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42i SOCIÉTÉ DES JACOBLXS [IS mai 1791]

ment de soutenir quand même les patriotes. Le 10 novembre M8^, intervient un traité d'alliance entre la France et les Provinces-Unies des Pays-Bas. Le 28 juin 1787, la princesse d'Orange, sœur du roi de Prusse, Frédéric-Guillaume, fait un voyage de Nimègue à La Haye (habile imprudence conseillée |>ar le ministre d'Angleterre) : elle est arrêtée par les républicains. 20,000 Prussiens, commandés par le duc de Brunswick, envahissent la Hollande en septembre d787 et s'en emparent. Vergennes était mort le 13 février 1787. En vain les patriotes hollandais demandèrent l'appui de la France. M. de Montmorin semblait favorable. Mais on n'était pas prêt et on ne fit rien. Le stathouder, rétabli, conclut une alliance défensive avec l'Angleterre et la Prusse (15 avril 1788). Les principaux républicains hollandais durent émigrer. « Parmi les proscrits, MM. Gislaer, Abbema, de Witt, quittèrent leur patrie, où ils ne se crurent plus en sûreté. M. de Capellen de Marsch, condamné depuis, en Gueldre, à perdre la tête, les avait précédés. Une foule de peuple de différentes villes de la province se relira sur le territoire français; et, pendant tout le reste de l'année, l'émigration fut très considérable. Le gouvernement français accueillit celte multitude et la rassembla à Saint-Omer, où il lui fournil des moyens de subsistance, dont la direction et la dislribution formèrent une branche particulière d'administration '. » Ajoutons que, le 19 janvier 1792, ces proscrits hollandais se présentèrent à la barre de la Législative et lui adressèrent une pétition analogue à celle qu'ils avaient présentée le 15 mai 1791 aux Jacobins : ils offraient de renoncer à la moitié de la pension qu'ils recevaient de la France. — A la fin de 1792, les mêmes proscrits formèrent une légion batave qui accompagna Dumouriez dans son expédition,]

C'est ua jour de deuil pour l'Europe que celui où rinvasion prussienne a déconcerté vos nobles projets, infortunés Batavesl Partout une profonde indignation a flétri les succès de vos oppresseurs: partout les peuples, quoique déclius de leurs droits, brûlaient d'être appelés par leurs chefs à venger votre injure,

(Mirabeau, Aux Bataves, sur te stathoudérat.)

Messieurs,

Il est un oubli involontaire, il y a une prescription d'opinion à laquelle sont sujettes les causes les plus célèbres. Celle des patriotes bataves est trop belle, sans contredit, pour pouvoir être oubliée; elle est trop juste pour ne pas trouver tôt ou tard des défenseurs. Mais des

1. Mémoire sur la Révolution de Hollande, par Anl.-Bern. Gaillard , ci-devant chargé des affaires de France à Copenhague, Pétershourg, La Haye, et ministre plénipotentiaire de la République française à Ratishonne et à Berlin; — dans le tome III de la Décade historique, ou Tableau politique de l'Europe depuis 1786 jusqu'en 1796, par le comte de Ségur. Paris, Eymery, 1828, 3 vol. in-8. (T. III, p. 245.)

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événements si extraordinaires ont suivi de près leur désastreuse révolution; l'attention publique s'est fixée sur des objets d'une importance majeure pour la nation française, on a perdu de vue une cause digne d'intéresser les âmes libres; les faits qui ont précédé, qui ont accompagné et terminé la révolution hollandaise, se sont effacés de la mémoire des Français, pour la plupart mal instruits des efforts de la liberté, quand ils ne la possédaient pas encore, parce qu'on craignait de la trop faire connaître à un peuple fait pour l'aimer et la posséder.

Telles sont, Messieurs, les raisons qui ont engagé les soussignés à remettre sous vos yeux le tableau fidèle du patriotisme hollandais, de la justice de sa cause et des malheurs qui ont suivi.

Ils avaient sans doute, comme toute autre classe d'habitants temporaires de cet empire, le droit et la liberté de s'adresser directement au souverain représentatif, pour faire discuter et revivre leur cause; cette voie est la plus courte, mais elle n'est pas la plus loyale, elle en convient moins, par là même, au caractère des Bataves.

C'est pourquoi, avant de s'en servir, ils ont voulu préalablement exposer leur situation, la grandeur de leur cause, la cause commune de la liberté, l'intérêt de la France et son honneur compromis, à la France elle-même.

Ils ont voulu, Messieurs, exposer aux regards de la nation tous les faits qui ont eu un rapport direct à leur malheureuse révolution et à la part que la France y a prise; ils ont voulu y fixer son attention, et se soumettre à son jugement, persuadés que le Batave opprimé chercherait en vain un tribunal plus intègre que celui de la nation française LIBRE.

Cette démarche, que l'ancien gouvernement aurait nommée illégale et séditieuse, leur a paru d'autant plus légale, dans ces temps de bonheur et de liberté, que le corps représentatif des Français, tout auguste qu'il est, en s'occupant de la cause des patriotes bataves, avant que la nation elle-même fût pleinement instruite et convaincue de sa justice, nuirait peut-être à cette cause et à soi-même, quelle que fût la résolution que sa sagesse lui dictât; car l'opinion générale et publique du peuple libre qu'il a l'honneur de représenter doit précéder ses jugements et diriger ses démarches.

Il y a trois ans, Messieurs, que l'empire de la liberté fut détruit en Hollande, et que les baïonnettes prussiennes, sous prétexte d'une insulte fictive faite à l'épouse du premier ministre de la république, la sœur de Guillaume-Frédéric, renversèrent les efforts des amis de la patrie et de l'humanité en Hollande ; qu'ils dévastèrent, qu'ils pillèrent et ravagèrent une des plus belles contrées de l'Europe, un pays

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créé par le courage, soutenu par l'industrie, devenu puissant par le commerce.

Il y a trois ans que les chaînes du despotisme pèsent sur un peuple libre, sur un peuple dont la bonne foi, la prestation de serment et l'horreur de tout esclavage font la base de la conduite, comme le fond du caractère d'un peuple qui jadis donna à l'Europe étonnée l'exemple de ce que peuvent l'amuur du bien public et la haine de l'oppression.

Il y a trois ans que les patriotes hollandais ont souffert, parce que la durée de leurs souffrances était liée intimement avec la durée même de la régénération d'un peuple, son appui, son refuge, quelquefois son protecteur, et, malgré les trames insidieuses de la maison de Nassau, toujours son ami.

Pendant trois ans leurs justes réclamations ont été rejetées, leurs malheurs et leurs droits ont été oubliés, et la faible lueur d'espérance qui restait à leur patriotisme fut presque éteinte par le malheur du temps et l'insouciance de ceux qui auraient dû être leurs protecteurs.

Mais la France régénérée, mais sa constitution assise sur des bases immuables, son crédit renaissant malgré les entraves que ses ennemis ont tâché d'y mettre, ses finances surpassant déjà dans leur enfance celles de la décrépitude de l'Angleterre, sa force politique connue et déjà respectée; la France libre peut écouter la voix plaintive, doit écouter la voix pressante des Bataves, rendus malheureux pour avoir cru à ce que les hommes connaissent de plus saint sur la terre, l'honneur FRANÇAIS.

Que la France juge donc de la validité et de la justice de leur cause, quand elle saura qu'alors les patriotes bataves conçurent une révolution aussi glorieuse que celle de la France ; qu'ils tendaient à l'établissement d'une constitution telle que la France a su la réaliser; que le seul but, que le plan simple mais unique qu'on se proposait était de recouvrer les droits inaliénables de l'humanité, et de faire jouir le peuple de tous les avantages de ce bonheur social que la liberté seule procure ;

Que la nation hollandaise, libre autrefois, libre pour avoir acheté sa liberté par des flots de sang pendant une guerre de quatre-vingts ans, se voyait à la veille de se soumettre en esclave au descendant d'un prince libérateur de la patrie, à une Maison que la reconnaissance, vertu toujours fatale à un peuple libre, avait élevée trop haut pour qu'elle ne se crût pas en droit de s'arroger davantage;

Que le peuple hollandais s'apercevait que bientôt il ne lui resterait de cette liberté qu'un vain nom, qu'un fantôme; que le despotisme

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naissant avait souillé sa constitution, son gouvernement, ses tribunaux, son armée d'abus innombrables ; que sa constitution était ébranlée, son gouvernement devenu arbitraire, ses tribunaux avilis, son armée à la disposition d'un seul citoyen prêt à venger tout attentat du patriotisme contre la bauteur de son rang et de sa personne; enfin que la liberté était menacée de toutes parts, si les efforts des amis de la patrie ne concouraient à l'instant à la sauver d'une ruine totale.

Telle est, Messieurs, l'origine de la révolution hollandaise, tlu patriotisme hollandais, que l'excès des maux, la crainte de tout perdre, ont fait naître chez les Bataves. Tel en fut aussi le commencement en France ; et la pesanteur même des chaînes de Fesclavage affranchira un jour tout l'univers.

Le but que se proposèrent les patriotes hollandais, le plan de constitution qu'ils avaient formé, qu'ils ont presque exécuté, montreront qu'ils étaient mûrs pour la liberté, qu'ils connaissaient ses droits et qu'ils méritaient de l'obtenir.

Ils armèrent tous les citoyens vraiment dignes de ce nom, persuadés qu'une bourgeoisie armée est le seul boulevard de la liberté publique: ils les armèrent malgré la puissance et les persécutions de la tyrannie, malgré l'aristocratie de plusieurs provinces; et cet acte si utile, si périlleux, mérite d'occuper le premier rang parmi les efforts des amis de la patrie.

Ils demandèrent, ils exigèrent, ils obtinrent presque partout, la restitution du droit inaliénable et imprescriptible qui donne au peuple la nomination de ses représentants et de ses magistrats.

Ils érigèrent en conséquence, dans un grand nombre de villes, et le tentèrent dans d'autres, des municipalités auxquelles ce droit fut provisoirement transféré et délivrèrent le peuple de l'oppression qu'amenait l'élection des représentants et des magistrats faite ou par les magistrats mêmes ou par le stafhouder.

Ils tôchèrent de faire concourir, s'il était possible, le stathoudérat au bien-être commun en renfermant, du moins, cette dignité dans les bornes qui lui étaient prescrites ; de sorte que, même dans ses diverses qualités d'amiral, de général, de slathouder, de chef de la justice, il lui serait dorénavant impossible de transgresser.

Ce poste si éminent, par conséquent si dangereux et souverainement inutile, ce fardeau humiliant que la pusillanimité de nos pères, que cette reconnaissance si fatale à une république (nous nous plaisons à le répéter à un peuple libre), avait rendu héréditaire; cette idole offerte aux adorations de la multitude aveuglée, ils le (sic) regardèrent avec autant de douleur que d'effroi et tâchèrent au moins de ga-

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rantir la nation des effets de cette ma?se si puissante, qui formait du stathouder un colosse illégal, d'autant plus à craindre qu'il était malheureusement déjà lié d'intérêt et de sang avec l'Angleterre et la Prusse, deux puissances ennemies de la liberté batave et amies de son oppresseur, dévoué surtout, comme l'était Guillaume V, à la cause de la Grande-Bretagne. Ils voulurent qu'il ne pût disposer à son gré des forces de la république, que son aveugle dévouement ne les couvrît pas encore une fois de la honte d'avoir manqué à leurs engagements, du regret d'avoir dû agir passivement contre leur intérêt et voyant pourrir dans leurs ports l'escadre promise à la France contre leur ennemi commun.

Les patriotes hollandais, non contents d'avoir mis une barrière à la puissance du pouvoir exécutif, voulurent encore couper jusques à la racine tous les pouvoirs intermédiaires des soi-disant grands, de ces suppôts de l'aristocratie qui s'élevaient si orgueilleusement entre le peuple et le stathouder.

Ils voulaient que tout citoyen, de quelque condition, de quelque rang qu'il pourrait être, fût admissible à tous les emplois, à toutes les charges de l'État, et que les vertus et les talents seuls des soi-disant nobles ou patriciens, et jamais leur naissance, pussent être mis en balance contre ceux qu'ils osaient nommer obscurs.

Surtout, ils tâchèrent de faire en sorte que, par une représentation du peuple, calquée sur les principes de l'égalité et l'intérêt commun et particulier, tout membre de l'association civile, par là seul qu'il est homme et citoyen, pourrait et devrait concourir à la conservation de la prospérité publique.

Les magistratures si dangereuses par leur durée, plus encore par leur permanence, ils tâchèrent de les faire renouveler à des époques fixes, afin de faire concourir ces mêmes citoyens au droit d'étouffer tous les germes de l'aristocratie que l'abus des pouvoirs fait naître.

Pour éviter les mêmes effets d'aristocratie et de despotisme, plus terribles encore par leur réunion, ils voulaient que les membres des États et de la magistrature fussent mis hors de la portée de t lute influence dangereuse du stathouder.

Tout ce qui tenait à la féodalité, à ces temps impies et injurieux pour l'espèce lumiaine, ils voulaient en abolir jusqu'aux traces, en détruisant tous ces droits barbares que l'ignorance fit naître et que la pusillanimité fit conserver.

Enfin tout ce qui tenait à cet esprit d'injustice et d'inégalité, ils voulaient le faire disparaître pour toujours; et la tolérance, cette vertu des Bataves dans des temps moins éclairés, ils voulaient l'éten-

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dre,dans ce siècle de lumière, jusqu'à faire goûter à toutes les sectes tout le bonheur et tous les avantages auxquels la nature d'un gouvernement libre leur donnait droit de prétendre.

Telle était cette révolution que la raison, la philosophie et Tamour ardent de la liberté préparaient en Hollande.

Telle était cette révolution que la Fi'ance avait fait naître, autant pour le bonheur des Bataves que pour se ménager un contre-poids si nécessaire contre la prépondérance maritime et commerciale de la Grande-Bretagne.

Aussi, sous ces auspices et cette influence respectable, les efforts courageux des amis de la liberté se virent-ils couronnés des succès les plus éclatants; tout cédait à leurs désirs, au vœu du peuple, à la majorité de la nation. Déjà le statlioudérat allait rentrer dans les bornes prescrites par le soin de la conservation publique; déjà l'hydre de l'aristocratie était agonisante; déjà la liberté, et avec elle le bonheur, allaient renaître des cendres mêmes du despotisme.

Mais l'Angleterre, jalouse du bonheur que l'indépendance du stathoudérat, et par conséquent d'elle, ferait naître dans nos provinces, effrayée du résultat énorme que lui montraient les avantages que la Hollande allait tirer d'une alliance avec la France, de ceux qui en naîtraient pour la France elle-même, de la perte de ce prétendu empire des mers, que la France et la Hollande, vraiment alliées, peuvent seules lui ôter, l'Angleterre, si fière d'une liberté qu'elle ne possède point, si envieuse des nations qui la cherchent; qui, après avoir tenté d'étouffer notre république dans son berceau, sut toujours, depuis, l'entraîner dans des démarches funestes et surtout y fomenter la haine des Français, ne tarda pas à se signaler en faveur du stathouder.

Mais le roi de Prusse, frère de l'épouse du stathouder, du premier ministre de la République, voyait que, si jamais la liberté faisait des progrès aussi rapides, ce ne serait qu'au détriment du despotisme général de l'Europe, de la puissance des rois, seule souveraineté reconnue en Allemagne; que, si des bourgeois, des marchands, de simples citoyens, tous, en un mot, notés de la dénomination vile à ses yeux, celle du peuple, pouvaient un jour élever impunément la voix et faire respecter ce qu'ils nomment leurs droits, réclamer ceux de ïhumanité, mots barbares encore chez les Germains, inconnus à leurs despotes; que si, par la réunion de tous, le peuple pouvait un jour écraser la puissance d'un seul, c'en serait fait alors de la suprématie des têtes couronnées.

Mais le stathouder, s'apercevant facilement quelles suites aurait pour lui la connaissance de son pouvoir usurpé et de l'usage criminel

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que ce tyran imbécile en avait fait pour le malheur et la honte de sa patrie; Guillaume V, comprenant du reste que la vengeance du peuple, pour être juste, n"en est pas moins terrible, Guillaume crut de son intérêt d'oublier ce qu'il devait à son rang, à son titre de citoyen. Né prince, allié à des rois, il voulait être considéré comme tel dans notre République : il s'allia en conséquence plus fortement encore avec les ennemis, publics et secrets, extérieurs et internes, du patriotisme : l'avilissement de son âme lui suggéra tous les moyens qu'on en devait attendre.

De tout temps, en Hollande, les despotes de la maison de Nassau eurent un ferme appui dans une populace ignorante et cruelle, dans cette classe de la société aveuglée sur ses intérêts, subjuguée toujours par des dons honteux, analogues à ses besoins et à ses plaisirs. C'était elle qui était le bouclier le plus ferme, le soutien le plus solide de cette maison : deux fuis elle lui dut son élévation au stathoudérat, et la république deux fois ses malheurs et sa honte.

Guillaume s'était attaché depuis longtemps cette classe indigente; il se l'attacha par de nouveaux dons; il sut la faire subvenir h toutes ses machinations perverses : dans la métropole surtout, c'était la partie la plus abjecte des Juifs sur laquelle reposait tout l'espoir de la maison de Nassau.

A cette association honteuse de pouvoirs réunis en faveur du stathouder, se joignait celle d'une très grande partie de Farmée, qui, dans un pays où le service de mer est le plus considéré, fut composée toujours, du moins en grande partie, d'étrangers accoutumés à regarder le prince comme chef de la république et par conséquent de l'armée; de gens qui, n'ayant jamais eu une patrie, se croyaient les ennemis nés du patriotisme : c'était une meute en laisse, à la disposition du stathouder pour exterminer ses concitoyens et ses frères.

Voilà les obstacles qu'on osa mettre aux efforts des patriotes bataves : ils se trouvèrent insuffisants. La prépondérance de leur cause fut de jour en jour plus marquée; de jour en jour les lumières s'étendirent; les douceurs de la liberté augmentèrent le nombre de ses sectateurs; l'appui que la France avait promis à leur cause, si un jour elle pouvait en avoir besoin, la rendait respectable et considérée; et Guillaume V, qui depuis plus d'une année avait fui en lâche de la Haye, sa résidence ordinaire, se trouvait réduit au dernier terme dune humiliation bien méritée.

Go fut alors, cependant, que le sieur de Rayneval ' et l'ambassadeur

1. Gurard de Rayneval avait été envoyé eu mission secrète par M. de Vergennes, eu octobre 1786, pour encourager le parti républicain hollandais, sans

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de Prii?se, s'intéressant vivement, le Prussien au sort de la maison de Nassau, l'envoyé français à celui d\ine nation libre et alliée de la France, crurent devoir proposer un accommodement que l'altière princesse d'Orange refusa, malgré les déclarations formelles du ministère français, qne ja7nais la France n abandonnerait la cause des patriotes bataves.

La princesse, ou mieux instruite ou plus clairvoyante, ou simplement audacieuse, avait déjà, de concert avec l'Angleterre et la Prusse, formé la trame odieuse qui a ruiné notre malheureuse patrie. Cette menée ténébreuse, l'artifice l'a préparée, la violence l'a achevée.

Le cabinet de Berlin, consulté par la maison de Nassau et inspiré par la politique anglaise, a imaginé la ruse qui a fait crouler l'édifice de la liberté batave. On y discutait de sang-froid comment on pourrait fouler aux pieds la liberté, l'humanité et la justice. On se disait : u Le stathouder a arboré l'étendard de la rébellion, il lève une armée contre la république, mais ses forces militaires sont insuffisantes; la partie républicaine de l'armée et les patriotes armés le repousseront ' aisément : il faut donc soulever la populace toujours enthousiaste pour la maison de Nassau. Si l'épouse du stathouder paraît inopinément au milieu de la Haye, sous prétexte de rétablir l'union et la paix, une révolte générale en sera l'inévitable suite, et les patriotes, pressés de toutes parts, succomberont sous un massacre général. Si au contraire le parti opposé prévoit son malheur et qu'il empêche la princesse d'accomplir son dessein, Frédéric-Guillaume s'en plaindra comme d'une insulte faite à son auguste sœur et il pourra y trouver un prétexte de vengeance. La combinaison est sûre des deux côtés; il ne s'agit que d'empêcher que la France soit fidèle à ses engagements. »

C'est ainsi que fut conçue la trame d'iniquités que des ministres pervers n'ont pas craint d'ourdir, et que Frédéric-Guillaume n'a point rougi d'exécuter, au mépris de-s droits les plus saints de l'humanité consternée.

Les brigands prussiens, pour venger une injure fictive, ont couvert de feu et de sang nos heureuses contrées, et le séjour de l'industrie est devenu un théâtre de carnage et d'horreur. Ne retraçons point ces horribles scènes. Qu'elles ne se renouvellent jamais! Que le génie protecteur de la liberté étende son influence bienfaisante sur le monde entier comme il l'a fait sur la France. Et puissent tous les peuples ac-

compromettre le représentant oificiel de la France, M. de Vérac. — Sur la carrière diplomatique de M. de Rayneval, voir F. Masson, le Dépaiiemenl des affaires étrangères pendant la Révolution, p. 21.

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câbler de leur indignation les êtres malfaisants qui ont attenté aux droits sacrés de rhumanilé et agrandi la masse des maux du genre humain I

C'est alors que tous les vœux des patriotes hollandais se tournèrent vers la France, trop faibles comme ils Tétaient pour se soutenir cantine une armée de Prussiens Jointe à celle qui était aux ordres du prince, contre la populace révoltée en sa faveur, contre trois provinces de rUnion, que la force avait contenues, qu'une force supérieure rendait à tous les efforts de la malveillance ; toute la bravoure des patriotes ne servit quà retarder par une résistance courageuse, mais inutile, la ruine de leur cause et à aigrir encore la barbarie de leurs vainqueurs.

Les Provinces-Unies etPEurope entière attendirent avec un intérêt différent, mais avec une curiosité égale, ce qu'allait faire la France. Elles connaissaient les engagements et les promesses de cette nation, et elles croyaient qu'il était impossible à des Français d'y manquer jamais. Elles s'y attendaient avec justice, si Ton considère l'alliance de la France conclue tn 1786 'avec la république, c'est-à-dire avec les patriotes hollandais, avec la majorité des Provinces-Unies contre le vœu des aristocrates dévoués à la maison d'Orange. 11 est très visible, malgré l'excuse spécieuse qu^. n^jn pa- un cit'j}-fn. mais un ministre, pourrait alléguer, malgré l'interprétation oblique qu'il pourrait en faire, comme si cette aUiance était faite avec les États généraux des Provinces-Unies et non pas avec un parti patriotique, qui cependant était alors le parti prédominant ; il est certain, et personne n'en a jamais douté, que ce traité était une coalition formelle de la France avec le parti patriotique, et que cette alliance a été conclue dans le sens de restreinCre la l'uissance du stathijudt.T f-r i]r faire i>.uiaiti'>' la liberté dans la république, afin d'oppost-r a l'ambiti'jn de la Prusse un contre-poids si nécessaire pour la France et pour la Hollande. C'est, au reste, au cœur des Français et non à leur politique qu'on s'adresse. L'homme libre et luval sait assez apf^récier cette alliance : que l'esclave l'interprète en faveur de son maître !

Mais vuus, Français, vous dont un roi juste et bon est le premier citoven.vous qui vous honorez de laiiilélilé avec laquelle vous garantissez ses engagements, vous ne démentirez point Louis XYl; vous applaudirez à la loyale fermeté avec laquelle il reprocha par son ambassadeur, après la révolution, aux États actuels, qu'ils étaient les oppresseurs de ceux qui avaient soutenu la cause de la France en Hollande et que les outrages et les persécutions étaient la seule récom-

\. Il s'agit du traité d'amitié et d'alliance dt-fensive et perp-Huelle conclu le 10 novembre 1783 entre le roi de France et les Provinces-Unies des Pays-Bas.

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pense de ceux qui s'étaient alliés avec cet empire pour le bonheur des deux États ^

Qu'enjoigne à ce traité conclu avec le parti patriotique hollandais ces promesses continuelles et si souvent répétées du ministère français, des ambassadeurs de la France, ces encouragements dans des moments critiques, cette garantie continuelle du patriotisme batave^, cette association d'intérêts qui, dans la république, ne semblait faire qu'une cause de la France et de la Hollande; cette association, si manifeste et si humiliante pour la maison de Nassau, du corps diplomatique français avec les amis de la liberté; cet aveu formel de l'adhésion de la France au parti républicain en reconnaissant les États patriotiques d'Utrecht comme véritable corps représentatif de cette province et faisant voir par cette démarche qu'elle reconnaissait la majorité des provinces patriotiques; cette déclaration faite par l'ambassadeur de France, au nom de son roi, si terrible aux ennemis de la liberté, si consolante alors pour les partisans de la bonne cause, u que la France regarderait comme une offense personnelle foui ce qu'on entreprendrait contre la liberté bataves ». Telles étaient les bases de l'espoir des patriotes hollandais.

Et cependant, malgré la sainteté de ces engagements, malgré l'attente de toute l'Europe, malgré l'entière confiance en l'honneur français, malgré toutes les raisons que l'équité et la bonne foi prescrivent, un ministère i>ervers, cruel par corruption et barbare par système 4, abandonna les patriotes hollandais à toute l'horreur de leur sort, au mépris des instances les plus pressantes des États de la Hollande, qui,

i. Réponse du ministre français à la note officielle remise par l'ambassadeur de Leurs Hautes Puissances, en date du 24 décembre 1788. {Xoie de l'original.)

2. « Vous les assurerez qu'eu tout état de cause le roi les prend sous sa protection immédiate. » Lettre de M. de Vergennes à M. de Vérac, lo mars i786. {Note de l'original.) — Le marquis de Vérac était ambassadeur du roi de France près des États généraux des Provinces-Unies.

3. Lettre de M. de Vergennes à M. de Vérac, en date du la mars 1786. {Note de l'original.)

4. En eCfet. à quelle de ces deux suppositions doit-on s'arrêter, quand on voit ce ministère, quelques semaines après la révolution hollandaise, faire tenir au roi un langage si différent des sentiments de son cœur et de ses engagements? On avait annoncé en son nom que jamais en aucun état de choses Sa Majesté n'abandonnerait la cause patriotique de la Hollande ; on avait fait dire de la part de Sa Majesté aux chefs des patriotes hollandais d'avoir confiance en elle, dans son conseil, dans ses ministres, et, dès le 27 octobre 1787, on fait déclarer de la part du roi au cabinet de Saint-James que Sa Majesté, qui, en tout étal de choses, soutiendrait les patriotes hollandais, n'a jamais eu la moindre idée de s'immiscer de force dans les affaires de la République. A quoi se réduisait donc la promesse de la France, qui regardait tout ce qu'on entreprendrait contre les patriotes hollandais comme fait à elle-même? {Xote de l'original.)

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