sacrifiées au dessein aussi dangereux que criminel de détruire la monarchie.

Le discours si sage du docteur Barnave a été interrompu un moment par le secrétaire Bonnecarrère, qui a requis M. Laclos et un autre membre de se rendre sur-le-champ au Comité de correspondance, où il y avait des affaires d'une grande importance. Il n'a point dit quelles étaient ces affaires si importantes, mais la présence de Laclos les rend bien suspectes.

Après M. Barnave, un grenadier de la caserne de l'Estrapade parut à la tribune, et dit : « Messieurs, j'ai l'honneur de vous remercier. — De quoi? lui demande le président. Je ne vous comprends pas. — De ce que, répondit le grenadier, je n'ai pas voulu obéir aux ordres

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qu'on m'a donnés, el que vous m'avez approuvé. » Le président, après avoir réfléchi un moment, a fait, en balbutiant et d'un air incertain, des remerciements et un compliment au grenadier. Personne n'en a su davantage.

Cette petite scène peut donner à penser.

Des députés des sections des Quatre-Nations, de la Bibliothèque, du Palais-Royal, des Invalides et du Louvre, sont venus faire part des arrêtés de leurs sections respectives.

Ils portent qu'il n'y a point lieu à délibérer sur la question proposée par le département, et que demain (jeudi) des commissaires s'assembleront aux drands-Augustins pour rédiger une adresse au roi pour le prier d'éloigner de sa personne les prêtres réfractaires.

Chépy, un des députés de la section du Louvre, a demandé qu'on fit connaître si les décrets relatifs à la régence, à la résidence et aux jurés étaient sanctionnés ou acceptés

On a levé la séance.

Et pas un mot sur les troubles actuels !

Nous nous trompons : Dubois de Crancé en a parlé pour approuver toutes les violences. 11 a prétendu que le décret qui flonnerait au roi la faculté de voyager jusqu'à 20 lieues du corps législatif n'était pas applicable au moment actuel, et qu'il ne pouvait recevoir son effet qu'après la législature actuelle.

Il n'est pas inutile de remarquer que c'est aussi l'explication que donnaient hier de ce décret les orateu?'s des groupes des Tuileries et du Palais-Royal, orateurs bien incapables, assurément, de trouver dans leur propre fond cette explication astucieuse.

d'après « LE LENDEMAIN » DU 24 AVRIL 1791

Lors de l'ouverture de la séance, à six heures, moins de 100 membres; vers dix heures, 250, réduits, sur les dix heures, à 115; et, lors de la clôture, à dix heures et demie, à 50.

1. Le Lendemain iiupriiuo par erreur : Séance du lundi \9 avril 1791. — La véritable date de cette séance nous est donnée par la pièce suivante (rapport de Constantini), qui est olïicielle, et aussi par la date de la supplique de Magenthies.

[22 .WKiL 1791] SÉANCE DU 22 AVRIL 1791 343

Lecture du procès-verbal et d'annonces et adresses souvent ridicules, toujours incendiaires.

Rapport fait par M. Constantini des moyens que lui et ses collègues, commissaires nommés à cet effet, ont trouvés pour arrêter l'agiotage des assignats '. Ils consistent à convertir un grand nombre des billets de 2,000 livres en assignats de oO et 25 livres. — Fort bien; faites des assignats d'un écu, votre papier de 3 livres ne vaudra jamais 60 soIb en espèces, et il perdra au change.

On a annoncé que les ouvrages à faire pour loger la Société dans l'église avaient été adjugés pour 5,900 livres. Et qui payera les 5,900 livres? C'est ce qu'on n'a pas dit, mais ce qu'on peut présumer.

Supplique d'un sieur Magenthies^, demandant la protection du Club auprès de l'Assemblée nationale pour appuyer un mémoire présenté par Magenthies, réclamant une prétendue somme de 6 millions de livres, par lui soi-disant déposée au sieur Magon de la Balue, banquier, place Vendôme.

« J'ai eu connaissance de cette affaire, a dit le sieur Hyon, autrefois valet de cuisine de la Dubarry, et actuellement lieutenant de la troupe du centre du bataillon de l'Oratoire. — N'en avez-vous pas parlé à Clermont- Tonnerre? a demandé Hyon au sieur Magenthies. — Oui, a répondu celui-ci. — Eh bien ! c'est cela, a rej^ris Hyon ; je me suis occupé de cette affaire, avec Clermont; mais, quand j'ai vu qu'il était monarchiste, en bon Jacobin je n'ai plus voulu avoir aucune relation avec cet homme. » Sans doute que Hyon croit aussi M. de La Fayette un hérésiarque monarchique, car il a refusé avanthier de conduire sa troupe, qui allait chez cet ex-général, quoiqu'il lui ait obligation de son état.

Nomination de commissaires pour examiner la demande du sieur Magenthies.

Lecture est faite, par le secrétaire, d'une proclamation des commissaires du roi, dans le département des Bouches-du-Rhône, sur l'exécution des décrets.

Elle n'est pas du goût des Jacobins. On se plaint que ces commissaires n'ont pas traité bien respectueusement quelques Sociétés d'amis de la constitution dont ils n'ont pas jugé l'amitié bien sincère ni bien utile.

Arrêté que le Comité de correspondance écrira pour avoir des infor-

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