JANV. 1791] GRANDE PLAINTE DES CHASSEURS
De là, sans doute, ces insultes réitérées dont nous sommes chaque jour l'objet depuis ces affreux événements, de là ces menaces dont le peuple nous poursuit à chaque pas, de là cette demande formée par tous les folliculaires de nous supprimer; et c'est ainsi que, pour servir des vues particulières d'ambition, on ne craint point de compromettre l'état et l'existence de huit cents hommes qui n'ont d'autres reproches à se faire que de ne s'être pas laissé impunément égorger par leurs ennemis. Actuellement, chers camarades, que vous connaissez les faits, actuellement qu'il n'est plus possible de vous en imposer, jugez vous-mêmes de la cruelle position dans laquelle nous nous trouvons; nous vous connaissons assez généreux pour faire de vous les arbitres de notre sort. Que faire? Nos ennemis se cachent, ils craignent trop le grand jour, ils nous attaquent sourdement tandis que, forts de votre confiance, nous levons hardiment la tête. Nous allons les poursuivre, nous allons les traduire devant le tribunal de l'opinion, et nous verrons si l'hypocrisie et la fourberie pourront soutenir les regards de nos citoj'ens éclairés.
Ralliez-vous à nous, chers camarades : c'est nous tous que l'on attaque; on nous craint parce que nous savons faire respecter les lois et maintenir l'ordre public; le Club a essayé ses forces contre nous; s'il réussit, il ne tardera pas à les tourner contre vous-mêmes. Déjà il a manifesté son opinion, déjà plusieurs de ses membres ont osé avancer en pleine assemblée que la garde nationale était devenue inutile, déjà il a cherché à exciter la division entre le peuple et nous. Ne le laissons point aller plus loin ; traduisons devant les tribunaux, à la barre même de l'Assemblée, cette Société qui, sous le masque du patriotisme, devient insensiblement une assemblée de despotisme, qui tyrannise jusqu'à nos législateurs; éclairons la France entière sur ses projets ambitieux, c'est le plus grand service que nous puissions rendre à notre patrie.
Nous sommes, chers camarades, vos frères et concitoyens,
Les Chasseurs des barrières.
Paris, 28 janvier 1791.
40 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [28 j.\>v. 1791]
d'après le « JOURNAL DES CLUBS » '
Lecture dune adresse qui doit être présentée à l'Assemblée nationale par les officiers de fortune non nobles qui se sont bien montrés dans les guerres d'Amérique et de la H(jllande. Ces braves militaires, par cette adresse, réclament le droit d'être employés et demandent que la naissance ne soit plus un titre à des passe-droits.
Adresse de la Société des amis de la constitution du Mans, qui donne avis que 300 prêtres et 300 nobles sont ligués pour élever des troubles, etc., etc.
On soccupe du sort malheureux dun nommé Muslard, qui est en prison et attend un tribunal de haute cour pour être déclaré innocent. Sa situation intéresse.
Lettre d'un officier municipal de Marseille, qui fait part des sourdes menées des ennemis de la constitution pour calomnier les membres de l'Assemblée nationale, et notamment M. Alexandre Lameth, dont on interprétait mal les discours et qu'on s'efforçait de peindre en noir aux gardes nationales du royaume.
M. Alexandre Lameth a marqué son mépris pour les calomnies par lesquelles on cherchait à le dénigrer, et a dit qu'elles faisaient la gloire de ceux qui en étaient l'objet.
La même lettre porte que des biens nationaux, estimés quatre cent mille livres, ont été vendus neuf cent mille livres !
Une députation des Invalides est entrée, au bruit des applaudissements; ils venaient faire part à l'Assemblée d'un procès qu'ils ont avec les fermes, et, dans leur adresse, ils ont exprimé tout leur dévouement pour la patrie : « Nous ne sommes pas orateurs, a dit celui qui a pris la parole, nous ne savons que nous battre ; nos corps mutilés perdront le reste de leurs membres, et nous verserons jusqu'à la dernière goutte de notre sang pour la défense de la constitution, etc. »
Lecture d'un long rapport sur les boutons uniformes. L'orateur a clierclié le moyen de concilier le dernier décret^ avec l'avantage des