Tome II
386 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [G mai 1791]
CXYI
d'après le « JOURNAL DE LA RÉVOLUTION » DU 8 MAI 1791
Nous avons omis da dire que, dans la dernière séance, il a été arrêté qu'on ne recevrait plus personne par acclamation, sans cependant que la Société voulût s'interdire le droit d'admettre à ses séances les citoyens des départements qui séjourneraient dans la ci-devant capitale.
Dans la séance du 6, on a lu une pétition de la Société de Niort, qui demande des armes pour la garde nationale, etc.. Avis à M. Duportail, qui fait le sourd quand on lui crie qu'environnés d'ennemis il ne faut pas laisser les soldats de la patrie sans armes. Le signal était donné, les capuchons avaient opiné pour une contre-révolution; les portes des couvents allaient être ouvertes à des hordes de bandits; cinq cavaliers aperçus avec des cocardes jaunes, blanches, etc.. Et tout cela a donné l'éveil, et tant de beaux projets se sont dissipés en fumée, comme il arrivera toujours à nos contre-révolutionnaires, qui ressemblent à des somnambules. Lorsqu'on les éveille au milieu du délire, ils oublient leurs rêveries, ou ils sont eux-mêmes étonnés de leur extravagance.
11 a été donné lecture d'une lettre adressée par la Société des amis de la Révolution, établie à Londres, à la Société des amis de la constitution séant à Aix (département des Bouches-du-Rhùne), qui en a envoyé copie imprimée à celle de Paris. En voici la substance :
Après avoir prouvé l'utilité des Sociétés patriotiques dans tous les pays qui chasseront le vice, en le couvrant d"op]fi'obre, et bannissent le despotisme de l'univers : « Quelle que soit votre liberté, disent ces estimables Anglais, sa voix est forte, ses traits sont beaux, sa nature mâle et robuste. La juste proportion et l'harmonie de ses membres nous assurent que votre Hercule enfant est doué dès son berceau d'une saine constitution et d'une force capable d'étouffer ce monstre à trois têtes qui règne sur les malheureux humains, la tyrannie monarchique, aristocratique et ecclésiastique. Eu remportant cette victoire , vous écraserez ou plutôt vous avez déjà écrasé Tinsupportable orgueil des nobles et des prêtres, soutiens et agents du despotisme, dont ils se constituent l'essence. En détruisant ainsi la tyrannie, vous avez légi-
limé la monarchie qui, pour la lu-emière fois, est devenue une portion légale du gouvernement français. » (Ici ils jettent un coup d'œil sur notre force, capable de triompher de tous les usurpateurs du dedans et du dehors, qui n"onl aucun principe sur lequel ils puissent former une coalition stable. ) « Ainsi donc, continuent-ils, malheur à toutes les nations qui s'efforceraient de trouhler la constitution que vous avez établie, et honte, honte même à notre contrée, si elle en faisait la tentative ! Ce n'est point à des Anglais de tremper dans une conspiration contre la liberté. Ce n'est point à des Anglais, qui ne peuvent se rappeler la folie de nos anciennes guerres causées par les vaines prétentions féodales de leur roi normand, de se plonger de nouveau dans toutes les horreurs qu'entraîneraient des prétentions fondées sur le même système. Il est de notre intérêt et de notre honneur d'imiter nos ancêtres, qui détestaient l'arrogance avec laquelle Louis XIV, soutenant les prétentions du roi Jacques, voulut détruire notre constitution établie en 1G88. »
Lâches détracteurs des Français, aristocrates gangrenés et stupides, que la liberté offusque, comme les hiboux sont hlessés de la lumière, lisez cette lettre, et vous saurez que tout le monde ne pense pas comme vous de notre révolution.
[Le Journal de la Révolution du 9 mai 1791 revient en ces termes sur celte séance, pour en achever le compte rendu :]
M. Grégoire, évéque de Blois, a fait part de l'état dans lequel il a laissé le département de Loir-et-Cher. L'esprit public y a fait les plus grands progrès. Une intimité admirable règne entre les ministres du culte, les gardes nationales et les magistrats du penj^le. Il y a actuellement huit Sociétés d'amis de la constitution; ce sont autant de foyers de patriotisme et de surveillance contre les tentatives et les agitations des ennemis de la chose publique. « J"ai parcouru, a-t-il dit, tous les endroits, et toujours de concert avec les membres du département. J'ai ramené ceux qui étaient séduits et égarés et converti bien des incrédules; aussi me suis-je attiré calomnies sur calomnies... (c'est un éloge pour ce prélat). Dans mon dernier prune, j'ai annoncé à mes auditeurs qu'on venait de distribuer un libelle contre moi, et que j'en avais fait porter à l'évèché plusieurs exemplaires pour ceux qui seraient curieux d'aller en prendre. » (C'est une excellente manière de couvrir de ridicule les calomniateurs et de prouver qu'on ne les craint pas.) Nous n'avons pas besoin de dire que M. l'évèque de Blois a été fort applaudi.
388 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [tj mai 1791 1
Un membre a observé que trente Sociétés patriotiques de la cidevant capitale ont député chacune quatre personnes pour former un comité central, à l'instar des Sociétés populaires de Lyon. 11 a annoncé que ce comité devait tenir sa première séance le lendemain, et a engagé la Société à nommer quatre de ses membres pour y concourir. Cette proposition n"a eu aucune suite.
Un autre membre a exposé l'état d'indigence et l'infirmité où se trouvait le fils et petit-fils d'un marin, ci-devant marin lui-même, et muni de bons certificats de services et probité; il a demandé pour lui un titre de recommandation auprès du département de la Manche (son pays natal). La Société, toujours heureuse des bienfaits qu'elle peut répandre, a arrêté :
1° Que son trésorier était autorisé à payer provisoirement à ce malheureux, qui a rendu des services à la patrie, et qui n'a reçu d'autre récompense que la douleur de se traîner sur ses mains, une somme de 250 livres, à raison de 9 livres {sic) par mois; 2° qu'il serait en outre recommandé auprès du Comité des pensions de l'Assemblée nationale.
La séance a été terminée par quelques observations de M. Choderlos sur la nécessité de renouveler le corps électoral, et de ne laisser aux ministres ni le temps ni les moyens de le corrompre. Quelqu'un proposait une école de candidats. Un autre a remarqué que les électeurs de Paris, du nombre desquels il se trouve, avaient plus besoin que tous les autres d'être renouvelés.
[Même séance, d'après le Lendemain du 8 mai 1791 :]
Ouverte à six heures par 350 membres, nombre qui s'est porté jusqu'à 500, et qui, lors de la clôture, à dix heures, était réduit à
Lecture du procès-verbal et de différentes lettres, dont une, a-t-on dit, est une copie de celle écrite par la Société des amis de la Révolution de Londres au club d'Aix. On en demande l'impression. M. Biauzat s'y oppose ; Laclos propose de la déposer pour que les journalistes en prennent copie. — Grands débats, grand bruit; le dernier parti est adopté.
Visite du nouvel évêque de Blois (comment un évéque peut-il ainsi se déshonorer?;, qui annonce que tout va au mieux dans son département. Quelques prêtres refusent encore le serment, mais ils vont être chassés. [Grands bravos.)
M. Delay d'Agier a lu un long et ennuyeux discours pour priver le
roi de toute influence sur les finances. Cliacun s'agite pour achever d'étoufîer ce pauvre pouvoir exécutif.
Deux autres membres et M. Rœderer ont beaucoup loué et fortement appuyé les vues de M. d'Agier. C'est à qui donnera le dernier coup de pied.
Au milieu de ces discours, M. Noailles crie de toutes ses forces que MM. les membres des Comités militaire et diplomatique se pressent de s'y rendre, qu'ils sont appelés par un travail de la plus grande importance. Les membres de ces Comités ont obéi à cette interpellation, et aussitôt il s'est répandu qu'un courrier venait d'apporter la nouvelle que le prince de Condé, fortifié par des troupes impériales , venait d'entrer en Alsace , où il mettait tout à feu et à sang.
M. Feydel a annoncé qu'il s'était formé à Paris, aux Grands - Augustins, un comité central à l'instar de celui de Lyon; que toutes les Sociétés de Paris y envoyaient des députés, et que le Club était invité à y envoyer les siens.
Cette proposition a été mise aux voix, et l'on est passé à l'ordre du jour.
On a donc péroré sur le renouvellement des corps électoraux. Tous les orateurs, y compris le brave Laclos, ont été d'avis du renouvellement, et même qu'il fût fréquent, pour empêcher le roi de pouvoir corrompre les électeurs.
On a bien peur du roi : il n'y a pourtant plus que le nom qui eflFraye.
CXYII
d'après le « JOURNAL DE LA RÉVOLUTION » DU 10 MAI 1791
Il a été arrêté que le concours pour le buste de Mirabeau serait ouvert et affiché le lendemain.
On est passé à la discussion sur le complément des législateurs. Quelques membres, et notamment M. Choderlos, ont demandé : 10 le renouvellement des corps électoraux; 2° l'établissement des candidats; il y aurait un tableau où les aspirants pourraient se faire inscrire, et ce serait parmi eux qu'on choisirait des sujets capables de remplir les fonctions pénibles et honorables de législateurs; 3° la réformation du décret du marc d'argent pour l'éligibilité aux
390 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [8 mai 1791j
législatures; A° un décret qui laisse aux membres des législatures, et même du corps constituant, la faculté de pouvoir être réélus sans intervalle. « Que vos corps électoraux, disait M. Choderlos, soient purs. Laissez-leur la plus vaste latitude de confiance, et vous aurez de bons législateurs. » Un membre a ajouté qu'il fallait qu'ils pussent choisir dans tous les départements.
On a annoncé une pétition des Amis de la constitution de Mont-de- Marsan, à l'effet d'inviter l'Assemblée nationale à se proroger encore cinq à six mois, pour qu'elle ait le temps d'achever et de suivre la marche du grand œuvre de' la constitution. — M. le curé de Presles (département de Seine-et-Oise}, qui, pour fuir les persécutions de l'aristocratie, est venu se réfugier dans le sein de la liberté, a dit que le maire du lieu, nommé Capon, a fait tous les efforts pour l'obliger de ne pas prêter son serment, ou d'en prêter un mauvais, afin de le chasser de sa cure. « J'étais enchaîné, dit-il, et j'offrais mon ser~ ment. Le sieur Capon m'envoya dire de descendre par un homme qui avait le sabre à la main, et me fit éconduire par quatre fusiliers. 11 monta en chaire à ma place, et entama toutes sortes de calomnies sur mon compte. Je persistai à offrir le serment prescrit par la loi; il avait l'ait une formule à sa manière, qu'il me présentait à signer. Refus de ma part; un homme voulut en même temps me lancer un coup de sabre; on se mit entre nous... Le maire dit alors que j'étais un réfractaire: il a fait jeter dehors mes meubles. Le département s'est plaint. Information contre le maire et mon assassin. Ils ont ensuite fait courir le bruit que je voulais opérer une contre-révolution, moi qui donnerais ma vie pour la liberté. J'étais sous la sauvegarde des citoyens soldats, mais on a payé des gens pour les maltraiter eux-mêmes. J'avais annoncé, le jour de Pâques, que je pardonnais tout. Rien n'a pu apaiser la rage de mes ennemis. Assailli de toutes parts, j'ai été obligé de choisir entre la mort et la fuite. Je demande la protection et l'appui de la Société. »
[Même séance, d'après le Lendemain du 10 mai 1791 :]
Ouverte à six heures, par ^00 membres; vers neuf heures, ce nombre, porté à 600, a décru tout à coup de moitié, et à la clôture, à dix heures, il ne restait guère que 150 membres.
M. Louis Noailles a occupé le fauteuil jusqu'à sept heures et demie, que (sic) le président en titre, Goupil, est arrivé.
Lecture du procês-verbal et d'adresses.
Un évéque parait à la tribune, et c'est pour dénoncer! Oui, l'évèque de Blois dénonce un olïicier de troupes de ligne comme un aristocrate furieux, et se permet ce qu'on appelle des lazzis contre le pape.
Maindouze dénonce la municipalité de Lesparre comme réfractaire aux décrets. Pourquoi? faut-il le demander? C'est parce qu'elle ne laisse pas un champ libre aux opérations jacobites. Voilà, tout.
Louis Noailles, hors du fauteuil alors, annonce la mort de M. Price ', président des Amis de la Révolution à Londres, La Société prendra le deuil et écrira une lettre de condoléances aux habitués de la taverne de Londres.
La Société fera fort bien. Si elle ne s'occupait jamais que de ces niaiseries, elle ne ferait pas tant de mal.
Mais on reprend le cours des dénonciations. Un membre arrive tout botté. Il vient de parcourir les départements du Midi. Dans les uns, tout va bien, c'est-à-dire que les Jacobins y dominent; dans d'autres les Jacobins éprouvent des contradictions ; là on est aristocrate : à Limoges, par exemple, il y a une compagnie de dragons volontaires; ils veulent la paix et l'ordre, ils veulent l'obéissance à la loi, ils ne veulent d'aucun despotisme, pas même de celui du Club, surtout ils aiment la monarchie et le roi. Oh ! voilà des aristocrates bien criminels! Aussi le Club n'oublie rien pour les persécuter et les dissoudre.
L'abbé Fauchet, évéque du Calvados, annonce qu'il va partir pour son évêché; il fait un discours d'adieu. 11 est vivement applaudi. — « Allez, lui dit M. Biauzat, allez, et parlez, et l'on connaîtra les vrais principes de la constitution. « Oh! le pauvre homme!
Tout cela néanmoins sera livré à l'impression, par ordre.
Chépy pérore sur l'organisation du corps législatif. Il veut que les membres de l'Assemblée actuelle puissent être réélus sans intermédiaire; mais il a soin d'exprimer qu'il ne demande cette faculté que pour ceux dont le patriotisme est maintenant bien reconnu.
Il est hué. « Pour qui, lui crie-t-on de tous côtés, parlez-vous si bien? Nommez ceux qui vous ont chargé de leurs intérêts. » Le pauvre Chépy se retire sans répondre.
Laclos et deux autres parlent sur le même sens, mais avec un peu plus d'adresse.
Députation de la Société des Amis des droits de l'homme au faubourg Saint-Antoine. Elle vient réclamer les honneurs de la lanterne en faveur de M. Clermont-Tonnerre, qui laisse subsister ses armoiries
i. Richard Price était mort à Londres, le 19 mars 1191.
392 SOCIÉTÉ DES JACOBINS ;8 mai ITOT
sur le fronton du château de Champlatreux, sur les murs de l'église, et qui a établi un Club monarchique dans une petite ville voisine.
Enfin, l'œuvre est couronnée par la dénonciation que fait le curé de Presles, près Chaumont, du maire de son village, lequel, dit-il, l'a forcé de descendre de chaire et même de s'enfuir.
On nomme en hâte des commissaires pour prendre connaissance de la conduite du maire, protéger le dénonciateur, et Ton se sépare fort content de la soirée.
SE ANC P: du 9 MAI 1791
d'après le « JOURNAL DE LA RÉVOLUTION » DU 10 MAI 1791
La séance du 9 a été employée à des discussions sur la liberté de la presse et le droit de pétition. M. Robespierre a prononcé un discours ' dans lequel il a prouvé de la manière la plus lumineuse, et avec cette énergie de caractère qu'on lui connaît, les avantages de la liberté indéfinie, et les inconvénients incalculables qu'un code pénal ou toute autre loi tendant à la restreindre entraîneraient nécessairement. Dire et communiquer sa pensée et ses opinions est un droit de la nature et un besoin de l'àme. L'exercice de ce droit produit une censure perpétuelle et salutaire sur le vice. C'est du mélange de l'erreur avec la vérité, c'est de leur combat que l'erreur se dissipe, et que la vérité sort dans toute sa pureté; les prévaricateurs seuls, les hypocrites, les esclaves et les méchants la craignent, et ce sont eux qui réclament aujourd'hui des entraves contre la presse. 11 a démontré l'impossibilité de faire à cet égard une loi qui n'ouvrît pas le champ le plus vaste aux abus, et qui fût excusable. Comment déterminer si un écrit est ou non incendiaire, s'il a ou n'a pas produit telles émeutes populaires? Comment démêler la sombre politique et les trames d'un Catilina? Ne trouverait-on pas, d'un autre coté, le moyen de faire déclarer calomniateur celui qui aurait eu le courage de parler des préparatifs d'une Saint-Barthélémy? « Dans ce moment même, disait M.Robespierre, ce que je dis ne parait-il pas un paradoxe perpétuel à certaines gens, et à d'autres des vérités?)^
1. Le discours de Robespierrf fut imprimé sous la date du 11 mai 1791, et non sous celle du 9. On en trouvera le texte plus bas, p. 396.
[Suilo (lu complc rendu de la nirinc séance, d'après le Journal de la liévo- Intion du 12 mai '1791 :|
M. diodcrlos. De la lihcrlé des opinions l'econiiuc ]i;m' la Déclaration (les droits naît, comme une conséquence nécessaire, la liberté indélinie de la presse, le droit de vendre, donner, publier, colporter, aMi(;li(>r sa iiensée, ses projets, ses spéculn lions. On a Ix'aucoup parlé contre les placards. Mais le seul lioniuu! ipii ait le; droil de m'empéclier décoller ma ])ensée siu' un uuir, c'est le propriétaire de la maison. Ce droit, cette liherti' indéllnie, tient à la souveraineté du peuple, qui ne peut être aliénée, et qui existe dans chaque individu. I/Assemblée nationale elle-même ne peut pas y porter atteinte. Les mandataires du peuple (la municipalité et le département de Paris), lorsqu'ils ont provoqué une loi pcMiah; et iu(iuisitoriale contre la presse, ont été infidèles à leurs devoirs et traîtres aux droits d(» leurs comnuîttants. — Mais il y a des i'actieux, dit-ou. — Ceux (pii chercbcnt à. déchirer le sein de la patrie, je les méprise; ceux qui la défendent, je les respecte. (Réponse adroite aux calomnies atroces des noirs, des ministériels et auti'es ennemis de la constitution, qui n(; voi(;nt que des factieux dans les plus intrépides défenseurs de la liberté.) Etaientils des factieux, ceux cpii oui écrit, pul)lié, afliché leurs opinions contre la vexalion, les actes arbiliaii-c^s (pii se sont inullipliés à Paiis depuis (piebpu' lemps? Non, sans doute. Tout le monde a applaudi, exce[>lé les (•ou|)ahles, c'est-à-dire les foucliouiuiires ]>ublics.
M. Dubois de Cranci'; a proposé C(;s (puilrc ipiestions :
1° Si un homme i)u]>lic dispose d'une faraude force, d'une grande puissance, puis-je être coupable de n'avoir pas de lui la même opinion que d'autres citoyens que je crois trompés?
2" Si je crois ces opinions mauvaises et funestes à lacli()sepid)Ii{pie, ne dois-je jias manifcste'r nu.'s craintes?
3" Puis-je l(i faire sans contrarier l'homme [)uissant que j'accuse de trahison?
•4" Si m(tn accusation poi'te sur des faits graves dont je n'ai pas précisément la preuve, puisqu'ils seront puisés dans les ténèbres, dois-je balancer à les dénoncer ou laisser périr ma patrie?
M. du Port a considéré la liberté de la presse sous l'aspect du droit politique et du droit positif. Au premier cas, un grand peuple ne pouvant exercer lui-même sa souv<.'raiueté, et étant obligé de la déléguer, il doit se réserver un moyen de relever les fautes et les erreurs des hommes publics à qui il a donné le pouvoir de le lier lui-même, afin de les rendre dignes de leurs fonctions et de les rappeler sans cesse à
394 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [9 mai 1791]
leurs devoirs. Il faut qu'un homme en place ait le courage de supporter même la calomnie. Ainsi, sans la liberté la plus étendue de manifester ses opinions, il n'est point de gouvernement légitime. Sous l'aspect du droit positif, l'Assemblée nationale a décrété que tout citoyen pouvait et devait dénoncer les attentats des fonctionnaires : ceci semble répondre aux questions proposées par M. Dubois.
Il a ensuite été fait quelques observations sur le projet du Comité relatif au droit de pétition.
M. Noailles a fait lecture de la lettre que la Société avait arrêté d'écrire à celle de Londres, sur la mort du docteur Price. Elle rappelle laconiquement ses talents et les services qu'il a rendus à l'humanité. Le premier il a professé les principes d'un bon gouvernement, le premier il a dit qu'une nation peut le changer comme il lui plaît et déposer son roi ; que, lorsque le despotisme pèse, l'insurrection est un devoir. La guerre d'Amérique de la part des Anglais excita son indignation. Il l'appela une guerre fratricide et il eut le courage de former un Club de la Révolution à Londres.
M. Biauzat aurait désiré qu'on eût raye de la lettre ce droit d'une nation de déposer son roi; on lui a répondu, mais en d'autres termes : u II faut donc jeter au feu un de ses ouvrages où il le dit positivement? 11 faut donc jeter au feu les décrets de l'Assemblée nationale sur la régence, qui portent que la couronne sera vacante en cas de fuite... de la part du roi? »
La lettre a été adoptée.
[Même séance, d'après le Lendemain du 12 mai 1791 :]
A l'ouverture, 200 membres, à six heures; vers huit heures, GOO; à neuf heures et demie, 300; à dix heures, clôture, 150.
Point de procès-verbal. Il faut y réfléchir. Quelques adresses insignifiantes. MM. Robespierre, Laclos, Lepidor, Dubois de Crancé, parlent sur la liberté de la presse; ces messieurs ont tout pi-rdu si on parvient à distinguer la liberté de la licence.
Lettre de M. La Touche, qui invite les membres de la Société à souscrire pour rim[)ression de sa lettre aux déi)artemenls. Point de réponse. Nul empressement.
M. de Noailles lit sa lettre à la Société des amis de la Révolution de Londres. On en ordonne l'impression, contre l'avis de M. Biauzat'.