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AVRIL 1791] DISCOIRS PRONONCÉ PAR M. DUMAS 3G

détracteurs, pour qu'ils puissent eux-mêmes se convaincre qu'on n'y enseigne que le respect des lois et l'amour de l'humanité; enfin, si la très grande majorité des habitants du Rhin est et demeurera toujours française et constitutionnelle, quelle part peut nous revenir dans cette succession de travaux heureux? Celle que nous pouvions nous promettre d'obtenir par une conduite franche et loyale ; agissant à découvert et sans secrets, par les seules lumières de la raison ; opposant aux complots les plus turbulents des mesures précises, la présence de la force armée, et la force plus grande encore de l'opinion publique; combattant les factieux par les lois, et nous couvrant de leur égide dans le petit nombre d'actes de rigueur auxquels nous avons été malheureusement contraints.

Ah! sans doute, les commissaires du roi peuvent se tlatter d'emporter quelques droits à votre souvenir et à votre estime; notre conscience nous dit que nous avons travaillé de tous nos efforts à votre bonheur, et les bases que nous laissons établies sont telles que nous sommes désormais parvenus à la gloire d'être inutiles.

Rappelez le passé, et jugez de vos progrès. Quoique l'aurore de la liberté se fut levée sur nos têtes, combien n'étiez-vous pas encore étrangers à la constitution !

Dans le Haut-Rhin, la tyrannie sénatoriale avait en vain été proscrite, son souvenir vivait encore ; et telle est la sombre couleur qu'elle uvait répandue autour d'elle que ces peuples industrieux, irascibles et opprimés ne pouvaient plus retrouver la liberté qu'avait ébauchée la nature dans les traits de leur caractère, tlloignés du centre de la législation, ils étaient abandonnés à des baillis, à des subdélégués, et presque ensevelis dans une ignorance profonde; nos plus sublimes institutions n'y descendaient que par les agents subalternes de justice, circonscrits dans leurs procédures étroites et fallacieuses, et il ne se trouvait presque aucun citoyen qui connût le travail de l'administration. De là une langueur mortelle dans les affaires. Des coalitions intestines et ramifiées, et, dans la première cité de ce département, une garde nationale aussi douteuse alors qu'elle est fidèle aujourd'hui, eussent fini peut-être par détacher de la France l'une de ses plus belles parties, frontière importante et redoutable que la nature semble lui avoir réservée, en faisant tracer ses limites par un fleuve majestueux.

Dans le Bas-Rhin, clans ces contrées où la bonté, les vertus, la constance des affections distinguent les habitants, et inspirent un si grand intérêt à s'occuper de leur bonheur, les mêmes obstacles se produisaient sous d'autres formes. La tyrannie féodale et la longue

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habitude de plusieurs genres de despotisme avaient éteint dans les cœurs non seulement l'espérance, mais encore jusqu'au désir de se relever. On ne voulait pas croire au nouvel ordre de choses; on ne voyait qu'une intrigue là où la volonté nationale se manifestait tout entière.

La différence de langues et de religions divisait les enfants de la même patrie et du même père; enfin le peuple avait été abusé dans la plupart de ses choix, et le comble des maux était Tinsuffisance des autorités populaires au milieu d'administrateurs plus dangereux que tous nos ennemis, qui, sous l'idée perfide d'une balance entre les prétendus partis, employaient la constitution à légaliser le fanatisme, et, forcés de proclamer les lois, mettaient toute leur habileté à en cacher le sens ou à détourner leurs bienfaits. Voilà quelques-unes des causes qui, depuis la Révolution, prolongeaient parmi vous l'anarchie ; voilà vos maux... et ces maux ne subsistent plus !

Frères et concitoyens, vous nous avez aidés à déijrouiller ce chaos : respectons le monument que nous venons d'élever à la liberté ; retirons-nous. Il n'est pas bon que le peuple, oubliant la souveraineté qu"il exerce par la hiérarchie de ses fonctionnaires, s'accoutume à confondre toutes les autorités en les voyant concentrées dans une autorité passagère. La dictature nationale exercée au nom du roi, et soumise à la responsabilité, cette belle invention de nos représentants, descend de sa hauteur et commence à perdre son utilité lorsque la force politique ne s'applique plus qu'à des détails administratifs et civils; elle finirait par devenir funeste, en usurpant des pouvoirs qu'il ne lui était permis que de ranimer.

Nous obtiendrons sans doute de l'Assemblée nationale et du roi les dernières mesures qui doivent garantir irrévocablement votre sécurité. Déjà une force militaire, plus que suffisante pour ùter aux malintentionnés tout espoir de troubler vos jouissances, a été sagement distribuée dans l'intérieur des deux départements; et les dispositions défensives par rapport à l'extérieur, soit dans les places, soit dans les campagnes, sont maintenant effectuées. Le cours du Rhin est en état de défense; tous les passages, tous les mouvements que pourrait tenter l'ennemi le plus fort et le plus entreprenant, sont connus, calculés et prévus. Le brave général à qui le roi a confié le commandement de l'armée du Rhin est un soldat que ses vertus guerrières et sa loyauté ont conduit aux honneurs militaires, dans le temps où le mérite et la valeur, après avoir vaincu les ennemis, avaient encore à vaincre la faveur. Il a renouvelé entre nos mains et celles de tous les corps administratifs la promesse de conserver de tous ses cHorls les

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avantae;e> que nous avons cherché à vous procurer, et qui sont les conquêtes de l'esprit public. Voilà ses engagements et les garants de sa foi. Les généraux employés sous ses ordres sont également distingués par leurs talents et leur patriotisme; ils s'honorent d'avoir été ciioisis pour défendre la liberté et professer hautement leur attachement à la constitution.

Soyez donc confiants, puisque les lois sont armées; et vous, élus du peuple, qui consacrez vos talents et vos veilles à l'exécution de nos saintes lois, nous les recommandons à votre amour.

Administrateurs des départements du Rhin, premiers organes de la volonté nationale, souvenez-vous que vous êtes assis immédiatement après le corps législatif, et montrez-vous dignes d'un tel honneur par l'énergie de votre caractère public et par la prudence de vos mesures.

Administrateurs de districts, parmi tant de détails dont vous vous occupez sans relâche, continuez surtout avec le même succès la vente des biens nationaux. On vous a chargés de défendre les racines de la constitution : veillez sur elles, et ne souffrez pas qu'aucune plante parasite vienne étouffer le germe de notre prospérité.

Juges des tribunaux, vous qui montrez tant d'instruction et de sagacité dans les affaires civiles, sortez, sortez enfin de cet engourdissement dont on vous accuse dans les affaires publiques et dans toutes celles qui louchent à la Révolution. Vous êtes placés sous l'œil vigilant du roi qui, portant au fond de son cœur et manifestant dans chacune de ses actions le vœu constant de rendre le peuple tranquille et heui'eux, ne laissera jamais au moindre mouvement séditieux le scandaleux triomphe de l'impunité.

Municipalités, c'est à vous surtout que nous devons l'affermissement de la constitution, puisque votre zèle infatigable n'a pas cessé de lutter contre des obstacles toujours renaissants; que ceux d'entre vous qui se sont signalés par un dévouement héroïque reçoivent d'avance de nos mains la couronne civique que leur destine la reconnaissance de leurs concitoyens; que leur exemple fasse rougir tous ceux qui, dans les mêmes circonstances, n'ont pas su vous imiter.

Vénérables pontifes, présents du Ciel dans sa clémence, allez, et qu'un rayon de l'immortelle vérité marque votre passage. Parcourez les campagnes; qu'à votre voix la consolation descende dans la chaumière du pauvre, et que la religion dissipe devant vous les ténèbres du fanatisme.

Soldats de la liberté, vous n'avez de salaires que vos propres vertus ; le prix de vos efforts est au fond de vos cœurs généreux, et, si la France est libre par vos mains, la France est acquittée.

-m SOCIÉTÉ DES JACOBINS [29 avril 1791]

Guerriers qui vous êtes volontairement consacrés à la défense de la patrie, remplissez vos glorieuses destinées. Non, vous n'avez point aliéné votre liberté; mais vous avez, pour un temps, soumis votre volonté à la volonté des chefs qui doivent vous conduire, comme un seul lien réunit le faisceau d'armes ; l'amour de la liberté, le véritable honneur français, assure et ennoblit votre obéissance. Montrez aux ennemis de la constitution que la rigide et nécessaire discipline s'allie avec l'instruction dont tous les citoyens doivent partager le bienfait. Apprenez les lois pour mieux les chérir, et que l'Europe apprenne que le soldat français, libre et subordonné, est invincible, comme la cause qu'il défend; montrez dans ces vertus guerrières votre amour pour le roi, et croyez que les récompenses qu'il vous dispensera au nom de la nation, dont il est inséparable, sont, à ses yeux comme aux vôtres, d'un prix bien au-dessus des faveurs arbitrairement répandues. Le roi est bon, vertueux et juste; H s'honore d'avoir à payer la dette de la patrie.

Et vous, Amis de la constitution, qui rendez aux lois un culte public, vigilantes sentinelles de la liberté, continuez vos utiles travaux ; que votre courage, éprouvé par tant de vaines calomnies, s'affermisse et se dirige constamment vers le but de Tinstruction publique. Laissez librement se mouvoir dans leur sphère les pouvoirs constitutionnels; servez religieusement la loi; assurez ses bienfaits, et que son triomphe soit immortel comme la vérité.

5/^ne .• Dumas, Hérault, Foissky.

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