PROCLAMATION
Les commissaires du roi dans les départements du Haut et Bas-Rhin^ aux Français habitant les deux départements.
Frères et Citoyens,
L'étendue du pouvoir doit être compensée par sa durée. Ceux-là ne seraient pas de vrais citoyens, qui, revêtus dans des temps difficiles d'une grande magistrature, chercheraient à la prolonger au delà de
3Gi SOCIÉTÉ DES JACOBINS [29 avril ITOlj
l'époque où elle fut nécessaire. Le moment est venu pour nous d'appliquer cette vérité politique à notre mission : tout nous avertit qu'elle est terminée, et qu'il ne nous reste plus qu'à faire à la patrie un noljle sacrifice du regret de vous quitter. Recevez donc, frères et amis, dans nos adieux, un nouveau gage de notre zèle et riiommage de nutre reconnaissance.
Trois mois se sont écoulés depuis notre arrivée dans les départements du Rhin ; que d'événements se sont pressés dans ce court espace de temps! Dans ce rapide développement de l'esprit public, il n'a fallu qu'une saison pour mûrir les fruits de la liberté !
Quelques personnes, par un mouvement de zèle plus inquiet que réfléchi, accuseront peut-être notre rappel d'être prématuré; nous devons leur répondre : ce n'est plus sur les signes trompeurs d'une tranquillité apparente, mais sur la force de la constitution que se fonde notre sécurité. Nous n'annoncerons point que nous laissons les départements du Rhin dans un calme profond ; mais nous dirons que la révolution est faite dans les lieux où on avait corrompu les principes, et que la constitution est raffermie partout où l'intrigue et le fanatisme l'avaient ébranlée. L'autorité que le roi nous a confiée n'a-t-elle pas secondé votre énergie, suppléé vos efforts, multiplié les ressources, et rétabli l'empire de la loi? Si donc maintenant les puissances administratives circulent avec la plénitude de leur force dans des canaux désobstrués et purs; si désormais tout dépend d'elles et de l'usage qu'elles sauront faire du mouvement que nous avons accéléré presque dans chaque district et que nous avons recréé même dans le directoire d'un département qu'il a fallu régénérer; si les assemblées électorales, qui sont la mesure et le présage des destins de la nation, nous ont récompensés par le patriotisme le plus éclatant de notre ardeur à les encourager; si la religion épurée a reçu de nouveaux hommages; si elle s'est raffermie sans secousses sur ses fondements antiques et immortels, et si vous avez obtenu deux évêques que la faveur n'eût jamais nommés, mais que le peuple a choisis dans la vénération, comme Dieu, dont il fut l'organe, les eût sans doute désignés lui-même dans sa justice; si nos vaillantes mains sunt armées et prêtes à repousser l'ennemi ; si la force publique, accrue et chaque jour plus active, veille surabondamment sur la tranquillité intérieure, en même temps qu'elle protège vos frontières; si nous avons vu se former dans toutes les villes des deux départements des Sociétés d'amis de la constitution, de ces Sociétés conservatrices de re>prit public, de ces Sociétés si indignement calomniées, et qui, pour toute réponse, se contentent d'ouvrir leurs i>ortes à leurs