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GRANDE PLAINTE DES CHASSEURS

A l'occasion de la lettre des jacobins,

ADRESSÉE A TOUTE LA GARDE NATIONALE' (De rimprimerie du Vrai Patriote, 28 janvier 1791. In-8 de " pages.)

C'est à vous, braves Parisiens, à vous, généreux camarades de la garde nationale, que nous adressons aujourd'hui nos trop justes réclamations contre une Société ambitieuse qui veut envahir tous les pouvoirs et à qui, pour y parvenir, tous moyens sont bons. Nous ne vous adressons point de beaux discours, nous n'en savons point faire ; tout notre talent se borne à savoir nous défendre quand on nous attaque, et raconter les faits tels qu'ils se sont passés.

Nous ne rappellerons point non plus, dans la circonstance où nous nous trouvons, les services que nous avons rendus à la ville de Paris dans les deux premiers jours de la Révolution : nous n'avons fait que notre devoir en abandonnant les drapeaux du despotisme pour suivre les étendards de la liberté; on ne nous doit point de reconnaissance.

Nous sommes, d'ailleurs, assez récompensés par les places que la municipalité a bien voulu nous confier. Jusqu'à ce moment-ci, on ne nous avait encore fait aucun reproche; une cabale ennemie nous a choisis pour plastron ; nous n'en pouvons plus douter, d'après la lettre circulaire envoyée par elle à toutes les Sociétés des amis de la constitution; c'est donc contre elle que nous devons aujourd'hui diriger notre marche; c'est elle qui nous attaque. Nous ne répondrons que par les faits. Vous en jugerez, braves camarades, car nous nous flattons que, malgré les efforts de la cabale pour nous ravir ce titre si précieux, vous ne nous l'avez point encore oté.

Vous le savez actuellement et n'en pouvez douter : on avait suscité contre nous les contrebandiers, nos ennemis par état, puisque notre

1. Voir plus haut, p. 28, l'adr. ssc de la Société à propos de l'affaire de La Chapelle.

38 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [28 janv. 1791]

eorps n'est créé que pour assurer les droits d'entrées; on cherchait un prétexte pour engager entre eux et nous une querelle dont on pût tirer parti.

L'occasion s'est présentée; nous sommes descendus chez un particulier habitant le bourg de La Chapelle, ayant un commis à notre tête; à peine avions-nous pénétré dans la maison de ce particulier que nous sommes assaillis par une troupe armée qui fait sur nous une décharge de mousqueterie; huit de nos camarades se trouvaient seuls exposés à ce feu terrible. Qu'eussiez- vous fait en pareille occasion? Nous le demandons, braves volontaires, et vous, généreux soldats de la garde soldée. Qu'eussiez-vous fait? Eussiez-vous pris la fuite? Non, nous vous connaissons trop pour oser même le soupçonner! Eussiez-vous lâchement laissé assassiner vos camarades? Non, TOUS avez fait vos preuves; vous nous eussiez imités; nous vous avons donc aussi imités; nous nous sommes défendus, et nous nous sommes trouvés forcés de tirer sur ceux qui nous attaquaient.

Nous n'entrerons pas dans de plus longs détails sur cette espèce de combat: vous les connaissez tous. Mais ce que vous ne savez pas peutêtre, ce que des hommes francs comme vous, ce que de loyaux militaires n'eussent pu présumer, on a osé nous accuser d'avoir tenté une contre-révolution. Nous, contre-révolutionnaires! Nous qui, les premiers, avons osé mettre en pratique ce saint axiome que quelquefois l'insurrection est le plus saint des devoirs; nous qui avons suivi les premiers le mémorable exemple que nous avaient tracé les gardes françaises; nous enfin qui avons eu les premiers le mérite de sacrifier notre existence à la liberté naissante et encore mal assurée ! C'est nous qu'on accuse aujourd'hui, c'est notre honneur qu'on attaque, et vous savez, braves camarades, ce qu'est Thonneur pour un militaire. Qui encore nous attaque? Est-ce un inrlivi(hi dont l'opinion erronée n'influe point sur le reste des concitoyens? Non. C'est une Société entière, qui prend le titre de Société des amis de la constitution. Est-ce dans une motion faite par un de ses membres? Non, c'est dans une lettre circulaire qui court tous les départements; c'est dans cette lettre que le Club des Jacobins annonce à toutes les Sociétés, à tous les Clubs qui lui sont affiliés, que la guerre civile éclate à Paris, qu'il faut être plus que jamais sur ses gardes, que la contre-révolution a déjà commencé. On n'ose pas peut-être nous y nommer hautement, mais on nous y dénonce; on publie que la malheureuse affaire de La Chapelle, dans laquelle nous nous sommes trouvés engagés malgré nous, est le signal convenu; on nous y peint comme vendus aux aristocrates, et, par ce mot seul, on nous voue à toute la fureur du peuple.

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